François Leclerc du Tremblay

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François Leclerc du Tremblay
François Leclerc du Tremblay, le père Joseph.jpg

François Leclerc du Tremblay, dit « le père Joseph. »
Estampe, Paris, BnF, département Estampes et photographie, XVIIe siècle.

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François Leclerc du Tremblay, plus connu sous son nom en religion Père Joseph, né le 4 novembre 1577 à Paris et mort le 17 décembre 1638 à Rueil, est un capucin surnommé par ses détracteurs « l'éminence grise du cardinal de Richelieu » en raison de son activité, de 1624 à sa mort, au service du principal ministre du roi Louis XIII.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le militaire[modifier | modifier le code]

Fils aîné de Jean Leclerc du Tremblay, président de la Chambre des requêtes du Parlement de Paris et de Marie Motier de Lafayette, son épouse, il reçut une éducation classique très soignée. Durant son enfance marquée par les guerres de religion, on ne pouvait lui parler qu'en grec ou en latin. Seule sa mère, qui joua un rôle central dans son éducation, pouvait lui parler en français. Il a étudié les auteurs classiques, mais également les auteurs contemporains. En 1595, il fit ses humanités lors d'un long voyage en Italie dont il revint pour embrasser la carrière des armes. Il servit lors du siège d'Amiens en 1597, puis accompagna une ambassade extraordinaire à Londres. Son frère Charles Leclerc du Tremblay sera gouverneur de la Bastille. Il est également l'oncle maternel de Jean et de Sébastien Zamet[1].

Le religieux[modifier | modifier le code]

En 1599, le baron de Maffliers – c'est ainsi qu'il était connu – renonça aux vanités du monde pour entrer en religion chez les capucins d'Orléans où il prononça ses vœux, les capucins étant alors les confesseurs des rois et des reines. Il rentra ensuite dans le couvent de la rue Saint-Honoré à Paris où il devint lecteur de philosophie. Atteint d'une maladie des yeux, il renonça à ses cours, se consacra aux choses de la religion avec une piété exemplaire et devint prédicateur près des couvents de Meudon, Bourges, Angers, Saumur, Le Mans, Rennes, Tours, Nantes. Des foules assistaient aux prêches de ce jeune moine portant cilice et réformateur de renom, qui allait pieds nus et se flagellait. En 1606, il assista Antoinette d'Orléans-Longueville, alors religieuse à l’abbaye de Fontevraud, lorsqu'elle fonda l'ordre des Filles du Calvaire, et il écrivit un ouvrage de dévotion à leur intention. Son zèle prosélyte le poussa à envoyer des missionnaires en pays huguenot afin de les arracher à leur hérésie.

De 1617 à 1625, il composa la Turciade, une épopée en quatre mille six cent trente-sept vers latins, qui sera imprimée en deux exemplaires. Urbain VIII, destinataire de l'un d'eux et lui-même poète, l'appela « L'Énéide chrétienne ». Il influença le pape pour la création, en 1622, de la Congrégation pour la propagation de la foi et fut nommé, en 1625, commissaire apostolique pour toutes les missions étrangères. Il dirigea, de 1624 et 1638, le seul journal autorisé à l'époque, le Mercure français créé en 1605, y théorisant notamment l'absolutisme catholique.

Ce moine austère, tout en gardant la rigueur de sa vie personnelle, se consacra à la diplomatie et à la politique.

Le diplomate[modifier | modifier le code]

En 1616, avec le duc de Nevers, il réussit à convaincre le pape d'envisager une croisade contre les Turcs par une sorte de nouvel Ordre des templiers, la Milice chrétienne (Militia christiana composée de catholiques et protestants), projet avorté en 1618 par la défenestration de Prague[2].

Il entra en politique à la conférence de Loudun de 1619 : soutenu par la reine et par le légat du Saint-Père, il s'opposa aux thèses gallicanes qui avaient la faveur de la noblesse, et il réussit à les convaincre d'abandonner les tendances schismatiques du gallicanisme. En 1612, commencèrent les fructueuses relations personnelles qu'il devait continuer à entretenir de façon si fidèle avec Richelieu, alimentant l'histoire et la légende du Cardinal et de son « éminence grise », allusion à la robe de bure des capucins, et au titre d'Éminence, réservé aux cardinaux (promotion dont la mort le priva de justesse). Une grande amitié, toute de complicité politique, s'établit entre « l'homme en rouge » et le moine aux mille ressources. Richelieu, admiratif de ses talents de prédicateur et de fin négociateur, le surnomme affectueusement Ezéchieli, ou Tenebroso-Cavernoso. En effet, grâce à son vaste réseau de capucins, ce dernier avait créé un véritable service de renseignements avant l'heure, qu'il mit entièrement au service de Richelieu. Les moines devenus agents de renseignements lui permettaient en effet d'avoir en permanence des informations confidentielles en provenance des différentes zones de conflits.

En 1627, le moine assista au siège de la Rochelle mené par le Cardinal. La France était alors, sinon entrée dans la guerre de Trente Ans, du moins dans une politique active de soutien aux ennemis (protestants) de l'Empereur (catholique) Ferdinand II. Cette alliance, qui semblait contradictoire avec la ligne politique suivie à l'intérieur du royaume de France, avait évidemment un fondement politique (la lutte contre la Maison d'Autriche). Il rêvait en fait d'une Europe qui se serait unie dans une nouvelle croisade contre les Turcs et considérait que les Habsbourg étaient l'obstacle qui empêchait cette paix pan-européenne qui rendrait cette union possible. Dès lors, ce nouveau Pierre l'Ermite intrigua à la Diète de Ratisbonne, en 1630, contre les entreprises de l'Empereur, fit en sorte de provoquer l'intervention de la Suède, se réconciliant avec les parties protestantes afin, pour ainsi dire, de mettre le mal au service du bien.

Il fut, dans l'ombre, l’un des principaux artisans des Traités de Westphalie qui marquèrent l’émergence du principe de la souveraineté des États comme fondement du droit international et furent la base du nouvel équilibre européen jusqu’à la Révolution française[3].

Une disparition rapide[modifier | modifier le code]

Ayant subi une première attaque cérébrale au printemps 1638, il mourut en quelques jours d'une seconde attaque en décembre suivant. Le cardinal de Richelieu écrira : « Je perds ma consolation et mon unique secours, mon confident et mon appui[4]. » L'image que donnent de lui Jules Michelet ou Alfred de Vigny, faisant de lui la figure emblématique du conseiller de l'ombre manipulateur à la grande noirceur, est extravagante. Il sera, par la suite, remplacé par Mazarin, comme interlocuteur privilégié de Richelieu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. pourlan, « Abrégé de la vie de Sébastien Zamet », sur http://pourlan.over-blog.com, (consulté le 15 décembre 2016).
  2. Henry Laurens, John Victor Tolan et Gilles Veinstein, L'Europe et l'islam : quinze siècles d'histoire, Paris, Odile Jacob, (lire en ligne), p. 185.
  3. Lucien Bély, Jean Bérenger, André Corvisier, Guerre et paix dans l'Europe du XVIIe siècle, Paris, SEDES, 1991 (ISBN 2-7181-3661-8)
  4. René Richard, La vie du veritable pere Josef, Capucin nommé au cardinalat, 1705, (lire en ligne) p. 446.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Félix Danjou, « La Véritable Vie du père Joseph », Archives curieuses de l'histoire de France depuis Louis XI jusqu'à Louis XVIII, ou Collection de pièces rares, 1838, p. 118 et suiv..

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

  • Gustave Fagniez, Le Père Joseph et Richelieu, 1894, Paris, Hachette, 2 tomes, 605 et 514 p.
  • Mgr Grente, L'Éminence grise, Paris, Gallimard, 1941, 215 p.

Études historiques[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

L'Éminence grise de Jean-Léon Gérôme, 1873. La peinture représente le père Joseph.