Édouard Chavannes

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Édouard Chavannes
Édouard Chavannes.jpg
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(à 52 ans)
Paris
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Édouard Chavannes[1] (né à Lyon le et mort à Paris le ) est un archéologue et sinologue français. Grand expert de l'histoire de la Chine et des religions chinoises, il est connu pour sa traduction de la plus grande partie du Shiji (史記 / 史记, Shǐjì) de Sima Qian, qui est la première traduction de cet ouvrage dans une langue européenne.

Érudit prolifique et influent, Chavannes fut l’un des sinologues les plus accomplis de l’ère moderne et, malgré son décès relativement précoce en 1918 à l'âge de 52 ans, est le digne successeur des grands noms de la sinologie française du XIXe siècle, tels que Jean-Pierre Abel-Rémusat et Stanislas Julien. C'est en grande partie grâce à son travail que la sinologie est devenue une discipline respectée au sein des sciences humaines françaises[2]

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

Édouard Chavannes est né à Lyon le . Durant sa jeunesse, il étudie au lycée de Lyon, où, comme la plupart des étudiants de l'époque, il reçoit une éducation centrée sur les textes classiques grecs et latins. Il part ensuite à Paris pour intégrer le prestigieux lycée Louis-le-Grand, où il prépare les concours d'entrée pour intégrer une des Grandes Écoles.[2] Il réussit son concours et est admis à la section Lettres de l'École normale supérieure en 1885[2]. Chavannes y étudie trois ans et passe avec succès son agrégation de philosophie en 1888[2].

C'est durant ses années d'étude à l'ENS que Chavannes rencontre Georges Perrot, qui est à la fois le directeur de l'ENS et un archéologue renommé. Ce dernier conseille à Chavannes d'étudier la Chine après la fin de ses études[2]. Chavannes suit le conseil de Perrot et, dans un premier temps, songe à étudier la philosophie chinoise, un champ d'étude qui correspond à sa propre éducation. Mais, suivant en cela les recommandations de l'orientaliste Henri Cordier, il fini par s'intéresser à l'histoire de la Chine, un champ alors très peu étudié en Europe et en Occident[2]. Chavannes commence à suivre les cours sur les classiques chinois que donne le Marquis d'Hervey-Saint-Denys au Collège de France et les cours de mandarin de Maurice Jametel (1856–1889) à l'École des langues orientales vivantes[2],[3]. Désireux de faire progresser ses études en se rendant en Chine, Chavannes, grâce aux contacts de certains de ses amis, obtient un poste d'attaché au sein d'une mission scientifique associée à la délégation française à Pékin[2]. Il part pour la Chine en janvier 1889 et y arrive deux mois plus tard[4].

Chavannes et son épouse, Alice Dor, pendant un voyage au Japon, vers 1892

En 1891, Chavannes retourne brièvement en France, où il épouse Alice Dor, la fille d'un célèbre optométriste lyonnais, avant de repartir en Chine avec elle[5]. Ensemble, ils ont un fils, Fernand Henri Chavannes, qui deviendra plus tard un des as de l'aviation de la Première Guerre mondiale, et deux filles[6].

Chavannes reste en Chine jusqu'en 1893, date à laquelle il rentre en France pour prendre le poste de professeur de langue chinoise au Collège de France, poste vacant depuis la mort du Marquis d'Hervey-Saint-Denys en novembre 1892[5]. Même si Chavannes n'a étudié le chinois que pendant cinq ans, la qualité et la valeur de son niveau de connaissance en chinois sont déjà reconnus dans le milieu académique et ont convaincu les dirigeants du Collège de France de lui donner le poste[3]. Le premier cours de Chavannes est un cours magistral intitulé "Du Rôle social de la littérature chinoise"[7]. Parmi les élèves qui suivent ses cours durant sa carrière de professeur, on trouve les sinologues Paul Pelliot, Marcel Granet et Robert des Rotours, ainsi que l'ethnologue, archéologue, médecin et romancier Victor Segalen.

Durant toute la période où il travaille au Collège de France, Chavannes est très actif dans le milieu universitaire français : il est membre de l’Institut de France, membre honoraire de plusieurs sociétés étrangères, corédacteur en chef français du T'oung Pao, la 1re revue internationale de sinologie , de 1904 à 1916 et est élu Président de l’Académie des inscriptions et belles-lettres en 1915[3],[8]. Cette activité intense n'empêche pas Chavannes de retourner en Chine en 1907, pour y étudier les inscriptions et monuments antiques.

Il meurt à Paris, le 20 janvier 1918, à l'âge de 52 ans, en laissant derrière lui un grand nombre de publications de premier plan et une nouvelle génération de sinologues prêts à poursuivre son œuvre, ainsi qu'en témoignent les nécrologies et les études qui lui sont consacrées.

Travaux et publications[modifier | modifier le code]

Chavannes (vers 1905)

Histoire[modifier | modifier le code]

La première publication de Chavannes, "Le Traité sur les sacrifices Fong et Chan de Se-ma Ts'ien, traduit en français", parait en 1890, alors qu’il est à Pékin. Ce premier travail lui donne envie de traduire le Shiji du même Sima Qian/Se-ma Ts'ien, la première somme systématique de l'histoire de la Chine, qui a servi de modèle à toutes les annales dynastiques suivantes[9]. Le premier volume de la traduction est publié à Paris en 1895 et commence par une introduction de 249 pages que l’anthropologue allemand Berthold Laufer qualifie de "chef-d'œuvre d'analyse historique et critique... qui n'est surpassé par rien de ce qui a été écrit de ce genre avant ou après lui[9]." Chavannes traduit quatre volumes supplémentaires entre 1896 et 1905, ce qui représente en tout 47 des 130 chapitres du Shiji. Dans chacun de ces volumes, le texte original est enrichi de commentaires visant à éclairer les lecteurs. Ses traductions incluent également un grand nombre d'annexes portant sur des sujets précis présentant un intérêt particulier[9].

Épigraphie[modifier | modifier le code]

Chavannes est un pionnier important dans le domaine de l’épigraphie moderne et est salué par Berthold Laufer comme étant "le premier intellectuel européen qui a approché ce sujet difficile avec des méthodes saines et à avoir obtenu un succès incontesté[8]." Son premier article épigraphique, "Les Inscriptions des Ts'in", est publié dans le Journal asiatique en 1893. Il est suivi par un certain nombre de travaux, qui font de Chavannes le premier chercheur occidental à réussir à analyser et traduire le style épigraphique inhabituel de la dynastie chinoise d'origine mongole des Yuan[8]. Lors de son voyage de 1907, Chavannes prend des centaines de photographies et reproduit un grand nombre d'inscriptions par estampage. Tous ces documents sont ensuite publiés en 1909 dans un grand album intitulé Mission archéologique dans la Chine septentrionale. Avant de mourir, il réussit à publier deux volumes de traductions et d’analyse des inscriptions qu'il a ramenées de Chine : La Sculpture à l'époque des Han, qui est publié en 1913 et La Sculpture bouddhique, publié en 1915[9].

Religion[modifier | modifier le code]

Les grandes religions de la Chine antique et médiévale intriguent Chavannes, qui effectue des recherches approfondies sur la religion populaire chinoise, le bouddhisme, le taoïsme, le christianisme nestorien et le manichéisme[10]. Son Mémoire composé à l'époque de la grande dynastie T'ang sur les religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans les pays d'occident par I-Tsing, qui est publié en 1894, remporte le Prix Julien[11]. Il contient les traductions des biographies et récits de voyage de soixante moines bouddhistes qui ont voyagé de la Chine vers l’Inde au cours de la Dynastie Tang, à la recherche de textes bouddhiques et des livres en sanskrit[10]. L’œuvre la plus connue de Chavannes sur le bouddhisme chinois est ses Cinq cents contes et apologues extraits du Tripiṭaka en trois volumes[10].

En 1910, Chavannes publie Le T'ai Chan, essai de monographie d'un culte chinois, qui est une étude détaillée de la religion populaire chinoise, qui existe avant même le bouddhisme et le taoïsme. Dans cet essai, il se concentre sur un ancien culte centrée sur le mont Tai, une des cinq montagnes sacrées de la Chine, que Chavannes a visité personnellement[10]. Cette œuvre monumentale commence par des essais préliminaires sur le rôle généralement sacré des montagnes dans l’histoire et la culture chinoise, puis examine la spécificité du mont Tai lui-même dans les moindres détails[12]. Dans son livre, Chavannes inclut des traductions de dizaines de passages de la littérature chinoise ancienne, médiévale et pré-moderne liés à ce sujet, y compris les commentaires et passages recueillis par les érudits médiévaux Zhu Xi et Gu Yanwu[12]. Son étude inclut également onze traductions d'estampages d'inscriptions gravées sur des pierres, que Chavannes a relevés lui-même dans les temples situés sur et autour du mont Tai, ainsi qu’une carte topographique détaillée de la montagne, dessinée à la main par Chavannes lui-même[12]. Le style qu'utilise Chavannes dans Le T'ai Chan, avec des traductions annotées, des commentaires prolongeant le texte et des sources exhaustives est une source d’inspiration et une influence majeure pour les sinologues Français qui viennent après lui[13].

En 1912, Chavannes et son ancien élève Paul Pelliot, traduisent et éditent un traité manichéen chinois que Pelliot a découvert parmi les manuscrits de Dunhuang des grottes de Mogao. Le livre, publié à Paris sous le titre Un traité manichéen retrouvé en Chine, est salué par Berthold Laufer comme étant "peut-être la réalisation plus brillante de la sinologie moderne", après la mort de Chavannes en 1918[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ou Émmanuel-Édouard Chavannes si l'on en croit la nécrologie de Chavannes rédigée par Noël Péri.
  2. a, b, c, d, e, f, g et h Péri (1918): 73.
  3. a, b et c Honey (2001): 45.
  4. Cordier (1917): 115.
  5. a et b Cordier (1917): 116.
  6. de la Vallée Poussin (1918): 147.
  7. Laufer (1918): 202.
  8. a, b et c Laufer (1918): 205.
  9. a, b, c et d Laufer (1918): 203.
  10. a, b, c, d et e Laufer (1918): 204.
  11. Honey (2001): 46.
  12. a, b et c Honey (2001): 54-5.
  13. Honey (2001): 53.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Le Traité sur les sacrifices "Fong" et "Chan" de Se ma T'sien, traduit en français par Édouard Chavannes, Péking, 1890, XXXI-95 p.
  • Shiji, les mémoires de Sima Qian : Shiji : Les Mémoires historiques de Se-ma Ts'ien, traduits et annotés par Édouard Chavannes (Ernest Leroux, 5 t. en 6 vol., 1895-1905, réimpression Adrien Maisonneuve, 1967). Trad. Édouard Chavannes, Yves Hervouet, Jacques Pimpaneau, librairie You Feng, 9 vol., 2015-2017. [1] [2]
  • Cinq cents contes et apologues extraits du Tripitaka chinois et traduits en français, Ernest Leroux, 1910-1934, t. I, t. II, t. III, t. IV [3], Imprimerie Nationale, Librairie Ernest Leroux, 1839. Rééd. Adrien Maisonneuve, 1962.
  • Les Documents chinois découverts par Aurel Stein dans les sables du Turkestan oriental. Publiés et traduits par Édouard Chavannes, Oxford, 1913, XXIII-232 p. et XXXVI pl.

Monographies[modifier | modifier le code]

Nécrologies[modifier | modifier le code]

  • Laufer, Berthold (1918). "Édouard Chavannes". Journal of the American Oriental Society, vol. 38, pp. 202–205.
  • Cordier, Henri (1918). "Nécrologie – Édouard Chavannes" ("Obituary - Édouard Chavannes"), T'oung Pao 18, pp. 114–147.
  • Péri, Noël (1918). "Nécrologie – Edouard Chavannes" ("Obituary – Édouard Chavannes"). Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient 18, pp. 73–75.
  • de la Vallée Poussin, Louis (1918). "Obituary Notice – Édouard Chavannes", Bulletin of the School of Oriental Studies, University of London, vol. 1, no. 2, pp. 147–151.

Études sur Chavannes[modifier | modifier le code]

  • Émile Senart, "Édouard Chavannes", Journal asiatique, 1918, p. 189-195.
  • Henri Cordier, "Édouard Chavannes", Journal asiatique, 1918, p. 197-248.
  • Patrick Cabanel, « Emmanuel-Édouard Chavannes », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, p. 670-671 (ISBN 978-2846211901)
  • (en) David B. Honey, Incense at the Altar: Pioneering Sinologists and the Development of Classical Chinese Philology, New Haven, American Oriental Society,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]