Économie de la République de Macédoine

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République de Macédoine
Indicateurs économiques
Image illustrative de l'article Économie de la République de Macédoine
Skopje, capitale politique et économique de la Macédoine

Monnaie Denar (MKD)
Année fiscale 1er janvier - 31 décembre
Organisations internationales OMC, BRI, ICE, BIRD
Statistiques
Produit intérieur brut (parité nominale) 10,33 milliards de $ (2011)
Produit intérieur brut en PPA 21,62 milliards de $ (2011)
Rang pour le PIB en PPA 125e en 2011
Croissance du PIB 3 % (2011)
PIB par habitant en PPA 10 500 $ (2011)
PIB par secteur agriculture : 9,5 %
industrie : 27,1 %
services : 63,4 % (2011)
Inflation (IPC) 3,9 % (2011)
Pop. sous le seuil de pauvreté 30,9 % (2010)
Indice de développement humain (IDH) 0,701 ; 71e en 2010
Population active 942 400
Population active par secteur agriculture : 19,9 %
industrie : 22,1 %
services : 58 % (2010)
Taux de chômage 31,4 % (2011)
Principales industries Agroalimentaire, textiles, chimie, fer, acier, ciment, énergie, produits pharmaceutiques
Commerce extérieur
Exportations 3,34 milliards de $ (2011)
Biens exportés Agroalimentaire, tabac, textiles, produits manufacturés, fer et acier
Principaux clients Allemagne, Italie, Bulgarie, Grèce
Importations 7,007 milliards de $ (2011)
Biens importés Équipements, automobiles, produits chimiques, hydrocarbures, agroalimentaire
Principaux fournisseurs Allemagne, Grèce, Bulgarie, Royaume-Uni, Turquie, Italie
Finances publiques
Dette publique 28,2 % du PIB (en 2011)
Dette extérieure 6,609 milliards de $ (2011)
Recettes publiques 3,103 milliards de $ (2011)
Dépenses publiques 3,361 milliards de $ (2011)
Déficit public -2,05 % du PIB (2011)
Aide au développement -
Sources :
CIA World Factbook - Macedonia

La République de Macédoine possède une petite économie ouverte avec un taux d'inflation faible, mais pénalisée par le manque d'investissements étrangers et par sa vulnérabilité dans le système mondial. Le pays, qui était la république yougoslave la plus pauvre, a déclaré son indépendance en 1991 et connu une première décennie très difficile, à cause d'un conflit sur son nom avec la Grèce et des guerres de Yougoslavie qui lui ont fait perdre son premier partenaire économique, la Serbie. Le passage à l'économie de marché et la privatisation des entreprises d'État ne s'est achevée qu'après 2001.

L'économie macédonienne a aussi souffert de la guerre du Kosovo et du conflit ethnique qui a secoué le pays en 2001. Le pays possède enfin un taux de chômage élevé, toutefois biaisé par une économie parallèle importante. Des politiques nationales prudentes et rigoureuses ont permis au produit intérieur brut d'être en lente augmentation depuis 2002 et la monnaie nationale, le denar, est très stable. La Macédoine produit et exporte principalement des primeurs, du tabac, du textile, du plomb, du cuivre et du zinc et importe surtout des biens de consommation et des hydrocarbures.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le siège de la Stopanska Banka à Skopje

L'économie de la République de Macédoine est déjà en crise avant la déclaration d'indépendance en 1991. La République socialiste de Macédoine possède ainsi une dette publique énorme, contractée pour développer l'économie[1], qui s'élève à vingt milliards de dollars. En 1988, le taux d'inflation atteint les 250 % et 27 % de la population active est au chômage[2]. Après l'indépendance, en 1991, le pays amorce sa longue transition vers l'économie de marché. Le conflit du nom avec la Grèce influe considérablement sur la vie économique du pays, car Athènes lance rapidement une vaste campagne internationale afin d'empêcher la reconnaissance du pays et son accession aux institutions internationales[3], puis en 1992, elle ferme totalement sa frontière et impose un embargo sur le pétrole. Enfin, en février 1994, la Grèce déclare la fin totale des échanges économiques avec la Macédoine ; seule l'aide humanitaire peut franchir la frontière[4].

La Macédoine perd son principal port d'exportation, Thessalonique, et les Guerres de Yougoslavie empêchent le commerce avec la Serbie voisine. Le pays perd 60 % de son activité commerciale et frôle la faillite ; la pauvreté engendrée encourage enfin les activités illégales, dont est issu un tiers du PIB du pays et le denar doit sans cesse être dévalué jusqu'en 1995. L'année la plus difficile est 1993 : le PIB de la république chute alors de 21 %. La même année, le pays entame la privatisation des entreprises d'État[5]. La fin du conflit autour du nom signifie la fin du blocus grec, l'économie s'améliore légèrement. L'inflation, fixée à 2 200 % en 1992, est ainsi descendue à 55 % en 1995[6] et à moins de 5 % en 1997[5]. Le commerce d'exportation reste toutefois très faible, il ne vaut que 1,3 milliard de dollars en 1998, alors que celui de la Yougoslavie, alors soumise à un blocus international, s'élève à 2,9 milliards de dollars pour la même année[5]. Le PIB de la république, après avoir chuté de 15,7 % entre 1991 et 1993, connaît une faible augmentation de 1,7 % entre 1996 et 1998. Pendant les mêmes intervalles, la production industrielle a respectivement chuté de 14,4 % puis a augmenté de 3,1 % mais le taux de chômage, fixé à 19 % en 1991, atteint les 40 % en 1998 ; la Bosnie-Herzégovine est le seul autre pays issu de la Yougoslavie à avoir un chiffre aussi catastrophique[7]. En 1999, la guerre du Kosovo influe ensuite lourdement sur l'économie macédonienne puisque le pays ne peut plus exporter du tout vers la Yougoslavie et doit trouver des clients alternatifs, par exemple la Bulgarie, la Roumanie ou la Grèce[8].

Production de nickel près de Kavadartsi

Le conflit ethnique entre les Macédoniens et la minorité albanaise de 2001 a lui aussi des conséquences économiques. 2001 est pour la Macédoine une année de récession : le PIB baisse ainsi de 5 % et les investisseurs étrangers évitent le pays. Après les accords d'Ohrid qui met fin aux hostilités, l'économie s'améliore lentement, le PIB augmente de 0,3 % en 2002 et les investissements étrangers reprennent en 2003. Les accords d'Ohrid ont par ailleurs permis la stabilisation politique nécessaire au développement économique du pays[8].

La petite taille de la Macédoine rend son économie vulnérable et dépendante de l'intégration européenne. La république, qui ne fournissait que 5 % des revenus de la Yougoslavie dans les années 1980, est l'un des pays les plus pauvres d'Europe. Elle possède un taux d'inflation faible, mais un taux de chômage avoisinant les 30 % et elle peine encore à recevoir des investissements étrangers et à créer des emplois. Le pays connaît un important marché noir, estimé à plus de 20 % du PIB[9] et encouragé par la position du pays, situé sur les routes des trafiquants de drogue et de personnes[10]. Les gouvernements successifs ont imposé l'austérité économique, une politique monétaire prudente et de nombreuses réformes qui ont permis l'octroi de prêts importants et nécessaires au développement du pays. La crise financière mondiale de 2007 s'est surtout ressentie par la diminution des investissements extérieurs et par un grand déficit commercial[9]. La croissance économique a lentement repris en 2010, avec un chiffre estimé à 1,3 %[11].

Secteurs[modifier | modifier le code]

Champs de la plaine pélagonienne

En 2010, l'agriculture représentait 8,7 % du PIB, l'industrie, 22,1 % et les services, 69,2 %. L'agriculture, qui employait 19,9 % des travailleurs, est encore caractérisée par un très grand nombre de petites propriétés familiales. Les anciennes entreprises d'État, héritées du socialisme, sont généralement en difficulté financière à cause de privatisations inachevées. La République de Macédoine possède 10 140 km² de terres agricoles, qui représentent presque 39 % de son territoire. La moitié de ces terres sont dévolues aux cultures, l'autre moitié à l’élevage. Le pays compte aussi 37 % de zones montagneuses et forestières[12]. La Macédoine possède 48 606,75 hectares de forêts[13]. Les agriculteurs macédoniens produisent notamment du raisin, du vin, du tabac, des légumes, des fruits, du lait et des œufs[14].

L'industrie représente 22,1 % du PIB. Elle est encore marquée par les programmes économiques socialistes yougoslaves. Les usines sont généralement polluantes et obsolètes. Le secteur industriel macédonien produit du textile, des produits chimiques, du fer, de l'acier, du ciment, de l'électricité et des produits alimentaires et pharmaceutiques. Ces produits industriels sont principalement destinés à l'exportation, notamment vers l'Allemagne, la Grèce et l'Italie. La Macédoine importe de son côté de l'équipement industriel, des automobiles, des produits chimiques, des hydrocarbures et des produits alimentaires. Les services représentent 58 % du PIB[14].

Économie parallèle[modifier | modifier le code]

Une importante économie parallèle existe en Macédoine, elle est estimée à 20 % du PIB. Celle-ci existe surtout à cause de taxes sur les entreprises élevées, de l'augmentation de la législation économique, de la diminution de l'âge de départ à la retraite, du chômage et du déclin de la confiance et du respect vis-à-vis de l'État. La plupart des entreprises actuelles sont nées pendant la transition après l'indépendance. Elles se sont créées dans un contexte flou et laxiste. Cependant, depuis que la Macédoine est candidate à l'Union européenne, les règles deviennent de plus en plus contraignantes et nombre d'entrepreneurs ne peuvent pas les respecter sans risquer la faillite. En 2004, le nombre de travailleurs illégaux s'élève à 109 300, ce qui ramène le taux de chômage officiel de la même année, 35 %, à 20 %. Afin de remédier à l'économie illégale, le gouvernement macédonien a instauré en 2007 un impôt à taux unique pour les entreprises. Ce nouveau taux, inspiré de celui de l'Estonie, doit aussi attirer les entreprises étrangères[15].

Monnaie[modifier | modifier le code]

Billets macédoniens

La République de Macédoine a introduit sa propre devise, le denar, en 1992. Celui-c remplace alors le dinar yougoslave. il doit vite faire face à l'inflation très élevée, qui augmente en moyenne de 83 % par mois. Le gouvernement macédonien prend rapidement des mesures drastiques, comme la fixation du cours du denar sur celui du mark allemand (27:1[16]) et le gel des prix de l'énergie et de la nourriture. Après quatre mois, le taux d'inflation est descendu à 8 % par mois et les mesures prises par le gouvernement sont couronnées de succès puisque le denar est désormais une monnaie viable[17]. En mai 1993, un nouveau denar est introduit, il vaut 100 anciens denars[18].

En 1998, le denar est fixé à l'euro, et son taux de change demeure fixe depuis[19]. L'euro est accepté en Macédoine pour les sommes importantes, mais le denar reste toujours utilisé pour les petites transactions[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Andrew Rossos, Macedonia and the Macedonians: A History, Hoover Press, 2008, p. 246
  2. Valentina Georgieva et Sasha Konechni, Historical Dictionnary of the Republic of Macedonia, Scarecrow Press, 1998, p. 23
  3. Valentina Georgieva et Sasha Konechni, op. cit., p. 20
  4. Crampton 2002, p. 295
  5. a, b et c John R. Lampe, Yugoslavia as History: Twice there was a Country, Cambridge University Press, 2000, p. 402-401
  6. Valentina Georgieva et Sasha Konechni, op. cit., p. 94
  7. John R. Lampe, op. cit., p. 398
  8. a et b Andrew Rossos, op. cit, p. 277
  9. a et b (en) « Macedonia », sur CIA - The World Factbook (consulté le 15 mai 2011)
  10. (en) « FYRO_Macedonia », Crime and Society (consulté le 15 mai 2011)
  11. (en) « Macedonia », sur U.S. Department of State (consulté le 15 mai 2011)
  12. |(en) European Commission – Agriculture and Rural development
  13. (en) Office macédonien des statistiques - Recensement de l'agriculture 2007
  14. a et b (en) « Macedonia », Cia - The World Factbook (consulté le 22 mai 2011)
  15. (en) Assessing handicraft shadow economy in Macedonia
  16. Capital markets in Central and Eastern Europe, Christian Helmenstein, 1999, p. 132
  17. Banking reforms in South-East Europe, Željko Šević, Edwar Elgar Publishing Limited, 2002, p. 264
  18. Eastern Europe and the Commonwealth of Independent States 1999, Europa Publications Limited, p. 538
  19. Macedonia, Thammy Evans, Bradt Travel Guide, 2009, p. 26
  20. Lonely Planet Western Balkans, Marika McAdam, 2009, p. 329

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) R. J. Crampton, The Balkans Since 1945, Longman,‎ 2002 (ISBN 0582248825)Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]