Vautour

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Vautour
Nom commun ou
nom vernaculaire ambigu :
L'expression « Vautour » s'applique en français à plusieurs taxons distincts. Page d'aide sur l'homonymie
Vautour nubien (Torgos tracheliotus)
Vautour nubien (Torgos tracheliotus)
Taxons concernés

Plusieurs espèces des familles

Le terme vautour est un nom vernaculaire désignant certains oiseaux rapaces diurnes présents sur presque tous les continents. Les vautours sont des animaux nécrophages qui se nourrissent principalement de carcasses d'animaux et à ce titre en tant qu'« équarrisseurs naturels » [1], ils fournissent un service écosystémique particulièrement important, dans une niche écologique essentielle à la bonne santé de tous les autres animaux, ainsi qu'à celle de l'homme. Le terme ne doit pas être confondu avec celui d'autour qui désigne d'autres rapaces.

Zoologie[modifier | modifier le code]

Familles et espèces[modifier | modifier le code]

Les vautours ne forment pas un taxon monophylétique. Leurs ressemblances relèvent plus d'un phénomène de convergence évolutive que d'une proche parenté. On les retrouve dans deux ordres distincts :

Ces deux familles ont suivi une évolution convergente car occupant une même niche écologique. Pour dépecer les carcasses, ces espèces ont le cou long et la tête nue. Leurs larges ailes sont idéales pour les longs vols, et le planage, en quête d'une carcasse.

Dénomination et étymologie[modifier | modifier le code]

Portrait d'un jeune vautour.

Le terme vautour[2] dérive du latin vultur issu du terme vellere « l'arracheur, le ravisseur », via le latin populaire *vultōre, racine que l'on retrouve également dans l'italien avvoltore, dans le roumain vultur et dans le catalan voltor[3], et bien sûr dans le genre Vultur. Ce terme est utilisé pour les espèces :

Famille des Cathartidae (vautours du Nouveau Monde) :

Famille des Accipitridae :

Anatomie[modifier | modifier le code]

L'une des principales caractéristiques anatomiques des vautours est leur tête dépourvue de plumes et donc à la place, recouverte d'un fin duvet. On attribue souvent un rôle adaptatif à ce caractère, car leur mode d'alimentation contraint leur tête à être très souvent recouverte de sang, endroit particulièrement difficile à nettoyer. Ils ont également un long cou. Ils repèrent les carcasses principalement grâce à leur vue perçante. Certains observateurs leur prêtent un sens de l'odorat développé, rare chez les rapaces en particulier et chez les oiseaux en général.

Reproduction[modifier | modifier le code]

Les vautours pondent un seul œuf par saison de reproduction, ce qui rend leur population d'autant plus vulnérable. Les vautours de l'Ancien Monde construisent un nid, ceux du Nouveau Monde pondent à même le sol.

Alimentation[modifier | modifier le code]

Vautour fauve planant

Les vautours se nourrissent de carcasses d'animaux morts. Ils chassent en volant haut dans le ciel pour repérer les animaux morts ou proches de la mort. Une grosse proie telle qu'une vache ou un dromadaire est souvent partagée par plusieurs oiseaux.

Ces habitudes alimentaires amènent les vautours à participer activement à l'élimination naturelle et rapide des cadavres de gros animaux, aussi bien des animaux sauvages dans les régions peu habitées par l'homme que des animaux d'élevage, tels que des moutons ou des vaches.

Rôle écologique[modifier | modifier le code]

Le rôle écologique de ces grands rapaces est très important. En nettoyant les carcasses, ils peuvent éviter la transmission d'une maladie épidémique, ou même, près des villages empêcher la puanteur des corps en putréfaction, ou consommer les ordures ménagères.

En Asie et en Inde notamment, les vautours[4],[5],[6] sont décimés par une insuffisance rénale chronique. Elle est causée par l'ingestion de chairs de cadavre de bétail qui contiennent des traces résiduelles de diclofénac[7], un médicament de la classe des anti-inflammatoires non stéroïdiens. Trois espèces de vautours ont pratiquement disparu, les autres étant protégées par leurs répartitions plus importantes. Cela a des conséquences sanitaires néfastes : les charognes sont sources d'épidémies, humaines ou animales. Les autres charognards (canidés ou milan) sont insuffisants ou en contact trop étroit avec l'homme (dans ce dernier cas, ces charognards deviennent eux-mêmes propagateurs de la maladie).

Symbolisme et réputation[modifier | modifier le code]

Religion[modifier | modifier le code]

A

Le vautour était l'objet d'un culte dans la Mythologie égyptienne : Mout qui symbolise les valeurs maternelles, et surtout Nekhbet représentant la Haute-Égypte.

Ils jouaient aussi un rôle dans le zoroastrisme. Ainsi, dans le parsisme, on donne les morts en pâture aux vautours au lieu de les enterrer ou de les brûler (la terre et le feu étant des éléments sacrés).

Réputation[modifier | modifier le code]

Oiseau8.jpg

En Occident, on attribue aux vautours, comme à beaucoup de charognards, une mauvaise réputation. Ils sont associés non seulement à la mort mais aussi à l'attente gourmande et morbide que leur proie meure.
Ainsi, un vautour désigne une personne qui sait attendre que sa victime soit affaiblie et sans défense pour pouvoir la piller. Dans certaines œuvres de fiction telles que Lucky Luke, les vautours (plus précisément le Condor de Californie) planent au-dessus des personnages en difficulté dans le désert ou tiennent compagnie au croque-mort de la ville.

État des populations[modifier | modifier le code]

Les vautours sont en régression presque partout, et ont disparu d'une grande partie de leur aire naturelle de répartition[8] ; en 2010, 14 espèces sur 23 (soit 61% des espèces de vautour) sont menacées d'extinction[8]`; les effondrement les plus rapides de population ont lieu en Asie et Afrique[8]

En tant que nécrophages, ce sont des espèces naturellement très résistantes aux microbes, mais en consommant les cadavres d'animaux empoisonnés ou en ingérant des plombs de chasse ou balles de munitions de chasse en plomb, ils meurent fréquemment de saturnisme aviaire et sont particulièrement vulnérable à différents poisons (dont le plomb[9]). À titre d'exemple sur 20 vautours appartenant à une espèce en voie de disparition (Aegypius monachus) trouvés morts en hivernage en Corée (après être passé par la Chine en venant de Mongolie), 14 présentaient une teneur en plomb de niveau potentiellement toxique dans le foie ou les reins (> 6 ppm en poids à sec et d'environ 2 ppm en poids humide) ; ils ont probablement acquis ce plomb en ingérant des chairs de carcasses contaminées par le plomb le long de leur route migratoire ou en Mongolie dans leur zone de reproduction.

De telles intoxications peuvent aussi se produire en captivité, notamment après décapage du minium de plomb (peinture antirouille) lors de la réfection de volières[10]. On peut les soigner par des chélateurs, qui sont eux-mêmes dangereux pour l'animal (cf. baisse du taux de fer sanguin notamment)[10], nécessitent plusieurs mois de convalescence et n'empêchent pas la mort du poussin à partir d'un œuf pondu plusieurs mois[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chassagne M (1997) Les Vautours équarrisseurs naturels des Grands Causses. Thèse de Doctorat Vétérinaire, Lyon, 280 p.
  2. « Vautour […] est attesté sous diverses formes en ancien et en moyen français, parmi lesquelles voltur (XIIIe s.), coltour (v. 1265), vouteur (1352-1356), voultour (1546) ; la forme moderne en veau- (1564) est probablement une forme dialectale du Sud-Ouest. Le mot est un emprunt au latin classique voltur ou vultur, « oiseau de proie de grande taille », employé aussi au figuré pour « personne avide, dure ». Ce mot serait apparenté à vellere « arracher, extirper » (⟶ laine, révulsion) ; cependant, on a aussi évoqué un mot étrusque signifiant littéralement « l'oiseau de dieu vel ». On relève aussi des formes qui reprennent le dérivé latin vulturius de même sens, comme voutoir (XIIIe s.), voultoir (v. 1375). […] »

    — Alain Rey (dir.), Le Robert Dictionnaire historique de la langue française, Paris, Dictionnaires Le Robert, nouvelle édition janvier 1994, tome II, p. 2219.

  3. Définitions lexicographiques et étymologiques de « Vautour » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  4. (en) R Cuthbert, RE Green, S Ranade, S Saravanan, DJ Pain, V Prakash, AA Cunningham, « Rapid population declines of Egyptian vulture (Neophron percnopterus) and red-headed vulture (Sarcogyps calvus) in India », Animal Conservation, vol. 9, no 3,‎ 2006, p. 349–354 (DOI 10.1111/j.1469-1795.2006.00041.x, résumé)
  5. Swan G, Naidoo V, Cuthbert R, Green RE, Pain DJ, Swarup D, Prakash V, Taggart M, Bekker L, Das D, et al (2006), Removing the threat of diclofenac to critically endangered Asian vultures.. PLoS Biol. mars 2006 ; 4(3):e66. Epub 2006-01-31 (résumé)
  6. Shultz S, Baral HS, Charman S, Cunningham AA, Das D, Ghalsasi GR, Goudar MS, Green RE, Jones A, Nighot P, et al. (2004), Diclofenac poisoning is widespread in declining vulture populations across the Indian subcontinent ; Proc Biol Sci. 2004-12-7; 271 Suppl 6:S458-60 (résumé).
  7. [PDF] « Néphrologie Les reins de vautour ne tolèrent pas le diclofénac » (consulté le 20 mai 2011), p. 3
  8. a, b et c Ogada DL, Keesing F, Virani MZ (2012), Dropping dead : causes and consequences of vulture population declines worldwide. Ann N Y Acad Sci. 2012 Feb; 1249:57-71. Epub 2011-12-16 (résumé).
  9. Nam DH, Lee DP. (2009) Abnormal lead exposure in globally threatened Cinereous vultures (Aegypius monachus) wintering in South Korea. Ecotoxicology. fév. 2009 ; 18(2):225-9. Epub 2008 Nov 4. (résumé)
  10. a, b et c Pikula J, Hajkova P, Bandouchova H, Bednarova I, Adam V, Beklova M, Kral J, Ondracek K, Osickova J, Pohanka M, Sedlackova J, Skochova H, Sobotka J, Treml F, Kizek R. (2013) Lead toxicosis of captive vultures: case description and responses to chelation therapy ;BMC Vet Res. 2013 Jan 16;9:11. doi: 10.1186/1746-6148-9-11 ([Résumé])

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]