Kundun (film)

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Kundun

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Décors du film

Réalisation Martin Scorsese
Scénario Melissa Mathison
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Drame historique
Sortie 1997
Durée 134 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Kundun est un film américain réalisé par Martin Scorsese et sorti en 1997. Sur un scénario écrit par Melissa Mathison à partir d'une quinzaine d'entretiens avec le 14e dalaï-lama, le film retrace la jeunesse de celui-ci, de sa naissance dans une famille paysanne à son exil en Inde, en 1959. Tenzin Thuthob Tsarong, petit-neveu du dalaï-lama, joue le rôle de ce dernier.

Le nom de « Kundun », qui signifie littéralement la « présence », est le titre par lequel on s'adresse au dalaï-lama. Il s'écrit སྐུ་མདུན་ en tibétain.

La majeure partie du film a été réalisée aux Studios de Film d'Atlas à Ouarzazate, Maroc.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Décor de l'école bouddhiste filmée à Ouarzazate.

En dehors de séquences brèves se déroulant en Chine et en Inde, le film se passe entièrement au Tibet. Il commence avec la recherche de la 14e réincarnation du dalaï-lama, Tenzin Gyatso. À la suite d'une vision de Reting Rinpoché (le régent du Tibet), plusieurs lamas se sont déguisés en serviteurs et découvrent l'emplacement d'un candidat prometteur : un enfant né dans une famille de paysans pauvres près de la frontière chinoise. Ceux-ci et d'autres lamas soumettent l'enfant à une épreuve dans laquelle il doit choisir parmi divers objets ceux qui ont appartenu au dalaï-lama précédent. L'enfant passe l'épreuve avec succès ; lui et sa famille sont amenés à Lhassa, où il sera installé comme dalaï-lama quand il grandira.

Decors du film

Pendant le voyage, l'enfant devient nostalgique et effrayé, mais il est réconforté par Reting Rinpoché, qui lui raconte l'histoire du 1er dalaï-lama – que les lamas appellent « Kundun ».

À mesure que le film avance, le garçon mûrit en âge et en érudition. Suit une lutte de pouvoir brève dans laquelle Reting est emprisonné et meurt. Le dalaï-lama commence à prendre un rôle plus actif dans le gouvernement et la direction religieuse.

Entre-temps, les Communistes chinois, récemment victorieux dans leur révolution, proclament le Tibet comme étant une partie traditionnelle de Chine suivant l'incorporation en 1710 dans la dynastie Qing et la reconnaissance successive par les gouvernements occidentaux de la souveraineté de Chine sur le Tibet[1] et expriment leur désir de le réunifier avec leur patrie. Finalement, malgré l'Appel du Tibet aux Nations unies et les demandes d'intervention aux États-Unis, au Royaume-Uni et à l'Inde, l'Armée chinoise entre au Tibet.

Les Chinois étaient serviables au début, mais quand les Tibétains résistent à la réorganisation et la rééducation communistes de leur société, de même qu'à la réforme agraire pour redistribuer des terres, les Chinois deviennent oppressifs aux yeux de beaucoup.

Il s'ensuit une série d'atrocités endurées par son peuple, le dalaï-lama veut rencontrer le Président Mao Zedong à Pékin, contraint par les circonstances et ses convictions de prendre ce grand risque. Cependant, pendant leur face-à-face le jour final de la visite du dalaï-lama, Mao précise sa vision : « la religion est un poison » et « les Tibétains sont empoisonnés ».

À son retour au Tibet, le dalaï-lama apprend des horreurs encore plus terribles commises contre son peuple, qui a rejeté maintenant le traité avec la Chine et entre dans une action de guérilla contre les Chinois. Finalement, après que les Chinois précisent leur intention de le tuer, le dalaï-lama est convaincu par sa famille et son chambellan de fuir en Inde.

Après avoir consulté l'oracle sur l'itinéraire à suivre, le dalaï-lama et son personnel quittent Lhassa sous un déguisement à la faveur de l'obscurité. Pendant un voyage périlleux, où ils sont poursuivis par les Chinois, le dalaï-lama tombe malade et éprouve plusieurs visions du passé et de l'avenir. Finalement, le groupe franchit un col dans la montagne à la frontière indienne. Alors que le dalaï-lama marche vers le poste de garde, un garde indien s'approche de lui, le salue, et demande : « Puis-je vous demander, êtes-vous le Seigneur Bouddha ? ». Le dalaï-lama répond, dans ce qui est la scène finale du film : « Je pense que je suis un reflet, comme la lune sur l'eau. Quand vous me voyez m'efforcer d'être un homme bon, vous vous voyez ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Coproductrice : Melissa Mathison
Producteur délégué : Laura Fattori
Producteurs associés : Scott Harris et Perry Santos
  • Sociétés de production : De Fina-Cappan, Dune Films, Refuge Productions Inc. et Touchstone Pictures
  • Société de distribution :
Drapeau des États-Unis États-Unis : Buena Vista Pictures
Drapeau de la France France : AMLF
Drapeau des États-Unis États-Unis : 25 décembre 1997
Drapeau de la France France : 27 mai 1998

Distribution[modifier | modifier le code]

Conseiller[modifier | modifier le code]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Le film repose sur deux sources relevant du 14e dalaï-lama en personne : son livre autobiographique My Land and My People (1962) et les « révélations intimes » (selon les producteurs du film) qu'il a faites à la scénariste Melissa Mathison au cours d'une quinzaine d'entretiens[5],[6]. La succession des événements y suit celle qui existe dans My Land and My People, depuis la découverte du futur dalaï-lama en 1937, à l'âge de deux ans, en tant que réincarnation du 13e dalaï-lama, jusqu'à son départ en exil en 1959. Le film a été tourné avec l'aval du dalaï-lama en personne[7]. Le point de vue adopté est un point de vue subjectif, celui du dalaï-lama[8]. Cela fait du film, pour reprendre les termes de l'universitaire Marc Abramson[9], « une autobiographie autorisée, officielle, narrée uniquement du point de vue du dalaï-lama » à travers les quatre acteurs qui incarnent son personnage à différents âges[10],[11]

Critiques cinématographiques[modifier | modifier le code]

Pour Jean-Claude Loiseau, critique du journal Télérama, la scénariste Melissa Mathison, a trouvé son inspiration à la source : le récit est « respectueusement nourri des souvenirs recueillis auprès de Sa Sainteté. C'était une garantie d'authenticité ». Kundun, ne laisse pas une trace mémorable dans la carrière de Scorsese mais « témoigne avec une belle dignité, et sans emphase, pour une civilisation en danger de mort. Un film pour mémoire »[12].

Pour le sinologue Marc Abramson, le film est une quasi hagiographie, qui retrace l'évolution du dalaï-lama en parangon du bouddhisme[13]. James Berardinelli, pour sa part, trouve que le metteur en scène manifeste trop de déférence vis-à-vis de la figure du dalaï-lama, présentant celle-ci comme une source de sagesse omnisciente et quasiment sans défauts, ce qui ôte profondeur et intérêt au personnage du film[14].

Un autre critique, Karen Jaehne, trouve que Scorsese a réalisé « une hagiographie tronquée », faisant l'impasse sur l'existence dans l'ancien Tibet d'une caste d'esclaves et de problèmes graves comme la mortalité infantile[15]. Sheldon H. Liu, pour sa part, note que la description simpliste des pieux Tibétains et la caricature grossière des Chinois rendent le film bien peu attrayant[16].

Réactions chinoises[modifier | modifier le code]

Avant même la sortie du film, les dirigeants chinois se sont vivement opposés à Disney sur le plan de la distribution du film, au point de menacer l'accès futur de Disney à la Chine comme un marché[17].

À la suite du film, le Gouvernement chinois a interdit à Scorsese et Mathison (ainsi qu'à plusieurs autres membres de la production) d'entrer au Tibet.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Source : IMDb[18]

Australian Film Institute Awards 1997
Nomination au prix du meilleur film étranger
Boston Society of Film Critics Awards 1997
Meilleure photographie pour Roger Deakins
New York Film Critics Circle Awards 1997
Meilleure photographie pour Roger Deakins
Oscars 1998
Nomination à l'Oscar de la meilleure direction artistique pour Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo
Nomination à l'Oscar de la meilleure photographie pour Roger Deakins
Nomination à l'Oscar de la meilleure création de costumes pour Dante Ferretti
Nomination à l'Oscar de la meilleure musique de film pour Philip Glass
Golden Globes 1998
Nomination au Golden Globe de la meilleure musique de film pour Philip Glass
Las Vegas Film Critics Society Awards 1998
Sierra Award de la meilleure musique de film pour Philip Glass
National Society of Film Critics Awards 1998
Meilleure photographie pour Roger Deakins
American Society of Cinematographers Awards 1998
Nomination à l'ASC Award de la meilleure photographie pour Roger Deakins

En 1998, le Dalaï Lama a remis le Prix Lumière de la vérité Martin Scorsese et Melissa Mathison pour le film Kundun[19],[20].

La bibliothèque dans le film

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. [1]
  2. Laurent Rigoulet «Recréer ce sentiment de perte d'un monde». Thelma Schoonmaker a dirigé le montage long et délicat de Kundun Libération, 27 mai 1998
  3. Dates de sortie - Internet Movie Database
  4. (en) Born in Lhasa, The Autobiography of Namgyal Lhamo Taklha, Wisdom Books
  5. (en) Heather Clisby, Kundun, Movie Magazine International, 1/21/98 : « Melissa Mathison's screenplay was compiled from nearly 15 interviews with His Holiness. »
  6. Melissa Mathison, qui milite pour l'indépendance du Tibet, est membre du conseil d'administration de l'International Campaign for Tibet, cf (en) A Conversation with the Dalai Lama, rollingstone.com, July 21, 2011.
  7. (en) John Nesbit, Kundun (1997), Old School Reviews : « Filmed with the approval of the 14th Dalai Lama himself ».
  8. (en) Jerry Saravia, review of Kundun (1997), imdb.com : « All of "Kundun" is very subjective : it is all told from his [theDalai Lama's] point-of-view. »
  9. étudiant en thèse en histoire chinoise et de l'Asie centrale à l'université de Princeton, cf Marc Abramson, op. cit. :« Marc Abramson is a Ph.D. candidate in Chinese and Inner Asian History at Princeton University. »
  10. Marc Abramson, Mountains, monks and mandalas: 'Kundun' and 'Seven Years in Tibet', in Cineaste, Vol. 23, No.3, Summer 1998, pp. 8-12 : « Kundun follows in its sequence of events the Dalai Lama's own autobiography, My Land and My People (though, as the production notes inform us, the screenplay is based largely on his "personal revelations" to Mathison) from his discovery in 1937 at the age of two as the fourteenth incarnation of the Dalai Lama to his flight from Lhasa in 1959 and the beginning of his period of exile which has extended up to the present. The film is thus an authorized autobiography, told exclusively from the perspective of the Dalai Lama as portrayed by four different actors. »
  11. (en) Alex von Tunzelmann, Kundun : no giggles from the Dalai Lama, theguardian.com, 14 December 2008 : « Kundun is faithful to the Dali Lama's own autobiography ».
  12. Jean-Claude Loiseau Kundun Télérama.fr
  13. Marc Abramson, Mountains, monks and mandalas: 'Kundun' and 'Seven Years in Tibet', in Cineaste, Vol. 23, No.3, Summer 1998, pp. 8-12 : « Kundun is a virtual hagiography of the Dalai Lama, who is presented as evolving into a Buddhist exemplar. »
  14. (en) Kundun, a Film Review by James Berardinelli, sur le site reelviews.net : « The director exhibits far toomuch reverence for the suject of this biography. [...] Because Kundun regards its subjects as an all-knowing font of wisdom, he is presented virtually without flaws and that makes for a thin and uninteresting individual. »
  15. (en) Kundun by Karen Jaehne, sur le site Film Scouts Reviews, s. d. : « Martin Scorsese has made a truncated hagiography of the 14th reincarnation of the Buddha of Compassion. Indeed, Scorsese doesn't show us the caste of slaves in "traditional" Tibet or mention unsavory problems like the alarming infant mortalitry rate. »
  16. (en) Sheldon H. Liu, Chinese Modernity and Global Biopolitics: Studies in Literature and Visual Culture, University of Hawaii Press, 2007, 264 p., p. 118 : « The simplistic portrayal of pious Tibetans and the gross caricature of the Chinese in the film also stand in the way of an engaging drama. »
  17. (en) Disney's China Policy, Time magazine.
  18. (en) Awards - Internet Movie Database
  19. (en) Martin Scorsese receives award from the Dalai Lama for his film "Kundun"
  20. (en) USA: DALAI LAMA PRESENTS AWARD TO FILM DIRECTOR MARTIN SCORSESE