Jean-Pierre Rosnay

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Jean-Pierre Rosnay

Nom de naissance Jean Roméas
Activités Poète
Naissance 8 avril 1926
Lyon
Décès 19 décembre 2009 (à 83 ans)
Paris
Langue d'écriture Français
Genres Poésie

Jean-Pierre Rosnay, né le 8 avril 1926 à Lyon et mort le 19 décembre 2009 à Paris, est un poète et écrivain français du XXe siècle. Poursuivant sans relâche un combat pour rendre la poésie contagieuse et inévitable, son nom est devenu indissociable du Club des poètes[1] et du rituel « Bonsoir, amis, bonsoir ! » par lequel débutaient ses émissions de poésie à la radio et la télévision.

Biographie[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

Il est issu d'un milieu populaire (son père Gabriel était contremaître à l'usine Berliet[2]), il découvre la poésie par un oncle qui lui fait lire les classiques. Engagé très jeune dans la Résistance armée contre les nazis, il en garde des blessures irréparables et un profond sens de la révolte. Fonde après guerre le mouvement des Jeunes Auteurs Réunis, à travers lequel il publie ses premiers recueils de poèmes. Fonde en 1961 le cabaret Club des poètes[1] (poèmes dits, poèmes chantés) pour dit-il « rendre la poésie contagieuse et inévitable ». Parallèlement, il anime des émissions de poésie à la radio et la télévision jusqu'en 1983, et tient la rubrique poésie de l'hebdomadaire Les Nouvelles Littéraires.

Enfance à Lyon[modifier | modifier le code]

Descendant de romanis sédentarisés, il naît dans une famille protestante, à Monplaisir-la-Plaine un quartier de Lyon le 8 avril 1926.

Monplaisir qui fait alors partie du 7e arrondissement de Lyon (aujourd'hui du 8e arrondissement) abrite des familles ouvrières de toutes nationalités qui travaillent dans les nombreuses industries locales. Jean-Pierre Rosnay en parle comme d'une « espèce de guetto où tous les arméniens, les espagnols, les italiens sont venus se donner rendez-vous[3]. »

À 5 ans, il perd sa mère Violette, qui ne cessera d'habiter son œuvre par la suite et dont il prendra le nom de famille. Il est alors élevé par une tante, jusqu'au remariage de son père. Habitant un quartier populaire, il apprend à se battre, et l'enfant gringalet se défend très bien puisque selon son instituteur pour l'empêcher de se battre « il faudrait l'enfermer ». Ce sens de la bagarre l'habitera toujours, non pour agresser mais pour se défendre ou pour lutter contre l'oppression.

À 12 ans, il est mis en pension à l'internat municipal de Tourvielle[3], s'enfuit l'année suivante et se réfugie dans une ferme à Saint-Paul-Trois-Châteaux[4].

Découverte de la poésie[modifier | modifier le code]

Son oncle Justin, ancien professeur de l'École normale[3] l'initie très tôt à la poésie, lui faisant lire des classiques à voix haute, ne pouvant plus lire lui-même. Cette "formation" aux classiques marquera son style d'écriture, la phrase rimant naturellement (et rythmiquement), mêlant dans une langue impeccable un vocabulaire simple et contemporain, et des mots un peu désuets. De son propre aveu, Jean-Pierre Rosnay combattra cette tendance qui procure pourtant à ses poèmes un charme certain (tout en reconnaissant que notre oreille restera longtemps encore accoutumée à la prosodie classique).

Engagement dans la Résistance[modifier | modifier le code]

En octobre 1941, il entre dans les maquis de la Résistance contre le nazisme à l'âge de 15 ans et demi.

Sous le pseudonyme de "Bébé", il appartient au Premier groupe franc de l'Armée Secrète commandée par le futur général Jean Vallette d'Osia. Il combat en Haute-Savoie, au Mont Mouchet et dans le Maquis du Vercors. Il reçoit la Croix de guerre à 17 ans.

Les circonstances[modifier | modifier le code]

« Les circonstances ont fait de moi à 15 ans et demi, un membre du premier groupe-franc de l'Armée secrète en Haute-Savoie »

Son père Gabriel Roméas était un membre important de la Résistance en Rhônes-Alpes (mouvement Combat[2]). Un soir d'octobre 1941 son père ne revient pas. Suivant les instructions de celui-ci, Jean-Pierre Rosnay détruit des papiers et rejoint un contact. Il demande à se battre. On regarde avec étonnement ce gringalet de 15 ans. Cependant c'est le fils de Gabriel. Alors, on le prévient qu'il règne de dures conditions "là-haut" et qu'il n'est pas permis de redescendre du maquis. Devant son obstination on le conduit au camp du Grand-Môle, situé au-dessus du village de Saint-Jeoire, en Haute-Savoie. Il s'agit alors du premier maquis de France, qui compte une trentaine de jeunes gens[2] (plus tard l'Armée Secrète s'organisera en trentaines)[5].

À 15 ans, Jean-Pierre Rosnay en est le benjamin. Mais il faut bien comprendre que dans ces premières années de guerre les maquisards sont tous très jeunes, leur chef Henri Plantaz-Lavaz n'a que 19 ans[6]. Ils sont « ces adolescents ivres de liberté, infiniment neufs, ces anges, dont quelques-uns étaient imberbes - les autres fiers de leur poils au menton »[7].

Lorsqu'il doit adopter un pseudonyme, il propose Tom Mix. On se moque de lui : "bébé, va". Et Bébé devient son nom de guerre.

Avant de dire un poème sur la Résistance ou d'évoquer un fait d'armes, Jean-Pierre Rosnay rappelait toujours ce rôle des circonstances, en minimisant ainsi son engagement pourtant volontaire dans la Résistance.

Les combats[modifier | modifier le code]

Sous le pseudonyme de "Bébé", il appartient au Premier groupe franc de l'Armée Secrète commandée par le général Jean Vallette d'Osia. Il combat tout d'abord en Haute-Savoie, fait partie des combattants envoyés prendre part à la Bataille du Mont Mouchet en mai 1944 en Haute-Loire et en Lozère. Il écrit des poèmes et des chansons de marche pour soutenir le moral des combattants. Il aura la surprise d'entendre certains de ses poèmes sur les ondes de Radio Londres. A Combovin, dans le Vercors, les maquisards croisent la communauté de Boimondeau créée par Marcel Barbu.

En 1944, chargé d'éliminer Klaus Barbie, il est arrêté à la suite d'une trahison. Incarcéré à l'École de santé militaire, siège de la Gestapo de Lyon, il est torturé pendant 4 mois par les services de Klaus Barbie. Il s'en évade et rejoint le maquis du Vercors pour reprendre le combat jusqu'à la Libération. Il y sera gravement blessé lors de l'attaque d'un convoi allemand ; la vision du ciel bleu précédant son évanouissement et le souvenir de ses amis tombés à ses côtés le poursuivront toute sa vie ; il cherchera longtemps à en donner l'écho dans ses poèmes (la vision du ciel « brûlé [par] la flamme d'un invisible chalumeau jusqu'à ce bleu douloureux » sera retranscrite 40 ans plus tard dans le poème « Fragments et reliefs »).

Enrôlé dans l'armée régulière, il sert brièvement dans les forces d'occupation en Alsace et en Allemagne[4].

Les JAR[modifier | modifier le code]

Il fonde après la guerre le mouvement poétique des Jarivistes (JAR : "Jeunes auteurs réunis") auquel participèrent entre autres son beau-frère Georges Moustaki, Guy Bedos, Georges Brassens, etc., et qui défraye la chronique en organisant des « scandales poétiques » (enlèvement de Julien Gracq, enterrement de l'existentialisme), dans la lignée des surréalistes à l'égard de qui il prend pourtant des distances en affirmant renouer avec une tradition poétique qui fait rimer le cœur avec la raison.

Après Robert Desnos, avec Philippe Soupault et André Frédérique, il est un des précurseurs d'une poésie qui prend à contre-pied le mythe du poète maudit et prétend trouver son public, en ne négligeant pas d'utiliser pour cela les nouveaux médias : radio, télévision, téléphone, minitel, internet... ou le cabaret.

Radio et télévision[modifier | modifier le code]

Dès le début des années 1960, il présente des émissions poétiques à la radio et à la télévision, intitulées « Le Club des poètes », et commençant par sa célèbre formule « Amis de la poésie, bonsoir! » ou parfois « Bonsoir amis, bonsoir! ».

Plusieurs fois censurées à cause d'un ton très libre, ses émissions "à éclipse" se sont prolongées pendant 25 ans. Ainsi en pleine guerre d'Algérie le poème Liberté Égalité Fraternité de Victor Hugo fait scandale et l'émission est interdite plusieurs années, plus tard les interviews de Louis Aragon ou Pablo Neruda disparaissent mystérieusement (et l'émission est interdite...).

Éclectiques, d'un ton très libre et n'acceptant aucune hiérarchie établie, ses émissions proposaient aussi bien des poèmes d'humour, des fables pour les enfants, des poèmes classiques, des poèmes mis en musique ou dits à plusieurs voix, des auteurs classiques, célèbres ou injustement méconnus (Louis Emié, Yvan Goll, Saint-Pol-Roux, ...), etc.

Le cabaret Club des poètes[modifier | modifier le code]

En 1961 il fonde le Club des poètes, un cabaret où, avec sa « muse » (c'est son mot) et épouse Tsou, il organise des rencontres avec des poètes et des spectacles poétiques, où viennent lui rendre visite, entre autres, Louis Aragon, Raymond Queneau, Pablo Neruda, Ana Blandiana, Vinícius de Moraes, Ma Desheng, Michel-Georges Micberth, etc. Il organise en 1978, avec Léopold Sédar Senghor, le premier Festival international de poésie de Paris, qui accueille des poètes du monde entier, à l'occasion de spectacles dans tous les hauts-lieux poétiques parisiens (hommage à Apollinaire au Pont Mirabeau, "Poètes devant Dieu" à Notre-Dame de Paris, Récital Victor Hugo, Place des Vosges). À la mort de Jean Pierre Rosnay, le club est repris par son fils, Blaise Rosnay.

Œuvre poétique[modifier | modifier le code]

Dès ses premiers recueils publiés aux édition des Jeunes auteurs réunis (JAR), dont il était l'animateur, Jean-Pierre Rosnay inaugure une parole poétique qui, sans se préoccuper des Écoles et des théories, a pour vocation de rejoindre son lecteur dans son expérience la plus simple et la plus intime de la vie, dans une langue limpide, chaleureuse et accessible, qui ne veut parler que de l'essentiel : la vie, l'amour, la mort, les enfants, et encore la vie. Marqué par son expérience de Résistant, dont il dévoile l'initiation spirituelle dans son premier livre publié chez Gallimard et salué en 1957 par Raymond Queneau, Le Treizième Apôtre, il trouve dans la poésie une forme de Résistance prolongée contre la brutalité des hommes. « J'ai le regret du sang versé / Maudit soit le bruit de la guerre / Tous ceux qui ont connu ma mère / Iront au ciel la retrouver ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

Traductions en langues étrangères[modifier | modifier le code]

  • When A Poet Sees A Chestnut Tree, choix de poèmes, bilingue anglais-français, traduction et présentation de Jim Kates, 2010 (Green Integer)

Essais sur son œuvre[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Site du Club des poètes
  2. a, b et c Alain Vincenot, La France résistante : histoires de héros ordinaire, Paris, Éditions des Syrtes, 2004 (chapitre « Jean-Pierre Rosnay », p. 457 - partiellement repris dans la fiche de Jean-Pierre Rosnay sur memoresist.org
  3. a, b et c Jean-Pierre Ronay, Coup de tête, éd. JAR, 1951
  4. a et b Jim Kates, When A Poet Sees A Chestnut Tree, éd. Green Integer, 2010, 4e de couv.
  5. Abbé Jean Truffy, Mémoires du curé du maquis des Glières, 1950, avant-propos - repris sur http://beaucoudray.free.fr/maquisdg.htm Voir aussi ...
  6. D'après le témoignage plusieurs fois renouvelé de J.-P. Rosnay (cf. note 2). Il était peut-être plus âgé, car d'autres sources indiquent qu'il était ingénieur. Par exemple : Association des Glières
  7. (Les lilas du Vercors, in Fragment et Relief, 1994, p. 72)