Sacra corona unita

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Sacra corona unita
Image illustrative de l'article Sacra corona unita
Les 6 provinces de la région des Pouilles

Date de fondation 25 décembre 1981
Fondé par Giuseppe Angiulli
Lieu Italie (nord, centre, sud), Allemagne, France, Albanie, Monténégro, Espagne, Belgique,
Territoire Pouilles
Année active 1981 à nos jours
Ethnies présentes Apulienne
Nombre de membres 1 561, répartis en 47 familles[1].
Activités criminelles
Alliés Mafia monténégraise, Cosa Nostra, Ndrangheta, Mafia Albanaise, Mafia serbe, Cartel Colombien, Mafia Russe
Rivaux Remo Lecce Libera, Nuova Famiglia Salentina, Rosa dei Venti.

La Sacra corona unita (SCU) est une mafia italienne basée dans la région des Pouilles. Issue de l'union de mafieux originaires d'autres régions italiennes et de bandits locaux dans le but de contrôler le territoire, elle s'est affirmée comme une véritable mafia indépendante et exerçant son emprise sur les Pouilles.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Par Sacra Corona Unita (« Couronne sacrée unie » en français), il faut comprendre :

  • Sacra : l'entrée d'un affilié dans l'organisation équivaut à un baptême ou un sacrement religieux
  • Corona : en référence au rosaire utilisé dans les processions
  • Unita : unie et forte « comme les anneaux d'une chaîne »

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

La SCU fut fondée le 25 décembre 1981 dans la prison de Trani par Giuseppe Angiulli, il fonda une famille en Belgique dans les années 60 avant de retourner en Italie dans le but de résister aux tentatives de la nouvelle Camorra de Raffaele Cutolo, qui cherchait à s'installer dans les Pouilles, Giuseppe Angiulli mourra en 1997 en Belgique. La 'Ndrangheta et la Cosa Nostra tentaient aussi de s'implanter dans la région depuis la fin des années 1970. La SCU était déterminée à défendre son territoire des convoitises d'autres groupes, particulièrement sur la péninsule de Salento. Les Pouilles étaient divisées en territoires correspondant aux principaux centres : Lecce, Brindisi et Tarente.

Les parrains régionaux devinrent vite autonomes (dont plusieurs noms comme Manta, Baiguera, Bizotto et Di Padovano). Dans les années 1980, ils étaient souvent en guerre ouverte, tout en étant capables de s'allier contre les ingérences extérieures. De nombreuses familles émigrèrent vers la Suisse, la Belgique, l'Allemagne mais détiennent encore une partie du pouvoir.

Après les attentats perpétrés par le groupe en 1990 contre les tribunaux de Lecce, la SCU fut officiellement reconnue comme organisation mafieuse.

De l'« Opération Salento » à aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'Opération Salento débuta le 10 mai 1995 et se termina le 3 novembre 1995, mobilisant 1 713 militaires de l'armée de terre italienne, destinée à la lutte contre la Sacra Corona Unita et l'immigration clandestine sur les côtes des Pouilles. L'opération eut des aspects positifs dans la lutte contre la mafia. Les actions menées par les agents sont les suivantes :

  • 1 650 parcelles fouillées ;
  • 10 enquêtes en profondeur ;
  • 767 inspections de véhicules automobiles ;
  • 2 604 identifications de personnes ;
  • 3 029 détentions illégales d'immigrés ;
  • 10 suspects arrêtés.

Les délits relevés étaient suffisamment graves et nombreux pour décapiter l'organisation.

  • 1996 : Arrestation dans les environs de Rome d'Antonio Pagano, capo en cavale de la SCU. Ce mafieux avait été condamné par défaut en 1991 pour homicide, association mafieuse et trafic de drogue. On le soupçonne par ailleurs d'avoir mené une opération de contrebande de cigarettes à destination du Monténégro.
  • 1999 : 3495 inculpés et 366 incarcérés pour contrebande de cigarettes dans les Pouilles. La police saisit 445 tonnes de tabac, 70 véhicules blindés et 51 bateaux hors-bord.

Selon la Direction des enquêtes Anti-Mafia, aujourd'hui, la criminalité dans les Pouilles est très fragmentée. Des accords continus s'établissent parfois entre les différents clans afin d'atteindre des objectifs particuliers. L'intégration dans les organisations (en particulier dans la région de Bari) d'éléments jeunes voire mineurs n'est pas rare. Ils se consacrent principalement au trafic de médicaments, qui a remplacé celui du tabac. Mais le canal de l'Adriatique n'est plus aussi intéressant pour la contrebande du fait de la normalisation de la situation avec les Balkans et de la réussite des opérations policière et judiciaire. Après avoir connu son apogée durant les années 1990, la SCU semble aujourd'hui n'être plus que l'ombre d'elle-même.

Structure[modifier | modifier le code]

La hiérarchie de la SCU se compose de plusieurs grades, comprenant du bas au haut de l'échelle picciotteria, camorrista, sgarristi, santisti, evangelisti (évangéliste), trequartisti (milieu de terrain), medaglioni e medaglioni con catena della società maggiore. Les huit maillons de la chaîne composent la Società segretissima (société très secrète), qui commande un corps spécial appelé la Squadra della morte (escadron de la mort).

De nos jours, la SCU compte environ 1 560 membres, répartis en 47 familles[1]. Elle est caractérisée par une forte fragmentation, avec des groupes rivaux (Remo Lecce Libera, Nuova Famiglia Salentina, Rosa dei Venti). C'est une organisation jeune et inspirée des autres mafias italiennes, ce qui ne l'empêche pas d'avoir son autonomie. Elle rassemble des jeunes recrues particulièrement dynamiques et agressives.

Rite[modifier | modifier le code]

Lors de son entrée dans l'organisation, un initié prête le serment suivant : « Je jure sur cette pointe de poignard baignée de sang d'être toujours fidèle à ce corps de société d'hommes libres, actifs et affirmant appartenir à la Sacra Corona Unita et de représenter n'importe où son fondateur, Giuseppe Angiull. ».

Activités[modifier | modifier le code]

La spécificité de la SCU par rapport aux autres mafias italiennes est, outre son implantation de base dans les Pouilles, l'extension importante de ses activités en Europe de l'Est, en particulier en Albanie et au Monténégro, où elle a tissé des liens avec la criminalité organisée locale ainsi qu'avec le monde politique (le dirigeant monténégrin Milo Dukanovic fut un temps poursuivi par la justice italienne). La position stratégique de la péninsule de Salente et du détroit d'Otrante s'affirma dans les années 1990, quand les guerres des Balkans fermèrent la voie terrestre d'acheminement de l'héroïne vers l'Europe. En 2000, la région contrôlée par la SCU est le plus gros point d'entrée en Europe pour la drogue, les armes et les immigrés clandestins.

Elle s'occupe principalement de contrebande de tabac (surtout dans le secteur de Brindisi, Foggia et Bari, en ex-Yougoslavie) et de stupéfiants (produits dans le Croissant d'Or), d'extorsion (la moitié des commerçants de Bari se disent rackettés), de trafic d'armes (lance-roquettes, kalachnikovs, explosifs), de jeu de hasard, de proxénétisme, et de trafic d'immigrés clandestins (Chinois, Pakistanais ou Albanais).

Chiffre d'affaires[modifier | modifier le code]

Selon Eurispe, organisme de mesure économique, le trafic de stupéfiants rapporte à l'organisation 878 millions d'euros, le proxénétisme 775 millions d'euros, le trafic d'armes 516 millions d'euros, l'extorsion et l'usure 351 millions d'euros.

Son chiffre d'affaires annuel serait de l'ordre de 10 milliard d'euros[2]. Environ 600 sociétés financières en « odeur mafieuse » lui permettraient de recycler de l'argent sale.

Clans de la Sacra corona unita[modifier | modifier le code]

Les clans historiques de la Sacra corona unita[3]:

Bari

Brindisi

Foggia

Lecce

Taranto

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en)Mafia(s) in the mediterranean and the fight against organised crime in Italy - by Maurizio Fiasco, in Organized Criminality - Security in Europe, Fondazione Rosselli, ed. EUROPEAN COMMISSION FORWARD STUDIES UNIT
  • (it)Puglia. Il crimine, scenari e strategie - Maurizio Fiasco, ed. Sapere 2000, 1992
  • (it)Relazione Annuale DNA 2003
  • (it)Sacra Corona Unita: Potere e Mistero – Monica Massari, ed. Laterza, 1998
  • (it)Relazione sullo stato della lotta alla criminalità organizzata nella provincia di Brindisi – Sen. Del Turco (13.07.1999 doc. 31)
  • (it)Sacra Corona Unita: Storia, Struttura, Rituali - Mariano Longo, ed. Pensa Multimedia, 1997
  • (it)Tacco e Tabacco - Rosario Tornesello, ed. Besa, 2009
  • (it)Sacra corona unita: riciclaggio, contrabbando. Profili penali economici del crimine imprenditoriale - Andrea Apollonio, ed. Carocci, 2010
  • (it)Sacra Corona Unita - I camaleonti della criminalità italiana - Mara Chiarelli, Editori Internazionali Riuniti, 2012

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres groupes mafieux en Italie

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b http://www.bancpublic.be/PAGES/128SacraUnitaCorona.htm
  2. Stime Eurispes
  3. [1]I Clan della Sacra Corona Unita