Famille Rizzuto

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La Famille Rizzuto
Image illustrative de l'article Famille Rizzuto
Panorama de Montréal en 2006

Date de fondation 1953
Fondé par Carmine Galante
Lieu Montréal
Territoire Drapeau du Canada Canada
Année active Années 1953-actuellement
Ethnies présentes Italo-canadiens, Italiens et d'autres ethnies en tant qu'associés
Activités criminelles
  • Extorsion de fond
  • Racket
  • Prêt usuraire
  • Assassinat
  • Blanchiment d'argent
  • Trafic de drogue
  • Paris et jeux clandestins
Alliés Bonanno, Famille Cuntrera-Caruana, Hells Angels, Gambino, West End Gang

Le clan Rizzuto est une des principales « familles » mafieuses de Montréal. Il est dirigé par Vito Rizzuto, chef de la famille Rizzuto à Montréal. Sa zone d'influence couvre le Québec et le sud de l'Ontario[1]. Le FBI considère la famille Rizzuto comme étant affiliée à la famille Bonanno[2], tandis que la police canadienne la considère comme une famille du crime indépendante et autonome.

Historique[modifier | modifier le code]

Création et l'ère de Vic Cotroni[modifier | modifier le code]

La famille est créée par Carmine "Lilo" Galante en 1953, sur ordre de Joseph "Joe Bananas" Bonanno, l'organisation change de leadership en 1957 avec l'arrestation de Galante. L'organisation est récupéré par son bras-droit, Vincenzo "Vic" Cotroni, aussi connu sous le pseudo de "The Egg" (l'œuf).

Durant le règne de Cotroni, la famille continue à conserver une forte relation avec la famille Bonanno, tout en s'imposant dans le contrôle du trafic de drogue dans tout Montréal. Historiquement, le crime organisé est contrôlé par des mafieux d'origine calabraise. Ils contrôlent comme territoire la plupart du sud du Québec et l'Ontario[1], jusqu'à que les factions siciliennes ne les supplantent. Le FBI considère la famille Cotroni comme une succursale de la famille Bonanno. La famille a toujours cherché à tisser des liens avec d'autres familles mafieuses en Italie et à travers tous les États-Unis et le Canada.

Il a été allié à la famille Cotroni, qui a contrôlé la majeure partie du trafic de stupéfiants à Montréal des années 1950 aux années 1970 en association avec la famille Bonanno de New York[1].

Vers la fin des années 1970, une guerre se déclencha entre le clan des Calabrais Cotroni mené par leurs bras-droit, Paolo Violi et le clan sicilien des Rizzuto mené par Nick Rizzuto et son fils, Vito. Cette guerre a permis aux Rizzuto d'émerger comme la famille mafieuse dominante après l'assassinat de Paolo Violi et de ses frères[1].

L'ère de Vito Rizzuto[modifier | modifier le code]

En 1981, Vito Rizzuto devient parrain de la famille[1]. Il est né en Sicile en 1946 et a immigré au Canada avec sa famille en 1954. Le style de commandement dans les affaires est en totale opposition au style flamboyant de l'ancien parrain de la famille Gambino, John Gotti. Il s'affirma dans le monde criminel canadien dans la discrétion, travaillant seulement avec quelques personnes de confiance et faisant ainsi leurs fortunes. On lui donne un rôle important dans "l'accord de paix" dans la guerre sanglante entre les Hells Angels et les Rock Machine au Québec. Les Rizzuto travaillent aussi bien avec la Cosa Nostra sicilienne qu'avec la 'Ndrangheta, le clan Cuntrera-Caruana (qui s'est implanté hors de la Sicile au Canada et en Amérique du Sud pour le trafic de stupéfiant)[1], les cartels colombiens et les cinq familles de New York, en particulier les Bonanno et les Gambino. Rizzuto est considéré comme un médiateur pour assurer la paix entre les Hells Angels, la Mafia, les gangs de rue, les cartels colombiens et la mafia irlandaise comme les West End Gang[3].

Les Rizzuto sont considérés comme le bras armé du clan Bonanno à Montréal, base arrière de New York, très surveillée par la police fédérale américaine, le FBI. Par contre les autorités canadiennes les considèrent comme une famille du crime à part entière.

Selon les autorités canadiennes, les Rizzuto ont eu un rôle-clé dans l'importation, l'exportation et la distribution de stupéfiants (marijuana, cocaïne, héroïne) au Canada et dans toute l'Amérique du Nord, le blanchiment de centaines de millions de dollars, le jeu illégal, la fraude, les prêts usuraires et les extorsions de fonds.

La « Sixième famille »[modifier | modifier le code]

Les journalistes Lee Lamothe et Adrian Humphreys suggèrent que, depuis le début des années 2000, le clan Rizzuto peut être mis au même niveau que les cinq familles de New York[4].

Selon leurs livres La Sixième Famille :

« En 2003, l'organisation Rizzuto était listée dans les dossiers du FBI et de la DEA comme « la délégation canadienne de la Famille Bonanno » ou « la faction montréalaise des Bonanno ». La réalité est très différente. Le territoire sous leur contrôle est énorme. Plusieurs millions de km² du Québec et de l'Ontario tombent directement sous leur influence, quasiment équivalent à un quart du territoire entier des États-Unis. Cela inclut des villes parmi les plus importantes, où se concentre la majeure partie des activités mafieuses sur la frontière entre les États-Unis et le Canada, de nombreuses organisations mafieuses majeures collaborent et coopèrent sous la bannière de la « Sixième Famille ». Là où les parrains de la mafia américaine contrôlent une partie du territoire d'une ville ou un quartier de New York ou l'activité criminelle dans une industrie ou une activité commerciale telle que la construction ou le retraitement des déchets d'un district. « La Sixième Famille » contrôle la filière entière sur une zone gigantesque avec une vraie dimension globale. La « Sixième Famille » a dépassé en taille et en puissance la famille Bonanno, à tel point qu'elle est supposée l'avoir éclipsée (...)
Le cœur nucléaire de la mafia sicilienne basé à Montréal ... [comprend] des centaines de soldats et d'associés, rapporte un rapport de la police canadienne de 2004. Ce rapport n'inclut pas les intermédiaires qui font des affaires avec « La Sixième Famille » dans des associations à court terme. De plus, les hommes d'affaires, la plupart du temps, ne sont pas des criminels avérés[5]. »

Répression des autorités et assassinats en série[modifier | modifier le code]

Après une consolidation de leur pouvoir dans les années 1990, les Rizzuto deviennent hyper-exposés et hyper surveillés. Vito Rizzuto est arrêté en janvier 2004 pour son implication dans l'assassinat de trois capitaines de la famille Bonanno Alphonse Indelicato, Philip Giaccone et Dominick Trinchera et est condamné à 10 ans de prison en mai 2007[6]. Le 22 novembre 2006, le SPVM, la Sûreté du Québec et la Gendarmerie Royale du Canada ont mené l'« opération Colisée » contre le clan Rizzuto. Cette opération a permis l'arrestation de 73 membres supposés de la mafia montréalaise, dont Nicolo Rizzuto, le père de Vito Rizzuto, Paolo Renda, le demi-frère de Vito Rizzuto et Francesco Arcadi. 6 millions de dollars, 800 kg de cocaïne et 40 kg de marijuana ont été saisis. Nick Rizzuto et ses trois lieutenants sont incarcérés à la prison de Bordeaux de Montréal.

En octobre 2007, des policiers canadiens, italiens et français ont arrêté 11 personnes soupçonnées d'être affiliées au clan Rizzuto en Italie et en France. Les suspects sont accusés de trafic de stupéfiants et de blanchiment d'argent. Environ 212 millions de dollars en biens ont été saisis. Des mandats d'arrestation ont été lancés contre sept Italo-Canadiens, dont Nick Rizzuto et son fils Vito Rizzuto[7].

Depuis fin 2009, leur pouvoir est fortement ébranlé suite à une série d'assassinats de ses principaux membres[8]. Le 28 décembre 2009, Nick Rizzuto, Junior est assassiné près de sa voiture dans un quartier de Montréal, Notre-Dame-de-Grâce[9],[10]. L'assassinat de Nick, Junior, qui était chargé de l'activité de la rue, illustre le gouffre laissé par son père dû à son incarcération dans la direction de la famille et du crime organisé montréalais[11],[12]. Depuis l'assassinat du fils de Vito Rizzuto, l'organisation a vu d'autres disparitions de cadres importants. Paolo Renda, beau-frère de Vito, disparaît sans laisser de traces, le 20 mai 2010[13]. Un mois plus tard, Agostino Cuntrera, le parrain en activité qui aurait repris les rênes de la famille, est assassiné avec son garde du corps le 30 juin 2010. Après trois décennies d'une relative stabilité, la hiérarchie mafieuse fait face à de réelles difficultés et les dirigeants se succèdent les uns après les autres[14],[15]. Le 10 novembre 2010, Nicolo Rizzuto, le père de Vito, est assassiné dans sa résidence d'Ahuntsic-Cartierville à Montréal avec une seule balle tiré par un sniper à travers les fenêtres de son patio[16],[17],[18].

Les membres de la famille Cotroni sont parmi les principaux suspects dans la plupart des meurtres des membres de la famille Rizzuto[19]. Les Rizzuto ont dominé l'activité criminelle à Montréal depuis l'affaiblissement de la famille Cotroni pour le contrôle du racket, mais surtout pour le trafic de drogue[20]. Il n'est pas prouvé que les cinq familles, historiquement alignées avec le clan Rizzuto, soient pour ou contre le nouveau leadership. Salvatore Montagna, le parrain en activité de la famille Bonanno jusqu'à sa déportation en 2009, est soupçonné d'avoir essayé de réorganiser les deux familles pour son compte personnel et celle de la famille Bonanno[21]. Si tel est le cas, il a échoué car il est assassiné le 11 novembre 2011[22]. Vito Rizzuto est relâché de prison le 6 octobre 2012. Certains criminologues supposent qu'il va chercher à se venger et à reprendre les rênes du pouvoir. Plusieurs associés de Rizzuto vont être relâchés dans le cadre de libertés conditionnelles en 2012[23]. Le 4 novembre 2012, un membre de la famille Rizzuto, Joseph DiMaulo est assassiné hors de sa maison de Montréal. Le beau-frère de DiMaulo, Raynald Desjardins, est en train d'attendre son procès pour l'assassinat de Salvatore Montagna.

Quelques membres[modifier | modifier le code]

Activités internationales[modifier | modifier le code]

En 2007, le clan Rizzuto fait l'objet d'une enquête internationale pour le blanchiment de plusieurs centaines de millions de narcodollars (environ 600 millions d'euros, soit 900 millions de dollars). Des enquêtes contre des mafiosi liés au clan Rizzuto sont en cours en Italie, en Suisse, en France et à Montréal.

Activités en Italie[modifier | modifier le code]

Le 23 octobre 2007, la justice italienne a annoncé l'émission de mandats d'arrêt contre 19 personnes liées au clan Rizzuto. Une dizaine de personnes sont écrouées en Italie, en Suisse et en France. Plus de 200 policiers italiens ont effectué 40 perquisitions et saisi ou bloqué environ 212 millions de dollars, principalement à Rome et à Milan.

Deux employés de la Banca del Veneto, en Italie, auraient blanchi de l'argent du clan en Suisse et ont été arrêtés en octobre 2007.

« Made in Italy »[modifier | modifier le code]

Pour son activité de blanchiment, le clan Rizzuto aurait utilisé comme façade la compagnie italienne d'import-export « Made in Italy spa », dirigée par Mariano Turrisi. « Made in Italy » est chargée de la promotion des produits italiens. Son siège social se trouve face au Palazzo Chigi, palais du président du Conseil italien.

Vito Rizzuto aurait ainsi été personnellement en contact avec l'homme d'affaires italien Mariano Turrisi, dirigeant de l'entreprise.

Pont de Messine[modifier | modifier le code]

Le groupe est impliqué dans le projet du pont de Messine entre la Sicile et le continent (surnommé « pont de la mafia »), dont le coût est estimé à 5 milliards d'euros, permettant de recycler ainsi des centaines de millions de narcodollars. L'ancien ingénieur montréalais Joseph Zappia a été inculpé en Italie dans cette affaire. Son nom était apparu dans le scandale du Village olympique, dans les années 70. Vito Rizzuto fait l'objet d'un mandat d'arrêt en Italie dans l'affaire du pont de Messine[26].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f http://www.cbc.ca/news/canada/montreal/the-rizzuto-family-1.899385
  2. Humphreys & Lamothe, The Sixth Family, p. 308
  3. Reorganized crime, The Globe and Mail, September 26, 2008
  4. The Sixth Family, chapitre 33
  5. Quoted from The Sixth Family Chapter 33
  6. Rizzuto pleads guilty to racketeering charge, National Post, May 4, 2007
  7. Mob takes a hit, The Montreal Gazette, November 23, 2006
  8. Sidhartha Banerjee, « Changement de garde dans la mafia montréalaise », La Presse Canadienne,‎ 19 décembre 2010 (consulté le 21 décembre 2010)
  9. "Mobster's son slain in street", National Post, December 29, 2009 (accessed December 29, 2009)
  10. "Who was Nick Rizzuto Jr.?", The Montreal Gazette, December 28, 2009 (accessed December 29, 2009)
  11. Slaying sends chilling signal, The Montreal Gazette, December 29, 2009
  12. Slaying hits at heart of Canada's mob, National Post, December 30, 2009
  13. Kiss of death for Montreal's Rizzuto clan?, The Montreal Gazette, May 22, 2010
  14. Two slain in St. Leonard shootout, The Montreal Gazette, June 30, 2010
  15. Major change in Montreal Mafia: Experts, The Montreal Gazette, June 30, 2010
  16. (fr) Nicolo Rizzuto assassiné
  17. (fr) Nicolo Rizzuto assassiné (Radio-Canada)
  18. Hit 'signals war', National Post, November 9, 2010
  19. Full-out war for supremacy in Montreal’s underworld, Tandem, January 1, 2011. Retrieved November 25, 2011.
  20. Billions at stake in Montreal Mafia struggle, Toronto Sun, November 20, 2010. Retrieved November 25, 2011
  21. Shot down in a ‘sloppy’ hit, another Montreal mobster dies, The Globe and Mail, November 25, 2011. Retrieved November 26, 2011.
  22. Reputed Montreal mob boss killed, QMI Agency, November 25, 2011
  23. Tumultuous times await Vito Rizzuto, The Montreal Gazette April 6, 2012
  24. <http://www.cyberpresse.ca/article/20071024/CPACTUALITES/710240817/1019/CPACTUALITES
  25. http://lejournaldemontreal.canoe.ca/journaldemontreal/actualites/faitsdiversetjudiciaires/archives/2010/07/20100707-065902.html
  26. a et b http://www.cyberpresse.ca/article/20071024/CPACTUALITES/710240817/1019/CPACTUALITES

Sources[modifier | modifier le code]