'Ndrangheta

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`Ndrangheta
Image illustrative de l'article 'Ndrangheta
Positionnement de la Calabre sur la carte d'Italie

Date de fondation 1860
Fondé par (Origine supposée) Garduna espagnole
Lieu
Territoire Calabre
Année active XIXe siècle à nos jours
Ethnies présentes Calabraise
Nombre de membres 6000[1], répartis dans 136 familles avec 72000 associés[2].
Activités criminelles
  • Trafic de narcotiques
  • Trafic d'êtres humains
  • Racket et extorsion de fonds auprès des commerçants ou des entreprises
  • Usure
  • Détournement des fonds publics nationaux et européens
  • Trafic de cigarettes.
  • Trafic des déchets toxiques
  • Trafic de diamants
  • Trafic de plutonium
  • Immobilier
  • Trafic d'armes
Alliés

La `Ndrangheta est une organisation mafieuse originaire de la région de Calabre, située dans le sud de l’Italie, à l’est du Mezzogiorno (villes principales : Reggio de Calabre, Crotone, Cosenza, Catanzaro). D’origine rurale comme sa voisine Cosa Nostra, elle s’est développée sans trop attirer les médias et la répression policière. Il en résulte une difficulté à connaître son fonctionnement puisqu’il n’y a pas de repentis d’envergure[1]. `Ndrangheta a pour origine étymologique le mot grec « andragathía » (ἀνδραγαθία) qui signifie héroïsme et vertu[3]. Il pourrait aussi dériver de andraghatos, substantif du grec ancien d’Italie qui indiquait l’homme courageux ou bien `ndranghetista, qualificatif nettement péjoratif cette fois, désignant un homme peu viril, danseur, bouffon, qui prenait part à la tarantelle[4].

Ses membres, appelés « Ndranghetistes », sont connus pour être de fervents adeptes de la « vendetta », n’hésitant pas à faire régner la terreur dans l’Aspromonte, région à l’extrême sud de la partie continentale de l’Italie.

Après s’être tournée vers les enlèvements, elle a abandonné cette activité dans les années 1980 car elle n’était pas assez rentable. Depuis, elle s’est orientée vers le trafic de cocaïne en alliance avec les cartels colombiens et mexicains. Selon le préfet de Calabre en 2005 : « la `Ndrangheta joue le premier rôle, au niveau mondial, dans l’approvisionnement en cocaïne »[1].

À la suite de l’affaiblissement progressif de la Cosa Nostra sicilienne au cours des années 1980 et 1990, dû à la stratégie suicidaire de l’ancien capo di tutti capi, Toto Riina, d’affronter ouvertement l’État italien, la `Ndrangheta est devenue l’organisation criminelle la plus puissante de la péninsule[5]. Selon le rapport économique d’Eurispes, son chiffre d’affaires est estimé à 44 milliards d’euros pour la seule année 2008.

La `Ndrangheta commença à attirer l’attention du grand public en 2005, à la suite de l’assassinat de Francesco Fortugno, élu de La Margherita (centre-gauche) et vice-président de l’Assemblée régionale de Calabre, puis le 15 août 2007, lorsque les médias relatèrent l’assassinat en Allemagne de six Italiens âgés de 16 à 39 ans, abattus à proximité de la gare principale de Duisbourg.

En mai 2008, le président américain George W. Bush, en s’appuyant sur le Foreign Narcotics Kingpin Designation Act, visant à réprimer les trafiquants de drogue, l’a ajoutée officiellement à la liste noire des organisations criminelles les plus dangereuses agissant sur le sol américain[5].

Historique[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

Le `ndranghetiste, du mot grec andragatos, qui signifie homme valeureux et courageux, a des origines lointaines. Thucydide et Plutarque parlent déjà de lui. C’est un personnage entier, sourcilleux sur son honneur, qui, lorsqu’il devient criminel, est un adversaire redoutable en raison de sa détermination et de sa férocité. Un officier français, Duret de Tavel, envoyé par le prince Murat en Calabre, écrit déjà en 1808 que « les Calabrais sont de stature moyenne, bien proportionnés et musclés. Ils ont une peau sombre, des traits marqués, des yeux vifs et brûlants. À cause des haines qui opposent les familles, ils sortent toujours armés de fusils, de poignards et d’une ceinture en forme de giberne qui contient des cartouches ». Duret de Tavel savait aussi que la vraie force du Calabrais et du `ndranghetiste lui vient de ses liens exclusifs et de son apparente arriération culturelle. L’archaïsme devient alors une défense et un atout. La `Ndrangheta, dans son organisation, conteste son territoire à celui de l’État légal[3]. Mais la véritable naissance de la mafia calabraise remonterait aux années 1860–1870. Le premier témoignage officiel de son existence date de 1888, lorsqu’elle est dénoncée au préfet comme une secte criminelle « qui n’a peur de rien ».

En fonction des historiens, l’origine même d’une société criminelle en Calabre serait à chercher soit dans une secte espagnole, « la Garduna », soit dans une colonisation de la Cosa Nostra sicilienne ou de la Camorra napolitaine. À l'appui de deux dernières hypothèses on avance qu’initialement les soldats de la `Ndrangheta étaient appelés des camoristes, et que l’organisation elle-même était connue sous le nom d’Onorata Società (Honorable Société, ancien nom de la mafia sicilienne)[1].

La `Ndrangheta au XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'organisation était autrefois connue pour ses nombreux rapts lors desquels les victimes étaient enfermées dans des grottes ou des bergeries de montagne. Durant les années 1980, elle décida de changer d’activité, car les 157 enlèvements ne rapportèrent que 220 milliards de lires (113 620 000 €). Elle s’orienta alors vers le trafic de cocaïne en collaboration avec les cartels colombiens, beaucoup plus rentable. En 1991, lors d’une réunion à San Luca, plus précisément dans le hameau de Polsi, tout près du sanctuaire de la Madone, les différents clans arrivèrent à une médiation qui mit fin à la terrible guerre interne entre le clan Da Stefano et celui des Imeriti[5].

Depuis les années 2000, la Ndrangheta évite désormais toute confrontation violente et directe avec les institutions policières et judiciaires italiennes. Elle privilégie systématiquement les pratiques de collusion et de corruption qui lui permettent de se concilier les pouvoirs établis sans entrer en conflit avec eux. Elle prend garde également à ménager la population dont elle dépend en perpétuant des activités criminelles faiblement rémunératrices mais pourvoyeuses en emplois pour ses hommes de main[6]. Les activités de l’organisation sont plus tournées vers divers trafics et l’infiltration de l’économie réelle.

En juillet 2010, 3 000 policiers sont mobilisés pour arrêter 315 membres de l’organisation et 60 000 000 € de biens d’origine criminelle sont saisis à la suite d’écoutes et d’enregistrements vidéo de réunions de l’organisation[1]. Les autorités italiennes ont arrêté : Domenico Oppedisano, considéré comme le « Capo Crimine », le chef criminel no 1 de la `Ndrangheta à Rosarno (Calabre), alors que Pino Neri, le patron de l’organisation en Lombardie a été lui aussi arrêté. C’est d’ailleurs dans le Nord que le coup de filet a été le plus décisif. Implantée à Milan depuis les années 1970, devenue « sa capitale économique et financière », la branche armée de l’organisation aurait été décimée. La mafia calabraise est devenue, dans la région la plus riche du pays, une « colonie des clans », selon l’expression consacrée du magistrat Ilda Boccassini. L’exposition universelle 2015 de Milan faisait d’ailleurs partie de leurs futurs chantiers[1].

Activités criminelles[modifier | modifier le code]

La mafia calabraise ne travaille pas de la même manière que son équivalent sicilien. Cette dernière s’implique dans un grand nombre de trafics alors que la `Ndrangheta se concentre essentiellement dans sa région en ce qui concerne le domaine financier :

  • Trafic de drogue : Cela ne l’empêche pas, toutefois, de tisser des liens internationaux, en particulier dans le trafic de stupéfiants avec la Turquie, la Colombie, le Mexique et même la Chine pour faciliter l’importation de narcotiques provenant du Triangle d'or. Dès 1970, la `Ndrangheta importe des stupéfiants en provenance du Maroc. En 1994, la police intercepte 11 tonnes de cocaïne colombienne. En 2005, la DEA (Drug Enforcement Administration) estimait que les calabrais géraient 15 % des 980 tonnes produites annuellement par les cartels colombiens[5].
  • Racket/Collecte du Pizzo : l’extorsion de fonds est l’une des principales ressources financières de la `Ndrangheta après le trafic de drogue. La collecte du Pizzo procède d’une stratégie plus ou moins élaborée. Bien souvent, le paiement des assujettis aux clans mafieux s’effectue par le biais de la souscription de contrats de gardiennage et de sécurité auprès de sociétés mafieuses à la suite de dégradations et de cambriolages provoqués par ces dernières, pratique parasitaire qui accélère la désertification commerciale de la Calabre et dissuade l’implantation des entrepreneurs dans cette région. Les seuls commerces qui parviennent à profiter de cette situation sont ceux qui sont contrôlés par la `Ndrangheta[6].
  • Prêt à taux usuraire : la `Ndrangheta profite également de la réticence des banques à prêter aux petits commerçants et aux entrepreneurs pour imposer à ces derniers des prêts à taux usuraires. Cette frilosité des banques porte ironiquement le sobriquet de « risque calabrais ». L’usure se fait parfois avec la complicité des établissements bancaires locaux : à San Marco Argentano, l’agence locale de la Banca Populare servait de relais pour le recouvrement des prêts usuraires tandis que dans la province de Cosenza, les banquiers proposaient le recours aux usuriers mafieux à leurs clients comme une alternative à leurs propres prestations bancaires[6].
  • Blanchiment d’argent dans l’économie légale : les affaires financières douteuses et le blanchiment d'argent constituent ainsi l’essentiel de ses activités. Les marchés calabrais de grossistes alimentaires font également l’objet d’une importante infiltration mafieuse, notamment en ce qui concerne les circuits commerciaux de l’huile d’olive. Au début des années 1990, la Calabre connut une véritable guerre entre deux clans cherchant à obtenir le monopole sur les subventions de la CEE aux producteurs d’huile d’olive. En décembre 1990, le maire-adjoint de San Lorenzo était exécuté par balles. Il était employé de l’Association provinciale des producteurs ovilicoles (AIPO). En juin 1991, le président de l’AIPO sera abattu dans les rues de Reggio Calabria[6].
  • Détournement des subventions européennes et nationales et détournement des marchés publics : Elle opère également au niveau des subventions européennes en détournant des fonds pour l’agriculture. Le Centro Studi Investimento Sociale, après une étude, a constaté que l’organisation avait détourné plusieurs centaines de millions d’euros dans le domaine agricole[6]. La `Ndrangheta a, par exemple, largement contribué aux retards de construction de l’hôpital de Pizzo Calabro (Sud de la Calabre). Lancé en 1959, ce projet de construction n’a toujours pas abouti alors que plus de 2,5 millions € ont été dépensés en pure perte pour relancer le chantier. L’approvisionnement en matériel médical était de plus entièrement acquis aux clans mafieux : les deux sociétés calabraises qui fournissent les établissements hospitaliers de la région de Reggio de Calabre en gants, seringues et autres équipements médicaux et sanitaires, étant sous influence[6].
  • Prostitution :
  • Trafic et immersion de déchets toxiques et/ou radioactifs : La collecte et « fausse-gestion » de déchets est aussi une source importante de revenus pour les clans de la `Ndrangheta. Ainsi, en 1992, en quelques semaines, trois bateaux transportant respectivement 150 bidons de boue, 120 bidons de déchets radioactifs et 75 bidons de différentes substances toxiques et nocives, ont été sabordés au large des côtes calabraises[5].
    Selon les aveux faits en 2005 aux enquêteurs de la Direction nationale antimafia italienne par un repenti ce sont une trentaine de bateaux qui ont été coulés dans cette même période, permettant aux pseudo-gestionnaires de ces déchet d'empocher les sommes élevées touchées pour évacuer ou traiter ces déchets (bien que théoriquement très strictement règlementés). Selon le repenti, chaque bateau coulé aurait rapporté environ 150 millions de lires (77 000 €), l'assurance se chargeant d'indemniser les propriétaires des navires[5].
    La Ndrangheta, par le biais de sociétés locales, achète aussi des terrains ensuite utilisés comme décharges sauvages. Et près de Ciro, des sites miniers désaffectés ont été utilisés par les mafieux calabrais pour cacher des déchets immergés[6]. De même ont-ils aussi illégalement utilisés des grottes sous-marines pour l'immersion de déchets radioactifs[6].
  • Trafic d’armes de guerre : fusils d’assaut et lance-roquettes
  • Enlèvements : activité qui n’est plus pratiquée depuis les années 1980 car n’étant pas assez rentable. En effet, les enlèvements et séquestrations sur un total de 157 personnes n’avaient rapporté que dans les 220 milliards de lires. À cette époque, le trafic de cocaïne semblait beaucoup plus intéressant[3].
  • Trafic de diamants: Afrique du Sud
  • Trafic de plutonium :

Économie de la `Ndrangheta[modifier | modifier le code]

Il est toujours difficile d'évaluer les gains illégaux[7], mais selon le dernier rapport d’Eurispes, institut de données économiques, sociales et politiques sur le crime organisé en Italie, la `Ndrangheta, la mafia calabraise, serait devenue la plus riche et la plus puissante organisation criminelle d’Italie, devant Cosa Nostra. Cette analyse confirme le dernier rapport de la commission parlementaire antimafia et des services de renseignements italien (art 13). Récemment, les États-Unis ont décidé d’inscrire sur sa liste noire la `Ndrangheta comme étant l’organisation criminelle la plus puissante au monde, considérant que la mafia calabraise avait infiltré une grande partie de l’économie américaine.

Toujours selon Eurispes, en 2007, la mafia calabraise a gagné 44 milliards d’euros[1]. Ce qui représente 2,9 % du PIB de l’Italie (PIB estimé à 1 535 milliards d’euros). Le revenu annuel de la Holding `Ndrangheta représente le PIB de l’Estonie (13,2 milliards d’euros) ajouté à celui de la Slovénie (30,4 milliards d’euros). Le trafic de drogue reste l’activité la plus rentable avec 27,24 milliards d’euros par an (62 % du revenu total). 80 % de la cocaïne en Europe, transite par la `Ndrangheta en Italie.

Activités illicites Chiffre d’affaires (2007)
Trafic de drogue 27,240 mld €
Entreprises et travaux publics 5,733 mld €
Extorsion et usure 5,017 mld €
Trafic d'armes 2,938 mld €
Prostitution 2,867 mld €
Total 43,795 mld €

Structure[modifier | modifier le code]

Structure 'ndrangheta
Provinces de la Calabre.

La `Ndrangheta a une hiérarchie bien précise, comme beaucoup d’entités mafieuses. Jusqu’à récemment, on pensait que son organisation n’était pas pyramidale mais reposait sur une structure horizontale.

La `Ndrangheta a une structure très imperméable, on y compte moins de repentis que dans les autres organisations criminelles[5].

'Ndrine[modifier | modifier le code]

La 'Ndrangheta est composée de nombreuses 'Ndrine ('Ndrina au singulier), ou cosche (cosca au singulier), qui sont des petits groupes formés en général autour d'une famille, dont le chef est nommé Capo Bastone[8].

Les 'Ndrine ne sont pas toutes de même ampleur et de même importance. Ainsi, la 'Ndrine Bellocco de Rosarno (Reggio Calabria) par exemple, est l'une des plus puissantes de la 'Ndrangheta[9].

Lorsqu'une 'Ndrina atteint plus de 50 membres, elle peut acquérir le statut de 'Ndrina distaccata, qui lui permet d'étendre son territoire pour autant que le Locale principal l'y autorise.

Ndrine célèbres[modifier | modifier le code]

Locale[modifier | modifier le code]

Le regroupement de plusieurs 'Ndrine d'une même région s'appelle il « Locale », il y en aurait environ 166. Le Locale est composé d'au moins 49 'ndranghetisti et est dirigé par un capo-locale.

Province Nombre de Locale
Province de Reggio di Calabria 73
Catanzaro 21
Crotone 21
Cosenza 14
Vibo Valentia 7

Crimine[modifier | modifier le code]

En 2010, on découvre qu'au sommet de la `Ndrangheta, il y a une structure verticale appelée « Provincia » ou « Crimine ». C’est l’équivalent de la « Coupole » (organe de contrôle au sommet de la Cosa Nostra). Le chef, appelé Capo Crimine, est élu chaque année au mois d'août lors de la réunion au Sanctuaire de Polsi dans la ville de San Luca[10]. Le Crimine est un organe politique et non exécutif de la `Ndrangheta. Il décide et nomme les chefs pour les territoires éloignés de la Calabre quand il n’y a pas d’accord entre les familles, il établit aussi quels clans font partie de l’organisation et ceux qu’il ne reconnaît pas, il tranche aussi les litiges entre les clans. Il a aussi un tribunal pour juger ceux qui commettent une faute[11].

La `Ndrangheta reste une organisation horizontale sur le plan exécutif, verticale sur le plan politique. Son équivalent est la « cour constitutionnelle » d’un pays. Par exemple, si un clan veut faire des affaires sur un territoire contrôlé par un autre clan, il doit informer le clan en question. Le Crimine intervient dans le cas où il n’y a pas d’accord entre les deux[11].

Rites[modifier | modifier le code]

L’acceptation au sein du clan, souvent familial, se fait, la plupart du temps, après un acte illégal tel qu’un homicide.

L’organisation calabraise travaille très discrètement. Pour en devenir membre, il faut être né d’une famille de la `Ndrangheta. Les enfants de 'ndranghetiste sont appelés dès leur naissance, « Jeune d’honneur ». Par un rituel initiatique où le chef de clan coupe les ongles du nouveau-né, on place une clé et un poignard de chaque côté de l’enfant. S’il touche le couteau en premier, cela signifie qu’il sera un 'ndranghetiste ; en revanche si l’enfant touche la clé, il deviendra un magistrat, ou un homme politique corrompu. Le couteau est placé de préférence plus près que la clé[12].

Pour devenir un vrai 'ndranghetiste, il existe un rite, une sorte de baptême. Le battezzando de la 'Ndrangheta, littéralement « le candidat à l’affiliation ». Il possède un nom spécifique, il s’appelle contrasto onorato. Pour comprendre ce que cela signifie, les non-affiliés sont nommés dans le langage de la 'Ndrangheta des contrasti. Ceux qui ne s’opposent pas et qui respectent la 'Ndrangheta s’appellent, eux, des contrasti honorati mais ils ne sont pas affiliés à l’organisation.

À 14 ans, le premier grade de l’affiliation, le piocciotto s’obtient au cours d’un rituel ancestral, identique depuis des siècles. Il se déroule dans une pièce en forme de fer à cheval. Le chef dirige une très longue cérémonie à la fin de laquelle le battezzando jure de prendre sur soi la lourde responsabilité de faire partie de l’organisation, qui selon le code, sera supérieure à sa propre famille, à ses enfants et à son sang.

Les réunions de la `Ndrangheta se font dans un dialecte calabrais et suivent un certain rituel avec des allusions à la loyauté et une apologie de la violence.

`Ndrangheta à l’étranger : internationalisation ou mondialisation[modifier | modifier le code]

Afrique du Sud[modifier | modifier le code]

Sur place, l’organisation a investi dans les diamants[3].

Allemagne[modifier | modifier le code]

En Allemagne, le BND, principal service de renseignement, a lancé en 2006, un avertissement sévère, relayé par le Berliner Zeitung. La `Ndrangheta calabraise serait à leurs yeux l’organisation criminelle « la plus dangereuse d’Europe ». Elle blanchirait l’argent du trafic de stupéfiants en achetant couramment hôtels et restaurants en Thuringe, en Saxe et sur les rives de la Baltique. Elle aurait également passé des ordres portant sur 9 millions d’euros à la Bourse de Francfort, surtout dans les titres énergétiques, E.ON AG et Siemens en particulier, mais aussi Gazprom dans laquelle elle aurait 3 % du capital[3]. Elle pratique aussi la traite humaine[3].

Dans la nuit du 15 août 2007, la violence de la `Ndrangheta calabraise touche pour la première fois l’Allemagne. Six Italiens âgés de 16 à 39 ans sont abattus à proximité de la gare principale de Duisbourg (Sebastiano Strangio, 39 ans, Marco Marmo, 25 ans, les frères Francesco et Marco Pergola, 22 et 20 ans, Tommaso Venturi, 18 ans, seul né en Allemagne, et un mineur, F. G., 16 ans). Les victimes appartenaient toutes à la famille Pelle-Romeo, qui se livre à une véritable vendetta avec la famille Strangio-Nirta depuis 1991. Cette « guerre », dont l’origine remonterait à une simple dispute entre adolescents lors du carnaval de San Luca, bourgade calabraise de 4 000 habitants, aurait déjà fait 21 victimes. La violence connaît même un nouveau tournant lorsque la femme du parrain Giovanni Nirta, Maria Strangio, 33 ans, est assassinée le jour de Noël 2006. D’après le ministre de l’intérieur italien, Giuliano Amato, cet attentat serait le premier de cet ampleur perpétré à l’étranger par la mafia calabraise.

Cet enracinement en Allemagne date de la chute du mur de Berlin en 1989. Pietro Grasso, procureur national anti-mafia, rappelle une vieille écoute téléphonique remontant au jour de la chute de Berlin. Un mafioso téléphonait à un autre : « Va à Berlin-Est et achète. » « J'achète quoi ? », disait l’autre. « Tout, bars, restaurants, immeubles. » Aussitôt dit, aussitôt fait. La `Ndrangheta s’empare alors de vieux palais à moitié détruits, d’édifices en tous genres, de restaurants. Pour une bouchée de pain. C’est donc avec la chute du Mur que commence l’aventure de la `Ndrangheta en Allemagne[3].

Amérique du Nord[modifier | modifier le code]

L’organisation a été signalée au Canada et aux États-Unis dans les États de Floride et de New York. En 2004, le procureur de Tampa de l’État de Floride définit la Ndrangheta de la manière suivante : « Elle est invisible comme l’autre côté de la lune ».

En mai 2008, l’ancien président américain, Georges W. Bush, en s’appuyant sur le Foreign Narcotics Kingpin Designation Act, visant à punir les trafiquants de drogue, l’avait rajoutée officiellement sur la liste noire des organisations criminelles les plus dangereuses agissant sur le sol américain.

Australie[modifier | modifier le code]

En Australie, l’organisation s’adonne au trafic d’armes et d’héroïne, ainsi qu’aux jeux de hasard[3].

Belgique[modifier | modifier le code]

La `Ndrangheta a acheté près d’un quartier entier à Bruxelles avec l’argent blanchi de la drogue. Le 5 mars 2004, 47 personnes ont été arrêtées, accusées de trafic de drogue et de blanchiment d’argent pour l’achat de biens immobiliers à Bruxelles pour 28 millions €. Leurs activités se sont étendues aux Pays-Bas, où de grandes quantités d’héroïne et de cocaïne avaient été achetées par le clan Pesce-Bellocco de la ville de Rosarno et le clan Strangio du village de San Luca.

Colombie[modifier | modifier le code]

Voir Scandale de la parapolitique.

Les Colombiens leur auraient confié un tiers du trafic de cocaïne dans le monde[3]. Reconnaissant la fiabilité financière et « morale » des Calabrais, dès les années 1980, lorsque Cosa Nostra commence à décliner sous les coups de la répression, et finit par abandonner la gestion directe de la drogue. Les Calabrais venaient de mettre un terme à leur expérience de séquestrations. Tandis que la « coke » vendue 50 à 100 € la dose sur les places européennes, rapportait cent fois plus. « Il n’y a plus un gramme de cocaïne qui ne soit sur les marchés du vieux continent sans la bénédiction de la `Ndrangheta », dit un enquêteur. Pour ce faire, les Calabrais ont établi en Colombie des rapports directs et exclusifs avec les Forces armées révolutionnaires (FARC) et les Autodéfenses unies de Colombie (AUC) de Salvador Miguel Mancuso, dit El Mono, qui serait d’origine italienne, et qui fait l’objet de 23 mandats d’arrêt internationaux[3].

Europe de l’Est[modifier | modifier le code]

La présence de la 'Ndrangheta est signalée depuis plusieurs années dans les nouvelles démocraties d’Europe de l’Est : République tchèque, Hongrie et Roumanie notamment. Selon le BND allemand, la pègre calabraise aurait passé accord avec les gangs de la mafia albanaise pour pénétrer ces marchés.

France[modifier | modifier le code]

En France, l’organisation a investi dans la cocaïne et les investissements immobiliers (notamment sur la Côte d’Azur à Nice). Elle est aussi présente à Lyon, Nîmes, Avignon, Saint-Étienne ou Clermont-Ferrand par le biais de familles entières[3].

Madagascar[modifier | modifier le code]

À Nosy-Be, Antsiranana, l'organisation investit dans l'hôtellerie, et le Pizzeria.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Aux Pays-Bas, l’organisation calabraise s’adonnerait au trafic de stupéfiants et d’immigrés et investirait dans l’immobilier[3].

Russie[modifier | modifier le code]

En Russie, la `Ndrangheta est présente dans le trafic de drogue, l’immobilier et la contrefaçon de roubles et de dollars. Dès 1993, au moment où la Russie s’ouvrait aux capitaux étrangers, les magistrats de Locri (Calabre) découvraient ainsi un recyclage fabuleux entre Moscou et leurs terres. Des mafiosi étaient prêts à payer comptant une aciérie et une usine chimique à Saint-Pétersbourg avec l’équivalent en roubles de 2 600 milliards de lires prélevées dans une banque allemande[3].

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse, en plus d'une activité de blanchiment d'argent déployée depuis longtemps[13], l’organisation s’est lancée dans le trafic de cannabis, de cocaïne, d’héroïne et d’armes[3],[14].

Références[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g (fr) « La `Ndrangheta, mafia calabraise », sur droitetcriminologie.over-blog.com,‎ 15/12/2006 (consulté le 17 août 2010)
  2. (it) « digilander.libero.it », sur digilander.libero.it (consulté le 17 août 2010)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n (fr) « La mafia calabraise à la conquête de l'Europe », sur hebdo.nouvelobs.com (consulté le 17 août 2010)
  4. M-A. Matard-Bonucci, Histoire de la Mafia
  5. a, b, c, d, e, f et g Sur bakchich.info : la mafia calabraise
  6. a, b, c, d, e, f, g et h (fr) « Mafias et organisations criminelles - La 'Ndrangheta par Frank FURET, Banc public n°126, janvier 2004 », sur www.bancpublic.be (consulté le 17 août 2010)
  7. CHAREST M., « Peut-on se fier aux délinquants pour estimer leurs gains criminels ? », Criminologie, vol.37, n°2, 2004, pp. 64-87
  8. http://www.nicaso.com/pages/doc_page85.html
  9. http://www.nuovacosenza.com/cs/10/gennaio/bellocco17.html
  10. L'Express N.3081 du 21 au 27 juillet 2010 : Dans l'ombre du parrain., p.54
  11. a et b http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/decouvrir-la-verite-sur-la-ndrangheta-provoquerait-un-seisme-politique_907115.html
  12. http://www.courrierinternational.com/article/2010/04/15/sans-les-femmes-les-boss-ne-seraient-rien
  13. 'SwissInfo, La ‘Ndrangheta inquiète la Suisse, consultée le 4 avril 2012
  14. Ministère public de la Confédération, Mise en accusation d’une organisation de type ‘Ndrangheta en Suisse, consultée le 4 avril 2012

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Autres groupes mafieux en Italie[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : 'Ndrangheta.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • QUÉRÉ S. (2009) La ‘Ndrangheta - Enquête au cœur de la plus puissante des mafias italiennes, Paris, La Manufacture de livres, 181 p