Reed Brody

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Reed Brody (1953 -) est un avocat américain, spécialisé dans la défense des victimes des régimes dictatoriaux.

Surnommé « le chasseur de dictateurs », il est conseiller juridique et porte-parole de l’organisation Human Rights Watch. Il travaille actuellement aux côtés des victimes de Hissène Habré dans leur lutte contre l’impunité.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

Né en 1953 dans un milieu juif new-yorkais, Reed Brody a grandi à Brooklyn. Élevé par sa mère, une professeur d’art, il est scolarisé dans des établissements publics comme la Columbia Law School. Son père, Ervin Brody, est une star du tennis et tennis de table hongrois dans les années 1930. Après avoir passé trois ans dans des camps de travail allemands et ukrainiens, il rejoint Tito et l'Armée rouge, participe à la libération de Budapest puis émigre outre-Atlantique en 1949 où il enseigne la littérature slave, Albert Camus, Tolstoï et Dostoïevski, à la Fairleigh Dickinson University.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il ne se dit pas Américain, ni juriste, ni directeur adjoint de l'organisation Human Rights Watch (HRW). Pour lui, il est d'abord « quelqu'un qui se bat aux côtés des victimes » de régimes dictatoriaux, du Chili au Tchad[1].

En 1984, Reed Brody quitte son poste de substitut du procureur de New-York pour se rendre au Nicaragua sandiniste. Il enquête et découvre les preuves des atrocités commises par les contras, les opposants armés au gouvernement révolutionnaire de Managua, avec le soutien de Washington. Publié à la une du New York Times, le "Contragate", le fait passer aux yeux de Ronald Reagan pour « un agent sandiniste ».

À son retour du Nicaragua, il travaille à Genève de 1987 à 1992 à la Commission internationale de juristes, puis participe à la Commission des droits de l’homme de l’ONU et tisse des liens avec les mouvements de défense des droits humains. Il a fait partie de diverses missions d’enquête ou d’observation pour les Nations-Unies, au Salvador et en République démocratique du Congo. Il a été Executive Director of the International Human Rights Law Group (l'actuel Global Rights) de 1992 à 1994. En 1995-1996, il a coordonné une équipe juridique internationale, mise en place par le président d’Haïti et chargé de poursuivre en justice les auteurs de crimes contre les droits de l’homme. Il intègre Human Rights Watch en 1998.

Le chasseur de dictateurs[modifier | modifier le code]

Son combat : la lutte contre l’impunité. Il traque sans relâche les dictateurs en tous genres, pour remettre en cause l’état actuel du monde. « Si vous tuez une personne, on vous envoie en prison. Si vous tuez 40 personnes, on vous envoie dans un hôpital psychiatrique. Mais si vous tuez 40000 personnes, vous pouvez bénéficier d’un exil confortable avec un compte en banque bien fourni dans un autre pays. C’est cela que nous voulons changer »[2].

Il participe à la campagne pour l’extradition de Pinochet en Espagne alors que l’ex-dictateur chilien se trouve à Londres en 1998. En 1999, à Londres, la Chambre des Lords suit Brody et rejette la demande d’immunité de Pinochet. Ce coup d’essai, bien qu’inachevé puisque le tyran regagne son pays après 17 mois d’assignation en résidence surveillée, est finalement une victoire. « Dans cette défaite, il faut voir une victoire de Brody : ce précédent a interdit à tous les despotes de se croire intouchables », commente un membre de l’entourage de Louise Arbour, haut commissaire aux droits de l’homme de l’ONU à l’époque[3].

En 2004, il a été le premier à parler du sort des détenus à la prison irakienne d’Abou Ghraib, puis des mystérieuses disparitions de prisonniers d’Al-Qaïda[4].

L’affaire Hissène Habré[modifier | modifier le code]

Depuis 1999, Reed Brody travaille actuellement à côté des victimes de l’ex-dictateur du Tchad Hissène Habré, qui est en passe d’être jugé au Sénégal.

M. Habré a été inculpé au Sénégal en 2000 avant que la justice sénégalaise ne se déclare incompétente pour le juger. Ses victimes se sont alors tournées vers la Belgique. À l'issue de quatre années d'enquête, un juge belge a délivré un mandat d'arrêt international en septembre 2005 accusant M. Habré de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre et d'actes de torture perpétrés durant les huit années de sa présidence de 1982 à 1990 et a demandé son extradition. Les autorités sénégalaises ont ensuite consulté l'Union africaine sur la "juridiction compétente" pour le juger. Le 2 juillet 2006, l'Union africaine a demandé au Sénégal de juger Hissène Habré "au nom de l'Afrique", ce que le Président du Sénégal, Abdoulaye Wade, a accepté[5].

L'affaire du juge Baltasar Garzon[modifier | modifier le code]

Il met en relief le cas du juge Garzon dont la mission était de dénoncer les crimes du régime franquiste et incriminé[6],[7].

Prix Nobel 2012[modifier | modifier le code]

En octobre 2012, il manifeste sa surprise à l'annonce de la remise du Prix Nobel de la paix à l'Union européenne[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En 1984, lors d’une mission d’enquête au Nicaragua, il a mis en lumière les atrocités commises contre les civils par les contras, financés par les États-Unis et a publié Contra Terror in Nicaragua.
Il est le coauteur du The Pinochet Papers: The Case of Augusto Pinochet in Spain and Britain et l’auteur du Précédent Pinochet: comment les victimes peuvent poursuivre à l’étranger les criminels des droits de l’homme. Reed Brody est l’auteur principal de Tibet: Human Rights and the Rule of Law.

Films documentaires[modifier | modifier le code]

Le travail de Reed Brody sur les affaires Pinochet et Habré a été retracé dans les films documentaires Hissène Habré: La Traque d’un Dictateur (Canal+ France, 2009), The Dictator Hunter[9] (Klaartje Quijrins, 2007) et Chasseur de dictateurs.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il a un fils, Zachary Brody, né en 2000, le résultat de son mariage avec la féministe et militant des droits de l'homme brésilienne Myriam Marques. Il a divorcé en décembre 2012.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]