Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

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Musée de la résistance et de la déportation de l'Isère
Image illustrative de l'article Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère
Informations géographiques
Pays Drapeau de la France France
Ville Grenoble
Adresse 14 rue Hébert 38000 Grenoble
Coordonnées 45° 11′ 24″ N 5° 44′ 07″ E / 45.190132, 5.73522845° 11′ 24″ Nord 5° 44′ 07″ Est / 45.190132, 5.735228  
Informations générales
Date d’inauguration 1966
Nombre d’œuvres 5 000[1]
Superficie 1 200 m²
Informations visiteurs
Nb. de visiteurs/an 28 424 (2012) [2]
Site web Site officiel

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Musée de la résistance et de la déportation de l'Isère

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Musée de la résistance et de la déportation de l'Isère

Le musée de la résistance et de la déportation de l'Isère est un musée départemental créé en 1966 et situé à Grenoble en France. Il décrit la spécificité de la Résistance dans le département de l'Isère et particulièrement dans le massif du Vercors lors de la Seconde Guerre mondiale, tout en évoquant les Résistances que des peuples ou des individus continuent aujourd'hui à mener à travers le monde.

Historique[modifier | modifier le code]

En réalisant en 1963 une exposition sur la Résistance dauphinoise, Robert Avezou, directeur des Archives départementales de l'Isère, provoque le rassemblement de documents, d'objets, de photographies, d'imprimés et de pièces manuscrites dont la collecte avait été initiée par un enseignant, Henri Guillard et un inspecteur d'Académie, Pierre Dubois. L'intérêt historique est immédiatement reconnu et s'impose à tous la nécessité d'ouvrir l'un des tout premiers musées en France consacré à la Résistance intérieure française durant la seconde guerre mondiale, afin d'inscrire ces témoignages dans la durée[3]. Le 12 juin 1964, une association d'anciens résistants et déportés se forme en vue de la création d'un musée, dont Gustave Estadès, Roger Rahon ou Jean Grey et avec le soutien du maire Albert Michallon lui-même ancien résistant.

Installé au 14 rue Jean-Jacques Rousseau à Grenoble en un lieu exigu mais célèbre pour avoir été la maison natale de Stendhal, le musée est dénommé Musée de la résistance dauphinoise. Il est inauguré le 23 avril 1966 sous la municipalité d'Hubert Dubedout dans le cadre de la journée nationale de la Déportation[4]. En 1970, le musée reçoit la visite de Pierre Mendès France venant remettre des documents personnels et prend la même année la dénomination de Musée de la Résistance et de la Déportation.

Dans les années quatre-vingt, les limites du fonctionnement du musée en termes d'accès à l'hyper-centre de la ville, mais aussi d'espace (170 m2) et de fréquentation annuelle qui plafonne malgré de nombreux visiteurs étrangers à 5 000 visites annuelles, incitent l'association des amis du musée à demander le transfert des collections dans un lieu plus approprié.

Le 14 décembre 1988, sous l'impulsion d'Alain Carignon, le musée perd son statut privé trop contraignant financièrement pour celui de départemental plus ambitieux pour l'une des trois villes parmi les cinq communes de France ayant reçu l'ordre de la Libération. En même temps, démarre à travers la ville une recherche active de locaux plus vastes.

C'est le 1er juillet 1994 que le musée ouvre dans ses locaux actuels de la rue Hébert[5] et prend sa dénomination actuelle dans le contexte de la commémoration du cinquantième anniversaire de la libération de Grenoble. Le bâtiment construit en 1863 a abrité successivement l'école de sculpture architecturale de Grenoble et les appartements de son directeur, le sculpteur grenoblois Aimé Charles Irvoy, puis l'Institut de zoologie et de pisciculture de la faculté des sciences de Grenoble, et enfin des services municipaux à partir de 1965. Le bâtiment a nécessité de profondes transformations pour répondre à sa nouvelle vocation. Quatre niveaux ont été créés offrant une superficie totale de 1 200 m² avec les trois premiers niveaux réservés aux expositions sur 900 m² et le dernier niveau réservé à l'administration du musée.

Collections[modifier | modifier le code]

Ce musée qui a obtenu le label « musée de France » décrit la spécificité de la Résistance dans le département de l'Isère et particulièrement dans le massif du Vercors lors de la Seconde Guerre mondiale. Des décors d'intérieur et d'extérieur très réalistes retracent la vie quotidienne des habitants durant la seconde guerre mondiale avec l'aide de nombreux témoignages audiovisuels.

Premier niveau[modifier | modifier le code]

Objets de la vie quotidienne

Outre des salles d'expositions temporaires propices à l'organisation de deux ou trois expositions par an[6], le premier niveau abrite une exposition permanente qui propose aux visiteurs une présentation chronologique des événements de cette guerre. Le parcours débute par un état des lieux de l'Isère dans les années précédent la guerre lorsque des régimes totalitaires s'installent en Europe. La ville connait alors un développement sans précédent comme en atteste l'exposition internationale de la houille blanche qui se tient à Grenoble en 1925. La main d'œuvre afflue du département, de Savoie, du haut Dauphiné, mais aussi de Grèce et d'Italie. Rendue nécessaire par la crise du logement, l'extension de la ville devient indispensable. Dès 1921, Paul Mistral, maire de Grenoble, demande à l'architecte parisien Léon Jaussely de concevoir un nouveau plan d'urbanisme.

Panneaux d'explications

Ce nouveau cadre urbain se préparait quand la guerre est venue tout interrompre. C'est sur les années de développement que la ville va perdre avec la guerre, sur les causes qui les ont entraînés, le fascisme, le nazisme et leur cortège de souffrance et de morts que se poursuit le parcours du musée. Les grands évènements ponctuent le parcours - la mobilisation, la défaite, l'Armistice du 22 juin 1940, l'appel du 18 juin, le gouvernement de Vichy, les restrictions et la pénurie qui frappent la vie quotidienne, une vidéo sur la venue du maréchal Pétain à Grenoble le 19 mars 1941, l'écoute de la BBC sur le poste du grand café de Bernin, la répression Vichyssoise avec le camp d'internement de Fort Barraux, la destruction du temple maçonnique de Grenoble, l'antisémitisme, les positions des Églises, l'École d'Uriage. Restituée par des images, des objets et des documents sonores, la globalité d'une époque s'offre au regard du visiteur. Avant de faire connaissance avec ceux qui disent non à la défaite, à l'occupant nazi et à Vichy, un film de 15 minutes présente les évènements qui se succèdent en Europe, en France, en Isère, à Grenoble de 1933 à 1944.

Deuxième niveau[modifier | modifier le code]

Réunion chez Marie Reynoard

Le visiteur se retrouve confronté à l'évocation de six milieux différents dans lesquels va naître l'idée de Résistance. La première, celle d'une ruelle de Grenoble où l'on entend des cris de voix jeunes, « A bas Pétain ! Vive de Gaulle ! » auxquels succèdent des bruits de poursuite et d'arrestation. Affiches et graffitis témoignent des troubles de l'époque dans les mouvements étudiants et lycéens où la distribution de tracts est un moyen d'exprimer sa révolte. Au détour de la ruelle, le visiteur se retrouve dans un appartement grenoblois : des chaises rassemblées autour d'un poêle et des conversations révèlent l'appartement de Marie Reynoard, où naît le mouvement Combat en novembre 1941. L'espace suivant présente le bureau du doyen de la faculté des sciences de Grenoble, René Gosse, qui vient d'être révoqué pour avoir exprimé publiquement son opposition au maréchal Pétain. D'autres individualités vont commencer à agir comme le jeune vicaire de la cathédrale Notre-Dame de Grenoble connu plus tard sous le nom d'abbé Pierre, comme le physicien Jean Bistési[N 1] ou comme une jeune mère de famille Marguerite Gonnet[N 2].

Pour le quatrième milieu, le visiteur longe ensuite la devanture du bar de la Rotonde près de la gare qui laisse échapper des bruits de table que l'on range et des conversations chuchotées. C'est dans ce café que se retrouvent des socialistes, membres de la SFIO, Eugène Chavant, Léon Martin, Aimé Pupin et qui vont adhérer au mouvement Franc-Tireur et créer le premier maquis de France en décembre 1942 dans la ferme d'Ambel dans le massif du Vercors. D'autres décors suivent le parcours avec un bureau massif rempli de munitions montrant l'organisation des officiers tels les commandants Henri Delaye ou Albert de Reyniès qui cachent des armes et se retrouvent au sein de l'Armée secrète. L'oreille est alertée dans le dernier milieu par le bruit cadencé d'une machine ronéo dans un coin de cave illustrant des groupes de communistes participant à la création du Front National en mai 1941 en diffusant des tracts.

Plan relief de l'Isère

Le musée accorde dans la partie suivante une place à la propagande pour le Service du travail obligatoire. Il évoque le grand nombre de réfractaires et annonce le rôle qu'ils joueront en gagnant les maquis en nombre. En attendant, ce sont les militaires italiens, les bersaglieri, qui occupent Grenoble. Le nombre de juifs réfugiés dans la région grenobloise est très élevé à cette époque, ce qui lui vaut d'être appelée "La petite Palestine". Cette particularité est illustrée dans le musée par une banque d'écoute permettant au visiteur d'appréhender la question juive en Isère, les persécutions de la police de Vichy et la création en avril 1943 à Grenoble du Centre de documentation juive contemporaine[7].

L'espace suivant s'articule autour d'un vaste plan relief de dix mètres carrés représentant l'Isère. Y apparaissent illuminées à la commande du visiteur la plupart des actions de Résistance: maquis, sabotages, affrontements, parachutages. Sur toute la périphérie de la salle, sont présentés les visages des maquisards isérois, ainsi que leur moyens de communication avec Londres (poste émetteur) et le conteneur qui les approvisionne et les arme.

Troisième niveau[modifier | modifier le code]

Portes des cellules de la Gestapo

La fin de l'année 1943 et l'arrivée de l'armée allemande à Grenoble sous le commandement du général Karl Pflaum, marque l'étape suivante de la visite avec l'évocation de la collaboration en France. La répression sur la population atteint alors des sommets à la fin de l'année 1943 lors de la manifestation du 11 novembre 1943 devant le monument des diables bleus aux abords du parc Paul-Mistral, puis avec la Saint-Barthélemy grenobloise. Après avoir pris connaissance de l'organigramme de la Résistance, le visiteur aborde un espace où trois portes de cellule provenant de l'immeuble de la Gestapo du 28 cours Berriat s'alignent. Des inscriptions de noms et de recommandations des personnes arrêtées et torturées recouvrent ces portes. Un espace particulier est dédié à la déportation. Un long morceau de voie ferrée s'impose au regard tandis que résonne dans la salle le bruit des wagons en mouvement. Au bout de la voie s'empilent dans une vitrine les vêtements rayés de déportés. À côté, une longue carte murale présente le système concentrationnaire des camps de l'Alsace jusqu'aux confins de la Pologne. Sur un mur entier, une mosaïque de cases contient chacune un objet preuve de l'horrible épreuve subie par les personnes avec au travers du mur une ouverture laissant apercevoir un visage discret de la marianne de la République.

Destruction du polygone d'artillerie à Grenoble

L'unification des mouvements de Résistance se concrétise par la réunion "Monaco" du 25 janvier 1944 à Méaudre, où se retrouvent dix responsables de la Résistance iséroise. Ils décident d'unifier leurs actions en créant le Comité départemental de libération national. Le musée illustre ce fait en mettant en scène une grande table de métal aux contours sinueux, supportée par dix bustes de bois et surmontée de la maquette immaculée d'une maison. La table a la forme de l'Isère, les effigies qui la soutiennent sont celles des responsables des diverses composantes de la Résistance et la maison est l'hôtel de la Poste de Méaudre dans le Vercors.

De part et d'autre du passage central qui conduit au dernier espace du musée, des documents et des montages photographiques donnent tout son sens au mot Libération. À gauche, les images des journées de Libération de l'Isère en août 1944. À droite, un second montage rappelle comment le Général de Gaulle a conduit la lutte depuis Londres et quel sens il a voulu donner à l'ordre de la Libération dans lequel Grenoble a été intronisée parmi les cinq communes de France. Enfin, quelques images rappellent la création du musée en 1965.

Le parcours du musée s'achève par un espace ouvert sur l'actualité contemporaine et les Résistances que les peuples continuent aujourd'hui de mener à travers le monde.

Fréquentation[modifier | modifier le code]

Globalement, depuis le début des années 2000, la fréquentation annuelle du musée se situe dans une fourchette de 22 000 à 25 000 visiteurs[8]. Cependant en 2010, une exposition temporaire du musée consacrée aux personnes spoliées durant la guerre a été décentralisée au Palais du parlement du Dauphiné et a attiré 12 000 visiteurs, venant ainsi pulvériser la fréquentation habituelle[9]. Depuis la saison 2008-2009, dans le cadre des jeudis du parlement, le musée organise des rencontres sous forme de lectures, de théâtre ou de projection à l'ancien palais du parlement, place Saint-André à Grenoble.

En novembre 2013, à l'occasion du 70e anniversaire de la Saint-Barthélemy grenobloise, le musée consacre une exposition temporaire de six mois à cette tragédie et le Conseil général de l'Isère réalise un film de 34 minutes sur ce sujet avec le concours de plusieurs historiens[10].

Le centre de documentation[modifier | modifier le code]

Ouvert aux chercheurs, aux étudiants mais également au public, sur rendez-vous, le centre de documentation du musée possède un inventaire informatisé réalisé en 1991 et 1992 qui lui a permis de développer une bibliothèque, une phonothèque, une photothèque et une filmothèque[11]. Cette technicité permet au musée de Grenoble de figurer parmi les principaux centres de documentation sur la Résistance en France.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean Bistési, ingénieur chimiste à l'Institut d'électrochimie de Grenoble, participe dès 1940 au camouflage de tous les alliages et produits utiles à la lutte armée. Il rentre en contact avec Marie Reynoard et lui succèdera comme chef départemental de Combat. Une rue de Grenoble porte son nom.
  2. Marguerite Gonnet, épouse du président du syndicat d'initiative de Grenoble et mère de neuf enfants se lance dès 1941 dans l'action. Elle crée la section iséroise de "Libération sud" et en diffuse le journal dans le milieu catholique. Dénoncée au printemps 1942, arrêtée puis condamnée avec sursis, elle reprend son action de plus belle, en dépit de la perte de l'enfant qu'elle portait. Une rue de Grenoble dans le quartier Europole porte son nom depuis 2005.

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Grenoble, Charles de Gaulle, Isère, Édition musée dauphinois, 1990, ISBN 2-905375-05-1
  • Georges Avallet, Et Grenoble explosa : une chronique des années de sang : 1940-1944, Impr. Cluze-Ballouhey, Saint-Marcellin (Isère), 1994, ISBN 2-910597-00-8
  • Pierre Giolitto, Grenoble 40-44, Librairie académique Perrin, 2001, ISBN 2-262-01326-8
  • Pierre Giolitto, Histoire des groupes francs grenoblois, Presses universitaires de Grenoble, 2003
  • Jean-Claude Duclos et Olivier Ihl, Grenoble en résistance, parcours urbains, Éditions Dauphiné libéré, Grenoble, 2004, ISBN 2-911739-62-0
  • 1939-1944 Grenoble en résistance, parcours urbains, sous la direction de Jean-Claude Duclos et Olivier Ihl, Édition Dauphiné libéré, Grenoble, 2004
  • Jean-Claude Duclos et Olivier Ihl, Grenoble en résistance, parcours urbains, Éditions Dauphiné libéré, Grenoble, 2004, ISBN 2-911739-62-0
  • Bernard Montergnole, La Presse quotidienne grenobloise (septembre 1939-août 1944), Presses universitaires de Grenoble, 2004, ISBN 2-7061-1198-4
  • Gil Emprin, Gaston Valois, la République à mourir, Édition Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère, 2013
  • La Libération entre Alpes et Rhône, Olivier Cogne, Éditions le Dauphiné libéré, Grenoble, 2014, ISBN 978-2-8110-0045-5

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]