Moussa Dadis Camara

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Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara, en août 2009
Moussa Dadis Camara, en août 2009
Fonctions
3e président de la République de Guinée
Président du CNDD

(&&&&&&&&&&&&03871 an, 0 mois et 21 jours)
Premier ministre Kabiné Komara
Prédécesseur Lansana Conté
Successeur Sékouba Konaté (par intérim)
Alpha Condé
Biographie
Date de naissance (50 ans) ou
(45 ans)[1]
Lieu de naissance Nzérékoré (Guinée)
Diplômé de Université Gamal Abdel Nasser de Conakry
Académie royale militaire Kénitra (Maroc)
Profession Militaire
Résidence Camp Alpha Yaya Diallo

Moussa Dadis Camara
Présidents de la République de Guinée

Moussa Dadis Camara[2], né le ou le à Koulé (près de Nzérékoré), est un officier militaire guinéen. Président du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte militaire au pouvoir après la mort de Lansana Conté, il s'autoproclame président de la République de Guinée le . Blessé à la tête le , il est hospitalisé au Maroc, puis au Burkina Faso, et doit quitter ses fonctions le mois suivant.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et formation[modifier | modifier le code]

Formation générale[modifier | modifier le code]

Il fait ses études primaires et secondaires à N'zérékoré, sanctionnées par un baccalauréat en sciences mathématiques au lycée Samory Touré. Puis, en 1986, il intègre l'université Gamal Abdel Nasser de Conakry, et obtient, en 1989, une licence en économie et finance.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

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En 1990, Moussa Dadis Camara intègre l'armée guinéenne, et poursuit sa formation à la base à Kindia, à 137 km de la capitale. Il suit des cours d’officier à Dresde, puis obtient un brevet de chef de section en gestion à Brême (Allemagne), et intègre une brigade franco-allemande. À son retour de l'Occident, en 1999, il devient intendant-adjoint au sein des forces des Nations unies pour la Sierra Leone (UNAMSIL). De 2000 à 2001, il est le chef de la Section Essence à la direction générale de l'Intendance militaire des armées de Guinée. Il repart en Allemagne en 2004, et effectue des études en capitainerie d’intendance et de logistique à l’École d’Infanterie de Hambourg, puis suit des cours pratiques de troupes aéroportées d'où il obtiendra un brevet de parachutiste-commando. Entre 2005 et 2007, Moussa Dadis Camara exerce le poste de Chef de section des Essences et Ravitaillement à l'Intendance militaire des forces armées, puis, en 2008, celui de directeur général des Essences et Lubrifiants. Entre temps, il suit des cours à l'État major à l'École militaire inter-armée (EMIAG), en Guinée.

Arrivée au pouvoir[modifier | modifier le code]

Quelques heures après l'annonce de la mort de Lansana Conté, deuxième président de la République de Guinée, le capitaine Camara, jusqu'alors inconnu du grand public, apparaît à la radio-télévision guinéenne[3] pour annoncer la suspension de la Constitution et de toutes les institutions républicaines ainsi que la dissolution du gouvernement. Il prononce un discours à caractère social, dénonçant le désespoir profond du peuple de Guinée, la complicité des dignitaires du pouvoir dans le pillage des ressources du pays et leur incapacité à fournir à la population les services de base[4].

Le , il est porté à la tête du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD)[5]. Le lendemain, les forces armées le désignent président de la République de Guinée, Camara promet des élections « libres, crédibles et transparentes » en décembre 2010[6]. Comme promis à la prise du pouvoir, Moussa Dadis Camara nomme, le , le banquier Kabiné Komara Premier ministre et chef du gouvernement.

Présidence de la République[modifier | modifier le code]

Débuts encourageants[modifier | modifier le code]

Moussa Dadis Camara prononçant un discours, en 2009.

Suite à la rencontre entre le CNDD et le secretaire d'État français à la Cooperation Alain Joyandet, le , le capitaine Moussa Dadis Camara réitère l'engagement de la junte à organiser des élections libres et transparentes, auxquelles ni les membres du CNDD, ni les membres du futur gouvernement de transition ne seront candidats, à la fin décembre 2009[7]. Cependant en avril 2009, Dadis Camara menace de se présenter à la présidentielle de décembre 2009 si les leaders d'opinion ne cessent de s'« acharner » contre le CNDD[8].

À son arrivée au pouvoir, la Guinée, selon les populations, était considérée comme l'une des plus grandes plaques tournantes de la drogue de la sous-région ouest-africaine[9]. Dadis Camara explique que « La drogue cause un énorme préjudice non seulement au peuple guinéen, mais à tous les opérateurs économiques. C'est pourquoi, j'ai décidé de la combattre pour redorer l'image de marque de mon pays »[10]. Afin d'attirer les investisseurs, le Président guinéen cherche à rassurer les opérateurs économiques. Ainsi les interpellations se multiplient à Conakry, impliquant des protégés de l'ancien régime autoritaire tels qu'Ousmane Conté le fils ainé de l'ex-président, Saturnin Bangoura le beau-frère du général Lansana Conté ou encore Lansana Camara, fils du Général Kerfalla Camara (ancien chef d’État-major général des forces armées guinéennes)[11]. Ces multiples arrestations de hauts fonctionnaires ou d'officiers supérieurs valent à Dadis Camara l'estime de son peuple voyant en cela la volonté de rompre avec la culture de l’impunité cultivée depuis longtemps et la corruption généralisée. La lutte contre les narcotraficants sera médiatisée avec des procès télévisés contribuant à la propagande du CNDD digne d'un régime dictatorial. Même si Moussa Dadis Camara est considéré actuellement par l'ONU comme un acteur important dans la lutte contre le narcotrafic en Afrique de l'Ouest, le problème de l'absence de chiffres réels demeure. Le , le président Moussa Dadis Camara reçoit[12], en présence du président sénégalais Abdoulaye Wade, l'oscar du Mérite du Conseil international des managers africains (CIMA) pour son combat contre les narcotrafiquants[13] et pour la moralisation économique.

Massacre de septembre 2009[modifier | modifier le code]

Le , à la suite d'un meeting organisé dans l'enceinte du plus grand stade de Conakry, l'armée guinéenne tire à balles réelles sur les manifestants, occasionnant 157 morts selon les ONG, qui font aussi état de milliers de blessés et de nombreux viols[14]. La communauté internationale a fermement condamné cette violente répression, et le président Camara explique cet événement par l'indiscipline de ses forces armées, et déplore le décès de « ceux qui l'ont amené au pouvoir ». Ce massacre engendre la démission du porte-parole du gouvernement et des ministres de l'Agriculture et de la Fonction publique, fait sans précédent en Guinée[15].

La France, par la voix de Bernard Kouchner, décide de suspendre sa coopération militaire avec le CNDD[16],[17] et demande, conjointement avec les États-Unis, une enquête internationale[18]. La Cour pénale internationale (CPI) donne une suite favorable à cette requête[19] et la France appelle ses 2 500 ressortissants à quitter la Guinée en raison de la détérioration de la situation[20]. L'International Crisis Group met de son côté en garde contre une « guerre civile qui pourrait déstabiliser l'Afrique de l'Ouest, s'il n'est pas mis rapidement fin au régime militaire[15] ».

Devant les pressions internationales, Moussa Dadis Camara affirme, le , n'avoir « peur de rien[21] ». Mais le 21 décembre suivant, le rapport de la Commission d'enquête internationale estime qu'au moins 156 personnes ont été tuées dans la répression et que 109 femmes ou jeunes filles ont été violées, voire parfois mutilées. Les enquêteurs de l'ONU parlent de « crime contre l'humanité » et en imputent notamment la responsabilité à Moussa Dadis Camara, pour lequel ils réclament la saisie de la Cour pénale internationale[22].

Tentative d'assassinat[modifier | modifier le code]

À la suite du massacre du 28 septembre, des dissensions apparaissent au sein du CNDD[23]. Le général Sékouba Konaté essaye de faire arrêter Aboubacar « Toumba » Diakité par Claude Pivi, mais Dadis s'y oppose. Sous la pression de l'enquête internationale, Dadis Camara semble se désolidariser des responsables des violences.

Le , alors que Sékouba Konaté est en voyage au Liban, Moussa Dadis Camara se rend au camp militaire "Koundara", base de son aide de camp et chef de la garde présidentielle, Aboubacar « Toumba » Diakité. Dans des circonstances à éclaircir, ce dernier tire sur Dadis Camara et le blesse à la tête.

Probablement touché à la tête et au cou[24], il est transféré le lendemain à Rabat (Maroc), afin d'y être hospitalisé dans une « situation difficile mais pas désespérée », d'après le président burkinabé Blaise Compaoré[25]. En attendant de plus amples informations, l'intérim est assuré par le no 3 de la junte, le général Sékouba Konaté ; une récompense de 200 millions de francs guinéens en plus d'une villa est promise à qui retrouvera Aboubacar Diakité ou donnera des informations pouvant le localiser.

Toumba, quant à lui, accuse Dadis Camara d'avoir commandité les massacres et d'avoir voulu lui rejeter la responsabilité[26], et affirme avoir aidé des opposants à échapper aux violences, version confirmée par François Lonsény Fall, ancien Premier ministre[27], mais remise en cause par un rapport de Human Rights Watch[28].

Retrait du pouvoir[modifier | modifier le code]

Le , à la surprise générale, Moussa Dadis Camara quitte le Maroc, où il était hospitalisé depuis le , pour Ouagadougou (Burkina Faso). Il y est rejoint par le général Sékouba Konaté, qui assure l'intérim depuis son hospitalisation, pour des négociations sous l'égide de Blaise Compaoré. Un accord est trouvé le , et Camara renonce au pouvoir, officiellement pour des raisons de santé[29]. En réalité, selon les télégrammes de la diplomatie américaine révélés par WikiLeaks, les gouvernements français et américains en accord avec Mohammed VI ont profité de son hospitalisation à Rabat pour lui trouver un successeur et le forcer à l'exil[30]. Français et Américains se méfiaient de Dadis Camara depuis le massacre du 28 septembre 2009 et ils craignaient que ses ambitions militaires (recrutement de mercenaires, achats d'armes) ne soient une menace pour la stabilité de la région[30].

À l'occasion de l'élection présidentielle guinéenne de 2010, toujours en exil, il ne donne aucune consigne de vote, appelant « tous les électeurs de [son] pays de voter le candidat de leur choix »[31]. Le , il annonce son intention de rentrer en Guinée[32].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Guinée : Qui est Moussa Dadys Camara ? », afriquejet.com, 27 décembre 2008.
  2. Moïse Dadis Camara depuis sa conversion au catholicisme en août 2010.
    Cfr. Le Populaire, ISSN 0851 2444, N°3232, 31 août 2010, p. 2
  3. « Confusion en Guinée après la tentative de coup d'État », Le Monde, 23 décembre 2008.
  4. « Moussa Dadis Camara : "Pourquoi j'ai pris le pouvoir" », Jeune Afrique, 4 janvier 2009.
  5. « Moussa Dadis Camara président de la Guinée », Continental News, 25 décembre 2008.
  6. « En Guinée, le chef des putschistes se proclame “président de la République” », Le Monde, 24 décembre 2008.
  7. « Alain Joyandet se voit promettre par la junte une transition aussi courte que possible », Jeune Afrique, 4 janvier 2009.
  8. « Guinée: La tentation du capitaine », L'Observateur paalga, 16 avril 2009.
  9. « Lutte contre la drogue et les narcotrafiquants - Dadis Camara (Président de la Guinée) : “Pourquoi, je me bats pour mon pays” », news.abidjan.net, 11 août 2009.
  10. Au cours d'une conférence de presse tenue dans la salle d'Art de la maison du peuple de Conakry
  11. La journée internationale de lutte contre la drogue a été célébrée le vendredi 26 juin selon le Démocrate
  12. « Une journée avec le capitaine Dadis Camara », abidjan.net, 9 août 2009.
  13. « Drogue: la Guinée abrite des laboratoires clandestins selon l'ONUDC », dépêche AFP, 5 août 2009.
  14. « Guinée maudite », Le Monde, 30 septembre 2009.
  15. a et b « La Guinée menacée d'une reprise des violences », Le Monde, 17 octobre 2009.
  16. « La France suspend sa coopération militaire avec la Guinée », Le Monde, 29 septembre 2009.
  17. « Guinée : Paris sanctionne la junte et appelle à une réaction internationale », dépêche AFP, 29 septembre 2009.
  18. « Guinée : la France et les États-Unis veulent une “enquête internationale” », dépêche AFP, 10 octobre 2009.
  19. « Enquête internationale sur la junte guinéenne », Le Figaro, 15 octobre 2009.
  20. « Guinée: les Français doivent partir », Le Figaro, 16 octobre 2009.
  21. « Pressions internationales sur la Guinée : Dadis Camara : “Je n’ai peur de rien” », Le Quotidien, 17 octobre 2009.
  22. « 28 septembre : Dadis responsable, selon l'ONU », Jeune Afrique, 21 décembre 2009.
  23. http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20091208080136/-attentat-armee-Moussa-Dadis-Camara-junte-Dadis-reellement-hors-de-danger-.html
  24. « L'hospitalisation du chef de la junte relance la bataille pour le pouvoir en Guinée », Le Monde, 5 décembre 2009.
  25. « Camara, le chef de la junte guinéenne, serait dans un état grave », L'Express, 4 décembre 2009.
  26. http://www.rfi.fr/contenu/20091216-exclusivite-rfi-lex-aide-camp-president-dadis-camara-toumba-diakite-sexplique-son-g, Interview dAboubacar « Toumba » Diakité sur Radio France internationale
  27. « 28 septembre : “Toumba nous a sauvé la vie” », Jeune Afrique, 17 décembre 2009.
  28. http://www.hrw.org/sites/default/files/reports/guinea1209frwebwcover_0.pdf Rapport du 17 décembre 2009 de Human Rights Watch
  29. « Guinée: le chef de la junte accepte de ne pas rentrer dans son pays », Le Nouvel Observateur, 16 janvier 2010.
  30. a et b Christophe Châtelot, « Guinée : Comment France et États-Unis ont écarté le chef de la junte », Le Monde,‎ 11 décembre 2010
  31. « Guinée : Pour qui vote Dadis Camara ? », Les Afriques, 18 juin 2010.
  32. « Moussa Dadis Camara veut revenir en Guinée », Le Journal du dimanche, 20 décembre 2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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