Martin Gray

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Martin Gray, de son vrai nom Mieczysław ou Mietek Grayewski, est un écrivain franco-américain, d'origine juive polonaise, né à Varsovie le 27 avril 1922 (92 ans)[1].

« Faire que les blessures deviennent, si l'espérance l'emporte sur la souffrance, les veines dans lesquelles ne cesse de battre le sang de la vie. » (Martin Gray). Monument érigé non loin de sa résidence bruxelloise[2].

Il est d'abord connu pour son livre Au nom de tous les miens (1971), dans lequel il décrit une partie de sa vie et notamment le drame d'avoir perdu à deux reprises toute sa famille, d'abord dans les camps d'extermination nazis, puis dans l'incendie de sa maison dans le Sud de la France. Rédigé par un tiers, Max Gallo, ce livre a été réputé mêler fiction et réalité.

Biographie[modifier | modifier le code]

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 1er septembre 1939, les nazis envahissent la Pologne. Martin Gray a alors dix-sept ans[1]. Transféré dans le ghetto de Varsovie où son père travaille au Judenrat, il trouve le moyen d'en sortir en soudoyant des soldats nazis et devient ainsi un contrebandier. Plusieurs fois par jour, il fait des aller-retour pour ramener de la nourriture dans le ghetto grâce aux tramways. Lors d'une rafle, son père est attrapé pour être déporté. Grâce à ses connaissances, Martin lui sauve la vie en l'aidant à s'échapper.

Plus tard, sa mère, ses deux frères et lui-même sont déportés à Treblinka, où sa mère et ses frères sont exterminés immédiatement. Compte tenu de sa santé physique il n'est pas tué, et travaille dans divers kommandos, dont les sonderkommandos, qui sont chargés d'extraire les corps des chambres à gaz. Il réussit à s'échapper de ce secteur et à retravailler dans les secteurs de réception des déportés.

Il travaille alors dans un kommando chargé de trier le linge et de le charger dans les wagons. Il peut ainsi s'enfuir de Treblinka en se camouflant dans un wagon. De nuit, il se jette hors du train et traverse divers villages où il informe la population de ce qui se passe à Treblinka, mais personne ne le croit.

À son retour à Varsovie, il retrouve son père, qu'il croyait mort, mais qui, quelques jours plus tard, lors de l'insurrection du ghetto, sera abattu devant ses yeux, parmi un groupe de Juifs qui s'étaient jetés sur des SS après s'être rendus[3].

Il rejoint ensuite l'Armée rouge où il finit la guerre, et marche sur Berlin le 30 avril 1945. Comme officier, il est décoré d'ordres prestigieux de l'Armée rouge : ordre de l’Étoile rouge, ordre de la Guerre patriotique et Ordre d'Alexandre Nevski[4]. Cent dix membres de sa famille sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale[5].

Après la guerre[modifier | modifier le code]

Après la guerre, il décide d'aller rejoindre sa grand-mère maternelle à New York en 1947.

Il s'y enrichit en vendant à des antiquaires américains des porcelaines et des lustres non antiques, qu'il fait fabriquer en Europe[6].

Citoyen américain en 1952[7], il rencontre Dina Cult en 1959 qui devient son épouse. Ils s'installent dans le Sud-Est de la France, à Tanneron, non loin de Mandelieu, où il devient exploitant agricole[7].

Le 3 octobre 1970, lors de l'incendie du Tanneron, il perd son épouse et ses quatre enfants[8]. Au bord du suicide[9], il déclare avoir décidé de lutter pour devenir un témoin et trouver encore une fois la force de survivre[10], l'écriture devenant alors, d'après lui, une thérapie.

Depuis, Martin Gray s'est remarié deux fois et est père de cinq enfants[11].

En 2001, après plus de quarante ans passés dans le Var, Martin Gray s'installe en Belgique, à Uccle, dans l'agglomération de Bruxelles[12]. À partir de 2005, il habite à Cannes[13]. En 2012, il s'installe à Ciney dans le Condroz belge où il est fait citoyen d'honneur le 21 juillet 2013[14],[15] .

Activités philanthropiques[modifier | modifier le code]

Fondation Dina Gray[modifier | modifier le code]

S'attachant à faire vivre le souvenir des siens, il crée la fondation Dina Gray[16] à vocation écologique, chargée de lutter contre les incendies de forêts et pour la protection de l'Homme à travers son cadre de vie.

Arche de la Défense[modifier | modifier le code]

Martin Gray a été le président de l'Arche de la Défense à Paris durant plusieurs années (1989-2001).

Coordination française pour la Décennie[modifier | modifier le code]

Il est également membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Malgré une douzaine d'ouvrages publiés[17], Martin Gray dit ne pas se considérer lui-même comme écrivain, mais plutôt comme un témoin. « Je n'écris pas, je crie », affirme-t-il dans une interview en 2004[18].

Ses livres sont au service de ses activités philanthropiques, comme le montre la préface de Max Gallo à Au nom de tous les miens : « Martin Gray voulait dire sa vie. Parce que, pour les siens disparus, pour lui-même, pour sa fondation, il avait besoin de parler, besoin qu'on sache[19]. »

Une controverse existe au sujet d'Au nom de tous les miens. Gitta Sereny[20] accuse Gray et Max Gallo d'avoir inventé le séjour de Gray à Treblinka. Pierre Vidal-Naquet, après avoir d'abord emboîté le pas à Gitta Sereny, s'est laissé convaincre par des attestations fournies par Martin Gray et a retiré ses accusations contre lui, mais a continué à reprocher à Max Gallo d'avoir pris des libertés avec la vérité[21].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

  • 2007 : citoyen d'honneur de la commune d'Uccle, en Belgique.
  • Prix international Dag Hammarskjoeld pour Au nom de tous les miens.
  • Docteur honoris causa de l'Université américaine de Paris, de l'Université de Genève de diplomatie et relations internationales
  • Médaille d'or du Mérite européen.
  • 2013 : citoyen d'honneur de la ville de Ciney en Belgique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Site officiel de Martin Gray (la notice biographique du Who's Who in France indique toutefois le 27 avril 1925).
  2. Seconde partie du texte de la plaquette fixée sur le socle du monument.
  3. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 226-227.
  4. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket))
  5. Renaud Leblond, « Le dernier combat de Martin Gray », L'Express,‎ 11 février 1993 (lire en ligne).
  6. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 327-329 et 332.
  7. a et b Notice biographique, Who's Who in France, 2008.
  8. « Étude sur les aléas naturels et leurs enjeux » [PDF], La Documentation française,‎ octobre 2005 (consulté le 28 mai 2014) : « Le 3 octobre 1970, l’incendie du massif du Tanneron coûta la vie à la femme et aux quatre enfants de l’écrivain Martin Gray », p. 21
  9. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 168 :

    « Et j'ai voulu arracher à un gendarme ce revolver qui ferait taire les hurlements en moi [...]. Je ne me suis pas tué. J'ai voulu. je n'ai pas pu : on a veillé sur moi. [...] »

  10. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 170 :

    « [...] Mais j'avais renoncé au suicide, il me fallait donc vivre jusqu'au bout. »

    « [...] Je ne veux pas que Dina, mes enfants soient morts pour rien, je ne veux pas qu'on les oublie, je veux que leur avenir soit de mettre en garde, de sauver. Tel est mon combat. »

    « [...] Vivre, jusqu'au bout, [...] pour rendre ma mort, la mort des miens impossible, pour que toujours, tant que dureront les hommes, il y ait l'un d'eux qui parle et qui témoigne au nom de tous les miens. »

  11. Biographie, sur le site officiel de Martin Gray.
  12. Francis Dubois, « Martin Gray, passeur et démineur », Le Soir,‎ 9 mai 2005 (en ligne lire en ligne).
  13. Gilles Médioni, « Au nom de tous les hommes », L'Express,‎ 12 janvier 2006 (lire en ligne).
  14. Leslie Meuraillon, « Où fêter le 21 juillet dans le Namurois et le Brabant wallon ? », RTBF,‎ 19 juillet 2013 (lire en ligne)
  15. Emmanuel Wilputte, « Martin Gray vous attend à Ciney Expo », L'Avenir,‎ 21 novembre 2012 (lire en ligne).
  16. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 171.
  17. Bibliographie commentée, avec des extraits, sur le site officiel de Martin Gray.
  18. Hélène McClish, « Martin Gray : Au nom de tous les hommes », Les Libraires,‎ 17 septembre 2004 (consulté le 28 mai 2014).
  19. Martin Gray et Max Gallo, Au nom de tous les miens, Paris, éditions Robert Laffont,‎ 1971 (réimpr. 1998 (Pocket)), p. 9.
  20. Sunday Times, 2 mai 1973, et New Statesman, 2 novembre 1979, p. 670-673.
  21. Le Monde, 27-28 novembre 1983, p. 9.
  22. (fr)/(en) http://www.martingray.eu/bibliography.htm
  23. Présentation écrite de Ma vie en partage, sur collectif-litterature.com
  24. Présentation orale de Ma vie en partage, par interview audio des auteurs, Martin Gray et Mélanie Loisel, sur Radio-Canada, le 27 mai 2014 (de 9 h 07 à 9 h 18).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]