Mademoiselle

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Le terme français mademoiselle est un titre de civilité, donné à une femme sur la base de critères subjectifs et pouvant souligner le statut non marié, sans enfants ou simplement le jeune âge de cette dernière. Au Québec, il est réservé aux « très jeunes filles » [1].

À partir des années 1970, les modalités de l'usage de ce titre de civilité ont été contestées en France, notamment par des associations féministes qui préféreraient que le titre soit choisi par la personne concernée voire que soit banni le mot de la langue française courante comme c'était alors le cas dans de nombreux autres pays européens. Suivant cette logique, une circulaire du Premier ministre François Fillon, datée du 21 février 2012 préconisait la suppression du terme « Mademoiselle » de tous les documents officiels. Le 26 décembre 2012, le Conseil d'État a validé cette suppression[2]. En Suisse, le terme « mademoiselle » (ainsi que « Fräulein » en allemand) a été supprimé du langage administratif près de quarante ans plus tôt, en 1973[3].

En France[modifier | modifier le code]

Selon l'usage courant, la connotation du terme mademoiselle faisait qu'il était plutôt employé pour désigner une jeune fille ou une femme (présumée) non-mariée ou pour s'adresser à elle[4], en fonction du contexte. En effet, l'existence de deux termes, madame et mademoiselle, imposait un choix, au point que Proust écrit : « L'incertitude où j'étais s'il fallait lui dire madame ou mademoiselle me fit rougir »[5]. En pratique, le fait de se désigner par le prénom avait déjà conduit à une raréfaction de l'usage du terme.

Les organismes juridiques (administrations, sociétés commerciales) laissaient en théorie aux femmes le choix sur le libellé avec lequel leur courrier leur est adressé. Il arrivait cependant que certaines administrations ne posent pas la question ou ne tiennent pas compte de ce choix et décident arbitrairement du terme utilisé. En 2012, la règle pour ces dernières a été clarifiée et le terme mademoiselle est désormais purement et simplement prohibé.

Remise en question de la distinction Madame / Mademoiselle[modifier | modifier le code]

Comme pour toutes les règles de savoir-vivre, de politesse ou de protocole, la distinction entre l'usage des titres de civilité Madame et Mademoiselle n'est régie par aucun texte législatif ou réglementaire. En France la réponse ministérielle no 5128 du 3 mars 1983 (in J.O. Sénat du 14 avril 1983, page 572) arguant du caractère discriminatoire qu'une telle disposition aurait vis-à-vis des hommes à qui l'on s'adresse par Monsieur, indépendamment de l'âge ou de l'état civil incite les administrations à se conformer au choix des intéressées, Madame semblant employé par défaut s'il n'est pas connu.

Une campagne « Madame ou Madame » a été lancée pour demander la suppression de la case « Mademoiselle » sur les formulaires administratifs afin de ne conserver que la civilité « Madame » pour les femmes[6].

En janvier 2012, la ville de Cesson-Sévigné, dans l'Ouest de la France, a décidé d'abandonner l'appellation de « mademoiselle » dans tous les documents administratifs, estimant que comme de coutume avec les hommes, le titre de civilité des femmes ne devrait pas être fonction de leur situation matrimoniale[7].

Le 21 février 2012, sur les conseils de la ministre des Solidarités Roselyne Bachelot, le Premier ministre François Fillon dans la circulaire n° 5575 supprime l'utilisation des termes Mademoiselle, nom de jeune fille, nom patronymique, nom d'épouse et nom d'époux des formulaires et correspondances des administrations[8].

Le 26 décembre 2012, le Conseil d'État rejette la requête d'Alexandre-Guillaume Tollinchi, un cadre de l'UMP, qui demandait l'annulation de la circulaire. Il annonce immédiatement se pourvoir devant la Cour européenne des droits de l'homme, estimant que des libertés fondamentales sont violées par l'État français.[réf. souhaitée]

Les 8 janvier 2013, le Conseil d'État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs[9].

Au Québec[modifier | modifier le code]

Au Québec, le terme mademoiselle est réservé à la « toute jeune fille »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Mademoiselle : composé de ma (adjectif possessif) et de demoiselle.

Demoiselle vient du latin vulgaire domnicella, diminutif et féminin de dominus : le seigneur[10].

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge, ce terme est utilisé pour désigner, dans la haute société, "une personne non noble ou noble mais non titrée", et ce, indépendamment de son statut marital[11]. Il existait pour les jeunes gens la forme masculine réciproque damoiseau. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les appellations "Mon-sieur" (abréviation de seigneur), "Ma-dame", "Damoiseau" et "Ma-demoiselle" étaient des formules respectueuses, indicatives d'une condition sociale noble ou dominante, par opposition aux appellations courantes homologues: Mon-homme ou Bonhomme, Ma-femme ou Bonnefemme, Mon-garçon, Ma-fille.

Évolution en France[modifier | modifier le code]

  • Mademoiselle, sans plus de précision, était un titre porté par la fille du frère cadet du roi, qui portait le titre de Monsieur. Il est notamment utilisé pour désigner Anne-Marie-Louise d'Orléans, dite la Grande Mademoiselle. L'appellation Madame était normalement d'usage pour les membres de la famille royales non titrées ou non mariées. Les exemples les plus connus sont les sœurs de Louis XVI, ou encore Henriette d'Angleterre (la mère de la Grande Mademoiselle). La rue Mademoiselle à Paris doit son nom à Louise Marie Thérèse d'Artois, fille du duc de Berry.
  • Depuis, plusieurs Mademoiselles sont restées célèbres en lien avec :
  • Au début du XXe siècle, les remises en cause ont commencé : les mouvements féministes ont manifesté leur opposition à la généralisation depuis la fin du XIXe siècle de la ségrégation des femmes en deux modes distincts d'adresse ou de référence.

Cette question a été considérée notamment par les circulaires FP 900 de 1967, FP 1172 de 1974, circulaire CNAF n° 1028 - 410 de 1978. En 1972, une décision du garde des sceaux autorise explicitement toute femme de plus de vingt et un ans, mariée ou non, à être appelée « madame ».

Les questions/réponses ont abordé la problématique de la civilité en 1983 et en 2005 au sénat français, avec les questions/réponses écrites, n°5128 du 3 mars 1983 établissant le statut des appellations des femmes, et questions écrites du 3 novembre 2005 demande réitérée de retirer la mention à la distinction Madame, Mademoiselle, Monsieur dans les documents et formulaires officiels dans la mesure où la mention du sexe apparaît suffisante et que ces civilités ne relèvent pas de l’état civil.

L'année 1974 est l'année de la circulaire FP n° 1172 du 3 décembre 1974 relative à la suppression des mentions telles que Veuve X, Épouse divorcée Y, Mademoiselle A, pour les lettres adressées à des femmes par les services administratifs.

Évolutions récentes[modifier | modifier le code]

Mademoiselle a été et est encore une des trois formules les plus courantes de protocole (appelées civilités) que l'on utilisait en français, soit pour s'adresser à un être humain de sexe féminin dans la conversation ou dans la correspondance, soit que l'on place avant le prénom et le nom pour rédiger une adresse postale, documenter un formulaire administratif ou parler de quelqu'un. Spécifique au sexe féminin, ce mode d'adresse et de référence signalait la condition de célibataire, par opposition à celle de femme mariée. Mademoiselle peut s'écrire en abrégé en Mlle et Mesdemoiselles en Mlles, mais uniquement dans les adresses de la correspondance commerciale ou dans certains textes imprimés. Dans ce cas, l'abréviation de Mademoiselle n'est pas Melle[12].

Dans les coutumes, il fut d'usage d'adresser ou de référencer par « Madame » les femmes célibataires occupant une position d'autorité ou d'indépendance (commerçantes, directrices, …). « Madame » entre dans les normes dans les années 1980 pour les femmes ayant eu des enfants, qu'elles soient mariées ou non, et pour les femmes ayant atteint l'âge adulte.

Par contre, il était d'usage d'appeler mademoiselle certaines employées comme les vendeuses, les employées de maison ou les préceptrices, même lorsqu'elles étaient mariées. Les actrices continuaient souvent à se faire appeler Mademoiselle, même lorsqu'elles étaient mariées ou avaient atteint un âge mûr. Il s'agit d'une tradition qui remonte au XVIIe siècle, et qui s'est conservée chez les sociétaires de la Comédie-française. Certaines actrices continuent à se faire appeler « Mademoiselle » aux génériques des films auxquels elles ont participé[13].

En 2003, la question écrite n° 06340[14] interroge le ministre de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, sur le fait que la civilité madame serait imposée dans des courriers adressés à des étudiantes, sans leur laisser le choix de la civilité mademoiselle. La réponse[15] indique que la majorité des établissements d'enseignement supérieur imprime les diplômes des étudiants au moyen de produit logiciel dénommé apogée (application pour l'organisation et la gestion des étudiants). Ce logiciel serait conforme avec les modèles joints en annexe des dispositions de l'arrêté du 19 octobre 1994 conformément à une règle soutenue à l'époque par le secrétariat d'Etat aux droits des femmes. À cette date, aucune demande pour réintroduire Mademoiselle n'avait été formulée.

En 2006, dans une réponse à une question écrite, le garde des sceaux affirme que les appellations madame et mademoiselle ne peuvent être imposées aux intéressées sans leur consentement, en réponse à la question écrite au Sénat, n°24509, sur la persistance dans les documents et logiciels administratifs d’une appellation différenciée pour les femmes.

Variations selon les langues et les civilisations[modifier | modifier le code]

La distinction telle que nous la connaissons actuellement, entre Madame et Mademoiselle n'a généralement pas d'équivalent, ou bien est tombée en désuétude dans certaines langues ou dans certains pays.

L'allemand, par exemple, n'utilise presque plus « Fräulein », considéré comme discriminatoire. Ce terme est progressivement tombé en désuétude totale en Allemagne, mais est encore d'usage en Autriche. À noter que -lein est un diminutif comme -chen, qui se trouve dans Mäd-chen (petite fille, jeune fille se disant plutôt Madel). Toutes les femmes sont donc appelées "Frau" (Madame) dès l'âge du lycée. Tout comme à Fräulein qui équivalait à Mademoiselle et se disait jusque dans les années 1970, Frau est maintenant utilisé pour toutes femmes qui ne sont plus des jeunes filles ("Mädchen"). En langue allemande, la distinction ancienne entre la femme ("Weib") et la Ma-/Dame ("Frau") n'existe plus, ce qui n'est pas le cas du côté des hommes ("Männer"), qui sont également tous adressés comme Messieurs ("Herren"), mais qui restent des hommes au niveau de la dénomination générique. Traduit littéralement, en Allemand on dit Mesdames, Messieurs ("Meine Damen und Herren") pour s'adresser à un groupe d'hommes et de femmes ("Männer und Frauen").

Aux États-Unis, sous l'influence des quakers, tous les titres distinctifs ont été combattus, et l'usage de parler des gens, ou de s'adresser à eux, sans faire précéder leur nom d'aucun titre, est bien établi, sans que ce soit considéré comme une impolitesse ou un manque de considération.

Dans le monde anglophone en général, l'utilisation du terme de « Miss » (équivalent de « Mademoiselle ») est en déclin depuis début des années 1970's - et dans les situations où un titre de civilité est requis, le terme « Ms » offre une alternative convenable pour éviter de classer les femmes en fonction de leur statut matrimonial.

Adresse publique[modifier | modifier le code]

Une adresse publique dans un discours s'adressant à un large public peut commencer par Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs[16]. L'adresse peut également être plus simplement Mesdames, Messieurs. La formule condensée consacrée à l'entrée d'un commerce étant Messieurs-dames.

Autres usages[modifier | modifier le code]

Le terme demoiselle était également utilisé dans les expressions demoiselle d'honneur et demoiselle de compagnie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Mademoiselle - Office québécois de la langue française
  2. Service Public - 8 janvier 2013 - Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre) - Le Conseil d’État valide la suppression du « Mademoiselle » dans les documents administratifs
  3. Circulaire du chancelier de la Confédération Karl Huber du 23 mars 1973.
  4. TLFI (Trésor de la langue française informatisé), article Mademoiselle)
  5. Marcel Proust, Du côté de chez Swann (1913), d'après le TLFI
  6. http://madameoumadame.fr/
  7. « Appelez-moi madame »
  8. Circulaire du Premier Ministre Légifrance
  9. http://www.service-public.fr/actualites/002616.html
  10. http://www.cnrtl.fr/etymologie/demoiselle
  11. Article du Trésor de la langue française informatisé
  12. Code typographique à l'usage de la Presse du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes[Quand ?]
  13. En 2008, est créé un Gérard du cinéma intitulé Gérard de l’actrice que les journalistes s’obstinent à appeler « mademoiselle » alors qu’elle a plutôt une tête à ce qu’on l’appelle « mémé » .
  14. publiée dans le JO Sénat du 20/03/2003 - page 928
  15. publiée dans le JO Sénat du 17/07/2003 - page 2311
    • Discours d’Alain Juppé à l’Institut d’études politiques de Paris (1er février 2012)
    • Discours de M. François Sauvadet, ministre de la Fonction publique Strasbourg - 7 novembre 2011

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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