Livre d'Hénoch

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Le Livre d'Hénoch, aussi appelé 1 Hénoch ou Hénoch éthiopien, est un écrit pseudépigraphique de l'Ancien Testament attribué à Hénoch, arrière-grand-père de Noé. Il fait partie du canon de l'Ancien testament de l'Église éthiopienne orthodoxe, mais il est rejeté par les juifs et n'est pas inclus dans la Bible dite des Septante. Il a été officiellement écarté des livres canoniques vers 364 lors du concile de Laodicée (canon 60), et il est considéré depuis comme apocryphe par les autres Églises chrétiennes. Il était connu en Occident, au moins indirectement, et on retrouve par exemple son influence sur les passages consacrés au calendrier dans les textes hiberno-latins, comme l’Altus prosator.

Rédaction[modifier | modifier le code]

La composition des différents livres s'étire sur une période allant d"avant le IIIe au Ier siècle av. J.-C.[1] : concernant le Livre des Veilleurs, la recherche est partagée entre le IIIe siècle av. J.-C. et une datation plus haute encore, au IVe siècle av. J.-C., voire au début de ce siècle[2]. Certaines parties du livre ont vraisemblablement été composées en hébreu, d'autres en araméen[3]. Avant la découverte des fragments en araméen parmi les Manuscrits de la mer Morte, R. H. Charles avait déjà identifié que les chapitres 1-5 furent composés en hébreu, en utilisant le Texte massorétique du Deutéronome[4]

Publications du Livre d'Hénoch[modifier | modifier le code]

C'est le voyageur écossais James Bruce qui, le premier, apporta d'Éthiopie en Grande-Bretagne, en 1773, trois exemplaires de ce livre[5]. La première traduction en anglais date de 1821, publiée à Oxford par Richard Laurence. La première édition du texte éthiopien est réalisée à Leipzig par August Dillmann en 1851[1].

La version originale en araméen était considérée comme perdue jusqu'à ce qu'on en trouve des parties à Qumrân en 1947 [6] parmi les manuscrits de la mer Morte. Quelques passages en grec ont été publiés dès 1606 (des fragments conservés par Georges le Syncelle au IXe siècle). D'autres fragments ont été publiés : ceux contenus dans des manuscrits conservés à la bibliothèque vaticane en 1844, ceux issus d'une tombe découverte en 1886 à Akhmim en Égypte (publiés en 1892) et certains conservés à la bibliothèque de l'université du Michigan (publiés en 1937). Il existe également des fragments en latin, syriaque et copte.

Contenu[modifier | modifier le code]

L’Hénoch éthiopien est composé de cinq livres[1], précédés d'une introduction (1-5) aux trois premiers livres[7] :

  • Le Livre des Veilleurs[8] (6-36), composé à une époque antérieure à 200 av. J.-C.[1], décrit la rébellion et la chute des anges déchus puis plusieurs voyages visionnaires au ciel et aux enfers en compagnie des archanges qui lui font diverses révélations. Le livre se divise lui-même en deux parties, LV1 (6-11) et LV2 (12-36)[7].
  • Le Livre des Paraboles (37-71), composé vers 30 avant J.-C.[1], contient des paraboles et des visions concernant la fin des temps et le Jugement dernier. Cette section contient le livre de l'apocalypse de Noé
  • Le Livre de l'Astronomie (72-82), composé vers la même époque que les Veilleurs[1], est un traité d'astronomie et de météorologie.
  • Le Livre des Songes (83-90), composé vers 160 avant J.-C.[1], est un recueil de songes visionnaires.
  • L’Épître d'Hénoch (91-107), composé au Ier siècle av. J.-C.[1], dit aussi Parénèses, contient un ensemble d'exhortations et d'annonciations.

Suivant Joseph Milik, la deuxième place de l'ouvrage était initialement occupée par un Livre des Géants[9], ce qui explique le hiatus chronologique que constitue la présence du Livre des Paraboles, plus récent que les autres[10].

Influence[modifier | modifier le code]

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L'épître de Jude cite une prophétie que l'auteur attribue à "Hénoch le septième depuis Adam":

  • Jude 14-15 «Énoch aussi, le septième depuis Adam, a prophétisé à ceux-ci, en disant : Voici, le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d'impiété qu'ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu'ont proféré contre lui des pécheurs impies »

Les versets du 1 Hénoch:

  • 1 Hénoch 60:8 « Hénoch le septième depuis Adam »
  • 1 Hénoch 1:9 « Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d'impiété qu'ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu'ont proféré contre lui des pécheurs impies. »

Et la source probable de cette section de 1 Hénoch:

  • Deutéronome 33:2 « Et il est sorti du milieu des saintes myriades : Il leur a de sa droite envoyé le feu de la loi. »

Il n'est pas certain si l'auteur de Jude était conscient que les mots étaient effectivement de Moïse, et non pas de l'Hénoch de la Genèse. Il y a aussi un problème de grammaire. Il n'est pas clair pourquoi l'auteur de Jude a écrit « a prophétisé à ceux-ci » et non « a prophétisé au sujet de ceux-ci[11] ».

  • Citation extraite du Livre des jubilés concernant Hénoch : « Hénoch était le premier homme parmi les hommes qui sont nés sur terre qui apprit l’écriture et la connaissance et la sagesse et qui écrit dans un livre les signes du ciel selon l’ordre de leurs mois afin que les hommes connaissent les saisons des années selon l’ordre de séparation de leurs mois. Et il était le premier à écrire un témoignage et qui témoigna aux fils des hommes parmi les générations de la terre, et fit le décompte des semaines des jubilés et leur fit savoir les jours des années et plaça en ordre les mois et décompta des sabbaths des années ainsi que nous [les] lui avons fait savoir. »

Influences modernes[modifier | modifier le code]

Le texte a été la source d'inspiration de la création littéraire du XVIe siècle baptisée « magie angélique » par son auteur, John Dee, mathématicien, géographe et conseiller d'Elisabeth Ire. Le Livre d'Hénoch et la création littéraire de John Dee ont à leur tour servi d'inspiration aux franc-maçons britanniques du XIXe siècle : William R. Westwood, William Wynn Westcott, Aleister Crowley et Samuel Lidell MacGregor Mathers, qui ont rebaptisé le travail de John Dee « liber chanokh » ou « système hénokéen ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Sacchi 2014, p. 77
  2. Sacchi 2014, p. 85
  3. E. Isaac 1 Enoch, a new Translation and Introduction in ed. James Charlesworth The Old Testament Pseudepigrapha, Vol 1 ISBN 0-385-09630-5 (1983) p.6
  4. « In 'He comes with ten thousands of His holy ones the text reproduces the Massoretic of Deut.33,2 in reading ATAH = erchetai, wheras the three Targums, the Syriac and Vulgate read ATIH, = met'autou. Here the LXX diverges wholly. The reading ATAH is recognised as original. The writer of 1-5 therefore used the Hebrew text and presumably wrote in Hebrew. » R. H. Charles, Book of Enoch: Together with a Reprint of the Greek Fragments, London 1912, page lviii.
  5. Craquot 1987, p. 466
  6. Qumrân, le secret des manuscrits de la mer Morte, BNF, 2010.
  7. a et b Sacchi 2014, p. 87
  8. « Veilleur » signifie ici « ange »
  9. « Géant » signifiant ici « démon »
  10. Sacchi 2014, p. 78
  11. L'utilisation du datif τουτοις avec ce verbe προεφητευσεν indique « à » et pas « concernant »

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Craquot, « Énoch », dans Marc Philonenko (dir.), Écrits intertestamentaires, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 1987
  • Michaël Langlois, Le premier manuscrit du Livre d'Hénoch : étude épigraphique et philologique des fragments araméens de 4Q201 à Qumrân, Cerf,‎ 2008 (ISBN 978-2-204-08692-9). Préface d'André Lemaire (résumé en ligne)
  • Paolo Sacchi (trad. Luc Leonas), Les apocryphe de l'Ancien Testament : Une introduction, Cerf,‎ 2014
  • Le Livre d'Énoch, Paris, Robert Laffont, 1976
  • Énoch : dialogues avec Dieu et les anges, Le Jardin des livres, 2004
  • Le Livre des secrets d'Énoch, Le Jardin des livres, 2005

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]