La Leçon d'anatomie du docteur Tulp

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La Leçon d'anatomie du docteur Tulp
Image illustrative de l'article La Leçon d'anatomie du docteur Tulp
Tableau représentant le Dr Tulp et des apprentis
Artiste Rembrandt
Date 1632
Technique Huile sur toile
Dimensions (H × L) 169,5 × 216,5 cm
Localisation Mauritshuis, La Haye (Pays-Bas)

La Leçon d'anatomie du docteur Tulp (ou La Leçon d'anatomie du docteur Nicolaes Tulp ou La Leçon d'anatomie du professeur Tulp) est une peinture à l'huile sur toile de 169,5 × 216,5 cm réalisée par Rembrandt en 1632.

En 1828, la vente publique de ce tableau au profit de la caisse des veuves de chirurgiens fut décidée. Le roi Guillaume Ier fit empêcher cette vente et donna l'ordre d'acheter ce chef-d'œuvre pour son « cabinet royal de tableaux ». On peut maintenant le voir au Mauritshuis de La Haye.

Le tableau montre une leçon d'anatomie avec un groupe de chirurgiens auprès du professeur Nicolaes Tulp (1593-1674). C'est le premier portrait de groupe peint par Rembrandt alors âgé de 26 ans. À Amsterdam, il y avait autrefois, au Waag, un théâtre d'anatomie où a été fait ce tableau.

La leçon d'anatomie eut lieu le 16 janvier 1632. La corporation des chirurgiens d'Amsterdam dont Tulp faisait partie n'autorisait par an qu'une dissection publique ; le corps qu'on utilisait devait être celui d'un criminel exécuté. En l'occurrence il s'agit d'Aris Kindt (Adriaan Adriaanszoon), âgé de 41 ans. Le jour même il avait été pendu pour vol à main armée.

Outre Nicolaes Tulp sont représentés également les chirurgiens Jacob Blok, Hartman Hartmanszoon, Adraen Slabran, Jacob de Witt, Mathijs Kalkoen, Jacob Koolvelt et Frans van Loenen.

En 2006, dans le journal néerlandais de médecine Nederlands Tijdschrift voor Geneeskunde, paraît un article dans lequel le tableau a fait à son tour l'objet d'une véritable dissection. La disposition anatomique telle qu'elle est présentée sur le tableau ne semble pas exacte. Ainsi il semble que des éléments du musculus flexor digitorum superficialis ont changé de position, que certains muscles n'apparaissent pas et que la structure longitudinale blanche que l'on voit sur le côté de l'os cubital n'existe pas. Toutefois il est probable que cette structure blanche soit en rapport avec une variété du nervus ulnaris[1].

L'écrivain allemand W. G. Sebald propose dans Les Anneaux de Saturne une théorie étonnante sur ce tableau. Il croit y voir en effet que Rembrandt, loin de toute anatomie réelle, peint dans le bras gauche anatomisé en réalité le dos du bras droit laissé entier (en raison de la position du pouce gauche). Apparemment pourtant, selon les spécialistes d'anatomie fonctionnelle, il n'en est rien.[réf. nécessaire]

Ce tableau du jeune Rembrandt est un tableau commandé par la puissante guilde des chirurgiens dont Tulp est un représentant éminent.

Le tableau renvoie à tout ce qui agite alors le monde de la connaissance et des savants : le mouvement. Mouvement de l'âme (on dit que Descartes, alors vivant exilé en Hollande est bien présent sur ce tableau donc représenté… dans cette leçon d'anatomie) ; mouvement des planètes (Galilée est en procès au même moment en Italie), mais aussi mouvement du corps, à une période où la dissection n'est admise encore qu'à titre exceptionnel : celle du professeur Tulp a lieu une seule fois par an, et en hiver pour une meilleure conservation des cadavres. Seul alors l'ouvrage De humani corporis fabrica de Vésale, premier ouvrage d'anatomie et édité près de cent ans plus tôt, fait référence.[réf. nécessaire]

Il est vrai en tout cas que, si toute leçon d'anatomie commence d'abord alors systématiquement par une éviscération, celle de Rembrandt qui se concentre sur le mouvement des doigts et l'anatomie de la main recèle un profond mystère.

Pastiches et détournements[modifier | modifier le code]

Ce tableau a été repris et reconstitué dans un des albums d'Astérix : Le Devin[2].

En 2010, un artiste sud-africain, Yiull Damaso, a peint un pastiche de l'œuvre de Rembrandt, représentant plusieurs personnalités sud-africaines, principalement politiques, penchées au-dessus d'un corps représentant Nelson Mandela. Les personnes supposées assister à cette autopsie imaginaire sont[3] : Desmond Tutu (ancien archevêque du Cap et ancien président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, lauréat du Prix Nobel de la paix), Frederik de Klerk (dernier président blanc de l'Afrique du Sud), Thabo Mbeki (successeur de Nelson Mandela à la présidence de la République), Jacob Zuma (actuel président de la République), le syndicaliste Cyril Ramaphosa, Trevor Manuel, ancien ministre des Finances, Helen Zille, Premier ministre de la province du Cap-Occidental, ainsi que, dans le rôle du praticien officiant, le jeune Nkosi Johnson, célèbre enfant victime du SIDA, mort en 2001. Ce tableau, dont l'existence a été révélée à quelques jours du 92e anniversaire de Nelson Mandela, le 18 juillet 2010, provoque une vive émotion en Afrique du Sud, Jackson Mthembu, un porte-parole de l'ANC, parti au pouvoir, le condamnant notamment pour son « mauvais goût », son caractère « irrespectueux », et le fait qu'il soit « une insulte et un affront aux valeurs de notre société » (« It is in bad taste, disrespectful, and it is an insult and an affront to values of our society. »)[4].

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (nl) F.F.A. IJpma, R.C. van de Graaf, J-P.A. Nicolai et M.F. Meek, « « De anatomische les van dr. Nicolaes Tulp » door Rembrandt (1632) en de bevindingen bij de dissectie van de onderarm van een kadaver : Anatomische discrepanties », Nederlands Tijdschrift voor Geneeskunde, vol. 150, no 50,‎ 2006, p. 2756-65.
  2. (fr) Stéphane Rivière, « Les allusions dans Astérix : Rembrandt », 10 janvier 2001.
  3. (en) Lisa Van Wyk, « Mandela 'autopsy' just not on », 9 juillet 2010, Mail & Guardian online.
  4. (en) David Smith, « Anger over Nelson Mandela autopsy painting », 9 juillet 2010, guardian.co.uk.

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