Perche (province)
Province du Perche
La province du Perche au XVIIIe siècle
| Statut | Province du royaume de France |
|---|---|
| Capitale | Mortagne-au-Perche puis Nogent-le-Rotrou |
| IXe siècle | Premier comte attesté : Hervé Ier |
|---|---|
| 1227 | Saint-Louis rattache le comté au domaine royal |
| 1790 | Suppression de la province du Perche |
| (1er) ? - ? | Hervé Ier |
|---|---|
| (Der) 1217-1226 | Guillaume du Perche |
| (1er) 1268-1283 | Pierre Ier d'Alençon |
|---|---|
| (Der) mort en 1377 | Robert d'Alençon |
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Entités suivantes :
L'ancienne province du Perche est une région historique et politique française dont la capitale est Nogent-le-Rotrou. Le Perche fut aussi un comté. Il est à dissocier parfaitement de la région naturelle du même nom, qui elle s'étant sur une surface bien plus étendue que l'ancienne province (elle se termine là où ses voisines naturelles directes commencent...). Ses habitants sont les « Percherons ».
Ce comté est né au Xe siècle de terres bocagères qui n'avaient pas été incluses dans le Duché de Normandie lors de sa création. Plusieurs seigneurs furent alors installés à Mortagne et Nogent pour défendre les terres dépendant du Royaume de France. Le comté du Perche était délimité au nord par la Marche d'Alençon, frontière avec le Duché de Normandie, à l'est par le Comté de Chartres, au sud par le Perche-Gouët et à l'ouest par le Comté du Maine. La capitale de ce comté fut d’abord Mortagne-au-Perche, avant de devenir Nogent-le-Rotrou par la suite.
Bien que la création d'un département percheron fut évoquée lors de la Révolution française, cette option ne fut pas retenue et le Perche fut scindé entre les départements du Loir-et-Cher, de l'Eure-et-Loir, de la Sarthe, de l’Orne et une petite partie de l'Eure. La création du parc naturel régional du Perche, en 1998, a permis de réaffirmer une identité toujours vive, même si celui-ci ne représente qu'une petite partie de la région du Perche naturelle réelle. Le parc naturel régional du Perche se trouve aujourd'hui sur l'ancien Comté du Perche et sur une partie de l'ancien Perche-Gouët. Le développement du tourisme vert qui lui a succédé a permis d'accroitre la notoriété du Perche.
Sommaire |
Géographie [modifier]
Pays de collines humides, la région naturelle trouve comme voisine directe le Loir au sud et à l'est, la Beauce sur sa partie nord Est, le Maine à l'ouest, au nord ouest la campagne d'Alençon et le Pays d'Ouche au nord.
Les collines du Perche sont un centre de dispersion des eaux et de nombreuses petites rivières y prennent leur source pour aller rejoindre :
On distingue le Perche-Gouët, le Perche Vendômois, le Perche Sarthois, le Perche Dunois (ou Faux Perche) et le Grand Perche (anciennement "Comté du Perche"). Ces différentes dénominations sont historiquess et, encore aujourd'hui, uniquement politiques (administratives) mais forment une même entité régionale et culturelle.
En dépit du démantèlement de la province à la Révolution, l’identité du Perche dans sa globalité perdure et reste forte.
Héraldique [modifier]
| Blasonnement :
« D'argent à trois chevrons de gueules. »
|
Toponymie [modifier]
Le terme de « Perche » est mentionné sous les formes latinisées saltus Particus, silva Perticus avant le VIe siècle, pagus pertensis au VIe siècle , pagus Perticus (sans date)[1].
Le nom du Perche serait issu du latin pertica (terra) « ensemble du territoire partagé, à la perche, entre les vétérans d'une colonia. Terra aurait d'abord désigné une petite région autour de Mortagne-au-Perche qui serait devenu un pagus par la suite[2]. Cependant, Terra n'est mentionnée nulle part. De plus, le terme Pertica semble d'abord s'être appliqué à la forêt, et ce, d'après les attestations les plus anciennes. Bien que Mortagne (Mauritaniae 1086) tienne vraisemblablement son nom d'un établissement ou d'une unité de soldats mauresques au Bas Empire[3], on ne trouve pas non plus de trace documentaire (aucune mention dans la Notitia dignitatum par exemple) ou de trace archéologique de cet établissement permettant de confirmer cette théorie.
Une seconde hypothèse fait remonter Pertica à un étymon celtique (gaulois) dérivé en -ica. Le gaulois *-ika sert à former des adjectifs à l'origine[4]. On remarque aussi que le nom du pays d'Ouche, directement au nord du Perche, est issu d'un terme dérivé avec le même suffixe : Utica, dont la racine ot / ut semble s'appliquer également à un élément forestier. Cf. La forêt d'Othe dans l'Yonne[5]. Se trouve-t-on en présence d'une ancienne opposition entre une silva Pertica et une silva Utica ?
L'étymon pert- est peut-être le même que celui des différents Perthes (attestés généralement sous la forme Perta dès l'époque mérovingienne) qui représenterait un anthroponyme gaulois non attesté *Pertus, mais déduit d'après le nom de la déesse gauloise Perta, déesse des jardins clos[6]. Il a également été trouvé aux environs de Nîmes, dans la rivière Vistre, la statue d'une divinité nommée PERTA que les archéologues ont associé à un culte des eaux[7]. Cette divinité est sans doute indigène, car elle n'est pas attestée dans le monde romain et ailleurs dans le monde méditerranéen. On sait que beaucoup de toponymes sont fondés sur des noms de dieux gaulois : Nîmes (Nemausus), Bourbon (Borvo), Maromme (Matrona) ou liés à des dieux comme la forêt des Ardennes par exemple.
La racine pert- serait peut-être alors à comparer au gallois perth, beau et au breton perzh, qui dénote une qualité. Une autre explication conjecturale serait de rapprocher l'élément pert- du substantif gallois perth qui signifie « buisson, haie »[8]. La seconde explication correspondant bien à la nature bocagère du paysage du Perche. On peut envisager une évolution sémantique du type de celle de bocage dérivé de bosc- « bois. »
Histoire [modifier]
Plusieurs sites archéologiques du Néolithique, comme "la Pierre Procureuse" entre L'Hermitière et Gémages ou encore "la Pierre Cochée" à Droué, attestent de l'ancienneté de l'occupation humaine dans la région.
Les populations celtiques arrivées dans la contrée dès l'âge du bronze, puis à l'âge du fer y laissent définitivement leur empreinte, comme le montre l'étymologie de la plupart des noms de lieux importants : Gémages - de *Gemetiko (Gemmeticum XVe siècle), sur *gem, de signification obscure, suivi de deux suffixes celtiques -at/-et + iko (cf gallois eithefig < *ektamiko)[9] ou Nogent, du gaulois Noviento, fondé sur l'adjectif noviios, neuf, et le suffixe -ento localisant à l'origine, signifiant « endroit ».
La plus grande partie du Perche, bien que cela ne soit pas clairement défini, était située sur le grand territoire du peuple celtique des Carnutes, qui y aurait exploité le fer grâce en partie à la pierre de Grison. On peut y voir l'origine partielle de l'appartenance des coutumes du Perche au groupe de celles du pays de Chartres et de l'Orléanais.
La forte identité du Perche tient en partie à son droit coutumier avant la révolution : « la coutume du Perche » ou plutôt « les coutumes du Perche », distinctes de la coutume de Normandie, de celle du Maine et celles de l'Île-de-France[10].
Le comté se constitua par la fusion du comté de Mortagne, du vicomté de Châteaudun et la seigneurie de Nogent-le-Rotrou.
La proximité de la Normandie en fait du Xe siècle au XVe siècle une province stratégique pour les rois de France.
En 1227, il fut inclus dans le domaine royal français. Une partie du Comté du Perche fut alors démembrée pour constituer le comté d'Alençon au profit de Pierre Ier d'Alençon, fils de France. Cependant, il réintégra le domaine royal en 1283. Il fut, une seconde fois, en partie adjoint au comté d’Alençon pour Charles II d'Alençon, comte d’Alençon et du Perche en 1326. La maison d'Alençon s'éteint en 1525 et le duché d'Alençon et comté du Perche font retour au domaine royal.
La Renaissance est un temps fort de l’histoire percheronne : la région se couvre de manoirs (Courboyer, Alleray, Bois-Doublet…), et l’industrie locale (étamines à Nogent, tanneries à Cormenon, minerais…) approvisionne Paris. Le principal ministre d’Henri IV, Sully, est marquis de Nogent-le-Rotrou, où il est enterré. Le Perche est aussi la région natale du poète Rémy Belleau, membre de la Pléiade, mené par Pierre de Ronsard, le Vendômois.
À partir de 1634 un mouvement d'émigration percheronne vers la Nouvelle-France s'amorce (Tourouvre, Choue, Mamers…). En une trentaine d’années, 277 émigrants, exerçant divers métiers souvent liés à la construction (maçon, menuisier, charpentier, briquetier, etc.), vont ainsi entreprendre le grand voyage. Quelques-uns vont revenir au pays, mais la grande majorité choisit de s’établir sur les rives du fleuve Saint-Laurent pour y défricher et faire prospérer les terres nouvelles.
Au Québec, c’est probablement toute la population de souche canadienne-française qui peut retracer un ancêtre percheron dans son arbre généalogique, directement ou indirectement.
Leur descendance est aujourd’hui estimée à 1 500 000 personnes au Canada, en dehors du Québec. Beaucoup plus sans doute si on tient compte d’un important essaimage dans toute l’Amérique du Nord (Nouvelle-Angleterre et Louisiane, plus particulièrement). La famille qui compte le plus de descendants est la famille Tremblay qui remonte entièrement à un seul ancêtre Pierre Tremblay, natif de Randonnai. Le nombre total de ses descendants nord-américains portant le patronyme Tremblay est estimé à environ 180 000 [11], sans compter les descendants des femmes qui se sont mariées.
L’une des plus petites provinces du royaume à la fin de l’Ancien Régime, où elle est intégrée dans le gouvernement du Maine-et-Perche, avec le Maine. Le Perche conserve une forte identité régionale en dépit de son morcellement en départements à la Révolution entre l’Orne (Mortagne-au-Perche), l’Eure-et-Loir (avec Nogent-le-Rotrou, le Perche Gouët, le Thymerais avec Châteauneuf-en-Thymerais), la Sarthe (Montmirail) et le Loir-et-Cher (Perche Vendômois avec Mondoubleau). Aujourd'hui, l'éclatement entre les modernes régions administratives Basse-Normandie, Haute-Normandie, Centre et Pays de la Loire contribue à perturber la cohérence physique, géographique et historique de cette région naturelle. Malgré cela, l'esprit identitaire de la région du Perche est l'une des plus vivace du nord de la Loire.
Au XIXe siècle, la région est désenclavée par l’arrivée du chemin de fer. Le Perche exporte ses chevaux en Amérique où ils participent à la conquête de l'Ouest. L’agriculture se spécialise progressivement dans l’élevage équin et bovin, ainsi que dans la production cidricole. Les clivages politiques toujours d’actualité se forment à cette période : le Perche ornais, longtemps bonapartiste et clérical, reste plutôt conservateur, tandis que le Perche d’Eure-et-Loir, du Loir et Cher et de la Sarthe ont une tradition radicale. Paul Deschanel, député de Nogent-le-Rotrou, sera brièvement président de la République après la Grande Guerre.
Voir aussi : Liste des comtes du Perche
-
thumb|350px|Comté du Perche et du Perche Gouët au XVIIe siècle.
Dialecte [modifier]
Le dialecte percheron ou les patois percherons, malgré quelques influences normandes notamment dans la partie nord ouest du Perche, n'appartiennent pas au dialecte normand[12], mais au groupe central de la langue d'oïl[13].
Articles connexes [modifier]
- Géographie de l'Eure
- Liste historique des comtés de France
- Parc naturel régional du Perche
- Amis du Perche
- Percheron
- Liste des comtes du Perche
- Alain
Notes et références [modifier]
- Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Volume I, librairie Droz, 1990.
- Ernest Nègre, op. cit.
- Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieu en France, Paris, Librairie Guénégaud, 1979 (ISBN 2-85023-076-6), p. 481b
- Pierre-Yves Lambert, La langue gauloise, éditions errance 1994. Le suffixe -ika "semble permettre la substantivation", ce qui se vérifie dans tous les cas. Cf. inscription de Lezoux, Puy-de-Dôme et l'Armorique < Aremorica.
- François de Beaurepaire, Les noms des communes et anciennes paroisses de l'Eure, éditions Picard 1981. p. 155.
- Albert Dauzat et Charles Rostaing, op. cit., p. 524b sous Peltre
- Dominique Darde, Cultes indigènes à Nîmes à l'époque romaine, in l'ARCHEOLOGUE, archéologie nouvelle no 57, décembre 2001 - Janvier 2002, p. 37.
- Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éditions errance 2003. p. 165.
- il s'agit du même archétype que Jumièges (Gemeticum)
- Jean-François Lemarignier, la France médiévale : institutions et sociétés, Armand Colin-collection U 1970
- Paul Sérant, Le peuplement de la Nouvelle France, in Enquête sur l'HISTOIRE no 11, été 94, p. 54.
- René Lepelley, La Normandie dialectale, Presses universitaires de Caen 1999
- René Lepelley, op. cit.
Bibliographie [modifier]
Histoire générale [modifier]
- Philippe Siguret, Histoire du Perche, édition des Amis du Perche, Ceton, 2000, 606 pages.