Guerre d'indépendance cubaine

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Guerre d'indépendance cubaine
Informations générales
Date 1895-1898
Lieu Cuba
Casus belli Soulèvement de Baire
Issue Indépendance de Cuba, protectorat américain de facto
annexion de Porto Rico par les États-Unis
Belligérants
Drapeau de Cuba Ejército Libertador Cubano Empire espagnol Empire espagnol pour le Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svg Royaume d'Espagne US flag 45 stars.svg États-Unis (1898)
Commandants
Máximo Gómez
Antonio Maceo
José Martí
Arsenio Martínez-Campos
Valeriano Weyler
Alphonse XIII d'Espagne
Notes
Initie la Guerre hispano-américaine

La Guerre d'indépendance cubaine, ou Guerre de 95 pour les Cubains, est la guerre qui dura de 1895 à 1898 et opposa l'armée libératrice cubaine aux forces du Royaume d'Espagne d'Alphonse XIII d'Espagne, et notamment aux troupes de l'Empire colonial espagnol lui étant restées fidèles, les Realistas (royalistes) cubains. Le conflit aboutit à l'indépendance de l'île vis-à-vis de l'Espagne, mais le pays passe sous la domination des États-Unis. Cette guerre fait suite à la première tentative d’indépendance cubaine, dite guerre des Dix Ans, et est considérée comme la dernière guerre américaine contre le Royaume d'Espagne.

Le conflit débuta avec le « Soulèvement de Baire » en 1895, et se termine avec la reddition des troupes royalistes devant l'avance de la Marine américaine en 1898. Ces mouvements entraîneront immédiatement le déclenchement de la Guerre hispano-américaine.

Contexte[modifier | modifier le code]

Un Empire colonial espagnol déclinant[modifier | modifier le code]

Le cours du XIXe siècle a représenté pour l'Espagne la perte de la quasi-totalité de ses colonies américaines. En cette fin de siècle, il ne lui reste plus aux Amériques et en Océanie que Guam, Cuba et Porto Rico, et les Philippines[NB 1]. Ces territoires se trouvent alors dans la ligne de mire de l'expansionnisme colonial des États-Unis en cette fin de XIXe siècle.

À Cuba, les idées indépendantistes sont latentes dans la population et dans la classe politique depuis la fin de la Guerre de Restauration de la République dominicaine, qui chassa de l'île en 1865 les troupes royalistes espagnoles.

La situation politico-économique à Cuba[modifier | modifier le code]

Les tarifs douaniers américains augmentent en 1861 dans le cadre d'une politique protectionniste[1] et font alors disparaître la position favorisée du sucre cubain (qui constitue près de 80 % des ressources de l'île) sur le marché américain. Les Espagnols sont mécontents et le peuple cubain, agité. Après une longue série d’abus de la part du gouvernement espagnol et la crise économique de 1866-1867, le peuple veut avoir accès à plus de droits politiques. Un mouvement révolutionnaire cubain prend forme pour lutter pour l'indépendance de leur pays et obtenir de la même façon l'abolition de l'esclavage et l'obtention de droits civiques pour tous les Cubains.

L'aspiration de liberté et le mécontentement de la population, commun à tous les mouvements indépendantistes latino-américains, reste de mise. Et bien que l'esclavage ait été aboli en 1880[2] et effective depuis 1886, les conditions de vie des populations noires et métisses restent déplorables. Néanmoins, il fallut plusieurs années aux gens de José Martí pour préparer l'insurrection. Le charismatique meneur cubain parvint à réunir à sa cause de nombreuses personnalités et finit par incarner l'unité des intérêts populaires.

Les tentatives d'indépendance[modifier | modifier le code]

Caricature de la revue républicaine espagnole La Flaca, publiée à Barcelone le 16 janvier 1873 et représentant la recherche d'indépendance de Cuba.

Une première guerre d’indépendance, dite Guerre des Dix Ans, a lieu de 1868 à 1878, mais échoue et se solde par le quasi statu quo du Pacte de Zanjón. La pacification menée par le capitaine général de l'île, Campos, permet à l'île de retrouver une certaine quiétude. Mais en 1895, Le monopole colonial est supprimé et cela assure à l’Espagne un marché pour l’exportation du vin, du blé et des olives.

Un des termes du pacte de Zanjón favorisait la constitution de partis politiques. L'un d'entre eux, le Parti Révolutionnaire Cubain (P.R.C), se constitue dès 1878, sous la direction de José Martí. Le parti milite pour l’indépendance de Cuba ainsi que celle de Porto Rico, formant la tendance séparatiste du paysage politique cubain. Les autres tendances politiques coexistent, notamment les autonomistes de Rafael Montoro et les réformistes de José Antonio Saco. L'agitation reste latente dans le pays, notamment du fait des actions entreprises par les partisans d'Antonio Maceo, lequel est en désaccord avec les termes du pacte. La Petite Guerre de 1879-1880 fut ainsi un échec. Mais les conditions ne permirent pas le succès des soulèvements successifs contre le pouvoir colonial.

José Martí[modifier | modifier le code]

José Martí.
Article détaillé : José Martí.

La place occupée par José Martí dans l'Histoire de l'Amérique, et plus particulièrement dans celle de Cuba, est celle d'un héros de la liberté et d'un défenseur de la souveraineté des peuples. Celle image commence dès l'adolescence : il fut en effet envoyé en prison comme détenu politique pour avoir dans une lettre taxé de traîtrise un camarade de classe qui s'était joint au Corps des Volontaires (« Cuerpo de Voluntarios »), au service de l'Espagne.

De la prison, il fut déporté en Espagne, où il put étudier. Son retour à Cuba fut marqué par une surveillance continuelle de la part des forces de sécurité espagnoles, ce qui le contraignit à voyager : Guatemala, Venezuela, Mexique et États-Unis. Dans ces derniers, appuyé par des exilés cubains et par les communautés cubaines de Tampa et de New York, Martí organise en 1892 le Parti Révolutionnaire Cubain (« Partido Revolucionario Cubano ») dont le principal objectif était d'« obtenir l'indépendance de Cuba ». Plus tard, des patriotes portoricains s'unirent au mouvement avec la promesse qu'une fois Cuba libérée, les forces indépendantistes feraient de même pour Porto Rico. Connaissant les raisons de l'échec de la Guerre des Dix Ans, Martí fit en sorte qu'elles ne se puissent pas se répéter cette fois-ci, en donnant aux forces militaires un pouvoir illimité en ce qui concerne la stratégie et la tactique, et en laissant seulement au pouvoir politique la tâche de soutenir diplomatiquement, financièrement et légalement la guerre, et de gouverner les territoires libérés. Martí de rendit au Costa Rica, où vivait Antonio Maceo depuis l'échec de la Petite Guerre, pour le convaincre de la nécessité de son soutien au mouvement d'indépendance. Il fit de même avec Máximo Gómez, le stratège dominicain. C'est là-même, en République dominicaine, qu'est signé le Manifeste de Montecristi; lequel exprime le besoin de l'« indépendance de Cuba ». Embarquant à Haïti à la tête d'une petite troupe armée, il débarque à la Playitas de Cajobabo. Cela correspond au Soulèvement de Baire et au début de l'insurrection de diverses zones de l'est de Cuba.

Le conflit[modifier | modifier le code]

Déroulement des événements[modifier | modifier le code]

À la suite du débarquement des indépendantistes de Martí le , un soulèvement mené par le Parti révolutionnaire cubain commence près de Santiago de Cuba et finit par s’étendre sur l’île entière.

En septembre 1895, les rebelles se sont organisés en force politique : l’Assemblée de Jimaguayo rassemble toutes les provinces révoltées (20 membres). Les insurgés constituent une petite armée et leur général est Gómez. Ils organisent une offensive, dont le but est de transformer « un conflit régional en une guerre nationale ». Gómez se dirige vers la Havane avec ses 2 300 hommes, mais Weyler fait échouer son projet.

Du fait de l'expérience acquise lors de la Guerre des Dix Ans, ainsi que d'un soutien plus franc de la part des forces politiques et de l'opinion publique, les libérateurs progressent suivant un axe nord-sud. Il ne fut pas facile de prendre l'est de l'île, les forces royalistes mettant les libérateurs en grande difficulté. José Martí et Antonio Maceo moururent durant les combats : Martí pratiquement au début de la guerre lors de la bataille de Dos Rios, (), et Maceo durant une embuscade à l'ouest de La Havane ().

La mort de Maceo (Armando Menocal)

Côté espagnol, le gouverneur général Campos ne réussit pas à restaurer l'ordre car ses troupes sont mal organisées et ne parviennent pas à venir à bout des rebelles : il doit démissionner. C’est le général Valeriano Weyler qui lui succède, il parvient à arrêter l'avance des insurgés mais ses méthodes très dures sont contestées jusqu'en Espagne et il devra, à son tour, démissionner.

Parmi les nombreuses victoires remportées par les soldats cubains, notons la Traversée des montagnes (« Cruce de los montes ») : Une ligne de fortins et de troupes royalistes serpentait entre Júcaro et Morón (actuelle Province de Ciego de Avila). Elle avait pour but d'interdire l'accès aux troupes insurgées à l'ouest de l'île. Mais les insurgés parvinrent à la forcer. Le franchissement de cette ligne de défense était non seulement une nécessité pour l'accomplissement de la campagne de libération, mais fut également l'occasion de prouver la puissance militaire de l'armée des insurgés.

Néanmoins, la progression s'arrête en 1897 lors de la reprise en main des troupes royalistes par Valeriano Weyler. Les troupes indépendantistes entrevirent toutefois à nouveau la victoire finale lorsque la guerre prit une autre dimension, avec l'envoi par les États-Unis du croiseur USS Maine dans la baie de La Havane.

L'intervention américaine[modifier | modifier le code]

En janvier 1898, les États-Unis, jusqu'alors neutres, changent de politique. À la suite d'émeutes à La Havane, et pour « protéger leurs intérêts », ils y envoient le vieux cuirassé USS Maine. L'explosion du cuirassé dans la baie de La Havane, qui coule dans le port pour une raison encore controversée de nos jours, est imputée aux Espagnols. Les États-Unis entrent alors en guerre avec l'Espagne en avril 1898, marquant ainsi le début de la Guerre hispano-américaine.

Le conflit, jusqu'alors hispano-cubain et majoritairement terrestre, devient également maritime avec l'arrivée de la marine des États-Unis. L'Armada espagnole disponible ne permet pas aux troupes royalistes de lutter contre les navires de l'US Navy, bien plus modernes. De plus, le débarquement de troupes américaines prenant Santiago de Cuba pousse alors les Espagnols à la reddition en 1898.

Réaction politique en Espagne[modifier | modifier le code]

Afin de conserver leurs intérêts aux Amériques, l'Espagne tente de résoudre la crise par la voie réglementaire. Les projets d'autonomie pour Cuba rédigés par les politiciens de la métropole (Antonio Maura, Abarzuza, Cánovas del Castillo) étaient discutés pendant le conflit sous le gouvernement mené par Práxedes Mateo Sagasta, avec Segismundo Moret au Ministère de l'Outre-mer. Ces discussions se concrétisaient le sous la forme d'une Constitution pour l'île

Cette Constitution octroyait à Cuba une autonomie totale, exception faite du maintien de la fonction de Gouverneur général de Cuba, de la soumission aux décrets royaux concernant expressément l'établissement de l'égalité de droits civiques entre Espagnols résidant aux Antilles et Criollos (Créoles), et de l'extension à Cuba et Porto Rico du suffrage universel. Le premier gouvernement autonome fut présidé à partir du par José María Gálvez Alonso. Ces premières propositions du Gouvernement central ne rencontrèrent aucun succès, malgré les avancées évidentes qu'elles représentaient. De toutes façons, la présence espagnole à Cuba demeurait un obstacle à éliminer pour favoriser les intérêts des oligarques créoles, ainsi que pour ceux des interventionistes américains.

Épilogue[modifier | modifier le code]

Le traité de Paris[modifier | modifier le code]

La libération de Cuba par les troupes indépendantistes a été partiellement facilitée par l'apport des États-Unis. Le théâtre d'opération cubain est pour eux une des campagnes de la guerre hispano-américaine, rapidement remportée. Lors du Traité de Paris, le , les Espagnols renoncent à leur souveraineté sur Cuba, Porto Rico, Guam et les Philippines. Ce traité marque la fin de l’Empire colonial espagnol. Les délégués des anciennes colonies n'avaient même pas été invités : c’est une affaire entre puissances…

Dans les faits, le renoncement de souveraineté espagnol signifie la prise de contrôle par les États-Unis de ces territoires, dans les conditions précisées par le traité. Porto Rico est annexé par les États-Unis. Ceux-ci établissent un protectorat aux Philippines qui durera dans les faits jusqu'en 1947.

La perte des colonies, et plus spécifiquement celle de Cuba, provoque une profonde crise identitaire, sociale, politique et culturelle en Espagne. Cette crise fut à l'origine de profonds questionnements, qui se traduisirent notamment dans la culture par l'émergence de mouvements comme la Génération de 98 ou le Régénérationnisme, traitant notamment de la « perte d'identité historique de l'Espagne ».

Transition démocratique à Cuba[modifier | modifier le code]

La guerre fut extrêmement meurtrière à Cuba, avec des atrocités de part et d'autre, causant 200 000 victimes cubaines (soit un huitième de la population)[réf. nécessaire]. Cuba devient alors une fragile république, sur laquelle les vues impérialistes des États-Unis étaient grandes. De fait, un protectorat militaire est établi pour surveiller les débuts de la République cubaine.

Mais le mécontentement du peuple est si grand, voyant ainsi leur terre changer simplement de maître, que les États-Unis préparent rapidement leur départ. Contrairement aux autres anciennes colonies espagnoles, le Congrès américain planifie le retrait des troupes dans l'Amendement Platt. Cet amendement est intégré dans la constitution cubaine rédigée par l'assemblée constituante cubaine, le , afin d'éviter toute nouvelle intervention de garantie de l'indépendance. Le naît officiellement la République de Cuba, avec la prise de fonction de son premier président, Tomás Estrada Palma. Cependant, ce n'est qu'avec la présidence du libéral José Miguel Gómez que s'achève le régime spécial du gouvernement d'intervention (« Gobierno de Intervención ») américain, non sans avoir au préalable signé le bail (le ) correspondant à la location de la base militaire dans la baie de Guantánamo.

L'indépendance n'améliora pas substantiellement la situation des plus défavorisés, la tête du mouvement indépendantiste au pouvoir obéissant principalement à l'oligarchie des planteurs de l'île. Cet état de fait fut à l'origine d'un nouveau soulèvement des populations noires de l'île, favorisant une nouvelle intervention américaine en 1912.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En espagnol :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Il reste encore quelques autres territoires sous contrôle espagnol, dont la Guinée équatoriale, les Îles Carolines et le Sahara espagnol, sous contrôle depuis 1886.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Mélandri, Histoire des États-Unis depuis 1865, Nathan, 1976, p. 35.
  2. (es) Le texte de loi dérogatoire sur l'esclavage à Cuba du 13 février 1880.