Sentier lumineux

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Partido Comunista del Peru
Parti communiste du Pérou
PCP-SL, Sentier lumineux
Image illustrative de l'article Sentier lumineux

Idéologie marxisme-léninisme, maoïsme, anti-révisionnisme, pensée de Gonzalo
Objectifs prise de pouvoir au Pérou pour y établir la Nouvelle démocratie puis le communisme
Statut Actif
Fondation
Date de formation 1970
Fondé par Abimael Guzmán
Pays d'origine Drapeau du Pérou Pérou
Actions
Mode opératoire guérilla, massacre
Zone d'opération Drapeau du Pérou Pérou
Période d'activité 1980-aujourd'hui
Organisation
Chefs principaux Abimael Guzmán
Groupe relié Partido Comunista del Perú - Bandera Roja
Répression
Considéré comme terroriste par Canada, États-Unis d'Amérique, Union européenne
Conflit armé péruvien

Le Sentier Lumineux – dont le nom complet est PCP-SL, pour Partido Comunista del Peru - Sendero Luminoso – a été fondé en 1970 par Abimael Guzmán, alors professeur de philosophie à l'université d'Ayacucho. Celui-ci prit en 1980 la tête de l'insurrection armée issue d'une dissidence du Parti communiste péruvien, sous le nom de camarade Gonzalo.

Le Sentier Lumineux a participé au conflit armé des années 1980 et 1990 au Pérou, qui a fait 70 000 victimes. L'organisation est placée sur la liste officielle des organisations terroristes du Canada[1], des États-Unis d'Amérique[2] et de l'Union européenne[3].

Nom[modifier | modifier le code]

Logo du Sentier lumineux

Cette organisation, comme divers autres partis communistes péruviens, s'attribue le titre de Parti Communiste du Pérou. On différencie généralement ces différentes organisations par le nom de leurs publications. Le journal publié par le Front Révolutionnaire d'Etudiants de l'Université d'Ayacucho avait un slogan "Par le sentier lumineux de José Carlos Mariátegui", le fondateur du Parti communiste péruvien en 1928.

« Le marxisme-léninisme ouvrira le sentier lumineux jusqu'à la révolution
(en espagnol : El Marxismo-Leninismo abrirá el sendero luminoso hacia la revolución) »

Les militants de cette organisation sont généralement appelés les senderistas. Cependant, tous les documents et journaux produits par ce mouvement sont signés par Parti Communiste du Pérou (PCP). Les historiens s'y réfèrent par l'abréviation PCP-SL.

Origines[modifier | modifier le code]

Le groupe communiste Sentier Lumineux a été fondé à la fin des années 60 par Abimael Guzmán, alors professeur de philosophie, et surnommé Presidente Gonzalo (Président Gonzalo), par ses partisans. Cette organisation est une scission du Parti communiste péruvien - Drapeau Rouge (en), scission pro-chinoise du Parti communiste péruvien fondée en 1964 à la suite de la rupture sino-soviétique. Le Sentier Lumineux est donc issu, après deux scissions successives, du Parti communiste péruvien fondé en 1930 à partir du Parti socialiste péruvien de José Carlos Mariátegui. Malgré ces scissions, comme d'autres tendances, le PCP-SL se considère comme le véritable Parti communiste péruvien et utilise le sigle PCP dans ses publications et slogans.

Le Sentier Lumineux s'est développé en premier lieu dans l'Université Nationale de San Cristóbal de Huamanga dans la ville d'Ayacucho, où Guzman enseignait la philosophie. L'université venait de rouvrir après avoir été fermée pendant près de cinquante ans, et beaucoup des nouveaux étudiants adoptèrent l'idéologie radicale du Sentier Lumineux. Entre 1973 et 1975, le Sentier Lumineux parvient à prendre le contrôle des conseils étudiants des universités du Centre à Huancayo et de La Cantuta et s'implante significativement dans l'Université Nationale d'Ingéniérie et l'Université Nationale de San Marcos, toutes deux situées à Lima. Quelque temps plus tard, l'organisation communiste perd plusieurs élections universitaires, notamment celles de l'Université Nationale de San Cristobal de Huamanga. Guzman décide alors d'abandonner les universités pour consolider le parti.

Au début de l'année 1980, le Sentier Lumineux a une série de rencontres clandestines à Ayacucho. Ces rencontres sont connues comme la "Seconde Rencontre Plénière du Comité Central". Un Directoire révolutionnaire, organe de nature politique et militaire, y fut nommé. Il ordonne aussitôt aux milices de rejoindre leurs aires stratégiques dans les provinces pour amorcer la lutte armée. Le groupe forme également sa "Première École Militaire", dans laquelle les militants apprennent des rudiments de tactiques militaires et d'usage des armes. Se met également en place la "critique et autocritique", une pratique léniniste dont l'objectif est d'éviter à l'organisation de répéter ses erreurs et de supprimer ses mauvaises habitudes de travail. Au sein de la Première École Militaire, les membres du Comité Central furent soumis à une intense critique, de laquelle se servit Guzman pour émerger comme le chef incontestable du Sentier Lumineux.

La guerre de guérilla[modifier | modifier le code]

Le mouvement a lancé sa « guerre populaire prolongée » par un acte symbolique en mai 1980 : à deux jours des élections générales, un commando brûla les urnes électorales de Chuschi, village isolé du département d'Ayacucho. Cette action a été sans conséquence, puisque les urnes ont pu être remplacées et le vote se tenir normalement. La guerre prend de l'ampleur tout au long des années 1980 et le Sentier Lumineux contrôle de vastes régions rurales du Pérou, en particulier dans les Andes et le piémont amazonien, et commence à s'implanter dans les villes, en particulier dans certains bidonvilles de Lima. Le gouvernement échoue dans un premier temps à combattre l'influence du mouvement.

La capture d'Abimael Guzman et l'effondrement[modifier | modifier le code]

Le 12 septembre 1992, à 20 h 45, Abimael Guzmán Reynoso, le dirigeant principal du Sentier Lumineux, fut capturé par le GEIN (Grupo Especial de Inteligencia) de la police, dans une maison du district de Surquillo à Lima, en compagnie de quatre femmes. L'une d'elle est Elena Iparraguirre, sa seconde épouse. Les autres sont Laura Zambrano Padilla, chargée de collecter les dollars extorqués aux narcotrafiquants, María Pantoja et Maritza Garrido Lecca. La capture eut lieu après des mois de filatures, allant jusqu'à la fouille des poubelles de la ville, qui ont permis de définir avec certitude l'emplacement de Guzmán et sa condition de santé (plusieurs médicaments pour le traitement du psoriasis, maladie dont souffrait Guzmán, ont été trouvés). À la suite de sa capture, plusieurs autres dirigeants de l'organisation ont été arrêtés.

Le Sentier Lumineux s'est donc retrouvé sans cellule dirigeante. L'organisation s'est rapidement divisée en divers fronts régionaux sous les ordres de plusieurs commandants, dont beaucoup s'affrontaient entre eux. Le rôle principal de Guzmán a été assumé par Óscar Ramírez Durand, alias Feliciano, qui a été capturé à Huancayo en 1999.

Après ces captures et depuis 1992, la présence militaire du Sentier Lumineux est pratiquement nulle.

Deux visions[modifier | modifier le code]

Qu'ils soient imputés au Sentier Lumineux, à leurs « ennemis » du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru ou au gouvernement péruvien, les massacres présentent un bilan très lourd : plus de 26 000 morts, 4 000 disparus et 50 000 orphelins (chiffres fin 2002). Les chiffres de la commission Vérité et Réconciliation qui a siégé dès le milieu des années 1990 a relevé que 54 % des victimes étaient imputables au Sentier Lumineux et 46 % à l'armée péruvienne. Parmi eux, 80 % d'hommes ayant entre 20 et 49 ans pour 66 % d'entre eux. 56 % étaient des paysans andins, analphabètes à 68 % et de langue Quechua pour les trois quarts d'entre eux.

Dans cet État à forte tendance centraliste tout au long de son histoire, nombre de massacres survenus au cours de la guérilla ont revêtu l'aspect d'un conflit ethnique[réf. nécessaire]. De longue date, la société péruvienne a été marquée par une rupture (économique, culturelle, en termes de présence d'administrations et d'écoles) entre Lima, la capitale et sa zone côtière, et tout l'arrière-pays en altitude. À quoi s'ajoutent des phénomènes fort anciens de discriminations envers les peuples des montagnes. Tant la violence du Sentier Lumineux que celle des forces étatiques s'est abattue sur les populations andines, considérées comme "indios" (indiens) ou "serranos" (montagnards). Le fait que cette population ait été visée en quasi exclusivité explique, en partie, la faible médiatisation des massacres à l'époque.

Bilan[modifier | modifier le code]

La guérilla opposant les militaires péruviens au Sentier Lumineux a fait plus de 69 000 victimes entre 1980 et 2000[4].

Le gouvernement péruvien évalua le coût économique des activités terroristes du Sentier Lumineux à plus de 16 milliards de dollars, l'équivalent de la dette extérieure du pays, dont le service absorbait un tiers des devises provenant des exportations (pêche, cuivre, zinc, argent, notamment).

XXIe siècle : la résurgence ?[modifier | modifier le code]

La tendance Proseguir (Poursuivre) du Sentier Lumineux a refusé l'accord de paix proposé par Guzmán en 1993 depuis sa prison. Repliés dans une partie de la jungle péruvienne, notamment la vallée des fleuves Apurimac et Ene, dans le sud-est du pays, cette tendance s'est structurée en plusieurs fronts qui, bien établis et ayant eu le temps d'organiser le territoire à leur avantage (tunnels, cachettes, voies de repli), ont pu riposter énergiquement aux tentatives du pouvoir de reprendre le contrôle complet de cette zone. Dans un communiqué du 7 octobre 2003, le « Mouvement Populaire du Pérou », proche du PCP-SL, réaffirme l'objectif de la prise du pouvoir pour établir le communisme :

« ...la guerre populaire a commencé en 1980 et se développe avec succès, aujourd'hui, plus de 10 ans après l'arrestation du Président Gonzalo. Notre objectif est défini : conquérir le pouvoir et aller jusqu'au communisme, en s'appuyant sur la république Populaire de Nouvelle Démocratie [...] L'Armée de Libération Populaire s'est renforcée et a augmenté sa capacité offensive, c'est le Parti qui commande au fusil[5]. »

— Mouvement Populaire du Pérou, 7 octobre 2003

.

De fait, au cours des années 2000, si le conflit n'a jamais atteint l'intensité qu'il avait dans les années 1980-1990, le PCP-SL a infligé des coups sporadiques à l'armée péruvienne, le plus spectaculaire étant une embuscade contre une colonne de l'armée le 10 octobre 2008, faisant 14 morts dont 12 soldats et 17 blessés[6]. Entre 2008 et 2009, cinquante soldats et policiers ont perdu la vie dans des affrontements avec les rebelles, ce qui a été qualifié par l'ambassade américaine à Lima comme une « impressionnante série de succès » du Sentier. L'armée péruvienne craint une possible collaboration entre les guérilleros et les réseaux de narcotrafic dans les vallées des rivières Apurimac et Ene, principale zone de présence du Sentier Lumineux[7],[8],[9],[10] .

La mort d'Alejandro Borda Casafranca et de Marco Antonio Quispe Palomino, respectivement numéros 2 et 4 de l'organisation terroriste, annoncée le 11 août 2013 à la suite de l'opération menée à Llochegua par l'armée et la police dans le VRAEM, témoigne du conflit toujours existant entre les guérillos du Sentier Lumineux et les autorités péruviennes[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • José Antonio Vallejo Vidal, La verdad sobre Sendero Luminoso. Lima, Pérou, 1997 (493 p.)
  • Elizabeth Drevillon. Dans l'enfer du Pérou.Tsuru éditions, 1990, 211 p.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • La Boca del lobo, Francisco J. Lombardi, 1988.
  • Paloma de papel, Fabrizio Aguilar, 2003.

Articles connexes[modifier | modifier le code]