Colonne serpentine

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41° 00′ 20.33″ N 28° 58′ 30.43″ E / 41.0056472, 28.9751194

La Colonne serpentine

La colonne serpentine (en grec, Τρικάρηνος Όφις, en turc, Yılanlı Sütun) est la partie subsistante de l'une des plus célèbres offrandes de l'Antiquité, le trépied de Platées (ou trépied de Delphes) offert par les Grecs coalisés au dieu Apollon à Delphes à la suite de leur victoire sur les Perses à Platées en 479 av. J.-C. Façonné à partir d'une portion de l'immense butin saisi par les vainqueurs dans le camp de Mardonios après la bataille, ce monument se présentait à l'origine comme une colonne de bronze formée des corps entrelacés de trois serpents dont les têtes portaient un trépied en or.

L'or du trépied fut confisqué et fondu par les Phocidiens au cours de la troisième guerre sacrée au milieu du IVe siècle av. J.-C.. La colonne aux serpents resta en place à Delphes jusqu'au règne de l'empereur Constantin (306-337), qui ordonna son transfert à Constantinople pour orner l'hippodrome de sa nouvelle capitale.

Au fil des siècles, la colonne de bronze subit divers dommages. L'une des têtes de serpent eut sa mâchoire fracassée au XVIe siècle. En l'an 1700, ce sont les trois têtes qui tombent et sont perdues dans la même nuit au cours de circonstances mal connues. La partie supérieure de l'une de ces têtes, retrouvée en 1848, est maintenant exposée au musée archéologique d'Istanbul.

La colonne serpentine se dresse encore aujourd'hui sur la place du Sultan-Ahmet à Istanbul (en turc, « Sultanahmet Meydanı », également appelée « At Meydanı », place aux chevaux), à l'endroit où elle fut installée au IVe siècle après son déménagement depuis le sanctuaire delphique. Elle est ainsi l'une des très rares œuvres artistiques qui ornaient autrefois l'antique Constantinople à avoir survécu in situ.

Historique[modifier | modifier le code]

Selon Hérodote[1], après la victoire de Platées en -479, les vainqueurs grecs coalisés utilisèrent la dîme (c'est-à-dire le dixième) du butin trouvé dans le camp perse du général Mardonios pour offrir trois monuments à leurs dieux : une statue de Poséidon en bronze, haute de sept coudées, pour le sanctuaire du dieu des mers près de l'isthme de Corinthe, un Zeus en bronze, haut de dix coudées, pour le temple de ce dieu à Olympie, ainsi qu'un trépied d'or, soutenu par une colonne de bronze formée de serpents enroulés, pour le sanctuaire d'Apollon à Delphes.

De ces trois monuments, le plus mal connu est le Poséidon en bronze de l'Isthme, qu'on ne connaît que par Hérodote[2]. On en sait un peu plus sur le second, la statue de Zeus d'Olympie, grâce à Pausanias le Périégète qui a visité la cité au IIe siècle de notre ère. Selon lui, la statue se dressait près du bouleutérion et était tournée vers l'est. Sur sa base, du côté droit, étaient inscrites le nom des cités ayant participé à la bataille de Platées. Pausanias précise que la statue était l'oeuvre d'un sculpteur nommé Anaxagore d'Égine (en)[3].

Le monument pour Apollon, quant à lui, se dressait dans le sanctuaire de Delphes, en face de l'autel du dieu. Sur une base en forme de cloche, se dressait une colonne de bronze représentant trois serpents enlacés dont les têtes portaient un trépied en or.

Le trépied fut fondu par les Phocidiens durant la troisième guerre sacrée (356 à 346 av. J.-C.), pour payer leurs mercenaires.

Lorsque Constantin fonda sa nouvelle capitale, Constantinople, au début du IVe siècle, il l'orna avec de nombreuses œuvres d'art provenant des sanctuaires païens, dont la colonne aux serpents.

La colonne était située parmi d'autres ornements sur la spina de l'hippodrome de Constantinople, espace central autour duquel se déroulaient les courses de chars. L'érection d'un monument tel que celui-ci dans l'hippodrome peut avoir servi à rappeler aux spectateurs que Delphes était considéré comme l'omphalos (le centre) du monde, et que l'endroit où on avait réédifié le monument était devenu le nouveau centre du monde[4].

En 1700, les têtes des serpents furent brisées, mais l'une d'entre elles fut retrouvée par l'architecte Gaspare Fossati lors de fouilles faites autour de Sainte-Sophie en 1848. Elle est exposée au musée archéologique d'Istanbul[5].

Inscription[modifier | modifier le code]

Relevé de l'inscription sur la colonne serpentine

Au bas de la colonne serpentine, dégagée complètement par Charles Thomas Newton en 1855, se trouve gravée une célèbre inscription qui énumère 31 cités grecques ayant participé aux batailles de Platées ou de Salamine dans le camp des Grecs.

Cette inscription a été rédigée dans un dialecte du grec ancien, au moyen d'une variante locale archaïque de l'alphabet grec. Selon les spécialistes, ce dialecte et cet alphabet sont soit laconiens[6], soit phocidiens[7] (l'alphabet peut alors aussi être dit delphique[8] ou delphien[9]).

L'inscription se trouve sur les anneaux formés par les corps enroulés des trois serpents, plus particulièrement entre le troisième et le treizième anneau (comptés à partir du sol). En voici la traduction française :

Inscription de la colonne serpentine
No de l'anneau Transcription
en grec ancien
Traduction française[10]
13e Το[ιδε τον]
Πολεμον [ε]
Πολ[ε]μεον
Ont combattu durant la guerre
12e Λακεδ[αιμονιοι]
Ἀθαναιο[ι]
Κορινθιοι
Lacédémoniens
Athéniens
Corinthiens
11e Τεγεα[ται]
Σικυον[ιο]ι
Αἴγιναται
Tégéates
Sicyoniens
Eginètes
10e Μεγαρες
Ἐπιδαυριοι
Ἑρχομενιοι
Mégariens
Epidauriens
Erchoméniens
9e Φλειασιοι
Τροζανιοι
Ἑρμιονες
Phliasiens
Trézéniens
Hermionéens
8e Τιρυνθιοι
Πλάταιες
θεσπιες
Tirynthiens
Platéens
Thespiens
7e Μυκανες
Κειοι
Μαλιοι
Τε̅νιοι
Mycéniens
Céens
Méliens
Téniens
6e Ναξιοι
Ερετριες
Χαλκιδες
Naxiens
Érétriens
Chalcidiens
5e Στυρες
Ϝαλειοι
Ποτειδαιαται
Styriens
Éléens
Potidéates
4e Λευκαδιοι
Ϝανακτοριες
Κυθνιοι
Σιφνιοι
Leucadiens
Anactoriens
Cythniens
Siphniens
3e Αμπρακιο̅ται
Λεπρεαται
Ambraciotes
Lépréens (en)

Galerie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Sarah Bassett, The Urban Image of Late Antique Constantinople, Cambridge University Press,‎ 2004
  • Didier Laroche, « Nouvelles observations sur l'offrande de Platées », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 113, no 1,‎ 1989, p. 183-198. (lire en ligne)
  • (en) Thomas F. Madden, « The Serpent Column of Delphi in Constantinople: Placement, Purposes, and Mutilations », Byzantine and Modern Greek Studies, vol. 16,‎ 1992, p. 111-145. (lire en ligne)
  • (en) Russell Meiggs et David Malcolm Lewis, A Selection of Greek historical inscriptions : to the end of the fifth century B.C. - Revised Edition, Oxford, Clarendon Press,‎ 1989 (1re éd. 1969) (ISBN 9780198144878, présentation en ligne)
  • (en) Victor L. Ménage, « The Serpent Column in Ottoman Sources », Anatolian Studies, vol. 14,‎ 1964, p. 169-173 (JSTOR 3642472)
  • Marion Muller-Dufeu (éd.), La sculpture grecque, sources épigraphiques et littéraires, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts,‎ 2002 (ISBN 2840561158 et 9782840561156).
  • (en) Brunilde Sismondo Ridgway, « The Plataian Tripod and the Serpentine Column », American Journal of Archaeology, vol. 81, no 3,‎ 1977, p. 374-379 (JSTOR 503013, lire en ligne)
  • (de) Matthias Steinhart, « Bemerkungen zu Rekonstruktion, Ikonographie und Inschrift des platäischen Weihgeschenkes », Bulletin de correspondance hellénique, vol. 121, no 1,‎ 1997, p. 33-69. (lire en ligne)
  • (en) William Custis West, Greek Public Monuments of the Persian Wars, Chapel Hill (Caroline du Nord), University of North Carolina at Chapel Hill,‎ 1965 (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, Histoires [détail des éditions] [lire en ligne] « IX, 81 »
  2. Muller-Dufeu 2002, p. 223, no 625; Jon D. Mikalson, Herodotus and Religion in the Persian Wars, University of North Carolina Press, 2003, p. 98 (ISBN 0807862010 et 9780807862018)
  3. Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne] « Livre V - L'Élide, chapitre 23 »
  4. Bassett 2004, p. 65
  5. Pierre Devambez, Grand bronzes du Musée de Stamboul, Paris, E. de Boccard, éditeur, coll. « Mémoires de l'Institut français d'archéologie de Stamboul »,‎ 1937 (lire en ligne), p. 9-12 et planche II
  6. West 1965[lire en ligne], citant Carl Darling Buck, The Greek Dialects, Chicago, 1955, no 69.
  7. Steinhart 1997.
  8. Meiggs et Lewis 1989, p. 57
  9. Laurent Dubois, « Philologie et dialectologie grecques », École pratique des hautes études - Section des sciences historiques et philologiques - Livret-Annuaire, no 20, 2004-2005 (2006), p. 111 [lire en ligne]
  10. Traduction française établie à partir de celles de Jean-Marie Bertrand, Inscriptions historiques grecques, Belles Lettres, coll. « La Roue à livres », 2004, p. 45, no 16; Muller-Dufeu 2002, p. 227; Daphné Gondicas et Jeannine Boëldieu-Trévet, Guerres et sociétés dans les mondes grecs (490-322 av. J.-C.), Bréal, 1999, p. 161. Édition commentée de l'inscription grecque originale dans Meiggs et Lewis 1989, no 27, p. 57-60.