Obélisque de Théodose

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Obélisque de Théodose
Obélisques
Image illustrative de l'article Obélisque de Théodose
Autre nom Obélisque de Thoutmôsis III (face sud)
Commanditaire Thoutmôsis III
Construction XVIIIe dynastie
Matériau granite rouge de Syène
Inscriptions hiéroglyphes
Hauteur actuelle 18,54 ou 19,6 m
Hauteur avec piédestal 25,6 m
Emplacement d'origine temple d'Amon-Rê à Karnak
Emplacement actuel At Meydanı, Istanbul
Ordonnateur Théodose Ier
Date d'installation 390
Coordonnées 41° 00′ 21″ N 28° 58′ 31″ E / 41.0059, 28.975397 ()41° 00′ 21″ Nord 28° 58′ 31″ Est / 41.0059, 28.975397 ()  
  Géolocalisation sur la carte : Turquie
Turkey location map.svg
Obélisque de Théodose

L’obélisque de Théodose (en turc : Dikilitaş) est le nom donné à l'obélisque égyptien de Thoutmôsis III qui orne l'hippodrome de Constantinople, aujourd'hui At Meydanı ou Sultanahmet Meydanı, à Istanbul.

Historique[modifier | modifier le code]

À l'origine, l'obélisque de Thoutmôsis III était érigé au sud du VIIe pylône du grand temple de Karnak. Il fut transporté à Alexandrie sous Constance II (empereur de 337 à 361), en même temps que l'actuel obélisque du Latran. Il dut attendre le règne de Théodose Ier (empereur de 379 à 395) pour être finalement transporté à Constantinople, où il fut réérigé en 390 sur la spina de l'hippodrome[1].

En 1204, ce monument sera le lieu d'exécution de l'empereur byzantin Alexis V Doukas Murzuphle : ce dernier, après le renversement de deux empereurs, père et fils, régnants simultanément sur l'Empire byzantin, Isaac II Ange et Alexis IV Ange, et leur remplacement par un nouvel empereur, Nicolas Kanabos, élu par le Sénat et une assemblée de prêtes, va usurper le trône. Devenu un empereur autoritaire et autocrate, il va notamment étrangler de ses propres mains le jeune Alexis IV Ange, alors que ce dernier bénéficiait de la protection des croisés, puis faire rouer de coups son corps, avec une massue, pour faire croire à une chute et à une mort accidentelle. Du fait du mauvais état des finances de l'Empire, Alexis V Doukas Murzuphle dédaignera également de verser les tributs promis par ses prédécesseurs, Isaac II Ange et Alexis IV Ange, aux croisés, alors que ceux-ci les avaient rétablis sur le trône lors d'un premier renversement. Irrités, les croisés vont assiéger Constantinople et contraindre Alexis V Doukas Murzuphle à fuir. Capturé en novembre 1204, l'empereur déchu sera reconduit à Constantinople pour y être jugé par Baudouin Ier de Flandre, chef des croisés. Celui-ci le condamne à « avoir les os brisés, comme il les avait brisés au jeune Alexis ». On le fait monter au sommet de l'obélisque de Théodose et on l'attache à une planche avant de le précipiter dans le vide.

Description[modifier | modifier le code]

L'obélisque[modifier | modifier le code]

L'obélisque est en granite rouge de Syène. Sa partie basse manque, et sa hauteur n'est plus aujourd'hui que de 18,54 m (ou 19,6 m) et 25,6 m avec le piédestal. À l'origine, il devait atteindre une trentaine de mètres, soit presque autant que l'obélisque du Latran. L'obélisque est séparé du piédestal par quatre cubes de bronze de quarante-cinq centimètres, pourvus de boucles de bronze soudées aux angles extérieurs[2].

Les inscriptions de l'obélisque[modifier | modifier le code]

Elles sont réparties sur les quatre faces, sur une seule colonne centrale, et célèbrent les victoires de Thoutmôsis III sur les rives de l'Euphrate (vers -1450)[1].

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Le piédestal[modifier | modifier le code]

Le piédestal de marbre, richement historié de bas-reliefs, est d'un grand intérêt.

Détail du piédestal (est) : Théodose offre le laurier de la victoire. On distingue l'orgue hydraulique, en bas à droite.

On voit sur la face est l'empereur Théodose dans la loge impériale, entouré de sa cour, remettant la couronne de laurier au vainqueur de la course, dans un décor d'arcades et de colonnes corinthiennes. Les spectateurs assistent à la cérémonie en compagnie de musiciens et de danseurs. À droite, on distingue bien l'orgue hydraulique ou hydraule de Ctésibios et, à gauche, un autre instrument.

Une observation un peu attentive révèle que le piédestal a subi des dommages importants et qu'il a été énergiquement restauré. Des parties manquantes ont été remplacées, aux angles inférieurs, par des blocs cubiques de porphyre, répondant aux cales de bronze déjà évoquées, de même forme et de mêmes dimensions. Une saignée verticale, creusée sur l'une des faces, ressemble fort au passage d'une canalisation. Ces réparations du socle, peut-être liées au bris du monolithe lui-même, montrent qu'un grave accident est survenu au monument — on a évoqué un tremblement de terre —, à une date inconnue et certainement dès l'Antiquité[2].

Les inscriptions du piédestal[modifier | modifier le code]

Inscription latine[modifier | modifier le code]
Inscription latine (est)

Le piédestal porte sur sa face est une inscription latine en excellent état. Seul manque aujourd'hui le mot superas, à la dernière ligne, assuré par une transcription d'un voyageur du XVIe siècle :

« 

DIFFICILIS QVONDAM DOMINIS PARERE SERENIS
IVSSVS ET EXTINCTIS PALMAM PORTARE TYRANNIS
OMNIA THEODOSIO CEDVNT SVBOLIQVE PERENNI
TER DENIS SIC VICTVS EGO DOMITVSQVE DIEBVS

IVDICE SVB PROCLO SVPERAS ELATVS AD AVRAS »

Le nom « PROCLO » est une surcharge en creux, substituée à un autre nom.

Traduction[modifier | modifier le code]

« Alors qu’autrefois j’opposais de la résistance, on me donna l’ordre d’obéir à des maîtres sereins et de porter leur palme, une fois les tyrans vaincus. Tout cède à Théodose et à sa descendance éternelle. C’est ainsi que, moi, j’ai été dompté et vaincu en trois fois dix jours et élevé vers le sommet de l’air, sous le gouverneur Proclus. »

Inscription grecque[modifier | modifier le code]
Inscription grecque (ouest)

La face opposée (ouest) répète la même idée en langue grecque byzantine, mais il est cette fois rapporté que la réérection fut menée à bien en trente-deux jours (TPIAKONTA ΔYO, dernière ligne)[2] :

« 

KIONA TETPAΠΛEYPON AEI XΘONI KEIMENON AXΘOC
MOYNOC ANACTHCAI ΘEYΔOCIOC BACIΛEYC
TOΛMHCAC ΠPOKΛOC EΠEKEKΛETO KAI TOCOC ECTH

KIΩN HEΛIOIC EN TPIAKONTA ΔYO »

Le nom de « ΠPOKΛOC » est également une surcharge, en léger creux. Cette inscription grecque est parfaitement conservée.

Traduction[modifier | modifier le code]

« Cette colonne à quatre côtés qui gisait à terre, seul l'empereur Théodose osa en relever le fardeau ; Proclos fut invité à exécuter son ordre ; et cette grande colonne se dressa en trente-deux jours. »

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a et b Labib Habachi, The Obelisks of Egypt, skyscrapers of the past, American University in Cairo Press, 1985, p. 145-151.
  2. a, b et c E.A. Wallis Budge, Cleopatra's Needles and Other Egyptian Obelisks, The Religious Tract Society, London, 1926, réimpr. 1990, p. 160-165.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) E. A. Wallis Budge, Cleopatra's Needles and Other Egyptian Obelisks, New York, The Religious Tract Society, London,‎ 1926, poche (ISBN 978-0-486-26347-2, LCCN 90002828) ;
  • (en) Labib Habachi, The Obelisks of Egypt, Londres, Charles Scribner's Sons,‎ 1977 (ISBN 978-0-460-12045-6). Réimpression : The Obelisks of Egypt, skyscrapers of the past, American University in Cairo Press, 1985 (ISBN 9774240227) ;
  • (en) Alexander Kazhdan (dir.), The Oxford Dictionary of Byzantium, Oxford University Press,‎ 1991, 3 vols. (ISBN 0195046528), s. v. Obelisk of Theodosius, vol. 3 ;
  • Jean-Pierre Sodini, Images sculptées et propagande impériale du IVe au VIe siècles : recherches récentes sur les colonnes honorifiques et les reliefs politiques à Byzance, Byzance et les images, Paris, La Documentation Française,‎ 1994 (ISBN 978-2-11-003198-3), p. 43-94.

Liens externes[modifier | modifier le code]