Bucoliques

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Bucoliques
Image illustrative de l'article Bucoliques
Folio 7 verso du Virgile romain (Ve siècle)

Auteur Virgile
Genre Poésie pastorale
Version originale
Titre original Bucolica
Langue originale latin
Pays d'origine République romaine
Lieu de parution original République romaine
Date de parution originale -39 et -37[1],[2]
Version française

Les Bucoliques (ou Églogues) sont un recueil du poète latin Virgile, paru en -37[1],[2]. Elles sont composées de dix pièces rédigées en hexamètres dactyliques. Virgile est le premier auteur latin à adopter cette forme poétique : il s’inspire d’un auteur grec du IIIe siècle av. J.-C., Théocrite. Virgile les composa entre -42 et -39. Ces églogues sont de courts dialogues entre bergers, sur le modèle de la poésie pastorale grecque, quoiqu'à ces imitations soient mêlées quelques allusions aux événements politiques contemporains : ainsi, dans la quatrième églogue, le poète compare le règne d'Auguste à un nouvel Âge d'or, glorifiant l'empereur que soutient son ami Mécène.

Cette œuvre est subdivisée en dix églogues.

Composition de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Les Bucoliques sont composées de dix églogues soit 830 vers en hexamètres dactyliques. Il existe un ordre d'équilibre dans les Bucoliques qui permet de donner à chacune des églogues une place particulière dans l'œuvre. Les églogues 1 et 9 traitent toutes les deux de l'expropriation liée au contexte de guerre des années -40 dans la Rome antique suite à la bataille de Philippes Les églogues 2 et 8 mettent en scènes des amants malheureux. Les églogues 3 et 7 sont fondées sur le dialogue poétique et le chant amébée. Les églogues 4 et 6 évoquent de grandes théories et prophéties: la bucolique 4 s'intéresse à l'Âge d'or tandis que la sixième explique la création  du monde selon Épicure. L'ajout plus tardif de la dixième églogue confère à la cinquième bucolique une place centrale dans l'œuvre. Cette hypothèse de Paul Maury semble vérifiée par l'équilibre entre le nombre de vers de chaque bucolique:

  • Les églogues 1, 2, 3 et 4 totalisent 330 vers.
  • Les églogues 6, 7, 8, et 9 en ont 333.

D'autres mesures du nombre de vers confirment l'architecture étonnante des Bucoliques:

  • Les églogues 1, 9, 2, 8 comptabilisent 333 vers; tandis que les bucoliques 3,7,4,6 en ont 330
  • Les églogues 1, 9 et les églogues 4, 6 ont respectivement 150 et 149 vers; Les églogues 2, 8 et les églogues 3, 7 totalisent respectivement 183 et 181 vers.

On peut également voir une composition pythagoricienne de l'œuvre de Virgile, car celui-ci aurait suivi l'enseignement de Publius Nigidius Figulus, un néopythagoricien[3]. Sous cet angle les Bucoliques peuvent être vu comme un parcours spirituel élevant l'homme de l'injustice (églogues 1 et 9) à la passion amoureuse (2 et 8) pour atteindre par la musique poétique (3 et 7) puis la musique surnaturelle des prophéties (4 et 6) la plénitude ou ataraxie (5). Le chiffre 10, isolé, rappellerait la Tétractys pythagoricienne, symbole de la structure du monde[4]. Vision pyramidale des églogues de Virgile

Situation de l'œuvre  [modifier | modifier le code]

Virgile écrivit les neuf premières églogues de -42 à -39 av. J.-C. puis en -37 il ajouta la dixième bucolique. Les Bucoliques évoquent la vie de bergers dans les campagnes romaines près de Mantoue (ville d'origine de Virgile). L'auteur a en fait transposé l'Arcadie dans sa région natale, et les bergers romains sont devenus de véritables poètes arcadiens ce qui donnent une connotation surnaturelle aux Bucoliques. Les sujets abordés n'en sont pas moins authentiques et actuels[5]. Et de nombreuses références à des événements historiques parsèment les poèmes:

  • En 44 av. J.-C., l'assassinat de Jules César puis la commémoration de sa mort inspira peut- être la cinquième églogue[6].
  • En 41 av. J.-C., suite à la guerre, Octave et Antoine procèdent à des expropriations pour les vétérans, Virgile perd alors ses terres qui lui seront vite rendues; ceci est raconté dans la première et neuvième églogues.
  • En 40 av. J.-C., la paix de Brindes permet de croire à un nouvel âge d'or comme en témoigne la quatrième églogue; cette églogue est également adressée à Asinius Pollion ami puissant de Virgile  à qui la quatrième bucolique est dédiée[7].
  • Virgile connut également le successeur de Pollion: Caius Asinius Gallus à qui il adresse sa dernière églogue.

Résumé de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Première églogue[modifier | modifier le code]

Les deux personnages en présence sont Tityre et Mélibée, la scène prend place dans un décor champêtre, aux alentours de -40. Les deux protagonistes sont des bergers: Tityre, un affranchi âgé, Mélibée, un propriétaire dépossédé.

Cette première églogue est, en fait, un éloge adressé à Octave, futur empereur Auguste, sans que son nom soit explicitement mentionné. Il est dans cette bucolique vu comme un héros:

« Hic illum vidi, juvenem, Meliboee, quotannis  /bis senos cui nostra dies altaria fumant »

— Bucoliques Première églogue, v. 42-43

« Alors j'ai vu, Mélibée, le jeune héros en l'honneur de qui, douze jours par ans nos autels fument »

— Traduction d'Eugène de Saint-Denis

Le thème abordé dans cette églogue est l'expropriation des terres dont est victime Mélibée en opposition à Tityre à qui on a donné un domaine. Mélibée se lamente, contraint à l'exil.

Deuxième églogue[modifier | modifier le code]

Cette deuxième églogue est un chant amoureux mettant en scène Corydon, un berger qui déclame son amour pour Alexis ainsi que sa souffrance. Mais dans la seconde partie de l'églogue, il revient à la réalité et condamne la folie de sa passion. Cette églogue est inspirée de l'Idylle 11 des Idylles de Théocrite appelé chant du Cyclope.  

Troisième églogue[modifier | modifier le code]

Cette églogue écrite en stichomythie théâtrale narre les méfaits des deux bergers Ménalque et Damète se disputant pour savoir qui est le meilleur poète. Pour se départager ils font appel à Palémon qui sera l'arbitre de leurs joutes poétiques appelées chant amébée. Virgile s'est une nouvelle fois inspiré de Théocrite dans l'idylle 5 et 8 des Idylles intitulées respectivement Chevrier et berger et Les chanteurs bucoliques.

Quatrième églogue[modifier | modifier le code]

La quatrième églogue est très différente des autres puisque dès les premiers vers Virgile annonce  qu'il va élever le sujet des bucoliques :

« Sicilides Musae, paulo majora canamus »

— Bucoliques, quatrième églogue v.1

« Muses de Sicile, élevons un peu le sujet de nos chants »

— Traduction d'Eugène de Saint-Denis

Le chant annonce l'arrivée d'un nouvel Âge d'or suite à la naissance d'un enfant. De nombreuses spéculations ont été faites sur l'identité de cet enfant : certains ont même vu en cette églogue une profession christique. D'autres, de par le contexte historique, pensent qu'il s'agirait d'Octave. Le secret donne au récit un caractère intemporel.

Cinquième églogue[modifier | modifier le code]

La cinquième églogue est marquée par la mort de Daphnis, un berger et poète. Un chant amébée puis une apothéose est alors donné par Mopsus et Ménalque (deux poètes) pour célébrer sa mémoire. L'identité de Daphnis reste floue, il peut évoquer le héros bucolique du même nom (Daphnis) mais certaines interprétations font de ce personnage le double de Jules César[6], au vu du contexte historique (César est mort en -44) et des allusions implicites dans le texte. Par exemple, lors de la commémoration de la mort de César une comète a été observée[8], allusion que l'on retrouve, sous-entendue, dans le texte:

« Daphnimque tuom tollemus ad astra;/Daphnim ad astra feremus »

— Bucoliques de Virgile, cinquième églogue, v.51-52

« et nous élèverons ton cher Daphnis jusqu'aux astres; Daphnis! Jusqu'aux astres nous le porterons »

— Traduction d'Eugène de Saint-Denis

L'épitaphe de Mopsus, qui précède ce passage, évoque également les étoiles ce qui confirmerait l'hypothèse que Daphnis et César ne font qu'un. Cette églogue s'inspire des première et septième idylles de Théocrite.

Sixième églogue[modifier | modifier le code]

La sixième églogue raconte la rencontre entre deux bergers, une naïade Eglé, et le satyre Silène. Silène est endormi lorsqu'il est surpris par les deux bergers et la naïade. Ceux-ci l'enchaînent alors puis l'obligent à chanter. Silène raconte alors la formation du monde selon Épicure et divers mythes, comme celui de Pyrrha ou fait référence à Pasiphaé.

Septième églogue[modifier | modifier le code]

Dans cette églogue Mélibée, après hésitation, assiste au chant amébée de Corydon et Thyrsis, bergers d'Arcadie. Les deux poètes chantent alors leurs amours.

Huitième églogue[modifier | modifier le code]

La huitième églogue, une nouvelle fois, débute par deux chants composés par deux bergers, Alphésibée et Damon. Ce dernier, désespéré, se lamente car Nysa ne l'aime pas. L'églogue se termine par les incantations d'une femme souhaitant que Daphnis revienne pour l'aimer. Ce chant est emprunté à l'idylle 2 appelée Les Magiciennes de Théocrite in Idylles

Neuvième églogue[modifier | modifier le code]

L'églogue neuf qui fait écho à la première églogue des Bucoliques est marquée par le dialogue entre deux bergers; Lycidas et Moeris. Ce dernier raconte à Lycidas les malheurs de Ménalque, dépossédé de ses biens. 

Dixième églogue[modifier | modifier le code]

Dans la dixième et dernière églogue, Virgile s'adresse directement à la nymphe Aréthuse pour qu'elle l'aide à chanter les mésaventures amoureuses de Gallus. Celui-ci, torturé par le souvenir de Lycoris, exprime un amour désespéré, qu'il ne pourra jamais oublier.

Citations[modifier | modifier le code]

« Omnia vincit Amor: et nos cedamus Amori »

— Bucoliques, Virgile, églogue X, vers 69

« l'Amour triomphe de tout ; nous aussi, plions devant l'Amour »

— Traduction d'Eugène de Saint-Denis

Phrase prononcée par Gallus, torturé par le souvenir de Lycoris, celle qu'il aime.

Les emprunts dans les Bucoliques[modifier | modifier le code]

La grande partie des emprunts effectués par Virgile concerne les Idylles de Théocrite. Virgile s'en est inspiré en enlevant les allusions grossières présentes, parfois, dans l'œuvre de Théocrite[9]. Le tableau ci-dessous indique tous les emprunts effectués par Virgile dans les Bucoliques [10].

Églogues de Virgile Emprunts effectués
Églogue 1 (éloge à Auguste et expropriations) Emprunts parcellaires aux Idylles de Théocrite
Églogue 2 (Chant amoureux de Corydon à Alexis)  Idylles 3 et 11 (également des chants amoureux)
Églogue 3 (Dispute et chant amébée entre deux bergers) Idylles 5, 8 et 4 (également une dispute suivie d'un chant amébée pour l'idylle 5)
Églogue 4 (Naissance d'un enfant puis Âge d'or) Légers emprunts à Hésiode : Mythe des cinq races et Catulle : poème 64
Églogue 5 (mort et apothéose de Daphnis) Idylles 1 (Les Circonstances de la mort de Daphnis)
Églogue 6 (Silène enchaîné raconte les mythes et la création du monde) Légers emprunts au passim de Lucrèce Livre 5
Églogue 7 (chant amébée de deux bergers) Idylles 8 et 9 (également des chants amébées)
Églogue 8 (Désespoir amoureux puis incantations magiques) Idylle 2 (rituels magiques grecs)
Églogue 9 (Expropriations) Idylle 7 (Rencontre courtoise entre deux bergers)
Églogue 10 (amours malheureuses de Gallus) Idylle 1 (Amour désespéré et douleur de la Nature)

Malgré ces emprunts nombreux l'œuvre de Virgile reste tout à fait inédite et est l'un des exemples les plus marquants de la poésie pastorale dans l'Antiquité[5]. De plus les églogues 4, 6 et l'apothéose de Daphnis, qui sont au centre de l'œuvre, n'ont quasiment pas été empruntées. 

Postérité de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Annonce d'un nouvel âge d'or[modifier | modifier le code]

Une légende médiévale bâtie sur une lecture chrétienne du IVe églogue des Bucoliques annonçant la naissance d'un enfant initiateur d'un nouvel âge d'or. Le Mirabilia Urbis Romae (en), guide de Rome du milieu du XIIe siècle, affirme que la basilique Santa Maria in Aracoeli est construite sur l'emplacement d'un autel portant l'inscription Ara primogeniti Dei (« premier-né de Dieu ») qu'Auguste aurait élevé à l'endroit où la sibylle de Tibur lui prophétisait la venue du Christ.

Influence des Bucoliques[modifier | modifier le code]

Outre le fait que les Bucoliques eurent un certain succès et qu'elles mirent Virgile à un rang très élevé parmi les poètes latins [11]. Les Bucoliques réussirent surtout à traverser les siècles et influencèrent un grand nombre d'auteurs. Ainsi au Ier siècle après J.-C. Némésien et Calpurnius Siculus s'inspirèrent de Virgile et reprirent des personnages des Bucoliques. Au Moyen Âge Virgile fut largement exploité et on fit de cet auteur un prophète annonçant la venue du Christ dans la quatrième églogue. Au XVIe siècle, la poésie pastorale se développa à nouveau, et  les Bucoliques inspirèrent les auteurs comme Jacopo Sannazaro ou Dante Alighieri dans des épitres adressés à Jehan de Virgile. En France, André Chénier publia ses propres Bucoliques s'inspirant du modèle de Virgile. Les églogues de Virgile ont également un certain aspect historique et Carcopino s'y intéressa, notamment en analysant la quatrième églogue. En 2012 et 2013, les Bucoliques sont au programme de latin au baccalauréat français [12] ce qui témoigne de la capacité de l'œuvre à dépasser les siècles.

Traduction de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Ceci est une liste non exhaustive des traductions française de 1510 à 1958[13] :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Encyclopædia Universalis : Corpus 18,‎ 1988, 1280 p., p925
  2. a et b Les neuf premières bucoliques sont apparues en -39 et la dixième en -37
  3. Thèse avancée par Jérôme Carcopino en 1926, critiquée par Danuta Musial, « « Sodalicium Nigidiani » Les pythagoriciens à Rome à la fin de la République », Revue de l'histoire des religions, t. 218, no 3, 2001, p. 350, note 29 lire en ligne
  4. (la) (fr) Virgile, Les Bucoliques, Les Belles Lettres,‎ 2011, 128 p. (ISBN 978-2-218-95336-1), p14
  5. a et b (la) (fr) Virgile, Les Bucoliques, Les Belles Lettres,‎ 2011, 128 p. (ISBN 9782218953361), quatrième de couverture
  6. a et b http://coursdelettres.e-monsite.com/pages/civilisation-latine/la-poesie-latine-cours-de-mr-heuze-3eme-annee-de-licence.html
  7. http://data.bnf.fr/13545585/virgile_bucoliques__4__pollion/
  8. http://www.cosmovisions.com/cometesChrono01.htm
  9. (la) (fr) Virgile, Les Bucoliques, Les Belles Lettres,‎ 2011, 128 p. (ISBN 9782218953361), p. 46
  10. http://www.mediterranees.net/litterature/virgile/bucoliques/emprunts.html
  11. http://agora.qc.ca/Documents/Virgile--Histoire_de_la_litterature_romaine__Virgile_par_Alexis_Pierron
  12.  http://www.education.gouv.fr/cid55803/mene1108039n.html
  13. http://www.mediterranees.net/litterature/virgile/bucoliques/index.html

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Consulter la liste des éditions de cette œuvre
  • Virgile et le mystère de la IVe Églogue de Jérôme Carcopino.
  • Idylles, trad. in Bucoliques grecs, Les Belles Lettres, t. I, 1925.
  • Paul Maury, "Le secret de Virgile et l'architecture des Bucoliques", Lettres d'humanité, tome III, 1944, p. 71-147

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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