Nigidius Figulus

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Publius Nigidius Figulus (vers 98 av. J.-C. - 45 av. J.-C.), le plus grand des savants romains (avec Varron), fut dans la Rome antique, le fondateur du néopythagorisme[1] et une illustre figure de l'ésotérisme romain. Esprit érudit et universel, il s'est illustré comme étruscologue, astrologue, devin, pythagoricien (et maître d'un ordre pythagoricien, le sodalicium Nigidiani)[2], et linguiste. Il fut le premier néopythagoricien, vers 60 av. J.-C., à Rome, en latin, presque en même temps qu'Eudore d'Alexandrie fondait lui aussi le néopythagorisme mais à Alexandrie, en grec, vers 40 av. J.-C. Il fut aussi le premier écrivain astrologue romain.

Cicéron (Timaeus, fragment 1) :

« Cet homme fut à la fois paré de toutes les connaissances dignes d'un homme libre et un chercheur (investigator) vif et attentif pour tout ce que la nature dissimule (quae a natura involutae videntur). Bref, à mon avis, après les illustres pythagoriciens dont l'enseignement s'est de quelque façon éteint après avoir fleuri pendant plusieurs siècles en Italie et en Sicile, il est l'homme qui s'est levé afin de le renouveler. »

Cicéron (Ad Familiares, IV, 13, 3) :

« Publius Nigidius, de tous les hommes le plus savant, le plus probe, jadis très influent, mon intime ami. »

Il ne reste de lui que des fragments, rassemblés par Jan Rutgersius en 1618[3] et par Antonius Swoboda en 1889[4].

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît en Étrurie en 98 av. J.-C. Dans sa jeunesse, il a peut-être été disciple de Varron, plus âgé de 18 ans que lui. Il finit ses études en Grèce. En -78, il se fait disciple du fameux philosophe stoïcien Posidonius, à Rhodes ; Posidonius, grand savant, est célèbre pour sa théorie occulte de la sympathie cosmique et pour sa théorie scientifique des marées. Vers -70, il a sans doute fondé un Ordre pythagoricien à Rome, antérieur à la fameuse basilique pythagoricienne de la Porte majeure (qui date de -50). Selon Suétone, il prédit en -63 qu'Octave sera César : « L'enfant vient de naître et le sénateur Nigidius Figulus lui prédit aussitôt le pouvoir absolu[5] ». Cette même année, il se lie d'amitié avec Cicéron (lors de la conjuration de Catilina), il l'aide à rétablir l'État[6] et avec Caton le Jeune, questeur.

Il suit le cursus honorum classique : Il devient questeur, sénateur, tribun de la plèbe (en -60), puis préteur (magistrat chargé de rendre la justice) en -58[7], légat en Asie en -52Éphèse). Chez l'historien Salluste (plus jeune que lui de 12 ans), il rencontrait des hommes célèbres et lettrés comme Cornelius Nepos, Horace, Messala Corvinus. Nouvelle prédiction, en -50 : selon Lucien, il annonce que Jules César franchira le Rubicon[8]. En -49, lorsque César envahit l'Italie et déclenche la guerre civile, il se range du côté de Pompée, il se trouve sur le champ de bataille de Pharsale en -48. César l'exile en -46. Il meurt en exil, à 53 ans, en -45.

Philosophie néopythagoricienne[modifier | modifier le code]

  • Astrologie[9]: Nigidius admet les décans (trois divisions dans un Signe zodiacal), venus d'Égypte. Il met au point une théorie des domiciles planétaires.
  • Cosmologie. Il explique la série pythagoricienne des planètes (Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune). Il découpe le monde en divers cercles ou parallèles : le premier va de l'Inde à l'Arabie, le sixième comprend Rome[10]. Il affirme connaître la vitesse du mouvement de rotation de la Terre.
  • Étruscologie. Nigidius a étudié et interprété le panthéon étrusque (dieux certains, dieux incertains, dieux principaux ou choisis) et leur science de la divination (par les foudres, les entrailles)
  • Linguistique. Nigidius s'oppose à la thèse de l'origine et de la nature conventionnelle de la langue, en faveur de ce qu'on appelle "la rectitude des noms" : les noms et les mots se composent d'après un instinct occulte et une intention de la nature.
« Selon l'enseignement de Nigidius Figulus dans ses Commentaires grammaticaux, les noms et les mots ne sont point d'un emploi arbitraire, mais se composent d'après un instinct occulte et une intention de la nature... Les mots sont plutôt des signes naturels que des signes fortuits... Quand on prononce vos ["vous", en latin], observe-t-il, on fait un certain mouvement de la bouche, qui s'harmonise avec la signification du mot lui-même : on avance un peu l'extrémité des lèvres, et nous dirigeons ainsi vers nos interlocuteurs notre respiration et notre souffle. Mais, quand nous disons nos ["nous"], au contraire, nous n'extériorisons pas autant notre souffle, et nous ne prononçons point en avançant les lèvres, mais nous retenons, pour ainsi dire, l'un et l'autre au dedans de nous. » (Nigidius Figulus, fragment 41 = Aulu-Gelle, Nuits attiques, XLI, trad. L. Legrand, Publius Nigidius Figulus, philosophe néo-pythagoricien orphique, L’œuvre d'Auteuil, 1931, p. 115).

Il propose diverses étymologies fantaisistes comme frater qui viendrait selon lui de fere alter (un autre soi-même). Pour lui, au génitif, le ton est plus élevé sur la seconde syllabe, tandis qu'au vocatif il est sur la première. Les voyelles a et o seraient toujours initiales ; i et u occuperaient le second rang ; e tantôt la première tantôt la seconde place. Le h n'est pas une lettre, mais un signe d'aspiration.

  • Néopythagorisme. Nigidius place l'unité au début et à la fin : « Tout redevient Éther, toute pluralité revient se perdre dans l'Unité. » Il attribue aux nombres un rôle essentiel.
  • Occultisme. Comme Bolos de Mendès et Poseidonios d'Apamée, Nigidius croit aux sympathies et antipathies : « Là où se montre le pivert on voit aussi le loup » (sympathie), « les chevêches luttent habilement contre les oiseaux » (antipathie)[11].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Titres[modifier | modifier le code]

On doit à Nigidius Figulus ces titres d'œuvres disparues :

  • De animalibus (Des animaux)
  • Augurii privati libri (Sur la prédiction privée)
  • Commentarii grammatici (Commentaires grammaticaux) : linguistique
  • De diis (Des dieux)
  • De extis (Des viscères) : pour la divination, foie, poumons, cœur, fiel et membrane des intestins)
  • De gestu : rhétorique (selon Quintilien, Institution oratoire, XI, 3).
  • De hominum naturalibus (De la nature de l'homme)
  • De somniis (Des songes)
  • Sphaera (Sphaera graecanicae, Sphaera barbaricae) : astrologie
  • De vento (Du vent).

Fragments conservés[modifier | modifier le code]

  • textes (en latin) : Antonius Swoboda, P. Nigidii Figuli operum reliquiae, Prague et Leipzig, 1889 ; rééd. Amsterdam, verlag A. Hakkert, 1964, 143 p.
  • traduction (partielle) : Louis Legrand, Publius Nigidius Figulus. Philosophe néo-pythagoricien orphique, Paris, Éditions de l'œuvre d'Auteuil, 1931, 214 p., p. 97-214.
  • sources : Cicéron (-103/-43), Pro Sulla, Ad Atticum, Epistulae ad Quintum fratrem, Epistulae ad familiares, Timaeus ; Lucain, La Pharsale (65), I, 639-672 ; Pline l'Ancien, Histoire naturelle (vers 70) ; Aulu-Gelle, Nuits attiques (vers 170) : 27 fragments de Nigidius Figulus ; Dion Cassius, Histoire romaine (vers 230), XLV, 1 ; Arnobe, Contre les nations (vers 300), III ; Nonius Marcellus, Abrégé de doctrine. De compendiosa doctrina (IVe siècle) : 36 fragments de Nigidius Figulus.

Études[modifier | modifier le code]

(par ordre alphabétique)

  • Belardi, W., Nigidio Figulo e la teoria stoica della lingua, 1990.
  • Jérôme Carcopino, La basilique pythagoricienne de la Porte majeure, L'Artisan du livre, 1926, p. 196-202.
  • Della Casa, A., Nigidio Figulo, Rome, Ed. dell'Ateneo, 1963. Utilise d'autres sources que Swoboda.
  • De Martino, Marcello, Noctes Atticae, 13, 26 e il presunto ‘equivoco’ di Gellio: riaperto il caso del ‘casus interrogandi’, in Indogermanische Forschungen, 111, 2006 p. 192-226.
  • Dillon, J., The Middle Platonists, Ithaca, Cornell University Press, 1977.
  • Ferrero, L., Storia del Pitagorismo nel mondo romano, Turin, Giappichelli, 1955, p. 290-318.
  • Legrand, Louis, Publius Nigidius Figulus. Philosophe néo-pythagoricien orphique, Éditions de l'œuvre d'Auteuil, 1931, 214 p.
  • Mac Mullen, Enemies of the Roman Order, 1966.
  • Servier, Jean (dir.), Dictionnaire critique de l'ésotérisme, PUF, 1998, p. 916-918.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cicéron, Timaeus, fragment 1.
  2. Dion Cassius, XLV, 1, 3-5. "Sodalicium Nigidiani", Revue de l'histoire des religions, 3, 2001.
  3. Janus Rutgersius, Variae lectiones, Lyon, 1618, p. 246-298.
  4. Antonius Swoboda, P. Nigidii Figuli operum reliquiae, Prague et Leipzig, 1889, rééd. Amsterdam 1964.
  5. Dion Cassius, Histoire romaine (vers 220), XLV, 1, 3-5. Suétone, Vies des douze César (vers 120), II : "Octave Auguste", 94, 5.
  6. Cicéron, Pour Sulla, XIV, 42. Plutarque, Vie de Cicéron, 20 ; Si la politique est l'affaire des vieillards, § 27.)
  7. Cicéron, Lettres à Quintius, fragment I, 2.
  8. Lucain, Pharsale, I, 639 ss.
  9. A. Bouché-Leclercq, L'astrologie grecque (1899), rééd. 1963.
  10. Pline l'Ancien, Histoire naturelle, VI, 33-34.
  11. Plutarque, Questions romaines, XXI. Pline, Histoire naturelle, X, 17, 39.

Bibliographie[modifier | modifier le code]