Stichomythie

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Une stichomythie est une partie de dialogue d'une pièce de théâtre versifiée où se succèdent de courtes répliques, de longueur à peu près égale[1], n'excédant pas un vers, produisant un effet de rapidité, qui contribue au rythme du dialogue. Elle s'oppose ainsi à la tirade.

Les dramaturges grecs ont recours à la stichomythie dans différents contextes et marquent souvent la croissance en intensité des sentiments au cours d'une scène en passant de la tirade à la stichomythie. Sophocle montre ainsi l'exaspération croissante d'Œdipe devant le refus de Tirésias de lui révéler ce qu'il sait (Œdipe roi, scène II). Euripide l'emploie pour montrer l'escalade de la violence dans la confrontation entre Jason et Médée (Médée, scène xxv, vers 1361-1377). Sénèque y a recours de façon assez rhétorique dans ses tragédies, imité par les dramaturges de la Renaissance comme Robert Garnier :

« Nourrice. — Qui meurt pour le pays vit éternellement.
Porcie. — Qui meurt pour des ingrats meurt inutilement[2]. »

Elle apparaît chez les auteurs baroques comme William Shakespeare, qui, dans ses comédies, l'utilise souvent pour mettre en scène le badinage amoureux, auquel elle donne une grande légèreté mais aussi une certaine tension ironique (les dialogues entre Biron et Rosalind dans Peines d'amour perdues, entre Katarina et Petruchio dans La Mégère apprivoisée). Dans les tragédies et les pièces historiques, Shakespeare s'inspire parfois de la stichomythie antique, notamment dans le célèbre passage du cortège funèbre de Richard III où le procédé, tout en demeurant assez rhétorique, donne une intensité particulière à la confrontation entre Anne et l'assassin de son mari (acte I, scène ii). Dans Hamlet, la stichomythie apparaît très naturellement dans les dialogues où le prince joue la déraison en imitant de façon bouffonne les phrases de son interlocuteur (acte III, scène iv).

Le théâtre classique français en contient de nombreux exemples. Dans la fameuse scène de confrontation entre le vieux Don Diègue, père du Cid, et le père de Chimène, jaloux de la promotion qui vient d'être accordée à son rival, la montée de la violence se traduit par un passage de stichomythie qui précède la gifle finale :

« Le comte. — Ce que je méritais, vous l’avez emporté.
Don Diègue. — Qui l’a gagné sur vous l’avait mieux mérité.
Le comte. — Qui peut mieux l’exercer en est bien le plus digne.
Don Diègue. — En être refusé n’en est pas un bon signe[3]. »

C'est un procédé assez employé chez Beaumarchais (voir Le Mariage de Figaro). Bien que le théâtre moderne ne soit plus écrit en vers, on retrouve des formes de dialogue rapide qui évoquent la stichomythie chez des auteurs comme Samuel Beckett (En attendant Godot).

Le théâtre de l'absurde de Jean Genet recèle de nombreuses stichomythies, notamment dans le dénouement des Bonnes, où elles permettent de mettre en exergue l'absurdité de la mort de Claire :

« Solange, hésitant. — Mais...
Claire. — Je dis ! mon tilleul.
Solange. — Mais, Madame...
Claire. — Bien. Continue.
Solange. — Mais, Madame, il est froid.
Claire. — Je le boirai quand même. Donne. »

Les stichomythies peuvent également être de courtes phrases en fin de "disputes quand le dialogue ne suffit plus. Dans ce cas, ils peuvent être suivis d'un duel.

" Le comte. - Ne le méritait pas,moi?
Don Diègue. - Vous.
Le comte. - Ton impudence*,

Téméraire vieillard, aura sa récompense. (Il lui donne un soufflet**)



  • Impudence: insolence, absence de honte
    • Soufflet: gifle qui déclare souvent un duel.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La Dramaturgie classique en France, Jacques Scherer, Libraire Nizet, 1973. Appendice I, « Quelques définitions ».
  2. Robert Garnier (1545?-1590), « Porcie » acte II
  3. Pierre Corneille, Le Cid, acte I, scène iii