Caius Cornelius Gallus

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Gallus, en latin Caius Cornelius Gallus (né en 69 av. J.-C. à Forum Livii, en Italie, ou à Forum Julii, mort en 26 av. J.-C.), est un homme politique, premier préfet d'Égypte, et un poète romain connu pour avoir introduit le genre de l'élégie à Rome[1], dont l'œuvre est presque intégralement perdue.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sources sur la carrière publique de Gallus[modifier | modifier le code]

Les deux inscriptions connues étaient inaccessibles aux contemporains d'Auguste : l'inscription de l'obélisque Vatican était inscrite en lettres de bronze fixées par des tenons dans son socle. Elles furent probablement arrachées lors de la condamnation de Gallus. C'est par l'étude des traces de ces tenons que l'épigraphiste italien Magi a pu lire cette inscription, plus de dix-neuf siècles plus tard. Les traces en ont été recouvertes par la suite par une nouvelle inscription de Caligula. La deuxième inscription, provenant de Philae, avait été retirée de sa place originelle, coupée en deux dans le sens de sa longueur, les deux morceaux réutilisés dans le dallage du temple d'Isis en l'an 13 (sous la préfecture de Publius Rubrius Barbarus)[2].

Les références littéraires contemporaines sur la carrière de Gallus sont inexistantes à une seule exception : Strabon (en XVII 53) mentionne son expédition à Hermopolis et en Thébaïde, mais se tait sur les événements ultérieurs. Les premiers littérateurs évoquant Gallus sont Suétone et Dion Cassius, puis viennent Plutarque, Jérôme et enfin Ammien Marcellin. Gallus échappa à l'oubli grâce aux écrits de son ami Virgile et aussi à Ovide, pour ses œuvres poétiques.

Première mention[modifier | modifier le code]

Caius Cornélius Gallus naît à Forum Julii, l'actuelle Fréjus, dans un milieu modeste. Il fait ses premiers pas dans la carrière militaire et politique auprès de Pollion, qui le cite comme son ami dans une lettre à Cicéron, en 41 av. J.-C. Les sources sont muettes sur l'évolution de sa carrière durant près de dix ans[3].

Gallus ami d'Octavien César[modifier | modifier le code]

Au lendemain de la bataille d'Actium (2 septembre de l'an 31 av. J.-C.), Octavien César (le futur Auguste) conduit l'offensive vers l'Égypte à partir de la côte syrienne. Il délègue à Gallus la branche occidentale de son dispositif : ce dernier doit rejoindre l'Égypte à partir de la côte de Cyrénaïque. Il rallie aux forces d'Octavien un des généraux de Marc-Antoine, Pinarius Scarpus et ses quatre légions. La prise de Pareatonium (Marsa Matrouk) prive Marc-Antoine d'une issue occidentale sur la mer. Gallus garde ce port malgré une contre-attaque de l'armée d'Antoine[4]. Il gagne Alexandrie, où il défait l'armée de l'ancien triumvir devant Pharos[5].

Alors que Cléopâtre se réfugie dans son tombeau, après la mort d'Antoine, Gallus se voit confier une diversion : il parlemente avec la reine vaincue pendant que Procelius investit son refuge[6]. Après la mort de la reine, Gallus effectue une tournée de pacification vers Hermopolis et Tanis[7],[8]. Il mène ensuite une expédition en Thébaïde et en Nubie pour garantir la frontière sud de la conquête romaine au niveau de la première cataracte[9].

L'Imperator Octavien ne peut pas permettre aux sénateurs de Rome de mettre la main sur l'Égypte : c'est une position de repli stratégique, riche, d'où il prélève un important tribut et enfin une importante réserve d'hommes, c'est-à-dire de soldats. Il confie à Gallus un poste créé de toutes pièces : le préfet d'Égypte est le délégué personnel de l'Empereur pour Alexandrie et pour l'Égypte[10]. C'est un chevalier romain muni de l'imperium (pouvoir de commandement suprême), avec rang proconsulaire. Ce dignitaire a rang de roi[11].

Disgrâce et suicide de Gallus[modifier | modifier le code]

Gallus revient à Rome entre 29 et 27 av. J.-C.. Nous ne connaissons pas les conditions de son retour ni les raisons qui le poussent à protéger un certain Caecilius Epirota, après la disgrâce de celui-ci[12]. À son tour, Gallus est accusé par l'un de ses anciens compagnons et confidents, Valerius Largus[13]. Cette dénonciation amorce une succession d'accusations et de condamnations par le Sénat. Cette assemblée confisque tous ses biens et, par habileté politique, les attribue à Auguste[14]. Ce dernier ne le soutient pas. Gallus est exclu de l'ordre équestre et de la maison d'Auguste. Il est interdit de séjour dans toutes les provinces impériales[15].

Finalement, Gallus se suicide à l'épée[16]. Seul Proculeius, intime d'Auguste, ose publiquement se plaindre du sort de son ami. Les historiens ont émis l'hypothèse que le nom et la carrière de Gallus auraient été frappés d'une damnatio memoriae, qui expliquerait le silence des auteurs augustéens et la quasi absence d'inscriptions à son sujet[17].

Œuvre littéraire[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Gallus est perdue, à l'exception de possibles citations chez d'autres poètes latins, et d'un fragment de huit vers[1] retrouvé sur un papyrus découvert en 1978 à Qasr Ibrim, en Haute-Égypte[18]. Gallus est le premier poète à répandre le genre de l'élégie à Rome. À ce titre, Gallus semble avoir exercé une grande influence sur les poètes de son temps, les poetae novi, qui se réfèrent parfois à lui dans leurs poèmes. Gallus avait fréquenté le poète Parthénios de Nicée, qui a laissé de nombreux poèmes amoureux dont quelques élégies, mais Gallus est le premier à en composer des recueils entiers[1]. Gallus avait pris pour modèle le poète grec Euphorion de Chalcis, réputé pour son obscurité. Il aurait ainsi composé quatre livres d'élégies[1]. Selon Quintilien, le style de Gallus était « assez rude » (durior)[19].

Dans ses élégies, Gallus célèbre une actrice nommée Lycoris. Lycoris avait été l'esclave de Volumnius Eutrapelus, un ami de Cicéron, qui l'avait affranchie et lui avait donné selon la coutume le nom de Volumnia, que Gallus lui donne parfois dans ses poèmes[1]. Il l'évoque aussi parfois sous le nom de Cythéris, son nom de scène[1]. Lycoris avait été la maîtresse d'Antoine avant de s'éprendre de Gallus. Selon la dixième Bucolique de Virgile, Lycoris finit par quitter Gallus pour un officier romain[20].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Fredouille et Zehnacker (1993), p.184-185
  2. Boucher pages 38 et 39.
  3. « Il disparaît entièrement de nos sources historiques pour se détacher au bout de neuf ans dans tout l'éclat de sa puissance ». Ronald Syme La révolution romaine Gallimard (pour la version française) 1967 page 242.
  4. Dion Cassius LI, 9.
  5. Orose VI 19, 15.
  6. Plutarque Antoine LXXXIX
  7. Strabon XVII, 53.
  8. Jusqu'à cette date, Gallus porte le simple titre de praefectus fabrum : intendant aux armées. L'obélisque vatican, alors placé dans Alexandrie, portait alors l'inscription IUSSU IMP CAESARIS DIUI F / C CORNELIUS CN F GALLUS / PRAEF FABR CAESARIS DIUI F / FORUM IULIUM FECIT Sur ordre de l'Empereur César, fils du divin (Jules César), Caius Cornelius Gallus, fils de Cnaeius, Intendant des armées de César fils du divin (César), a (dressé cet obélisque) sur le forum julien.
  9. Inscription de Philae : ILS 8995.
  10. Le titre officiel est en latin Praefectus Alexandriae et Aegypti.
  11. Strabon XVII 12.
  12. Boucher, page 51.
  13. Dion Cassius LIII 23.
  14. Boucher, page 55.
  15. Boucher, pages 53 et 54.
  16. stricto incubit ferro : Ammien Marcellin XVII, 4, 5.
  17. Boucher, pages 56 et 57.
  18. Fabre-Serris (1998), p.104.
  19. Institution oratoire, X, 1, 93.
  20. Bucolique X, en particulier v.21-23.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]