Bal Nègre

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Bal Nègre
Image illustrative de l'article Bal Nègre
Présentation
Date de construction 1800
Propriétaire Privé
Destination actuelle Cabaret
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Localité Paris
Localisation
Coordonnées 48° 50′ 34″ N 2° 18′ 22″ E / 48.842715, 2.30613648° 50′ 34″ Nord 2° 18′ 22″ Est / 48.842715, 2.306136  

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Bal Nègre

Le Bal Nègre est un célèbre cabaret dansant du Paris des Années folles, créé en 1924 par Jean Rézard des Wouves[1].

Historique[modifier | modifier le code]

Dans le sillage de l'aventure artistique de La Ruche, toute proche, le « Bal Nègre » acquiert dans les années 20 une grande célébrité auprès du Paris bohème et du Tout-Paris et devient l’un des hauts-lieux du Montparnasse des Années folles.

En 1924, Jean Rézard des Wouves, candidat antillais à la députation, installe son QG de campagne au 33, rue Blomet, dans le 15e arrondissement de Paris, près de Montparnasse. Cette ancienne ferme du XIXe siècle, reconvertie alors en commerce de vins puis en cabaret, existe toujours.

Pour attirer et retenir le maigre auditoire à ses meetings politiques, Jean Rézard, meilleur musicien qu'orateur, se met au piano et joue avec grand succès la musique de ses origines afro-américaines. La génération des Années folles est alors avide de distractions sur fond de musique et rêve d'un monde nouveau en réaction aux souffrances de la Grande Guerre. On se passionne frénétiquement pour les cultures inédites et les nouvelles esthétiques comme le Surréalisme, Dada, le Jazz ou l'art nègre qui culmine avec l'Exposition coloniale de 1931.

Les réunions électorales de la rue Blomet se transforment spontanément en soirées musicales et dansantes et deviennent permanentes. Plus doué pour le spectacle, Jean Rézard renonce à la politique et institue avec la bénédiction du propriétaire, un Auvergnat dénommé Jouve, un bal régulier. Ce dernier rebaptise son établissement « Le Bal Colonial » ouvert les mardis, jeudis, samedis et dimanches. Robert Desnos, qui habite quelques mètres plus loin dans les ateliers d'artistes du 45 rue Blomet lui préfère le nom passé à la postérité de « Bal Nègre » et en assure la promotion dans un article publié dans Comoedia:

"Dans l’un des plus romantiques quartiers de Paris, où chaque porte cochère dissimule un jardin et des tonnelles, un bal oriental s’est installé. Un véritable bal nègre où tout est nègre, les musiciens comme les danseurs : et où l’on peut passer, le samedi et le dimanche une soirée très loin de l’atmosphère parisienne parmi les pétulantes Martiniquaises et les rêveuses Guadeloupéennes. C’est au 33 de la rue Blomet, dans une grande salle attenante au bureau de tabac Jouve, salle où, depuis bientôt un demi-siècle, les noces succèdent aux réunions électorales."

"Cette période, raconte Ernest Léardée, futur roi de la Biguine qui succède à Jean Rezard, est probablement la plus folle que j'ai vécue. Ce bal était le point d'attraction de la capitale... et pas un étranger ne quittait Paris sans être venu passer au moins une soirée dans ce lieu inhabituel". C'est en effet par autocars entiers que les touristes affluent, obligeant Léardée et Jouve à instituer un véritable et incessant roulement entre les groupes de touristes et les attractions. L’adresse était devenue si célèbre à Paris qu’il suffisait de dire « 33 … » au chauffeur de taxi pour qu’il ajoute « … rue Blomet ».

Les artistes des années folles fréquentent assidument le Bal Nègre pour jouir de l’ambiance exotique: on y croise Joséphine Baker, Maurice Chevalier, Mistinguett, Foujita, Kiki de Montparnasse accompagnée de Man Ray ou Alexander Calder. Les écrivains Henry Miller, Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald s'y retrouvent, de même que Jean Cocteau, Paul Morand ou Raymond Queneau. Les peintres Joan Miró, André Masson, Francis Picabia, Jules Pascin, Moise Kisling et Kees van Dongen accompagnent Robert Desnos et leurs amis surréalistes. Le Prince de Galles, futur Edouard VII s'échappe d'une cérémonie officielle pour s'y encanailler et offre de généreux pourboires aux musiciens. La clarinette et le saxophone de Sidney Bechet retentissent dans la salle de bal qui accueille les personnalités qui feront plus tard la légende des cafés et des caves de Saint Germain des Prés: Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, Boris Vian, Albert Camus, Jacques Prévert, Mouloudji. Maurice Merleau-Ponty y courtise Juliette Gréco.

Dans La Force de l’âge, publié en 1960, Simone de Beauvoir décrit ainsi les soirées : "Le dimanche soir, on délaissait les amères élégances du scepticisme, on s’exaltait sur la splendide animalité des Noirs de la rue Blomet. […] À cette époque [fin des années trente], très peu de Blanches se mêlaient à la foule noire; moins encore se risquaient sur la piste: face aux souples Africains, aux Antillais frémissants, leur raideur était affligeante ; si elles tentaient de s’en départir, elles se mettaient à ressembler à des hystériques en transe. […] le bruit, la fumée, les vapeurs de l’alcool, les rythmes violents de l’orchestre m’engourdissaient ; à travers cette brume je voyais passer de beaux visages heureux."

En 1928, un célèbre fait divers défraie la chronique. Jane Weiler, fille d'un riche industriel, tue son mari au retour d'une nuit qu'ils avaient passée à ce bal. La presse ne manque pas de s'emparer de cette affaire pour stigmatiser la vie de plaisir facile menée par les mondains et la haute société bourgeoise. Lors du procès de Mme Weiler, le journal Détective imprime la manchette suivante : "Du Bal Nègre aux assises".

Lieu de fête sans fin, c’est au Bal nègre qu’en 1929 est organisée la soirée mémorable de la « Fête Ubu »: "Là [au Bal Nègre], Montparnasse s'initiait à la biguine. Robert Desnos habitait la maison voisine. Un article dans Comoedia avait lancé cet établissement. Youki parut au Bal Ubu déguisée en reine, avec une robe à traine et de longues nattes blondes. Kiki menait la danse, infatigable et débraillée. Le peintre Foujita était déguisé en fille publique. Un tonneau avait été mis en perce et le champagne se distribuait par bouteilles; c'était au printemps 1929".

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’occupant interdit les activités du Bal Nègre, qui reprennent entre 1945 et 1962 avec d'autres orchestres, mais sans retrouver ni l’aura, ni le succès d’antan. Redevenu simple café jusqu'en 1989, cet établissement devient alors un club de Jazz, sous le nom de Saint-Louis Blues, puis ferme ses portes en 2006.

Le Bal Nègre a aussi inspiré de nombreux artistes, le peintre Kees Van Dongen (“Joséphine Baker au Bal Nègre”), Francis Picabia (“Bal Nègre”), le dessinateur Paul Colin ou les photographes Brassai et Elliot Herwitt. Le cinéaste Jean Grémillon, dans son film La Petite Lise (1930), met en scène le Bal Nègre avec ses musiciens et ses danseurs dans leur propre rôle. En 1954, Jacques Becker y filme Jean Gabin et Jeanne Moreau dans Touchez pas au grisbi.

Un temps menacé de disparition, un ambitieux projet de réhabilitation architecturale et mémorielle est mis en oeuvre. Il doit permettre au Bal Nègre de renaitre et retrouver l'esprit de sa grande époque.


Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le Bal nègre de la rue Blomet". Résumé d'un article de Dimitri Vicheney in Bull. Soc. hist. & arch. du XVème arrondt de Paris – n° 4

Lien externe[modifier | modifier le code]

De nombreux détails sur l'histoire du Bal Nègre ou "Bal colonial de la rue Blomet" sont donnés par le compositeur et chef d'orchestre martiniquais Ernest Léardée (1896-1988) dans son autobiographie "La Biguine de l'Oncle Ben's" (Jean-Pierre Meunier et Brigitte Léardée) parue en 1989 aux Éditions Caribéennes.

Voir aussi:

  • "La Vie quotidienne à Montparnasse à la grand époque 1905-1930" (Jean-Paul Crespelle) publié chez Hachette.
  • Le Bal Nègre de la rue Blomet, peintures et photos
  • Le Journal des Arts: "La future renaissance du Bal Nègre"

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