Bougnat

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Icône de paronymie Cet article possède des paronymes ; voir : Bunia et Bougna.

Un bougnat est un immigrant installé à Paris, originaire du Massif central et plus précisément de l'Aubrac, de la Viadène, des Monts du Cantal, de la Planèze et de la vallée du Lot. Après avoir exercé la profession de porteur d'eau (pour les bains) au XIXe siècle, les immigrants de ces hautes terres vont s'orienter progressivement dans le commerce du bois et du charbon (livré à domicile) ainsi que dans les débits de boisson (vin, limonade). Cette reconversion se fit sous le Second Empire, quand le réseau d'alimentation en eau de la capitale commença à desservir les étages des immeubles[1].

Les Parisiens les appellent bougnats à partir de cette époque. Le mot viendrait de l'association de charbonnier et Auvergnat[2] (charbouniat). L’origine de l’alliance si durable entre l’Auvergnat et le charbon est peut-être la vente à Paris du charbon de Brassac-les-Mines[3]. Durs au travail et formant une communauté très soudée, beaucoup d'entre eux connaîtront de belles réussites. Aujourd'hui, même si beaucoup de cafés parisiens ont changé de main, la communauté des cafetiers aveyronnais est toujours bien présente et conserve une certaine aisance financière, bien illustrée dans le film XXL (avec Gérard Depardieu), dans lequel le réalisateur trace un parallèle intéressant avec la communauté juive du quartier du Sentier qui lui ressemble à bien des égards.

Le terme a fini par désigner les cafés parisiens tenus par des bougnats, à la fois débits de boisson et fournisseurs de charbon. Ils étaient installés surtout dans les quartiers populaires et portaient souvent l'inscription : « Vins et charbons ». Le mari livrait le charbon, tandis que son épouse servait les clients. Certains ont complété leur activité par la restauration et l'hôtellerie. L'apogée des bougnats se situe dans la première moitié du XXe siècle.

Il existe encore au moins un bougnat à Paris, rue Émile-Lepeu dans le 11e[4].

Bougnats célèbres[modifier | modifier le code]

Le prototype du bougnat qui a réussi est sans doute Marcellin Cazes. Né à Laguiole (Aveyron) en 1888, il est d'abord commis chez un bougnat, avant d'ouvrir son propre établissement, d'abord dans le 11e, puis aux Halles. En 1920, il fait l'acquisition d'un établissement déjà réputé, la brasserie Lipp, et en 1931 du Balzar, rue des Écoles. En 1935, il crée un prix littéraire, le prix Cazes, qui est encore décerné chaque année.

On peut citer encore Paul Boubal (1908-1988), autre Aveyronnais de Sainte-Eulalie-d'Olt, patron du café de Flore, qu'il avait racheté en 1939 et qu'il dirigea jusqu'en 1983. Ses parents étaient déjà établis rue Ordener, dans le 18e[5].

Plus récemment, un autre Aveyronnais des environs de Laguiole, fils de paysans modestes, Gilbert Costes, a connu une réussite brillante et se trouve, avec sa famille, à la tête d'une quarantaine d'établissements parisiens. En 1999, il devient même président du tribunal de commerce de Paris. S'il ne s'agit plus d'un bougnat au sens propre, il s'inscrit cependant clairement dans cette tradition, ne serait-ce que par le côté familial de l'entreprise[6].

Le bougnat dans la littérature et les arts[modifier | modifier le code]

Le bougnat apparaît dans les chansons de Georges Brassens (Brave Margot) et de Jacques Brel (Mathilde : « Bougnat, apporte-nous du vin, celui des noces et des festins »).

Dans la littérature, on trouve le bougnat chez des auteurs comme Cendrars ou surtout Marcel Aymé, qui en fait le héros de sa nouvelle[7] « Le mariage de César ». Des écrivains moins connus, comme Joseph Bialot[8] ou Marc Tardieu[9] en font le centre de leur œuvre.

Dans Le Bouclier arverne, 11e album des aventures d'Astérix, par Goscinny et Uderzo, la ville de Gergovie est remplie de boutiques de "vins et charbons", en référence à ces bougnats.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Laurent Wirth, Un équilibre perdu : évolution démographique, économique et sociale du monde paysan dans le Cantal au XIXe siècle, Clermont-Ferrand, Institut d'études du Massif central, 1996, p. 209. (ISBN 2-87741-073-0) Consultable en ligne.
  2. Selon Laurent Wirth, loc. cit., citant lui-même Les Auvergnats de Paris, hier et aujourd'hui, Ligue auvergnate et du Massif central, 1987, p. 27, le mot viendrait du cri que poussaient les livreurs de charbon : de carbou n'ia.
  3. Les Auvergnats de Paris
  4. L'un des derniers bougnats.
  5. Cf. l'ouvrage de son petit-fils Christophe Durand, sous le nom de Christophe Boubal : Christophe Boubal, Café de Flore : L'esprit d'un siècle, Fernand Lanore, coll. « Littératures »,‎ 2004, 204 p. (ISBN 2-85157-251-2)
  6. « Gilbert Costes, le comptoir à la barre », Le Nouvel Économiste, n° 1231, 2003.
  7. La nouvelle débute ainsi : « Il y avait à Montmartre un bougnat vertueux qui s'appelait César. Il tenait boutique de vins et charbons à l'enseigne des Enfants du Massif
  8. Joseph Bialot, Le Royal-bougnat (coll. Série noire, no 2239), Paris, Gallimard, 1990. (ISBN 2-07-049239-7)
  9. Marc Tardieu, Le Bougnat, Monaco, Éd. du Rocher, 2000, 210 p. (ISBN 2-268-03484-4). Cf. aussi du même auteur, Les Auvergnats de Paris, Paris, Le Grand Livre du mois, 2001, 177 p. (ISBN 2-7028-4757-9)

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