Yamato (cuirassé)

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Yamato (大和)
Image illustrative de l'article Yamato (cuirassé)
Le Yamato pendant ses essais en 1941.

Type Cuirassé
Histoire
A servi dans Naval Ensign of Japan.svg Marine impériale japonaise
Commandé Mars 1937
Quille posée 4 novembre 1937
Lancement
Armé
Statut coulé le
Équipage
Équipage 2 750 hommes
Caractéristiques techniques
Longueur 263 mètres hors-tout

256 mètres à la ligne de flottaison

Maître-bau 38.90 m hors-tout

36.91 m à la ligne flottaison

Tirant d'eau 10.86 m en ordre de combat
Déplacement 65 027 tonnes (à vide, dont 21 266 tonnes de blindage); 71 110 tonnes en ordre de combat
Port en lourd 72 809 tonnes
Propulsion 12 chaudières Kanpon, 4 turbines à vapeur,
Puissance 150 000 ch (110 MW) (estimation)

167 310 ch aux essais en 1942 45 000 ch en marche arrière

Vitesse 27 nœuds
Caractéristiques militaires
Blindage 650 mm en tourelles
409 mm en ceinture
198 mm au pont
Armement En 1941 :
  • 9 canons de 460 mm (montés en trois tourelles triples)
  • 12 canons de 155 mm (montés en quatre tourelles triples)
  • 12 canons anti-aériens de 127 mm (6 tourelles doubles)
  • 24 canons anti-aériens de 25 mm
  • 8 canons anti-aériens de 13 mm.

En 1945, deux tourelles de 155 mm, ainsi que tous les canons de 13 mm, avaient été démontées pour renforcer l'armement anti-aérien, qui se montait alors à 24 pièces de 127 mm (12 tourelles doubles) et 146 pièces de 25 mm (voir image en bas).

Rayon d'action 11 500 km à 16 nœuds (30 km/h)
Aéronefs 7 appareils

Le Yamato (大和?) était le navire principal de la classe de cuirassés Yamato de la Marine impériale japonaise lors de la Seconde Guerre Mondiale. Lui et son sister-ship, le Musashi, étaient les cuirassés les plus lourds et les plus puissamment armés jamais construits, déplaçant 72 800 tonnes à pleine charge avec neuf canons Type 94 d'un calibre de 460 mm. Aucun des deux navires n'a survécu à la Seconde Guerre mondiale.

Nommé d'après la Province de Yamato, le Yamato a été conçu pour contrer les cuirassés présents en plus grand nombre dans la flotte des États-Unis qui est le rival principal du Japon dans le Pacifique.

Sa quille fut posée en et il fut armé une semaine après l'attaque de Pearl Harbor à la fin de l'année . Durant l'année , il a servi en tant que vaisseau amiral de la Flotte combinée et en l'Amiral Isoroku Yamamoto a dirigé la flotte de son pont pendant la Bataille de Midway, qui fut une défaite désastreuse pour le Japon. Le Musashi a remplacé le Yamato comme le vaisseau amiral de Flotte Combiné au début de et le Yamato a passé le reste de l'année et une grande partie de 1944 en se déplaçant entre les bases navales japonaises de Truk et Kure en réponse aux menaces américaines. Bien que présent lors de la bataille de la mer des Philippines en , il n'a pas joué de rôle dans la bataille.

L'unique fois où le Yamato a tiré avec ses canons principaux contre une cible ennemie fut en , quand il fut envoyé pour engager des forces américaines qui envahissaient les Philippines lors de la Bataille du golfe de Leyte. Alors qu'il était proche d'une victoire, le commandement japonais fit faire demi-tour à la flotte japonaise car il croyait être engagé par une flotte entière de porte-avions alors qu'il n'était confronté qu'à un groupe de porte-avions légers qui était tout ce qui s'interposait entre le cuirassé et les vulnérables transports de troupe américains.

Durant l'année , l'équilibre des puissances navales présentes dans le Pacifique se retourna de manière décisive contre le Japon, et au début de 1945, sa flotte était très épuisée et mal ravitaillée en raison des pénuries de carburant qui frappaient le Japon. Dans une tentative désespérée pour ralentir l'avance alliée, le Yamato a été envoyé en , pour une mission sans retour, avec l'ordre de s'échouer volontairement sur la plage d'Okinawa et d'y combattre jusqu'à sa destruction afin de protéger l'île. La force opérationnelle a été repérée au sud de Kyūshū par des sous-marins américains et des avions, et le , le Yamato fut coulé par des bombardiers et des torpilleurs américains, entraînant la perte de la plupart des membres d'équipage.

Conception et construction[modifier | modifier le code]

Le Yamato encore en construction à Kure, le 20 septembre 1941.
Article principal : Classe Yamato.

Pendant les années 1930, le gouvernement japonais a adopté un militantisme ultranationaliste en vue d'élargir considérablement l'empire japonais[1]. Le Japon se retira de la Société des Nations en 1934, renonça à ses obligations conventionnelles [2]. Après le retrait du Traité naval de Washington, qui limitait la taille et la puissance des navires de guerre, la marine impériale japonaise a commencé la conception de la nouvelle classe des cuirassés lourds Yamato. Les concepteurs ont reconnu que le Japon serait incapable de rivaliser avec les chantiers navals des États-Unis en cas de guerre, de sorte que des navires de 70 000 tonnes [3],[4] de la Classe Yamato furent conçus pour attaquer plusieurs cuirassés ennemis en même temps [5],[6].Le Yamato est le premier navire de la classe[7], dont la quille fut posée à l'arsenal naval de Kure , à Hiroshima, le , dans un chantier naval qui a dû être adapté pour recevoir son énorme coque [8],[9]. Le quai fut approfondi d'un mètre, et les portiques capables de soulever jusqu'à 350 tonnes ont été installés[8],[10]. Le projet fut gardé secret tout au long de la construction[8], un auvent fut même érigé sur une partie de la cale pour cacher le navire[11]. Le Yamato fut armé le , avec le capitaine Miyazato Shutoku (plus tard devenu Vice-Amiral) aux commandes [12], et un grand effort fut déployé au Japon pour s'assurer que ces navires fussent construits dans le plus grand secret dans le but d'empêcher les personnels du renseignement américain d'en connaitre l'existence et les caractéristiques[8].

Armement[modifier | modifier le code]

L'armement anti-aérien de 127 mm/40 Type 89.

La batterie principale du Yamato se composait de neuf canons canons de Type 94 d'un calibre de 46 cm. C'est le plus gros calibre de l'artillerie navale jamais monté sur un navire de guerre[13], bien que ses obus ne sont pas aussi lourds que ceux tirés par les canons britanniques Mk1 de 18 pouces (en) de la Première Guerre Mondiale. Chaque canon mesurait 21,13 mètres de long, pesait 147,3 tonnes, et fut capable de tirer des obus explosifs ou perforants à une distance de 42 kilomètres[8]. Sa batterie secondaire comprend douze canons de 155 millimètres (en) montés dans quatre tourelles triples (un à la proue, un à la poupe, deux au milieu du navire), et douze canons de 127 millimètres (en) montés dans six tourelles double (trois de chaque côté au milieu du bateau). Ces tourelles avaient été débarqués des croiseurs de classe Mogami lorsque ces navires ont été convertis pour un armement principal composé de canons de 20 cm (en). De plus, le Yamato transportait vingt-quatre canons anti-aériens de 25 millimètres, montés principalement au centre du bateau[13].

Lorsqu'il fut réaménagé, pour des missions navales, en 1944 et 1945, dans le Pacifique Sud[14], la configuration de la batterie secondaire fut changée pour six canons de 155 millimètres en deux tourelles triples, plus vingt-quatre canons de 127 millimètres en douze affuts jumelés 127mm/40 Type 89 et un nombre de canons anti-aériens de 25 millimètres augmenté à 162[15].

Blindage[modifier | modifier le code]

Dessin de la ligne du Yamato comme il apparaissait en 1945.

Le blindage des parois était incliné de 20° vers l'intérieur et devenait interne dans sa partie inférieure où il se raccordait à la contre-carène. La ceinture était constituée de plaques de 410 mm d'épaisseur dans la partie haute, se réduisant néanmoins à 200 mm plus bas et enfin à 80 mm au niveau des tôles du fond. Dans la section des soutes à munitions, le blindage atteignait 250 mm pour la partie basse et au lieu de descendre vers le fond, se recourbait horizontalement en protégeant ainsi également le bas des soutes, avec 76 mm dans la partie centrale et 51 mm pour les bords de raccordement. Quant au pont il avait, hors réduit, des plaques de 35 à 50 mm. Dans le réduit, le pont de protection atteignait au centre 200 mm et 230 mm dans les deux parties latérales inclinées[16].

Service[modifier | modifier le code]

Essais en mer et opérations[modifier | modifier le code]

Le Yamato pendant les essais en mer en .

En octobre ou novembre 1941, le Yamato effectua des essais en mer, pour atteindre sa vitesse maximale de 27,4 nœuds (50,7 km/h)[12],[n 1]. Alors que la guerre menaçait, priorité a été donnée à l'accélération de la construction militaire. Le , le cuirassé a été officiellement mis en service à Kure avec un mois d'avance, lors d'une cérémonie plus austère que d'habitude car les Japonais avaient encore l'intention de dissimuler les caractéristiques du navire[12]. Le même jour, sous le commandement du capitaine (devenu plus vice-amiral) Gihachi Takayanagi, le Yamato a rejoint les cuirassés Nagato et Mutsu dans la 1re Division de croiseurs[17].

Le , le Yamato est devenu le vaisseau amiral d' Isoroku Yamamoto de la Flotte combinée[12],[18]. Yamamoto, vétéran de la victoire écrasante du Japon sur la Russie lors de la Bataille de Tsushima durant la guerre russo-japonaise, le vainqueur l'attaque de Pearl Harbor prévoyait un engagement décisif avec la marine des États-Unis à l'île de Midway. Après avoir participé à des simulations militaires, le Yamato quitta la baie de Hiroshima le pour rejoindre le groupe principal de cuirassés[12],[19].

La bataille de Midway devait tourner au désastre pour les Japonais qui perdirent non seulement quatre porte-avions et plus de trois cents avions, mais aussi un grand nombre de leurs pilotes les plus expérimentés.

Yamamoto dirigeait la bataille depuis la passerelle du Yamato et il ne put que constater que son plan de bataille complexe (comprenant une diversion sur les îles Aléoutiennes) avait abouti à une catastrophique dispersion des forces du Soleil Levant, là où les américains, bien renseignés par leurs décrypteurs, avaient au contraire su concentrer les leurs. Midway fut une bataille entièrement aéronavale, les deux flottes étant séparées par plus de 100 milles nautiques, et le Yamato ne pouvait y jouer aucun rôle.

La mort dans l'âme, Yamamoto annula l'opération et sa flotte de cuirassés se replia sans avoir combattu vers Hashirajima, puis l'arsenal de Kure.

Il appareilla le 17 août 1942 pour l'île de Truk, non sans avoir été repéré par le sous-marin USS Flying fish qui lui décocha une salve de 4 torpilles, qui toutes manquèrent leur but. Arrivé dans le lagon de Truk en fin de soirée, il devait y rester durant toute la campagne de Guadalcanal, quasiment inactif faute d'obus de 460 mm adaptés aux bombardement des côtes. L'état major hésitait à le risquer près des côtes de Guadalcanal à cause de cartes imprécises et de sa consommation prohibitive de mazout.

Yamamoto transféra sa marque de commandement sur le Musashi, et le Yamato resta inactif à Truk jusqu'au 8 mai 1943, plaisamment surnommé "l' Hôtel Yamato" par les équipages des croiseurs et des destroyers.

Retourné à l'arsenal de Kure, puis dans la mer intérieure du Japon, il passa au bassin de radoub et reçut diverses améliorations , notamment une grande quantité de tourelles antiaériennes.

Le 16 août, il était de retour à Truk où il fut incorporé à une vaste force comprenant le cuirassé Nagato et de nombreux autres croiseurs et destroyers. Cette flotte appareilla fin septembre, cherchant le contact avec la Task Force 15 américaine, que les services de renseignement japonais pensaient destinée à l'invasion de l'île de Wake.

L'interception ne s'étant pas produite, la flotte rentra à Truk le 26 octobre. Le Yamato et le Musahi furent utilisés comme transports de troupes et de matériel entre Truk, le Japon et les îles isolées de Kavieng et l'archipel de l'Amirauté en raison de leur grande capacité et de leur cuirasse protectrice.

La flotte fut repérée par le sous-marin USS Skate qui tira une salve de quatre torpilles sur le super-cuirassé.

Une torpille frappa à l'arrière dans le soufflage pare torpilles de la coque, qui ne joua qu'imparfaitement son rôle : un trou de 25 mères était ouvert dans l'enveloppe extérieure et, plus grave, un joint entre deux plaques de blindage fut endommagé, noyant les soutes à munition de la tourelle arrière et laissant entrer plus de 3000 tonnes d'eau dans le navire.

De retour à Truk, des réparations provisoires furent faites par l'équipage du navire-atelier Akashi, mais il fallut bientôt rentrer à Kure pour des réparations définitives le 16 janvier 1944. Après un passage en cale sèche qui dura jusqu'au 3 février, des tôle de protection installées à 45° dans la zone endommagée furent montées, mais une modification plus ambitieuse, qui aurait impliqué la pose de 5000 tonnes d'armure supplémentaire, fut rejetée par crainte d'augmenter trop le tirant d'eau et le poids.

Nobuei Morishita, ex-commandant du cuirassé Haruna, remplaça le commandant Matsuda, qui était en fonction depuis décembre 1942. Le Yamato retourna en cale sèche en février et mars pour un nouvel accroissement de sa protection et de son armement anti aérien, ainsi que l'installation de radars de direction de tir.

Après des essais en mer début avril, le Yamato appareilla pour les Philippines, que les américains s'apprêtaient à reconquérir. Arrivé à Manille le 28 avril, il repartit vers la Malaisie pour se joindre à la flotte de l'amiral Jisaburo Ozawa en Malaisie, arrivant à Lingga puis repartant vers Tawi Tawi, aux Philippines.

Bataille de la mer des Philippines[modifier | modifier le code]

La flotte d'Ozawa, qui devait initialement débarquer à Biak, est dirigée sur la mer des Philippines fin juin 1944, alors que les américains se préparent à reconquérir les îles que Mac Arthur avait été contraint d'évacuer au début de la guerre.

À cette époque les Américains ont repris l'initiative. Leur industrie de guerre, bien plus importante que celle du Japon, tourne à plein régime. De nouveaux avions plus performants sont entrés en service. Les points faibles des avions japonais sont connus des aviateurs US, mieux entraînés.

Au cours de cette bataille, que les aviateurs américains ont surnommé "le grand Tir aux pigeons des Mariannes" (Marianna Turkey shoot) l'aéronavale japonaise perd 3 porte-avions et plus de 450 appareils avec leurs pilotes expérimentés (pour alléger leurs avions, ceux ci n'ont ni canot gonflable, ni parachute).

Dans cette bataille essentiellement aéronavale, menée à distance, le Yamato ne jouera aucun rôle ou presque, retournant finalement à sa base de Kure pour réapprovisionner ses soutes à munitions et à combustible. Cinq nouveaux affuts antiaériens de 25 mm furent installés, et le navire fut totalement dépouillé de tous les matériaux inflammables. La literies et les matelas sont débarqués, les hommes dorment sur des planches , éventuellement utilisables comme paillets contre les voies d'eau. L'équipement anti incendie fut renforcé et le navire appareilla pour Lingga en Indonésie, une base d'opérations proche des ressources de pétrole et de mazout indonésien, où il arriva le 17 juillet. À ce stade de la guerre, la flotte de pétroliers ravitailleurs d'escadre japonais avait été sévèrement décimée par les sous-marins américains.

La flotte resta stationnée en Indonésie durant trois mois, jusqu'à la série de batailles du Golfe de Leyte.

Bataille du golfe de Leyte[modifier | modifier le code]

Le Yamato touché par une bombe le 24 octobre 1944.
Article principal : Bataille du golfe de Leyte.

Bataille de la mer de Sibuyan[modifier | modifier le code]

Bataille de Samar[modifier | modifier le code]

Opération Ten-Gō[modifier | modifier le code]

La fin du Yamato suite à l'explosion de ses soutes à munitions
Article principal : Opération Ten-Gō.

Quasiment inactif depuis le début 1945, le Yamato fut réactivé lorsque les Américains lancèrent l'invasion d'Okinawa, le 1er avril 1945, en prélude à l'invasion du japon proprement dite.

La mission qui était confiée au Yamato était une mission sans retour possible, faute de mazout en quantité suffisante, quasiment une mission suicide : accompagné d'un croiseur et de huit destroyers, le Yamato devait aller attaquer les navires américains devant Okinawa avant de se saborder par petit fond, de façon à constituer une puissante batterie de défense côtière. La couverture aérienne devait être assurée par des escadrilles de pilotes kamikazes très mal entraînés et qui, dans les faits, ne purent jouer leur rôle pour cause de météo nuageuse. Ce plan irréaliste, mis sur pied pour des raisons d'honneur et pour plaire à l'empereur Hiro-Hito par l'amiral Toyoda Soemu, fut l'objet de vives critiques au sein de l'état-major naval japonais. Le vice-amiral Seiichi Itō, chargé de la flotte, était très réticent, et son subordonné, le commandant Atsushi Oi, chargé des destroyers, alla jusqu'à traiter les concepteurs du plan de « connards » (bakayaro, en japonais).

Les services de renseignement américains avaient connaissance de l'appareillage du cuirassé et de son escorte, et il fut repéré, à peine passé le détroit de Bungo entre la mer intérieure du Japon et le Pacifique, par deux sous marins U.S., le Hackleback et le Threadfin, qui signalèrent sa sortie et sa route, à défaut de pouvoir se placer en position favorable pour le torpiller. L'amiral américain Raymond Spruance, qui commande sur ce théâtre d'opérations, dépêche une force traditionnelle de cuirassés, commandée par le vice-amiral Morton Deyo, pour régler le compte du Yamato dans une bataille classique, une sorte de chant du cygne de l'ère des cuirassés. Toutefois l'amiral Marc Mitschler, à la tête de la Task Force 58 qui regroupe les porte-avions prévus pour l'attaque d'Okinawa, ne l'entend pas de cette oreille. Ses ordres lui laissant une certaine liberté d'action, il se rapproche de telle façon que le Yamato soit dans le rayon d'action de ses avions embarqués, lance pas moins de 440 avions à l'attaque, puis, ensuite seulement, demande, et obtient, l'accord de Spruance.

Pris en filature par deux hydravions Martin PBM Mariner que ses obus spéciaux San Shiki (anti aériens à sous munitions, tirés par les canons principaux) ne parviennent pas à abattre, dépourvu d'escorte aérienne, le Yamato est vulnérable aux attaques de bombardiers et d'avions torpilleurs, qui vont se succéder à partir de 12H30, ce 7 avril 1945.

La première vague d'appareils met plusieurs bombes au but, diminuant l'efficacité des canons anti aériens, ainsi que deux torpilles qui atteignent une chaufferie et réduisent la vitesse du navire à 24 nœuds. À 13H00, une seconde attaque coordonnée provoque des voies d'eau supplémentaires, une forte gîte, qui oblige à contre ballaster, rendant inutilisable l'artillerie principale et une nouvelle diminution de la vitesse du navire.

L'attaque la plus dévastatrice a lieu vers 13 H40 : quatre bombes déciment les servants des canons de DCA, et quatre ou cinq impacts de torpilles, qui inondent certaines chaufferies, coupent toute possibilité d'évacuation du personnel machines, et inondent le compartiment du servomoteur de barre principale (la commande auxiliaire ayant été endommagée lors de la précédente attaque). Dès lors, le navire est condamné à tourner en rond (comme le Bismarck en 1941) à moins de 10 nœuds. La gîte s'accentue, les incendies sont incontrôlables et menacent les soutes à munitions. L'ordre d'évacuation est donné à 14H02, nettement trop tard, la gîte importante provoquant la chute à la mer des tourelles d'artillerie.

Alors que le croiseur Yahagi vient d'être coulé à proximité, après avoir encaissé pas moins de 7 torpilles, le Yamato commence à chavirer, recevant le coup de grâce d'une quatrième vague d'avions dont les torpilles frappent sous la carène , tant la gîte est prononcée. Les soutes à munition explosent au moment du chavirage, créant une colonne de fumée en forme de champignon de plus de 6000 m de hauteur. L'explosion fut perçue jusque sur l'île de Kyushu à 100 milles de là.

Il n'y eut que 277 survivants sur 3332 hommes d'équipage, qui furent rapatriés au Japon par un destroyer, l'amiral Seiichi Ito étant parmi les victimes.

Au moment de son naufrage, le navire avait encaissé pas moins de 11 torpilles et six bombes.

Découverte de l'épave[modifier | modifier le code]

En raison des circonstances confuses et souvent des informations incomplètes concernant leur naufrage, seules quelques épaves de navires capitaux japonais ont été découvertes et identifiées[20]. En se basant sur des document américains établis en temps de guerre, une expédition en Mer de Chine du Sud en 1982 produisit des résultats, mais l'épave découverte n'a pas pu être clairement identifiée[21].

En 1983 des efforts ont été faits pour déterminer la localisation du Yamato grâce aux informations obtenues auprès de six des survivants du naufrage.

Elle a été localisée en 1984 à l'aide d'un sonar à 365 mètres de profondeur à la position 30° 22′ 00″ N 128° 04′ 00″ E / 30.36667, 128.06667[22]. L'année suivante les premières images des restes du Yamato ont été obtenues depuis son naufrage, permettant la confirmation de l'épave par l'un des concepteurs du cuirassé, Shigeru Makino. L'épave se compose de deux morceaux : la proue qui comprend les deux tiers du navire, et la poupe correspondant à la section arrière[21]. L'épave repose à 290 km au sud-ouest de Kyūshū et à 340 mètres de profondeur[21].

Dans les années 1990, une équipe de robots submersibles sponsorisée par la chaîne japonaise NHK a réussi à obtenir des images plus claires de l'épave ; en 1999 l'institut français de recherche pour l'exploitation de la mer, en association avec la chaîne de télévision japonaise TV Asahi, a réalisé un examen des restes de l'épave[23],[24].

Le , la chambre d'industrie et de commerce Kure a annoncé un plan pour sauver des restes du Yamato au moyen d'un budget estimé à des milliers de millions de yen[22]. Le , un groupe d'avocats du Parti libéral démocrate japonais ont étudié la faisabilité de renflouer l'épave du fonds marin et de récupérer les restes de membres d'équipages ensevelis dans le naufrage. Le groupe a déclaré qu'il envisageait de demander des fonds publics pour la recherche de la faisabilité technique de récupération du navire[25].

Importance culturelle[modifier | modifier le code]

Des visiteurs du Musée Yamato examinent la maquette du cuirassé en 2006

Du temps de leur construction et jusqu'à présent, les cuirassés Yamato et Musashi ont une présence notable dans la culture japonaise, le Yamato en particulier. Avec leur achèvement, les cuirassés ont représenté l'épitomé de l'ingénierie navale japonaise. De plus ces deux bateaux, en raison de leur taille, vitesse, puissance de feu, ont visiblement incarné la détermination du Japon et son empressement à défendre ses intérêts contre les puissances occidentales, et particulièrement contre les États-Unis. Shigeru Fukudome, chef de la Section des Opérations de l'état-major de la marine impériale japonaise, a décrit les deux bateaux comme « les symboles du pouvoir naval qui a fourni aux officiers et aux hommes un sens profond de confiance dans leur marine »[26].

Dans les médias[modifier | modifier le code]

Les apparitions dans la culture populaire décrivent la dernière mission du bateau comme un effort courageux, désintéressé, mais futile. Un effort symbolique des marins japonais pour participer à la défense de leur patrie. Une des raisons qui font que ce navire de guerre peut avoir une telle signification dans la culture japonaise est que le mot « Yamato » était souvent utilisé comme un nom poétique pour le Japon. Ainsi, la fin du cuirassé Yamato pourrait servir de métaphore relative à la fin de l'empire japonais[27],[28].

Le Yamato, et plus particulièrement l'histoire de son naufrage, est souvent apparu dans la culture populaire japonaise, comme dans l'anime Space Battleship Yamato et en 2005 dans le film Les Hommes du Yamato[29],[30]. Il y a également un autre film à propos du Yamato nommé Senkan Yamato (« Le cuirassé Yamato», produit par le studio Shin-Toho et réalisé par Yutaka Abe) dès 1953[31]. Ce film est basé sur le livre Senkan Yamato-no Saigo (戦艦大和ノ最期, « Les Derniers jours du cuirassé Yamato ») écrit par Mitsuru Yoshida, un survivant du naufrage du Yamato.

Musée et mémoriaux[modifier | modifier le code]

Maquette du Yamato dans le Musée Yamato.

En 2005, le Musée Yamato (大和ミュージアム) a été inauguré comme étant « un hommage aux compétences et à la science des ouvriers qui ont créé des merveilles telles que le Yamato[32]. La principale attraction du musée est une maquette gigantesque du Yamato, probablement le plus gros modèle réduit du monde puisqu'à l'échelle 1/10 eelle mesure près de 30 mètres de long, soit la taille d'un gros chalutier industriel.

Deux mémoriaux existent, l'un dédié à toute la classe Yamato et l'autre exclusivement au Yamato. Le premier d'entre eux se trouve à Kure, comme une partie du musée et imite le pont et le mât du cuirassé Yamato, au-dessus duquel se trouvent des projectiles utilisés tant par le Yamato que par le Nagato. Le deuxième mémorial se trouve dans le sud-est de l'île de Tokunoshima. Construit en 1968, en forme de tour, il est dédié à l'ensemble des hommes qui sont morts à bord des navires de la flotte combinée[33].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

Navires comparables
Liste

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les auteurs Garzke et Dulin indiquent la date d' tandis que l'auteur Whitley note la date de .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Willmott 2000, p. 32
  2. Garzke et Dulin 1985, p. 44
  3. Jackson 2000, p. 74
  4. Jentschura, Jung et Mickel 1977, p. 38
  5. Johnston McAuley, p. 122
  6. Willmott 2000, p. 35
  7. Skulski 2004, p. 8-11
  8. a, b, c, d et e Johnston McAuley, p. 123
  9. Garzke et Dulin 1985, p. 52-54
  10. Garzke et Dulin 1985, p. 53
  11. Garzke et Dulin 1985, p. 50-51
  12. a, b, c, d et e Garzke et Dulin 1985, p. 54
  13. a et b Jackson 2000, p. 75
  14. Johnston McAuley, p. 128
  15. Johnston McAuley, p. 180
  16. Gino Galuppini 1981, p. 284-285
  17. Skulski 2004, p. 10
  18. Whitley 1998, p. 211
  19. Ballard 1999, p. 36
  20. (en) Anthony "Tony" Tully, « MYSTERIES/UNTOLD SAGAS OF THE IMPERIAL JAPANESE NAVY », sur combinedfleet.com,‎
  21. a, b et c (en) « Remains of sunkeng Japanese Battleship Discovered », Reading Eagle,‎ (lire en ligne)
  22. a et b (en) « IJN Yamato: Tabular Record of Movement », sur combinedfleet.com
  23. (en) « Battleship Yamato Wreckage », sur spacecruiseryamato.com
  24. (en) « Battleship Yamato Research and Recovery Expedition », sur tulloch.net
  25. (en) JIJI, « LDP lawmakers aim to raise battleship Yamato wreckage », The Japan Times,‎ (lire en ligne).
  26. Evans et Peattie 1997, p. 298-378
  27. Mitsuru Minear, p. 152
  28. Evans et Peattie 1997, p. 378
  29. (en) « Uchû senkan Yamato », sur Internet Movie Database
  30. (en) « Otoko-tachi no Yamato », sur Internet Movie Database
  31. (en) « Senkan Yamato », sur Internet Movie Database
  32. (en) « Yamato Museum », sur japan.apike.ca
  33. (en) « Yamato Today », sur battleshipyamato.info (consulté le 21 juin 2015)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) David C. Evans et Mark R. Peattie, Kaigun : Strategy, Tactics, and Technology in the Imperial Japanese Navy, 1887-1941, Naval Institute Press,‎ , 661 p. (ISBN 0870211927)Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Francine Hérail, Histoire du Japon, des origines à la fin de Meiji, P.O.F., Paris,‎
  • Gino Galuppini, Le guide des cuirassés, Fernand Nathan,‎ Document utilisé pour la rédaction de l’article
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