Roger Leloup

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Roger Leloup
Nom de naissance Roger Leloup
Naissance (83 ans)
Verviers Drapeau de la Belgique Belgique
Nationalité Drapeau : Belgique Belge
Profession

Roger Leloup est un scénariste et dessinateur de bandes dessinées belge, né le [1] à Verviers. Il est principalement connu pour la série Yoko Tsuno dont il est le scénariste et le dessinateur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Enfant, il assiste curieux à des combats aériens de la Seconde Guerre mondiale et est fasciné par la technologie tant des avions que des matériels mécaniques en général, d'où quelques-unes de ses passions qui trouveront un débouché dans les histoires de Yoko Tsuno. « J'ai toujours été bricoleur, j'avais des planeurs téléguidés et je fabriquais moi-même mes modèles réduits. J'ai été deux fois champion de Belgique dans ma catégorie. J'ai aussi volé dans des clubs d'amateurs sur de petits appareils. Aussi, dès que j'ai commencé à travailler sur Yoko, l'exutoire a été total. Tout ce que je faisais en modélisme ou imaginais sur le plan mécanique est passé dans mon dessin. »[1]

« C'est mon grand-père qui m'a initié aux lectures de vulgarisation scientifique en me rapportant un jour un paquet de vieux Science & Vie de la maison où il travaillait comme peintre en bâtiment », citant aussi l'influence de la passion de son oncle pour l'entomologie[2].

Proche de deux gares à Verviers, pendant la seconde Guerre Mondiale, il a l'occasion à de nombreuses reprises de pouvoir monter à bord des locomotives[3] et de travailler au côté des machinistes[4]. Par la suite, sa passion des trains qu'il tient également de son grand-père[5], va l'amener à posséder son propre circuit de modélisme ferroviaire[6].

Parallèlement, sa tante qui détient une librairie lui permet de puiser son inspiration dans nombres d'œuvres d'auteurs célèbres qui seront déterminantes pour ses albums : Jules Verne, H.G Wells, Dickens, les romans des sœurs Brönte[4] et dans la collection Fleuve Noir, spécialisée dans les romans de science-fiction[4]. Il a également été bercé par le romantisme allemand et notamment par le livre "Les légendes du Rhin"[4], fleuve qui réapparait dans plusieurs de ses œuvres comme l'Orgue du Diable.

Passionné de mécanique, il est chef de char au cours de son service militaire[4].

Carrière avant Yoko Tsuno[modifier | modifier le code]

Il fait ses études d'arts décoratifs et de dessin publicitaire à l'Institut Saint Luc à Liège[6]. C'est 1950, qu'il fait la rencontre décisive de Jacques Martin qui venait acheter sa brillantine au salon de coiffure de ses parents. ce dernier mentionna sa recherche d'un assistant pour la période de vacances. Répondant lui-même à cette offre plutôt que d'intégrer une entreprise publicitaire, il devient son assistant pour la mise en couleurs et les décors. C'est ainsi qu'il commença à travailler sur les histoires d'Alix dans L'Île maudite[1]. La commande passée à Hergé de chromos techniques pour la série “Voir et Savoir" va le lancer dans ses premiers essais professionnels de dessins pour l'“Histoire de l'Aviation” et celle de l'Automobile où Jacques Martin est engagé pour diriger la partie technique. Leloup fignole au crayon les engins que le dessinateur repasse à l'encre avant que le maître d'œuvre y ajoute le personnage de Tintin en costume de circonstance.

Le , il entre aux Studios Hergé pour y travailler aux aventures de Tintin[6], tout en continuant à collaborer avec Jacques Martin, pour qui il dessine les décors d'Alix jusqu'au début de l'album Iorix le Grand et de Lefranc. Il restera en tout 15 ans aux studios Hergé[4].

De 1954 à 1957, il conçoit de nombreuses planches techniques dans l'hebdomadaire Tintin, ainsi que quelques chroniques sur le modélisme, notamment ferroviaire et aérien dont il est féru[7], proposées dans la version belge de l'hebdomadaire.

Avec Hergé, il travaille « surtout des dessins techniques, puis il m'a testé pour le décor de la gare de Genève-Cornavin dans L'Affaire Tournesol. C'était assez amusant parce que j'ai imaginé une verrière et cette gare n'a pas de toit vitré au-dessus! On aurait pu aller prendre des photos... Ensuite, j'ai fait de petites choses ici et là, comme la chaise roulante du capitaine Haddock dans Les Bijoux de la Castafiore, des autos, des motos, des chars et, plus tard, la conception de l'avion de Carreidas dont j'ai même construit la maquette. Un de mes plus beaux souvenirs a été de me trouver chargé de redessiner tous les avions de la refonte de L'Île noire en 1965[1]. »

À la fin des années 1960, Hergé ne produisant plus beaucoup, Roger Leloup dessinait mais s'occupait également des relations publiques et préparait des dossiers de presse pour ce dernier. Il travailla pour d'autres auteurs, comme Francis pour qui il dessina les décors des « Aventures de M. Bouffu » et « Les Penseurs de Rodin » de 1966 à 1968.

1968 : la création de son personnage fétiche : Yoko Tsuno[modifier | modifier le code]

Ce fut au cours de la soirée de Noël du que Roger Leloup dessina les premières esquisses d'une jeune héroïne asiatique qu'il voudrait introduire dans une éventuelle reprise de Jacky et Célestin de Peyo, avec qui il a collaboré pour une histoire des Schtroumpfs. Yoko Tsuno est alors la sœur d'un électronicien japonais qui devait apparaitre pendant un épisode[3] intitulé : l'Araignée qui volait[6].

Le choix de la nationalité japonaise de son héroïne s'est fait par éliminination pour Roger Leloup et pour deux raisons distinctes "Yoko est japonaise parce que le Japon est la patrie de l'électronique, mais aussi en raison de la situation politique du monde. Je voulais une asiatique mais quand j'ai commencé à chercher à lui donner une origine précise, c'était la guerre au Vietnam il y avait eu celle de Corée et la partition du pays, et la Chine était un pays totalitaire. Donc par élimination..." [3]. En outre, Roger Leloup avait été admirateur durant son enfance de l'actrice japonaise Yoko Tani[3].

Le projet avorté, il décide de la développer avec deux faire-valoir masculins, Vic Video et Pol Pitron, pour remplacer le duo initial Jacky et Célestin. Roger Leloup indique :"Quand j'ai créé la série, je voulais un trio, une équipe de télévision. C'était l'époque de l'avènement des transistors au Japon et j'ai tout naturellement pensé à une japonaise pour le rôle de la script"[3].

Yoko n'est au départ qu'un membre de l'équipe, mais son personnage prit le devant de la scène pour devenir l'héroïne de la série[8] et ce au cours du tout premier album de la série, le trio de l'étrange.

Par la suite, ayant obtenu l'accord de l'éditeur Dupuis pour lancer la série Yoko Tsuno, il quitte les studios Hergé le et se consacre entièrement à son héroïne Yoko Tsuno[3]. À cette occasion, Roger Leloup évoque une annecdocte avec le créateur de Tintin, Hergé : "Quand j'ai quitté le studio, il (Hergé) m'a indiqué que je pourrais revenir quand je le désirais. Quelque temps plus tard, je lui ai montré les débuts de Yoko Tsuno, il m'a simplement souri et m'a dit : "vous, vous ne reviendrez jamais ..."[3].

La série est lancée le 24 septembre 1970[6]. Auteur complet, Roger Leloup assure l'écriture et le dessin de chacun de ses albums, les couleurs étant elles, le fruit des studios léonardo et plus particulièrement de la coloriste Béatrice. À ses débuts, l'éditeur, Charles Dupuis, prudent, l'avait prié de solliciter l'aide de Tillieux pour ses scénarios et dialogues. Ce dernier, après avoir supervisé le travail de Leloup sur deux courtes histoires complètes avait jugé, très rapidement, sa supervision complètement superflue[6].

A ce jour, 27 albums ont été publiés par l'éditeur d'origine Dupuis[6].

1989 : Le Pic des ténèbres[modifier | modifier le code]

Roger Leloup s'est essayé à la rédaction d'un premier roman de science-fiction, paru sur le titre Le Pic des ténèbres, également dans la collection Travelling, où apparaît une fort jolie androïde, la très efficace Tyo. Le Grand Prix de la Jeunesse Science Fiction lui sera attribué en 1990.

Analyse de son œuvre[modifier | modifier le code]

Son œuvre en général[modifier | modifier le code]

Roger Leloup, qui se définit comme un conteur d'histoires, se voit d'abord comme « un grand enfant qui aime tout ce qui se déplace, les jouets, les marchés d'hiver allemands, les trains électriques ». Leloup souligne qu'il dédie son œuvre en priorité aux enfants : « c'est pour eux que je travaille et à toutes les personnes qui ont su garder leur âme d'enfants. »[3]. De même, il a déclaré : "La jeunesse a besoin de rêve et d'idéal, pas de violence"[3].

Son œuvre regroupe deux grandes thématiques qui le passionne depuis son enfance la science-fiction (exemple avec Le Trio de l'étrange) et le fantastique (exemple L'Orgue du Diable). Roger Leloup est en effet admirateur des œuvres de Jules Verne, puis celle de H. G. Wells notamment La Guerre des mondes ou La Machine à explorer le temps[6], une thématique retrouvée au travers des albums, La Spirale du temps, Le Matin du monde ou encore L'Astrologue de Bruges. Il faut également inclure la thématique des voyages spatiaux intersidéraux (Les Trois Soleils de Vinéa).

Il admire également les œuvres de Jean Ray et d'Edgar Allan Poe.

Concernant son héroïne, Roger Leloup en parle comme si elle vivait constamment à ses côtés et a composé un roman pour évoquer sa jeunesse avec L'Écume de l'aube, publié en 1991 dans la collection Travelling des Éditions Duculot, reprise par la suite par Casterman[6].

Encouragé par ses lecteurs, il valorise l'héritage de la culture japonaise (droiture, fidélité) et chinoise (sensibilité)[3] de son héroïne. La série, où transparaissent largement ses centres d'intérêts et certaines de ses convictions, influence profondément sa vie: « Aujourd'hui, je ne pourrais plus abandonner le personnage de Yoko. Je m'y suis attaché profondément. Je ne maîtrise plus son existence. À force de vivre à mes côtés, Yoko est devenue une partie de ma vie[9]. Pour moi, elle n'est pas uniquement un personnage de papier qui vit seulement dans les albums et dans la tête de son créateur. Elle a pris son autonomie et est devenue une véritable jeune fille d'aujourd'hui. Son caractère est devenu plus complexe, sa personnalité plus riche. Je crois que maintenant Yoko a atteint sa pleine maturité. »[10].

Roger Leloup introduit dans ses albums des correspondances avec le monde réel. Ainsi, le personnage de d'Ingrid Hallberg, qui apparait dans L'Orgue du diable puis Le Feu de Wotan, est un hommage à la musicienne Ingrid Haebler[11].

Son style graphique[modifier | modifier le code]

Son style est qualifié par lui-même de néo réaliste[3] dont le sommet est atteint avec l'album no 7 de la collection :La frontière de la vie, une œuvre devenue une référence de la BD réaliste[5]. Aux yeux de Roger Leloup il est indispensable d'être le plus crédible possible :« Quand on fait de la science-fiction, le plus important est d’être crédible. Dans mes engins, il y a tout ce qu’il faut pour voler, rien n’est superflu. Moi-même, il faut que j’y croie, sinon cela ne marche pas. [5]»

Roger Leloup a indiqué avoir tiré une partie de ses racines graphiques dans les dessins d'Alex Raymond dans les aventures de Flash Gordon. Parallèlement, il a gardé de son expérience au sein du Studio Hergé le souci du détail et de la méticulosité, un trait caractéristique de l'ensemble de ses œuvres[6] notamment sur les décors et les objets du quotidien (véhicules, avions) reproduits à l'identique.

Il déclare à ce sujet : " N’oublions pas que j’ai travaillé aussi avec Martin et Hergé, c’étaient des personnes qui avaient le souci du détail. Je me suis rendu compte que si on ne mettait pas assez de détails, les gens n’y croyaient pas. Un jour, j’ai dessiné une auto (je ne me rappelle plus le modèle) et un type m’a dit : « vous avez bien mis les détails, c’est bien le pot d’échappement qui a la largeur de ce modèle là, parce qu’il est spécial ! ». Moi, je n’avais jamais vu le véhicule en vrai, j’avais vu ça sur une photo"[4].

Il reconnaît cependant être plus à l'aise pour dessiner les machines que les êtres humains: « J’ai toujours eu plus de mal à dessiner les humains que les machines »[5].

Roger Leloup a indiqué en 1998 qu'une adaptation en dessin animé de Yoko Tsuno requerrait, en raison de ses exigences personnelles de qualité en matière d'animation, des budgets si importants que seuls les studios américains ou japonais pourraient les mettre en place [3].

Ses scénarios[modifier | modifier le code]

Outre le dessin, entièrement assuré par Roger Leloup à l'exception des couleurs assurées par le studio Léonardo, et plus particulièrement la coloriste Béatrice, Roger Leloup écrit intégralement ses scénarios au travers de deux méthodes[3] :

- soit par intuition au gré de ses lectures. Ce fut notamment le cas par exemple pour l'album no 12 la Proie et L'ombre dont l'inspiration lui vint en parcourant des ouvrages de photos sur les châteaux écossais.

- soit par un travail de longue gestation à l'exemple de l'album no 2 l'Orgue du Diable (l'idée de cet album vient du temps où il travaillait au Studio Hergé lors de l'élaboration de l'album de Tintin Le vol 714 pour Sydney. Il a proposé à l'auteur de Tintin un prolongement de l'exploration sous-terraine vers une construction qui deviendra la trame de l'Orgue du Diable. Mais fautes de place suffisante en matière pagination, Hergé déclina l'idée).

Dans les deux cas, toutefois, le scénario n'est pas intégralement écrit, Roger Leloup modifiant au fur et à mesure du dessin, des pans de l'histoire préférant laisser son imagination continuer à travailler[3].

L'album qui lança la série, le Trio de l'étrange, fut écrit lors d'un épisode d'une bronchite ou Roger Leloup était alité. Il déclare d'ailleurs à ce sujet : "Comme quoi, il faut avoir une bonne bronchite infectieuse pour commencer en bande dessinée"[4].

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1973, Roger Leloup et son épouse adoptent Keum-Sook, une Coréenne de cinq ans, sous le prénom plus européen de Annick. L'album Le Dragon de Hong Kong, dans lequel Yoko adopte la jeune Rosée du matin, lui est dédié[12].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Roger Leloup a été élevé au rang d'officier du Mérite wallon, en 2015.

Il a reçu le Grand Prix de la Jeunesse Science Fiction en 1990 pour son roman Le Pic des ténèbres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d « Message pour l'éternité », sur www.yokotsuno.com, Editions Dupuis (consulté le 25 décembre 2008) Erreur de référence : Balise <ref> non valide ; le nom « yokotsuno.com » est défini plusieurs fois avec des contenus différents
  2. « Les Titans », yokotsuno.com (consulté le 25 décembre 2008)
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Philippe Nihoul, « Roger Leloup de A à Z », Spirou,‎ 03/06/1998 - n°3138, p 23 à 26
  4. a, b, c, d, e, f, g et h Anthony JEGOU / J-Sébastien CHABANNES, « Roger Leloup (Yoko Tsuno) (1/3) : "Je n’ai pas toujours été très heureux chez Hergé." », sur http://www.actuabd.com/, (consulté le 18 septembre 2016)
  5. a, b, c et d Cédric Pietralunga, « Yoko Tsuno, l’anti-manga », sur http://bandedessinee.blog.lemonde.fr, (consulté le 18 septembre 2016)
  6. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j « Yoko Tsuno : l'auteur », sur http://www.yokotsuno.com/, (consulté le 17 septembre 2016)
  7. « L'or du Rhin », yokotsuno.com,
  8. « L'auteur », yokotsuno.com,
  9. « Un monde de bulles (21e à 25e minute) », Public Sénat, (consulté le 27 décembre 2008)
  10. « La Fille du vent », yokotsuno.com (consulté le 25 décembre 2008)
  11. « Yoko Tsuno : les personnages », sur http://www.yokotsuno.com, (consulté le 17 septembre 2016)
  12. « Dragon de Hong Kong », yokotsuno.com (consulté le 25 décembre 2008), Photo d'Annick en Corée

Liens externes[modifier | modifier le code]