Variantes régionales du roumain

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Les groupes de parlers roumains : en rouge – septentrionaux (le banatéen, le parler de Crișana, le maramuréchois, le moldave), en bleu – méridionaux (l’olténien, le munténien, le dobrogéen)
Atlas Weigand de 1908 des variantes régionales du roumain

Par la notion variantes régionales du roumain ou régiolectes du roumain on entend dans cet article les variétés de l’idiome appelé « daco-roumain » par les linguistes[1] qui considèrent celui-ci comme l’un des dialectes du roumain, les autres étant l’aroumain, le mégléno-roumain et l’istro-roumain. Pour ces linguistes, les variantes régionales dans l’acception de cet article sont des sous-dialectes ou des groupes de parlers. Dans cet article on adopte le terme « roumain » pour ce qu’on appelle spécifiquement « daco-roumain », et le terme « groupes de parlers » pour les variantes régionales de cette entité.

Les régiolectes du roumain sont parlés par les populations majoritaires de la Roumanie, de la République de Moldavie et de la Transnistrie, par des minorités nationales dans les autres pays voisins de la Roumanie, ainsi que par des personnes émigrées de tous ces pays (voir l’article Répartition géographique du roumain).

L’intelligibilité mutuelle entre les locuteurs du roumain est pratiquement totale, malgré les différences entre ses variantes régionales, cette langue étant beaucoup plus unitaire que l’allemand, par exemple[2].

Configuration dialectale du roumain[modifier | modifier le code]

La configuration dialectale du roumain, c’est-à-dire le nombre de régiolectes, leur classification et leur hiérarchisation, a toujous fait l’objet de débat[3]. Selon certains linguistes[4] il n’y a que deux groupes régionaux, celui du Nord ou moldave, et celui du Sud ou munténien. D’après d’autres auteurs[5] il n’existe que trois groupes régionaux : moldave, munténien et banatéen. D’autres chercheurs[6] en prennent en compte quatre : moldave, munténien, banatéen et celui de Crișana. Pour d’autres encore[7] il y en a cinq : moldave, munténien, banatéen, celui de Crișana et maramuréchois. À ces variantes, certains linguistes ajoutent d’autres unités de divers degrés, certains parlers appelés de transition, mais dont ils soutiennent l’autonomie. Certains[8] considèrent comme tels les olténiens, d’autres[9] – les parlers du pays d'Oaș. Avec la prise en compte de plusieurs parlers transylvains, le plus grand nombre de régiolectes s’élève à 20[10].

Ces divergences sont dues au fait que les différences sont plus ou moins marquées en fonction des variantes concrètes qu’on compare entre elles. La distinction est très nette entre les groupes moldave et munténien. Le banatéen, par contre, se distingue moins nettement de celui de Crișana, d’un côté, et du munténien, de l’autre. Les différences sont encore moindres entre l’olténien et le munténien.

Les controverses les plus aiguës existent autour des parlers de la Transylvanie proprement-dite, c’est-à-dire sans le Banat, la Crișana, le pays d'Oaș et le Maramureș. La plupart des linguistes les considèrent comme appartenant à leurs voisins, bien qu’on leur reconnaisse un certain nombre de traits communs distincts. Par contre, certains linguistes[11] soutiennent l’existence d’un groupe de parlers transylvains avec des traits communs qui les distinguent nettement des autres (moldave, munténien et banatéen), mais qui sont plus morcelés que ceux-ci. Ils y distinguent quatre sous-groupes : transylvain du Nord-Est, transylvain du centre et du Sud, de Crișana et du Maramureș[12].

Dans cet article sont présentées six unités dialectales.

Groupe méridional[modifier | modifier le code]

Ce groupe comprend les parlers munténiens et olténiens.

Parlers munténiens[modifier | modifier le code]

Les parlers munténiens sont ceux de Munténie mais aussi de la plus grande partie de la Dobroudja, des Roumains vivant dans le nord de la Bulgarie, ainsi que dans les județe transylvains de Sibiu et de Brașov[13].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
palatalisation de [ʃ] devant [ə], qui devient [e] e
loje
ă
lojă
porte
loge
[d] purement dental suivi de [ə], [ɨ] dăștept
dân
deștept
din
intelligent
de
dissimilation de [e] en [i], surtout sous l’influence d’un [e] frappé de l’accent tonique fetili
caprili
fetele
caprele
les filles
les chèvres
au passé composé, la forme de la 3e personne du pluriel du verbe auxiliaire identique à la forme de la 3e personne du singulier ei/ele a venitără ei/ele au venit ils/elles sont venu(e)s
au passé composé, participe avec le suffixe -ără ei/ele a venitără ei/ele au venit ils/elles sont venu(e)s
à l’indicatif présent, la forme de la 3e personne du pluriel identique à celle du singulier ei/ele bea ei/ele beau ils/elles boivent
au futur avec l’auxiliaire a vrea « vouloir », la forme de la 3e personne du pluriel identique à celle du singulier ei/ele va bea ei/ele vor bea ils/elles boiront
le verbe a vrea utilisé au passé composé en tant que verbe modal am vrut să cad era să cad j’ai failli tomber
a veni « venir » utilisé en tant qu’auxiliaire d’aspect vine și/de crește începe să crească commence à croître
a veni auxiliaire de la diathèse passive grinda vine așezată aici grinda este așezată aici la poutre est placée ici
confusion des prépositions după « après » et de pe « qui est sur » floarea după/dupe masă floarea de pe masă la fleur qui est sur la table
de utilisé en tant que pronom relatif omul de vine omul care vine l’homme qui vient
complément d’objet direct avec la préposition la (valeur d’article partitif) mănâncă la pâine mănâncă pâine il/elle mange du pain
l’adverbe mai « plus » devant le pronom réfléchi nu mai mă duc nu mă mai duc je n’y vais plus
l’adverbe decât en construction restrictive utilisé sans la négation n(u) am decât două mere n-am decât două mere je n’ai que deux pommes

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction
mots à sens spécifiques ginere gendre mire marié (au moment du mariage)
mots d’origine bulgare ciușcă ardei iute piment fort
mots d’origine turque peșchir
perdea

rideau
prosop
adăpost pentru vite
serviette (pour s’essuyer)
abri pour le bétail
mots d’origine grecque dârmon ciur tamis

Sources écrites[modifier | modifier le code]

Les premières attestations écrites du roumain (la Lettre de Neacşu de 1521 et environ 50 documents manuscrits ultérieurs), ainsi que la première dizaine de textes imprimés en roumain reflètent les caractéristiques des parlers munténiens. C’est la base du roumain standard, qui n’a pas repris toutes leurs spécificités, au contraire, en a beaucoup rejeté, surtout pour ce qui est de la morphologie du verbe.

Parlers olténiens[modifier | modifier le code]

Les parlers olténiens sont répandus en Olténie (sauf la partie orientale du județ d’Olt), dans le Nord-ouest de la Bulgarie et en Serbie (une partie de la vallée du Timoc)[14].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
diphtongues [aj], [əj], [oj], [uj] devant [kʲ] et [gʲ][15] straichină
răichită
ureiche
oichi
păduiche
strachină
răchită
ureche
ochi
păduche
écuelle
saule
oreille
œil
pou
introduction d’un [i] entre deux consonnes initiales de mot hirean hrean raifort
[i] devant deux consonnes initiales de mot ișcoală școală école
[i] > [ɨ], [a] > [ə], [e̯a][16] > [a], après [t͡s], [s], [z], [r] zâce
țălină
măsa
zice
țelină
măsea
il/elle dit
céleri
dent (molaire)
pronom démonstratif féminin pluriel spécifique ăștea astea celles-ci
utilisation du passé simple (pour des actions très récentes) cântai[17] am cântat je chantai
adverbes pour trois degrés de proximité/éloignement (a)ici – aci(a) – acolo aici – acolo ici – là – là-bas
forme archaïque de l’impératif négatif au pluriel nu cântareți! nu cântați! ne chantez pas !

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction
mots archaïques arm șold hanche
mots spécifiques a străfiga a strănuta éternuer
mots à sens spécifiques cotoi matou picior de pasăre cuisse de volaille

Groupe septentrional[modifier | modifier le code]

Ce groupe comprend les parlers banatéens, les parlers de Crișana et les parlers moldaves.

Parlers banatéens[modifier | modifier le code]

Ce groupe de parlers est caractéristique pour le Banat, le Sud du județ d'Arad et de celui de Hunedoara, pour les Roumains de Voïvodine et une partie de ceux de la Timočka Krajina serbe, au sud des Portes de Fer. On distingue trois zones : celle du Sud (y compris la Voïvodine et la Timočka Krajina) celle du Nord-nord-ouest et celle du Nord-est (y compris la région de Hațeg)[18].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les parlers banatéens comportent beaucoup d’archaïsmes phonologiques, morphologiques et lexicaux. Le trait phonologique principal de ce groupe, par rapport au roumain standard, est un système vocalique riche et équilibré.

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
[ane] latin > [ɨne] câne câine chien
[e] > [ə], [i] > [ɨ], [e̯a] > [a] après [s], [ʃ], [t͡s], [z] să rupe
orășan
țân
zâc
se rupe
orășean
țin
zic
se rompt
citadin
je tiens
je dis
[a] tonique > [ʌ] ['fʌtə] fată fille
[e] tonique > [ɛ] devant une syllabe contenant un [e] ['pɛre] pere poires
[o̯a][19] > [ɒ] ['pɒrtə] poartă portail
[t͡ʃ] > [ʃʲ] devant [e] et [i] șier cer ciel
[d͡ʒ] > [ʒʲ] devant [e] et [i] jier ger gel
chute de [ʲ] final de mot après les consonnes fricatives et affriquées [uʃ]
[pot͡s]
uși
poți
portes
tu peux
chute de [ʲ] final de mot après [n] et palatalisation complète de celui-ci ['wɒmeɲ] oameni hommes, humains
[t] > [t͡ɕ] devant [e] et [i] frace frate frère
[d] > [d͡ʑ] devant [e] et [i] ges des dense
[n] + [e]/[i] latin > [ɲ] cuni cui clou
[u.wa] > [u.va] a luva a lua prendre
[a.wud] > [abd] labd laud je vante
[a.wut] > [apt] capt caut je cherche
article possessif à forme unique a tău, a ta
a tăi, a tale
al tău, a ta
ai tăi, ale tale
le tien, la tienne
les tiens, les tiennes
formes du verbe a fi « être » devenues pronominales mi-s
ni-s
vi-s
(eu) sunt
suntem
sunteți
je suis
nous sommes
vous êtes
forme ancienne de l’auxiliaire du conditionnel présent (v)reaș zișie zice je dirais
sous l’influence du serbe, préfixes marquant l’aspect perfectif m-am uitat am uitat j’ai oublié

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
le suffixe lexical -oni/-oane iepuroni
nemțoane
iepuroi
nemțoaică
lièvre (mâle)
(femme) allemande
mots archaïques d’origine latine nat individ individu
mots d’origine serbe goșt musafir hôte, invité
mots d’origine allemande farbă vopsea peinture (couche de couleur, couleur préparée avec un liquide)

Sources écrites[modifier | modifier le code]

Palia de la Orăștie (L’Ancien Testament d’Orăștie) (1582) comporte des spécificités dialectales du Banat. C’est des parlers banatéens que le roumain standard a adopté au XIXe siècle, à l’initiative de Ion Heliade Rădulescu, la désinence -au de la 3e personne du pluriel de l’imparfait de l'indicatif, différente de celle de la même personne du singulier : ei mergeau « ils allaient », ei făceau « ils faisaient »[20].

Les parlers banatéens sont les seuls à avoir été et à être encore le terrain d’expériences littéraires modernes. Un auteur relativement connu d’œuvres de ce genre est Victor Vlad Delamarina (1870-1896)[21]. Ces dernières années, cette littérature connaît un certain renouveau. En 2002 fut fondée l’Association des écrivains en banatéen, avec sa revue Tăt Bănatu-i fruncea (Toujours le Banat à l’avant-garde). À Uzdin, en Voïvodine, fonctionne l’Association littéraire et artistique « Tibiscus », qui s’occupe de littérature dialectale roumaine. Ce régiolecte est également cultivé dans des émissions de radio et de télévision[22].

Parlers de Crișana[modifier | modifier le code]

Les parlers de Crișana se répartissent en trois sous-groupes : les parlers de Bihor (qui s’étendent sur le județ d’Arad aussi, ainsi que sur les localités habitées par les Roumains de Hongrie), les parlers du pays des Moți et les parlers de la vallée du Someș. Les linguistes Emil Petrovici et Ion Coteanu ajoutent aux parlers de Crișana ceux du Pays d’Oaș. Dans une grande partie de la Transylvanie sont présents des parlers de transition entre ceux de Crișana, de Moldavie et de Munténie[23].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
nasalisation des voyelles [o'pitə̃'trjagə̃'strajt͡sə] o pâine-ntreagă în traistă un pain entier dans la musette
[ane] latin > [ɨne] câne câine chien
[e] > [ə], [i] > [ɨ], [e̯a] > [a] après [s], [ʃ], [t͡s], [z] să rupe
orășan
țân
zâc
se rupe
orășean
țin
zic
se rompt
citadin
je tiens
je dis
[e̯a] > [a] après [t], [d], [l], [n] palatalisés ['cakə]
[ɟal]
[ʎak]
[ɲam]
teacă
deal
leac
neam
fourreau
colline
remède
parent
[e] tonique > [ɛ] devant une syllabe contenant un [e] ['pɛre] pere poires
[o̯a] > [ɒ] ['pɒrtə] poartă portail
[d͡ʒ] > [ʒ] jer ger gel
palatalisation des consonnes occlusives dentales devant [e] et [i] (peut être de divers degrés) [tʲej] ou [cej]
[dʲintʲe] ou [ɟince]
tei
dinte
tilleul
dent
palatalisation de [n] devant [e] et [i] ['biɲe]
['domɲi]
bine
domnii
bien
les messieurs
palatalisation de [k] et [p] devant [e] et [i] [cej]
[pʲej] ou [cej]
chei
piei
clés
peaux[24]
[e̯a] tonique et atone > [ɛ] [lumɛ] lumea le monde
[ɨj] > [ij] întii întâi premier
introduction de [k] entre [s] et [l] sclab slab faible, maigre
introduction de [a] initial de mot[25] anumără numără il/elle compte
rhotacisme de [n] dans le parler du pays des Moți lură lună lune
génitif/datif archaïque de l’article défini omuli omului de l’homme / à l’homme
article possessif à forme unique a tău, a ta
a tăi, a tale
al tău, a ta
ai tăi, ale tale
le tien, la tienne
les tiens, les tiennes
formes spécifiques du verbe a fi « être » îs
îi
sunt
este, e
je suis, ils/elles sont
il/elle est
formes spécifiques de la 3e personne du singulier et du pluriel de l’auxiliaire du passé composé o făcut, or făcut a făcut, au făcut il/elle a fait, ils/elles ont fait
conjonction spécifique du subjonctif dans le sous-dialecte de Bihor și merg merg que j’aille
forme spécifique, composée, de l’indicatif plus-que-parfait m-am fo dusă mă dusesem j’étais allé(e)
conditionnel passé avec l’auxiliaire a vrea « vouloir » au passé composé o vu(t) hori ar fi cântat il/elle aurait chanté
l’auxiliaire après le verbe principal Făcut-ai foc?
Duce-m-oi.
Ai făcut foc?
Mă voi duce.
Tu as fait du feu ?
Je vais m’en aller.

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction
archaïsmes d’origine latine vă! mergi!, du-te! va !
mots spécifiques nari nas nez
mots à sens spécifiques a cânta chanter a plânge pleurer
mots d’origine hongroise a cuștuli a gusta goûter
mots d’origine allemande firhang perdea rideau, voilage

Parlers maramuréchois et de l’Oaș[modifier | modifier le code]

Ces parlers sont répandus dans le Maramureș historique, c’est-à-dire dans la partie du județ de Maramureș actuel située au nord des Monts Gutâi et en Ruthénie transcarpatique (ukrainienne). Certains linguistes, ceux qui ne comptent pas les parlers du pays d’Oaș parmi ceux de Crișana, les considèrent comme faisant partie du groupe maramuréchois[26].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Phonologie :

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
[ane] latin > [ɨne] câne câine chien
[e] > [ə], [i] > [ɨ], [e̯a] > [a] après [s], [ʃ], [t͡s], [d͡z] să rumpe
orășan
țân
dzâc
se rupe
orășean
țin
zic
se rompt
citadin
je tiens
je dis
[e̯a] > [a] après [t], [d], [l], [n] palatalisés ['cakə]
[ɟal]
[ʎak]
[ɲam]
teacă
deal
leac
neam
fourreau
colline
remède
parent
fermeture de [e] atone, sauf final de mot oamini oameni hommes, humains
[e] > [ə] après [t͡ʃ] et [d͡ʒ] [t͡ʃər]
[d͡ʒər]
cer
ger
ciel
gel
[e] tonique > [ɛ] devant une syllabe contenant un [e] ['pɛre] pere poires
[o̯a] > [ɒ] ['pɒrtə] poartă portail
chute de [ʲ] final de mot après les fricatives et les affriquées [uʃ]
[nut͡ʃ]
[pot͡s]
uși [uʃʲ]
nuci [nut͡ʃʲ]
poți [pot͡sʲ]
portes
noix (pluriel)
tu peux
chute de [ʲ] final de mot après [n] et palatalisation complète de celui-ci ['wɒmiɲ] oameni hommes, humains
[de] latin > [d͡zə] Dumnedzău Dumnezeu Dieu
[di] latin > [d͡zɨ] dzâc zic je dis
[du] latin > [d͡zu] vădzut văzut vu
palatalisation complète des consonnes occlusives dentales devant [e] et [i] [cej]
[ɟince]
tei
dinte
tilleul
dent
palatalisation complète de [k] devant [e] et [i] [cej] chei clés[27]
palatalisation de [f] et [v] devant [e] et [i] sier
zin
fier
vin
fer
vin
palatalisation de [l] devant [e] ['pɛriʎe] perele les poires
[l] > [w] devant les occlusives, dans l’Oaș aub
autu
caudură
meuc
alb
altul
căldură
melc
blanc
autre
chaleur
escargot
palatalisation de [n] devant [e] et [i] ['biɲe]
['domɲi]
bine
domnii
bien
les messieurs
dépalatalisation des affriquées ['ʧɒrə]
[ʤam]
['tsavə]
cioară
geam
țeavă
corneille
vitre
tuyau
introduction de [ɲ] entre [m] et [j] [mɲel] miel agneau
introduction de [c] entre [p] et [j] ou [i] ['pcatrə] piatră pierre

Morphosyntaxe :

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
article possessif à forme unique a tău, a ta
a tăi, a tale
al tău, a ta
ai tăi, ale tale
le tien, la tienne
les tiens, les tiennes
forme spécifique unique de la 3e personne du singulier et du pluriel de l’auxiliaire du passé composé o făcut a făcut, au făcut il/elle a fait, ils/elles ont fait
chute des syllabes après celle tonique dans les verbes ce-i fa ce vei face qu’est-ce que tu vas faire
désinence spécifique de la 1re personne du pluriel de l’indicatif présent aux 2e et 3e conjugaisons ave
duce
avem
ducem
nous avons
nous portons
chute des syllabes après celle tonique au vocatif mătu!
[ɟo]!
mătușă!
Gheorghe!
ma tante !
Georges !
formes spécifiques de l’auxiliaire du futur a vrea « vouloir » oi / îi / a / om / îț / or mânca voi / vei / va / vom / veți / vor mânca je vais / tu vas / il/elle va / nous allons / vous allez / ils/elles vont manger
forme spécifique du plus-que-parfait de l’indicatif am fo dzâsă zisesem j’avais dit
emploi archaïque de l’infinitif S-o dus a ara. S-a dus să are. Il est allé labourer.
l’auxiliaire après le verbe principal Făcut-ai foc?
Duce-m-oi.
Ai făcut foc?
Mă voi duce.
Tu as fait du feu ?
Je vais m’en aller.

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction
grande fréquence du suffixe diminutif -uc(ă) slăbuc slăbuț maigrelet
suffixe diminutif -ucă au féminin et au neutre pluriel piciorucă piciorușe petits pieds
mots archaïques d’origine latine sărune tărâțe cu sare son (de céréales) salé
mots spécifiques cătilin încet doucement, lentement
mots à sens spécifiques cocon petit monsieur copilaș petit enfant
mots d’origine ukrainienne a cușăi a gusta goûter

Parlers moldaves[modifier | modifier le code]

C’est le groupe de parlers le plus répandu : ils se rencontrent en Moldavie roumaine, en Bucovine roumaine, en Bucovine du Nord appartenant à l’Ukraine, dans une partie de la Transylvanie du Nord-est (județ de Bistrița-Năsăud, dans certaines parties des județe de Mureș, Harghita et Covasna, en Munténie du Nord-est (județe de Brăila et de Buzău), en Dobroudja (nord du județ de Tulcea), en République de Moldavie y compris en Transnistrie, et dans le Boudjak (ukrainien).

La notion linguistique de « parlers moldaves » n’est pas à confondre avec celle politique de « langue moldave ». Cette dernière était la dénomination officielle en URSS et en République de Moldavie jusqu’en 2013 pour désigner le roumain, et reste sa dénomination en Transnistrie (qui a trois langues officielles, les deux autres étant le russe et l'ukrainien). En fait, le standard de la « langue moldave » ne diffère pratiquement pas de celui du roumain, si ce n’est par l’alphabet cyrillique encore utilisé en Transnistrie.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Phénomène Exemple dialectal Correspondant dans la langue standard Traduction
[e̯a] finale de mot > [ɛ] [vi'nɛ] venea venait
fermeture de [ə] atone [sɨ 'vinɨ] să vină qu’il/elle vienne
fermeture de [e] atone fetili fetele les filles
[e] > [ə], [i] > [ɨ], [e̯a] > [a] après [s], [ʃ], [t͡s], [z] sî rupi
orășan
za
țân
se rupe
orășean
zea
țin
se rompt
citadin
liquide
je tiens
chute de [ʲ] final de mot après les fricatives et les affriquées [uʃ]
[pot͡s]
uși [uʃʲ]
poți [pot͡sʲ]
portes
tu peux
[de] latin > [d͡ze] dzece zece dix
[di] latin > [d͡zɨ] dzâc zic je dis
[t͡ʃ] > consonne proche de [ʃ] șier cer ciel
[d͡ʒ] > consonne proche de [ʒ] jier ger gel
palatalisations : [b] > [g], [p] > [k], [m] > [ɲ], [v] > [ʒ] ghini
chiept
[ɲik]
jin
bine
piept
mic
vin
bien
poitrine
petit
vin
article possessif à forme unique a tău, a ta
a tăi, a tale
al tău, a ta
ai tăi, ale tale
le tien, la tienne
les tiens, les tiennes
les pronoms personnels dânsul, dânsa, dânșii, dânsele se référant à des inanimés aussi Uiti masa. Puni lingurili pi dânsa. Uite masa. Pune lingurile pe ea. Voilà la table. Mets les cuillers dessus.
forme spécifique unique de la 3e personne du singulier et du pluriel de l’auxiliaire du passé composé o făcut a făcut, au făcut il/elle a fait, ils/elles ont fait
formes spécifiques de l’auxiliaire du futur a vrea « vouloir » oi / îi / a / om / îț / or mânca voi / vei / va / vom / veți / vor mânca je vais / tu vas / il/elle va / nous allons / vous allez / ils/elles vont manger
participe avec de trebuii di spus trebuie spus il faut dire

Lexique :

Phénomène Exemple dialectal Sens dans la langue standard Correspondant dans la langue standard Traduction
mots spécifiques agud dud mûrier
mots à sens spécifiques moș vieillard unchi oncle
mots d’origine ukrainienne hulub porumbel pigeon
mots d’origine russe (surtout à l’est du Prut) cori rujeolă rougeole
mots d’origine turque bostan pepene pastèque
mots d’origine grecque colțun ciorap bas (le vêtement)

Sources écrites[modifier | modifier le code]

Le document écrit le plus ancien comportant des caractéristiques moldaves date de 1566. Les parlers moldaves ont eu un rôle important dans la formation du standard du roumain, surtout par les œuvres des chroniqueurs Grigore Ureche, Miron Costin et Ion Neculce, puis d’écrivains tels Vasile Alecsandri, Ion Creangă, Mihai Eminescu et Mihail Sadoveanu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gustav Weigand, Ovid Densuşianu, Sextil Puşcariu, Alexandru Rosetti, Theodor Capidan, etc.
  2. Sala 1989, p. 90.
  3. Section d’après Sala 1989, p. 90, sauf les informations de sources indiquées à part.
  4. Par exemple Alexandru Philippide, Iorgu Iordan et Emanuel Vasiliu.
  5. Par exemple Gustav Weigand et Sextil Pușcariu.
  6. Par exemple Emil Petrovici et Ion Coteanu.
  7. Par exemple Sever Pop et Romulus Todoran.
  8. Par exemple Grigore Brâncuș et Valeriu Rusu.
  9. Par exemple Dorin Urițescu.
  10. Opinion de Gheorghe Ivănescu.
  11. Par exemple Vasile Frățilă et Vasile Ursan.
  12. Ursan 2008, p. 83.
  13. Section d’après Sala 1989, p. 203.
  14. Section d’après Sala 1989, p. 225.
  15. [k] et [g] palatalisés.
  16. Diphtongue formée d’un [e] semi-vocalique et d’un [a].
  17. Le passé simple subsiste dans la langue littéraire aussi, uniquement dans les textes narratifs.
  18. Section d’après Sala 1989, p. 47, sauf les informations de sources indiquées à part.
  19. Diphtongue formée d’un [o] semi-vocalique et d’un [a].
  20. Gheție 1975, p. 492.
  21. Auteur, par exemple, du poème comique Ăl mai tare om dân lume (L’homme le plus fort du monde), Facla, Timișoara, 1972.
  22. Ghinea 2004.
  23. Section d’après Sala 1989, p. 88.
  24. Ainsi la prononciation des deux mots peut devenir identique. Si on leur ajoute le mot tei « tilleul » avec [t] palatalisé, on a trois mots à prononciation identique.
  25. Moins fréquente qu’en aroumain.
  26. Section d’après Sala 1989, p. 192 et p. 226.
  27. Ce mot devenant homophone de celui signifiant « tilleul ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (ro) Marius Sala (dir.), Enciclopedia limbilor romanice [« Encyclopédie des langues romanes »], Bucarest, Editura Ştiințifică și enciclopedică, 1989, (ISBN 973-29-0043-1)
  • (ro) Gheție, Ion, Baza dialectală a românei literare [« La base dialectale du roumain littéraire »], Bucarest, Editura Academiei, 1975
  • (ro) Ghinea Nouraș, Cristian, Literatura în grai bănățean este un fenomen viu [« La littérature en parler du Banat est un phénomène vivant »], site Agonia – Ateliere artistice, 30 décembre 2004 (consulté le 24 mai 2017)
  • (ro) Ursan, Vasile, Despre configurația dialectală a dacoromânei actuale [« Au sujet de la configuration dialectale du daco-roumain actuel »], Transilvania (nouvelle série), 37e année, no 1, 2008, p. 77-85 (consulté le 24 mai 2017)

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