Datif

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Dans la grammaire de certaines langues flexionnelles et des langues agglutinantes, le datif est un cas grammatical. Le nom, un autre mot utilisé en tant que nom ou le pronom qui portent le morphème de ce cas dénomme, respectivement représente typiquement un animé ou, plus rarement, un inanimé en faveur ou en défaveur duquel une action est effectuée, un événement a lieu ou quelque chose existe. Du point de vue syntaxique, un tel mot remplit typiquement une fonction appelée complément d’objet indirect d’attribution, attributif ou complément d’objet secondaire, mais le datif exprime une variété d’autres rapports syntaxiques aussi, qui dépendent également de la langue considérée[1],[2],[3],[4],[5],[6].

Il y a des langues flexionnelles dépourvues de déclinaison ou qui en gardent seulement des vestiges. Dans leurs grammaires on ne traite pas de déclinaison ni de cas, par conséquent du cas datif non plus. De telles langues sont, par exemple, les langues romanes, sauf le roumain, ou l’anglais. Dans ces langues, ce sont d’ordinaire des prépositions qui expriment les rapports syntaxiques exprimées par le datif.

La forme du datif dans quelques langues[modifier | modifier le code]

Dans les langues à déclinaison, qu’elles soient flexionnelles ou agglutinantes, les cas sont d’ordinaire exprimés par des désinences, avec des différences entre langues fléxionnelles et agglutinantes quant au caractère de ces morphèmes.

Dans une langue agglutinante comme le hongrois, par exemple, le datif est exprimé par une désinence qui lui appartient en exclusivité, étant la même pour tous les mots de nature nominale (noms, adjectifs, pronoms, numéraux, avec une particularité pour le pronom personnel), soit qu’elle est ajoutée directement au radical du mot ou après un autre suffixe. La désinence du datif est -nak/-nek, avec ces deux variantes, utilisées conformément aux règles de l’harmonie vocalique. Cette désinence peut être ajoutée directement au radical, ex. Kinek telefonálsz? « À qui téléphones-tu ? »[7]. Pour obtenir un mot au pluriel et au datif, on ajoute au radical d’abord le suffixe du pluriel, puis la désinence du datif : gyermek « enfant » + -ekgyermekek « enfants » + -nekgyermekeknek « à des enfants »[8]. Si le mot au datif est un objet possédé, il reçoit d’abord le suffixe qui exprime la personne du possesseur, puis la désinence du datif : Jó barátomnak tartalak « Je te tiens pour un bon ami à moi » (barát « ami » + -ombarátom « mon ami » + -nak)[7].

Dans le diasystème slave du centre-sud, qui comprend des langues flexionnelles (le bosnien, le croate, le monténégrin et le serbe, abréviées BCMS), qui ont une déclinaison relativement bien développée, le datif n’est pas exprimé par une seule désinence, mais par plusieurs, en fonction du genre et du nombre, et ces désinences ne sont pas seulement celles du datif. Voici par exemple les désinences de datif des noms et des adjectifs des classes de déclinaison qui comprennent le plus de mots aves ces désinences[9] :

  • -u pour les noms masculins et neutres au singulier et pour les adjectifs de forme brève au masculin et au neutre singulier : jelenu « à un cerf » ou « au cerf »[10], kolu « à une/la roue », zelenu « vert » ;
  • -ima pour les noms masculins et neutres au pluriel (désinence commune avec les cas instrumental et locatif) : jelenima « à des / aux cerfs », kolima « à des / aux roues » ;
  • -i pour les noms féminins au singulier : ženi « à une/la femme » ;
  • -ama pour les noms féminins au pluriel (commune avec l’instrumental et le locatif) : ženama « à des / aux femmes » ;
  • -ōm(e)[11] pour les adjectifs de forme longue, au masculin et au neutre singulier (commune avec le locatif) : zelenōm(e)[12] ;
  • -ōj pour les adjectifs aux féminin singulier, formes longue et brève (commune avec le locatif) : zelenōj ;
  • -īm(a) pour les adjectifs au masculin, neutre, et féminin pluriel, formes longue et brève (commune avec l’instrumental et le locatif) : zelenīm(a).

En roumain aussi il y a une déclinaison, mais elle est relativement réduite par rapport à des langues comme BCMS. Parmi les noms et les adjectifs, seuls les féminins ont des désinences de datif, les mêmes au singulier et au pluriel, et communes avec les cas génitif et nominatif au pluriel : unei/unor case « à une/des maison(s) », unei/unor flori « à une/des fleur(s) », unei/unor cafele « à un/des café(s) ». De plus, la désinence -e se trouve au neutre pluriel aussi, et -i au masculin et au neutre pluriels aussi. Le datif se distingue mieux grâce aux articles qui déterminent les noms, bien que les formes de datif de ceux-ci soient elles aussi communes avec le génitif : unui pom « à un arbre », unor pomi « à des arbres », unui scaun « à une chaise », unor scaune « à des chaises », unei case « à une maison », unor case « à des maisons », pomului « à l’arbre », pomilor « aux arbres », scaunului « à la chaise », scaunelor « aux chaises », casei « à la maison », caselor « aux maisons », etc.[13]

Les formes de datif de certains pronoms présentent des ressemblances, mais aussi des différences par rapport aux formes des noms et/ou des adjectifs. Dans les langues mentionnées ici, les pronoms personnels présentent une situation à part. Leurs formes de datif sont complètement différentes de celles de nominatif, ce qui les rapproche des formes correspondantes dans les langues qui ont perdu la déclinaison mais en gardent des vestiges. Exemples à la première personne du singulier :

  • roumain : eu « moi, je » – mie « à moi », îmi « me »[14] ;
  • BCMS : ja « moi, je » – meni « à moi », mi « me »[15].

En hongrois, la forme de nominatif à cette personne est én, mais le datif se forme de la variante -nek de la désinence générale du datif, plus le suffixe possessif de la première personne du singulier -em, ce qui donne nekem « à moi », procédé par lequel on forme le datif de tous les pronoms personnels, par ajonction des suffixes possessifs des diverses personnes : neked « à toi », nekünk « à nous », etc.[16]

Emploi du datif[modifier | modifier le code]

Sans adposition[modifier | modifier le code]

Le datif est tout d’abord le cas du complément d’objet direct d’attribution, sans être le seul moyen d’exprimer cette fonction. Ce type de complément sans adposition (préposition ou postposition) est celui des verbes dits « attributifs », comme donner, prêter, louer, lire, etc.[17] Exemples :

  • (ro) I-am dat colegei tale cărțile de spaniolă « J’ai donné les livres d’espagnol à ta copine »[18] ;
  • (cnr) pokloniti haljinu sestri « faire cadeau d’une robe à sa sœur »[19] ;
  • (hu) Csillának adtam egy könyvet « J’ai donné un livre à Csilla »[7].

Le COI ci-dessus est proche quant au sens à celui subordonné à des verbes au sens apparenté à celui de « s’adresser » :

  • (ro) Le-am spus studenților că examenul va fi greu « J’ai dit aux étudiants que l’examen serait difficile »[20] ;
  • (cnr) zahvaliti dobročinitelju « remercier le bienfaiteur »[19] ;
  • (hu) Kinek telefonálsz? « À qui téléphones-tu ? »[7].

Certains adjectifs, surtout en fonction d’attribut du sujet, peuvent également avoir un COI au datif :

  • (ro) Obiectul acesta îi este folositor medicului? « Cet objet est-il utile au médecin ? »[20] ;
  • (cnr) biti odan prijatelju « être dévoué à son ami »[19] ;
  • (hu) Zsófiának fontos minden nap zongoráznia « Il est important pour Zsófia de jouer tous les jours du piano »[7].

Le datif peut aussi avoir un sens possessif. En latin, le datif possessif exprime le possesseur sujet logique de la phrase : Mini liber est « J’ai un livre » (littéralement « À moi livre est »). Le roumain a hérité du latin des vestiges de ce datif dans des expressions verbales comme mi-e foame « j’ai faim », mi-e milă « j’ai pitié », mi-e sete « j’ai soif », etc.[4]

En roumain et en BCMS il y a une construction possessive avec le pronom personnel conjoint au datif équivalente de la construction avec un adjectif possessif :

  • (ro) Unde ți-e soțul? « Où est ton mari ? » (litt. « Où t’est le mari ? »)[21] ;
  • (cnr) Đe su mi naočare? « Où sont mes lunettes ? » (litt. « Où me sont lunettes ? »)[19].

Il y a encore un type de datif possessif en roumain. C’est celui d’un pronom personnel ou réfléchi conjoint en fonction de complément du nom, comme dans les exemples În zadar copacii crengile-și plecau / Și zăpada-n cale-mi pe rând scuturau « C’est en vain que les arbres penchaient leurs branches / Et secouaient tour à tour la neige sur mon chemin » (litt. « … branches-se … chemin-me ») (Vasile Alecsandri)[4].

En hongrois, la construction possessive du type mini liber est est générale : Gyulának két húga van « Gyula a deux sœurs » (litt. « À Gyula deux sœur est »)[7]. Il y a encore une construction avec le datif possessif dans cette langue : apámnak a háza « la maison de mon père »[22].

Le datif appelé « éthique » indique une personne intéressée de façon affective dans le procès exprimé par le verbe, et le mot à un tel datif n’a pas de fonction syntaxique, mais seulement stylistique :

  • (ro) Pe unde mi-ai umblat până acum? litt. « Par où tu m’as déambulé jusqu’à maintenant ? »[4] ;
  • (cnr) Da si ti meni živ i zdrav! litt. « Que tu me sois vivant et bien portant ! »[19] ;
  • (hu) Csukja be nekem ezt az ajtót! « Fermez-moi cette porte ! »[22].

Le datif sans adposition a d’autres emplois encore, qui ne se retrouvent pas tous dans les langues mentionnées ici.

En roumain, le mot au datif peut encoire avoir la fonction de :

  • complément circonstanciel comparatif : Comportamentul tău e asemenea comportamentului unui copil de cinci ani! « Ton comportement est comme celui d’un enfant de cinq ans ! » (litt. « … semblable au comportement… »)[20] ;
  • CC de lieu : a se opri locului « s’arrêter sur place »[4].

En BCMS, le datif peut aussi[19] :

  • exprimer le but d’un déplacement : krenuti svojoj kući « partir pour sa maison » ;
  • exprimer la personne qui doit faire quelque choses : Što nam je činiti? « Qu’est-ce que nous devons faire » (litt. « Quoi à nous est faire ? »);
  • être présent dans des serments (datif appelé emphatique) : Duše mi! « Par mon âme ! »

En hongrois, le datif peut encore[22] :

  • exprimer une fonction à laquelle est destiné un animé ou un inanimé : Jó lesz titkárnőnek « Elle fera une bonne secrétaire » ;
  • participer dans une construction dite de thématisation : Szépnek szép « Pour être belle, elle est belle » ;
  • exprimer le sujet de verbes et expressions verbales impersonnels : Máriának haza kell mennie. « Il faut que Marie rentre » ;
  • exprimer l’attribut exprimant l’état du sujet : Ica fáradtnak látszik « Ica semble fatiguée ».

Avec adposition[modifier | modifier le code]

En roumain, le datif est exigé par trois prépositions synonymes[20] :

Am obținut aceste rezultate datorită ajutorului tău « J’ai obtenu ces résultats grâce à ton aide » ;
Am ajuns acasă mai devreme grație bunăvoinței dumneavoastră « Je suis arrivé(e) plus tôt chez moi grâce à votre bienveillance » ;
Mulțumită eforturilor voastre am ocupat locul întâi « Grâce à vos efforts, nous avons occupé la première place ».

En BCMS aussi il y quelques prépositions qui régissent le datif[19] :

Svi su se okrenuli ka gradu « Tous se sont dirigés vers la ville » ;
Zaputio sam se prema izlazu iz dvorane « Je suis parti vers la sortie de la salle » ;
Postupili su nasuprot njegovoj želji « Ils ont procédé contre son souhait » ;
Uprkos velikoj vrućini bili smo na igralištu « Malgré la grande chaleur, nous étions sur le terrain de jeu » ;
To bijaše protivno njegovoj volji « C’était contre sa volonté ».

En hongrois il y a très peu de postpositions construites avec le datif :

Bartóknak köszönhetően mindenki hallott a magyar zenéről « Grâce à Bartók, tout le monde a entendu parler de la musique hongroise »[23] ;
A dolgok elképzeléseinknek megfelelően alakultak « Les choses ont évolué conformément à nos prévisions »[24].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dubois 2002, p. 58 et 130.
  2. Bussmann 1998, p. 273.
  3. Crystal 2008, p. 129.
  4. a b c d et e Constantinescu-Dobridor 1998, article dativ.
  5. Bărbuță 2000, p. 68.
  6. Kálmánné Bors et A. Jászó 2007, p. 410.
  7. a b c d e et f Rounds 2001, p. 112-113.
  8. Bokor 2007, p. 288.
  9. Jolić 1972, p. 407, 409 et 414 (méthode de serbe).
  10. En BCMS il n’y a pas d’articles, donc le nom seul peut être interprété grâce au contexte comme indéterminé, déterminé de façon indéfinie ou déterminé de façon définie.
  11. Le signe ¯ indique les voyelles longues, en BCMS l’opposition voyelle brève vs voyelle longue pouvant distinguer des sens.
  12. En BCMS, par accord en cas avec le nom déterminé, l’épithète aussi prend toujours la désinence casuelle.
  13. Cojocaru 2003, p. 33-34.
  14. Bărbuță 2000, p. 106.
  15. Čirgić et al. 2010, p. 82 (grammaire monténégrine).
  16. Bokor 2007, p. 290.
  17. Dubois 2002, p. 58.
  18. Cojocaru 2003, p. 37. En roumain, le nom COI au datif est souvent anticipé ou repris, parfois obligatoirement, par la forme atone (conjointe) au même cas du pronom personnel correspondant.
  19. a b c d e f et g Čirgić 2010, p. 199–201.
  20. a b c et d Cojocaru 2003, p. 37-38.
  21. Moldovan 2001, p. 285.
  22. a b et c Szende et Kassai 2007, p. 166.
  23. Szende et Kassai 2007, p. 161.
  24. Szende et Kassai 2007, p. 163.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • (hu) Bokor, József, « Szóalaktan » [« Morphologie »], A. Jászó, Anna (dir.), A magyar nyelv könyve [« Le livre de la langue hongroise »], 8e édition, Budapest, Trezor, 2007 (ISBN 978-963-8144-19-5), p. 254-292 (consulté le 8 mars 2019)
  • (en) Cojocaru, Dana, Romanian Grammar [« Grammaire roumaine »], SEELRC, 2003 (consulté le 8 mars 2019)(consulté le 8 mars 2019)
  • (ro) Constantinescu-Dobridor, Gheorghe, Dicționar de termeni lingvistici [« Dictionnaire de termes linguistiques »], Bucarest, Teora, 1998 ; en ligne : Dexonline (DTL) (consulté le 8 mars 2019)
  • Dubois, Jean et al., Dictionnaire de linguistique, Paris, Larousse-Bordas/VUEF, 2002
  • Jolić, Borjanka et Ludwig, Roger, Le serbo-croate sans peine, Chennevières, Assimil, 1972