Vanesa Campos

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Vanesa Campos
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Vanesa Campos est une travailleuse du sexe, trans, migrante, sans papier, originaire du Pérou, abattue à l'âge de 36 ans, au bois de Boulogne à Paris dans la nuit du 16 au , après s'être opposée à un groupe d'hommes armés d'un révolver volé à un policier.

Le crime intervient dans un contexte de montée de l'insécurité au bois de Boulogne, conséquence de la récente loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel », qui pénalise les clients et force les prostituées à se retrancher dans les profondeurs du bois, où elles sont à l'abri de la police mais à la merci de gangs mafieux.

Dix suspects, dont au moins deux mineurs, sont arrêtés entre août 2018 et janvier 2019 en France et en Allemagne. En novembre 2020, ils n'avaient pas encore été jugés.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vanesa Campos à son départ de Lima vers Paris.

Vanesa Campos grandit à Cayaltí (es), un village du nord du Pérou. Elle quitte la maison de ses parents qui ne comprenaient pas sa transidentité[1], et devient l'amie de Karen, qui lui apprend à se défendre. Elles rejoignent toutes les deux la capitale[2]. En 2012, après que l'Argentine adopte une loi permettant un changement d'état civil sur simple déclaration, Karen et Vanesa Campos partent pour Buenos Aires[1]. Mais en Argentine, la police est particulièrement cruelle envers les personnes trans. Vanesa déménage la première en Europe.

Elle s'installe à Paris en 2016, sans titre de séjour, avec l'objectif de gagner assez d'argent pour acheter une maison à sa mère veuve et isolée[2]. Elle vit alors avec deux collègues dans un deux-pièces de la porte de Clignancourt, dans le 18e arrondissement de Paris[1]. À partir de septembre 2016, elle se prostitue chaque nuit à proximité de la route du Pré Catelan dans le bois de Boulogne, dans une zone occupée par la petite communauté des trans d’Amérique latine, qui ne sont pas sous la coupe de proxénètes[1]. Son salaire est dérisoire, mais elle arrive à envoyer un peu d'argent chaque mois à sa mère, son frère et ses deux sœurs[2].

Selon une colocataire, « elle ne rougissait jamais quand on lui demandait ce qu’elle faisait dans la vie »[2]. Notifiée d'une obligation de quitter le territoire français, elle aurait pourtant pu être régularisée pour raisons de santé[3]. Elle est sportive et engagée dans des associations, notamment Acceptess-T[4]. Selon la directrice de cette association Giovanna Rincon, Vanesa Campos tient à aider les plus faibles, n'hésitant pas à monter « au front pour défendre ses amies et collègues de travail » dans des situations tendues au bois de Boulogne[4]. Une amie la décrit comme « une sacrée grande gueule qui n’avait peur de rien »[2].

Meurtre[modifier | modifier le code]

Plaque commémorative de la place du Griffon (Lyon).

Le meurtre de Vanesa Campos s'inscrit dans un contexte de montée de la criminalité au bois de Boulogne[1],[4]. Une groupe d'homme organisé rackette les prostituées et leurs clients[5]; pendant l'été 2018, leurs descentes sont quotidiennes[1],[6]. Vanesa Campos alerte la police à l'occasion d'une ronde, mais celle-ci, faute de preuve, ne réagit pas[1],[4]: « c’était toujours la même histoire. Ils nous demandaient leur identité mais nous ne la connaissons pas. Nous avions beau être les plus précises possible dans la description, la police n’écoutait pas. Après tout, nous ne sommes que des putes. Qui se soucie vraiment de nous? »[2]. Des témoignages montrent en effet que les policiers raillent et humilient les prostituées trans et sans papier, plutôt que de les secourir[1],[6]. Les prostituées sans papier n'osent pas se plaindre au commissariat, de peur d'être expulsées[2].

Vanesa Campos met en place un signal de ralliement à utiliser en cas de danger et distribue des bombes lacrymogènes[1]. Elle embauche un garde du corps, lui aussi sans papier, qui, le , arrive à faire fuir l'un des assaillants ; le même soir, ce dernier fracture une voiture de police et y vole un révolver 9 mm[1],[7] (d'autres sources font remonter le vol de l'arme au [8],[5]). Le , vers 23 heures, les hommes reviennent en nombre et attaquent le garde du corps. Vanesa Campos se retrouve seule face à eux et appelle à l'aide en criant « ¡Chicas todas! »[6],[5]. L'un des hommes lui tire dans la poitrine, puis tire plusieurs coups en l'air. Ils s'acharnent sur elle armés de cutters, de couteaux, de bâtons et d'une arme de poing[9], avant de prendre la fuite en voiture[1]. À 23h30, les collègues de Vanesa Campos la retrouvent allongée dans une mare de sang[2],[6]. Les pompiers, arrivés sur place 30 minutes plus tard, ne parviennent pas à la réanimer[1],[2].

Son corps a été rapatrié à Cayaltí[2]. Bien que son état civil n’ait pas été modifié, à la demande de sa mère, c’est bien le prénom Vanesa qui est mentionné sur sa tombe. Un petit mémorial lui rend hommage au bois de Boulogne[1],[10].

Réactions[modifier | modifier le code]

Vanesa Campos à Paris.

Le lendemain du meurtre, l'indifférence est quasi générale[11],[2],[12]. La presse mégenre la victime en évoquant de sources policières le meurtre d' « un prostitué travesti »[13],[14], une façon de « tuer une deuxième fois Vanesa », selon Komitid[15]. Une source policière déclare au Parisien que la victime a « eu le tort » de s'interposer pour défendre son client[9].

Dans un communiqué[16],[17], le STRASS et Acceptess-T déclarent[2],[18]:

« Nous avons en nous cette étrange impression que nos morts ne suscitent aucune émotion. Pour nous, il n’y a jamais de deuil national. Il n’y a jamais de commémoration officielle. […] Les assassinats de femmes trans travailleuses du sexe n’ont rien de rare. […] Nos morts sont normalisées. Une pute qui meurt c’est un peu comme un personnage de jeu vidéo qu’on tue, ce n’est pas grave. C’est un peu comme une blague sexiste, on en rit, puis on passe à autre chose. »

Le porte parole du STRASS Thierry Schaffauser ajoute que « si un gay du Marais avait été agressé, il y aurait eu une réaction »[12].

Une cérémonie intime est organisée une semaine après le meurtre, le jeudi , sur les lieux du drame et un hommage associatif le jour suivant[2],[19], qui attire enfin l'attention de la presse: le 24 août, quelques centaines de personnes proches de la victime (300 selon Le Monde[20]) participent à une marche blanche allant de la porte Dauphine à Paris au lieu du meurtre, en sa mémoire. Elles demandent justice pour toutes les victimes d’agressions[21],[22], et dénoncent le « silence assourdissant » des médias[23]. Aux cris de « Trans assassinées, État complice ! », et « Arrêtez nos agresseurs, pas nos clients! », les associations présentes demandent l’abrogation des lois de répression et de criminalisation de la prostitution de 2003 et de 2016, responsables de l'augmentation de la violence dans les lieux de prostitution[22],[24],[25],[26],[20],[27],[28]. D'autres rassemblements ont lieu en France le même jour, à Lille ou à Lyon[6].

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Manifestation du 24 août 2020, photographie José Nicolas (Getty Images)
Manifestation du 24 août 2020, banderole de tête, photographie José Nicolas (Getty Images)

L'absence de réaction au sein du gouvernement est également dénoncée[23],[29]. Marlène Schiappa, la Secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, et porteuse de la loi contre les violences sexuelles et sexistes[30], est interpelée le par le député Raphaël Gérard (LREM)[4], mais elle ne réagit qu'une semaine plus tard, d'une façon décevante selon Thierry Schaffauser[31], pour adresser « ses sincères condoléances aux proches de la victime »[2],[32], déclarant que « toutes les femmes doivent être protégées des violences sexistes et sexuelles, toutes ces violences doivent être condamnées »[33].

L'hebdomadaire français Paris Match publie début septembre la photo du cadavre dénudé de Vanesa Campos[34] ; en réaction, Acceptess-T trouve le montant d'un billet d'avion pour faire venir sa sœur à Paris, met son avocat Antoine Landon à sa disposition, et se porte partie civile à ses côtés. Ils obtiennent que le magazine soit condamné à payer 12 000  de dommages et intérêts à la sœur de la victime[35],[36].

Le 21 septembre 2018, la mobilisation se poursuit avec une nouvelle marche organisée à Paris[37],[38], la presse étrangère commence à relayer l'affaire, annonçant l'arrestation de suspects[39],[10],[40],[41],[42],[43],[18].

Une cinquantaine de personnes participent à un rassemblent un an après le meurtre, en 2019[44]. Une amie de Vanesa déclare « Nous allons continuer la lutte, pas seulement pour Vanesa mais pour toutes celles qui travaillent ici, les personnes trans et les personnes LGBTI », et la co-présidente d'Acceptess-T promet : « Nous ne baisserons pas les bras. Nous ne nous reposerons pas jusqu'à ce que les meurtriers soient condamnés » [45],[46],[47],[48].

Enquête et suites judiciaires[modifier | modifier le code]

Grâce aux témoignages des collègues et amies de Vanesa Campos, la police obtient les profils des assaillants[1]. Lundi , cinq personnes âgées de 16 à 30 ans sont mises en examen et placées en détention provisoire pour « meurtre commis en bande organisée » et « vols en réunion avec dégradations »[49],[50],[51],[52],[43]. Un témoin anonyme dénonce le chef de bande aux enquêteurs, qui le placent sur écoute ; cet homme de 25 ans est arrêté à son domicile et rejoint en prison cinq autres suspects[1]. Neuf des dix suspects sont interpelés en un mois. Ce sont des hommes entre 16 et 30ans. Au moins deux d'entre eux[1],[7] sont mineurs isolés et auraient dû être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment des faits, plutôt que livrés à eux-mêmes. Mahmoud K., désigné par les suspects comme étant le tireur[7], est identifié fin 2018 en Allemagne grâce à trois mois de traque et un mandat d'amener européen[1]. Il y est interpellé en janvier 2019 et extradé vers la France[53],[54],[55],[56],[57]. En mai 2019, l'arme du crime est retrouvée dans le bois[7].

Une conséquence de la « lutte contre le système prostitutionnel »[modifier | modifier le code]

Le meurtre de Vanesa Campos relance le débat sur la pénalisation de la prostitution[20],[18],[58]. En 2016, à l'initiative de la ministre des droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem, très opposée à la prostitution qu'elle estime être nécessairement forcée, le parlement a aboli le délit de racolage et a introduit pour la première fois dans l'histoire de la lutte contre la prostitution en France la pénalisation des clients[1],[59]: selon la loi « visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel », « l’achat d’un acte sexuel » est puni de 1 500  d'amende[60], 3 750  en cas de récidive[5],[42].

Les associations dénoncent la responsabilité des acteurs politiques dans la mort de Vanesa Campos[20],[24],[61],[33],[62]. Selon les travailleurs du sexe, les conséquences de la loi sont nombreuses et néfastes : les prostituées sont contraintes d'accepter des clients et des pratiques à risque qu'elles refusaient auparavant ; elles doivent se cacher pour préserver l'anonymat des clients, ce qui les rend plus vulnérables ; les clients sont plus menaçants et demandent des rapports non protégés et des tarifs plus bas[58],[1],[47],[48],[63]. Selon une enquête menée par deux associations auprès de 589 travailleuses du sexe, 88 % d'entre elles sont opposées à la loi, et 78 % ont constaté une baisse de leurs revenus et une précarisation[58],[64]. Une prostituée quinquagénaire déclare au Monde en 2018 que « depuis deux ans, un nouveau phénomène d’agressions en série fait surface, qui n’existait pas auparavant », pendant que Giovanna Rincon tonne[20]:

« la loi est à 100 % responsable de la mort de Vanesa. »

Références[modifier | modifier le code]

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  2. a b c d e f g h i j k l m et n Anaïs Moran, « Meurtre de Vanesa Campos : «Ils ont instauré un climat de terreur» », sur Libération.fr, (consulté le 9 novembre 2020)
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