Utopia

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L'Utopie
Image illustrative de l'article Utopia
Gravure de Ambrosius Holbein pour une édition de 1518. Le coin en bas à gauche montre le voyageur Raphael Hythlodée décrivant l'île

Auteur Thomas More
Genre Satire
Titre Utopia

Utopia (le titre complet en latin est De optimo rei publicae statu, deque nova insula Utopia, ou par extense, Libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus de optimo rei publicae statu, deque nova insula Utopia) est un ouvrage de Thomas More paru en 1516. Il s'agit d'un livre fondateur de la pensée utopiste, le mot utopie étant lui-même dérivé de son titre. L'ouvrage a connu un succès particulier en France au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.

Le titre est construit d’après une racine grecque signifiant « lieu qui n'est nulle part », οὐ τοπος (ou topos) en grec[1].

Bien que Thomas More ne fût pas économiste, mais juriste, historien, théologien et homme politique, Utopia, qui n'était pas un traité d'économie, mais plutôt une satire de la société de son temps, fut repris au XIXe siècle, sans doute par un effet de biais, pour construire des théories économiques.

Récit[modifier | modifier le code]

Utopus conquiert Abraxa, terre rattachée au continent, et lui donne son nom. Il humanise « une population grossière et sauvage, [..] pour former un peuple qui surpasse [..] tous les autres en civilisation ». Ensuite, il fait creuser un isthme et la terre d'Abraxa devient une île, l'île d'Utopie. La genèse de l'île est symbolique des intentions d'Utopus; il a voulu en faire un lieu protégé, rebutant les voyageurs par sa difficulté d'accès. Les barrières naturelles mettent l'île à l'abri des influences extérieures. Quant au terme d'Abraxa, il n'est pas insignifiant : il désigne la ville des fous dans l'Éloge de la Folie de son ami Érasme. Désormais l'Utopie sera régie par les mathématiques, pure manifestation de l'intelligible. Dans l'île, tout est mesurable parce que le nombre seul garantit l'égalité. Par exemple, toutes les rues de la ville d'Amaurote mesurent 6,5 mètres de largeur.

Description d'Utopie[modifier | modifier le code]

La base de l’organisation utopique est la stricte égalité entre les hommes. Pour assurer cette égalité, il n’existe ni propriété, ni argent. C’est le point central sur lequel le débat s’engage avec Thomas More (lui-même personnage de l’œuvre) qui semble d’abord sceptique vis-à-vis de cette idée, qui encouragerait selon lui la fainéantise. C’est alors que le voyageur Raphaël décrit toute l’organisation d’Utopie : chacun se voit prêter une maison pour 10 ans. Tous sont agriculteurs pendant 2 ans (ou plus s’ils le souhaitent), et travaillent 6 heures par jour. Il n’y a aucun oisif (pas de « nobles » par exemple). Tous ont les mêmes vêtements. Ils prennent leur repas en commun. Le temps libre est consacré à des loisirs comme les échecs ou l'apprentissage des belles lettres. Il y a des cours gratuits pour adultes, la culture devant être accessible à tous. Les Utopiens ne sont pas superstitieux, il n’existe aucune forme de divination ou d’augure. Les jeux de hasard sont interdits, le luxe inexistant. La chasse est interdite, sauf pour les bouchés (qui sont des esclaves), par nécessité, il ne s’agit donc pas d’un amusement. L’or et l’argent (le matériau) n’ont aucune importance. Un système de péréquation entre les villes permet d’aider les plus pauvres. C’est seulement par un tel système qu’on peut soucier réellement de l’intérêt général, quand la fortune de l’Etat est bien distribuée. Il n’y a pas de pauvres en Utopie. Au contraire, dans les autres formes d’organisation, chacun doit toujours penser à lui-même, et il y a une « conspiration des riches », qui font les lois, et qui parviennent par ces lois à maintenir leur domination et à exploiter les pauvres. Il veulent rester supérieurs et se réjouir en se comparant aux pauvres, plus bas qu’eux. « L'orgueil ne mesure pas le bon­heur sur le bien-être personnel, mais sur l'étendue des peines d'autrui. »

Les Utopiens sont épicuriens, ils conçoivent le bonheur avant tout comme le plaisir de l’absence de troubles, mais ils ont une religion, ils croient à Dieu et à la vie après la mort (contrairement à Epicure). Ils pratiquent l’euthanasie quand ils la jugent nécessaire.

Les futurs époux se voient nus avant le mariage, pour juger correctement de l’autre. Le divorce par consentement mutuel est autorisé. La récidive en matière d’adultère est punie de mort.

Les lois sont en petit nombre, d’où l’absence d’avocats.

La vanité est partout rejetée. Notamment, il est honteux de chercher la gloire militaire; les rois européens et leurs perpétuelles guerres d’expansion sont vertement critiqués par le voyageur Raphaël. Celui-ci refuse d’ailleurs de mettre son intelligence au service des rois. Il s’imagine déjà ridicule dans les discussions des conseillers royaux, lui prêchant la paix et la sobriété alors que les autres parlent de guerre. Pourtant il est vrai selon lui que les rois doivent devenir philosophes ou les philosophes rois, comme l’a dit Platon ; mais il ne sert à rien de donner des philosophes comme conseillers à des rois non philosophes. Plusieurs références explicites sont faites à la République de Platon.

En Utopie, seules les guerres défensives sont permises, ou les guerres en vue du « bien de l’humanité ». On y méprise les mercenaires qui se font payer. Les guerres sont menées avec les utopiens, mais aussi les femmes utopiennes qui sont volontaires, et même avec les enfants (surtout en tant qu’observateurs).

Plusieurs religions sont tolérées en Utopie  (même si elles tendent à devenir une) : la religion du soleil, la religion des grands hommes, etc. Mais la majorité des Utopiens croit en l’existence d’un Père incompréhensible, ainsi qu’en Jésus. « Dans les idées utopiennes, le Créateur […] expose sa machine du monde aux regard de l'homme, seul être capable de comprendre cette belle immensité. Dieu voit avec amour celui qui admire ce grand oeuvre, et cherche à en découvrir les ressorts et les lois ; il regarde avec pitié celui qui demeure froid et stupide à ce merveilleux spectacle, comme une bête sans âme. »

La tolérance religieuse et la liberté de conscience existent, en revanche le matérialisme et l’athéisme sont honteux, censés menés à l’égoïsme.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Utopia paraît en 1516 en latin chez l’éditeur Thierry Martens de Louvain en Brabant (Pays-Bas des Habsbourg), un livre étrange dont l’auteur Thomas More (Morus en latin), avocat des bourgeois de Londres passé depuis peu au service de la diplomatie du roi d’Angleterre Henri VIII, était réputé l’ami d’Érasme.

L'ouvrage connut un succès immédiat. D’autres éditeurs entreprirent d’éditer le livre :

Utopia est traduit en italien à Venise en 1548, en français à Paris en 1550, en anglais à Londres en 1551 chez Ralph Robinson.

Les humanistes, en se consacrant à la redécouverte de l’Antiquité et de ses savoirs, les clercs qui s’interrogeaient sur le présent et l’avenir de l’Église romaine, les magistrats au service du droit et des États, les bourgeois instruits des villes marchandes, assurèrent la réputation de Utopia. Du coup, l’éditeur brabançon qui en avait eu la primeur en tira huit éditions entre 1516 et 1520 ; le célèbre Johann Froben de Bâle — pour lequel travaillait Érasme — en publia deux éditions.

Accueil en France[modifier | modifier le code]

L’Utopie de Thomas More a eu en France un retentissement particulier au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle : en 1643, en 1715, en 1730, en 1741, en 1780 : éditions, traductions nouvelles, rééditions, n’ont cessé de se succéder, faisant ainsi de cette œuvre l’un des livres les plus lus de la littérature européenne moderne pendant les Lumières.

L'originalité comme le succès de ce roman ont conduit à des imitations et cette œuvre se trouve ainsi à l'origine d'un nouveau genre littéraire auquel on donne précisément le nom d'utopie.

Au XIXe siècle, le mot utopie a servi à la construction de systèmes socialistes, avec d'autres sources plus idéologiques que l'intention initiale de Thomas More :

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Utopus, mort depuis des années, reste le concepteur génial de tout ce qui se trouve sur l'île. Les rues, les égouts, les remparts, les habitations, les lois, les règles sociales... sont le résultat de son œuvre en Utopie.
  • Raphaël Hythlodée, explorateur qui décrit l'Utopie.

Postérité[modifier | modifier le code]

Utopia est passé dans le langage courant : une « utopie » signifie un rêve impossible, un désir inaccessible.

Le thème et les personnages d'Utopia ont inspiré de nombreuses créations et improvisations, non seulement littéraires, cinématographiques, mais aussi musicales.

Article détaillé : Utopia (homonymie).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La prononciation anglaise du préfixe permet la confusion avec une autre racine grecque, « eu », ce qui autorise des traductions comme « bon endroit » ou « lieu de bonheur » (eu-topos en grec). Cette interprétation est à l'origine de la création du terme « dystopie », supposé être l'inverse de l'utopie.[réf. nécessaire]
  2. Voir l'article saint-simonisme et l'analyse qu'en fait Pierre Musso.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]