Mithra

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Mithra sacrifiant le Taureau (100-200 ap. J.-C.), collection Borghése, achat par le Louvre en 1807 exposé dans la Galerie du Temps au Louvre-Lens
Mithra et le taureau, fresque de Marino.

Mithra ou Mithras est un dieu indo-iranien, fils d'Anahita, dont le culte connut son apogée à Rome aux IIe et IIIe siècles de notre ère.

Le culte[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Culte de Mithra.

Le mithraïsme était un culte polythéiste antérieur de plus de 1 500 ans au christianisme primitif, mais qui connut son apogée à Rome au moment de la naissance de ce dernier.

Mithra est une divinité indo-européenne. Plusieurs documents hittites attestent son existence dès le IIe millénaire av. J.-C. Il fit l'objet, dans la Perse antique, d'un culte important qui commence à être un peu mieux connu[1].

Le mithraïsme se développa à Rome probablement à partir de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère, sans qu'on connaisse exactement les conditions de son introduction dans l'empire. Selon l'historien Plutarque, il serait arrivé en Italie à l'occasion des expéditions de Pompée contre les pirates de Cilicie[2]. Toutefois il semblerait que son introduction ait été un peu plus tardive et diverses hypothèses existent à ce sujet[3],[4].

Mithra était particulièrement populaire dans les armées, essentiellement chez les soldats et les centurions, bien que quelques légats aient comptés parmi ses dévots. Beaucoup d'esclaves et d'affranchis faisaient également partie de ses fidèles. Sénateurs et chevaliers semblent par contre avoir été assez réservés à son endroit. Les femmes étaient probablement exclues de son culte[5]. Celui-ci s'est principalement répandu en Italie, en Grande Bretagne et sur les rives du Rhin et du Danube. En revanche il semble n'avoir connu qu'un essor limité et tardif dans la partie orientale de l'Empire romain[6]

On possède peu d'éléments sur le contenu du mithraïsme et les valeurs qu'il véhiculait. À l'heure actuelle, on estime que les notions d'amitié et de loyauté étaient primordiales. Seules deux scènes de la geste de Mithra sont actuellement bien connues et identifiées : sa naissance et la tauroctonie.

Mithra, qui s'est créé lui-même à partir de la roche (ce qui explique l'emploi à son sujet de l'adjectif pétrogène), est à la fois primogenitus et autogenitus. Cette scène est représentée sur de nombreuses statues.

La tauroctonie est sans conteste la scène la plus représentée dans les sanctuaires du dieu, qu'il s'agisse de sculptures, de bas-reliefs ou de fresques. Il semble qu'après avoir chassé le taureau, Mithra l'ait rattrapé et tué. Le sacrifice du taureau serait à l'origine de la vie, le sang de l'animal fertilisant la terre.

Le mithraïsme est un culte à mystères. Le fidèle devait subir une initiation pour être pleinement accepté parmi les plus fervents fidèles. Ce type de culte, contrairement à ce que l'on a longtemps cru, n'est pas d'origine « orientale » mais grecque[7]. Les initiés portaient chacun un grade bien précis : corbeau (corax), fiancé ou jeune marié (nymphus), soldat (miles), lion (leo), Perse (Perses), Héliodrome (Heliodromus) et Père (pater). Ces grades sont principalement attestés en Italie, notamment par de nombreuses inscriptions et par la mosaïque du sanctuaire de "Sette Sfere" à Ostie[8], ainsi que grâce au témoignage de saint Jérôme[9].

Les sanctuaires[modifier | modifier le code]

Le sanctuaire dédié à Mithra porte actuellement le nom mithraeum ou de mithrée. Dans l'Antiquité, on les appelait généralement spelaeum (grotte) en Italie, ou templum (temple, sanctuaire) dans les provinces[10]. Ces sanctuaires étaient parfois installés à l'intérieur de grottes naturelles. Cependant la plupart de ces temples étaient construits artificiellement et se contentaient de reproduire la forme d'une grotte : ils étaient généralement au moins partiellement souterrains. La grotte est sans conteste un lieu important pour les fidèles de Mithra ,puisque le dieu serait né dans l'une d'elles[11].

Les plafonds de certains sanctuaires représentent le ciel étoilé. Cela a amené plusieurs chercheurs à interpréter le culte de Mithra à partir de l'astronomie et l'astrologie[12]. Cependant ces interprétations sont généralement mises en question à l'heure actuelle[13].

À Rome, la Basilique Saint-Clément-du-Latran possède dans ses sous-sols des vestiges d'un temple mithraïque.

En France on a trouvé des sanctuaires dédiés à Mithra à Angers[14], Biesheim, Bordeaux, Bourg-Saint-Andéol[15] ,[16], Metz (quartier du Sablon), Nuits-Saint-Georges (site des Bolards), Septeuil et Strasbourg.

En Belgique, un sanctuaire mithriaque à Tirlemont[17],[18]. est aujourd'hui attesté. En outre, des bronzes mithriaques ont été découverts à Angleur près de Liège par hasard à la fin de 1881 ou au début de 1882 par un ouvrier briquetier. Ils sont exposés au musée Le Grand Curtius de Liège[19]. Ces bronzes exceptionnels, presque uniques, appartenaient à la décoration d'un sanctuaire probablement proche mais encore non identifié.

En Allemagne, près de Trèves : des vestiges d'un temple dédié à Mithra ont été découverts en 1928[20].

En Espagne (Galice) : restes de mithraeum près de la cathédrale de Lugo.

En Algérie, un sanctuaire dédié à Mithra se trouve dans la cité, aujourd'hui en ruines, de Tiddis (wilaya de Constantine)[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. M. Clauss, The Roman cult of Mithras, New York, 2000, p. 3-8.
  2. Plutarque, Vie de Pompée, XXIV, 7.
  3. R. Beck, The mysteries of Mithras: a new account of their Genesis, in Journal of Roman studies (en), t. 88, 1998, p. 115-128.
  4. I. Noll, The mysteries of Mithras in the Roman Orient : the problem of origins, in Journal of Mithraic studies, t. 2, 1977, p. 53-68.
  5. J. David, The exclusion of women in the Mithraic mysteries: ancient or modern?, in Numen, t. 47/2, 2000, pp. 121-141.
  6. M. Clauss, Cultores Mithrae: die Anhängerschaft des Mithras-Kultes, Stuttgart, 1992, p. 235.
  7. W. Burkert, Les cultes à mystères dans l'Antiquité, Paris, 1992, p. 14.
  8. M. Beard, J. North, S. Price, Religions de Rome, Paris, 2006, p. 285; M. Clauss, The Roman cult of Mithras, New York, 2000, pp. 133-138.
  9. Jérôme, Lettres, CVII (Ad Laetam), 2.
  10. M. Clauss, The Roman cult of Mithras, New York, 1992, p. 42.
  11. H. Lavagne, Importance de la grotte dans le mithriacisme en Occident, in Études mithriaques : actes du 2e congrès international de Téhéran, du 1er au 8 septembre 1975, Téhéran-Liège, 1978, pp. 271-278 (Acta Iranica, n° 17).
  12. R. Beck, Planetary gods and planetary orders in the mysteries of Mithras, Leyde, Brill, 1988 (Études préliminaires aux religions orientales dans l’Empire romain, n° 109), et surtout D. Ulansey, The origins of the Mithraic mysteries, Oxford, 1989.
  13. J. Alvar, Romanising oriental gods: myth, salvation and ethics in the cults of Cybele, Isis and Mithras, Leyde, Brill, 2008, p. 98 et 351; M. Clauss, Mithras und die Präzession, in Klio, t. 83/1, 2001, p. 219-225.
  14. Inrap, découverte d'un temple de Mithra à Angers
  15. Liste des sanctuaires dédiés à Mithra
  16. Lieux sacrés à Bourg-Saint-Andéol
  17. Marleen Martens, The Mithraeum in Tienen (Belgium): small finds and what they can tell us, in Marleen Martens, Guy de Boe, éd., Roman mithraism: the evidence of the small finds, Bruxelles, 2004, p. 25-48.
  18. Olivier Latteur, Un sanctuaire de Mithra à Tirlemont, in Wavriensia-Racines, t. 58, n°6, (2009), p. 285-295.
  19. Jean-Luc Schütz, Les bronzes mithriaques d'Angleur. Publication de l'Institut archéologique liégeois, 2011. http://www.ialg.be/publications/monographies/bronzes.html
  20. http://www.tertullian.org/rpearse/mithras/display.php?page=cimrm985.
  21. http://www.constantine-hier-aujourdhui.fr/LaVille/tiddis.htm

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jaime Alvar, Romanising Oriental Gods: Myth, Salvation and Ethics in the Cults of Cybele, Isis and Mithras, Leyde-Boston, 2008.
  • Manfred Clauss, Cultores Mithrae: die Anhängerschaft des Mithras-Kultes, Stuttgart, 1992.
  • Manfred Clauss, The Roman Cult of Mithras, New York, 2000.
  • Reinhold Merkelbach, Mithras, 1984. (ISBN 3-445-02329-8)
  • Jean-Christophe Piot, Les Lions de Mithra, 306 p., Marseille, Gramond-Ritter, 2006. (ISBN 978-2354300012)
  • Robert Turcan, Mithra et le mithriacisme (« Que sais-je ? », 1929), Paris, Presses universitaires de France.
  • Robert Turcan, Mithra et le Mithriacisme, 180 p., Les Belles Lettres, collection Histoire, Paris, 1993. (ISBN 2-251-38023-X)
  • Maarten Jozef Vermaseren, Mithra, ce dieu mystérieux, coll. Religions, 291, Bruxelles, éditions Sequoia, 1960, 158p.
  • Maarten Jozef Vermaseren, Corpus inscriptionum et monumentorum religionis Mithriacae, La Haye, Martinus Nijhoff, Vol I, 1956, Vol II, 1960