Octavia E. Butler

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Octavia E. Butler
Description de cette image, également commentée ci-après
Octavia Butler pendant une séance de dédicaces en 2005
Nom de naissance Octavia Estelle Butler
Naissance
Pasadena, Californie, Drapeau des États-Unis États-Unis
Décès (à 58 ans)
Lake Forest Park (en), État de Washington, Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Anglais américain
Genres

Œuvres principales

Octavia Estelle Butler, née le à Pasadena en Californie et morte le (à 58 ans) à Lake Forest Park (en) dans l'État de Washington, est une écrivaine de science-fiction africaine-américaine des États-Unis publiée en France par la maison d'édition Au diable vauvert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Octavia Butler est née et a grandi à Pasadena, Californie (États-Unis). Son père, cireur de chaussures, meurt alors qu'elle est en bas âge, elle est alors élevée par sa mère (Octavia M. Butler) et sa grand-mère, dans un contexte peu favorable. Sa mère travaille comme domestique pour nourrir la famille. La maisonnée est baptiste, assez stricte. Octavia Butler est une enfant rêveuse et introvertie, elle commence à écrire vers dix ans et se passionne pour la science-fiction dès l'âge de douze ans, après avoir vu le film de SF de David MacDonald en 1954, La Martienne diabolique.

Après avoir suivi les ateliers Clarion, aux côtés de Vonda McIntyre[1], elle obtient un diplôme au Pasadena City College (en) en 1968, puis elle entre à l'université de Californie à Los Angeles et y étudie l'écriture, en particulier avec Harlan Ellison et Samuel R. Delany.

Elle publie des nouvelles dès 1971, y compris dans l'anthologie Dangereuses Visions d'Ellison, mais ne parvient à faire publier un roman qu'en 1976 (Le Maître du réseau). En 1979, Kindred, le récit d'une jeune femme qui voyage dans le temps et rencontre ses ancêtres esclaves, la rend célèbre. En 1984 et en 1985, elle reçoit le Prix Hugo pour des nouvelles. En 1994, c'est le prix Nebula que remporte son roman La Parabole des talents, second tome du cycle des Paraboles. L'année suivante, en 1995, elle est le premier écrivain de science-fiction à gagner le prix Genius de la Fondation Mac Arthur Grant. Installée à Seattle à partir de 1999, elle meurt de façon brutale dans la rue, d'une chute ou d'une crise cardiaque selon les sources.

En 2014, son agent d'édition Merrilee Heifetz fait éditer à titre posthume, aux éditions digitales Open Road Integrated Media, deux histoires inédites trouvées au domicile de l'écrivaine : A Necessary Being et Childfinder, grâce à l'aide des archivistes de la bibliothèque Huntington à San Marino, en Californie. Childfinder avait été une commande de Harlan Ellison pour son anthologie jamais publiée The Last Dangerous Visions.

Carrière[modifier | modifier le code]

Série des Patternist, et Liens de sang: 1971–1984[modifier | modifier le code]

En 1974, Butler commence à travailler à une série de romans formant la série des Patternist. Ils décrivrent la transformation de l'humanité en trois groupes génétiques ː les Patternists, des humains supérieurs qui ont acquis des pouvoirs télépathiques psychokinésique élevés et qui sont liés au Patternmaster, leurs ennemis, les Clayarks, des superhumains à l'apparence d'animaux mutants, atteints d'une "maladie" et les Muets, des humains ordinaires liés asservis aux Patternists[2].

Le premier roman, Le Maître du réseau (Patternmaster en anglais, publié en 1976), devint finalement le dernier volet dans la chronologie interne de la série. Située dans un futur distant, il raconte le passage à l'âge adulte de Teray, un jeune Patternist qui lutte pour sa position dans la société des Patternists dans le but de devenir Patternmaster[3].

Puis vint Le Motif (Mind of My Mind en anglais, publié en 1977), un prologue à Patternmaster, qui se déroule au XXe siècle. L'histoire suit le développement de Mary, la créatrice de la chaîne psionique et la première Patternmaster à lier tous les Patternists. Le roman raconte aussi sa lutte inéluctable avec son père Doro, un vampire parapsychologique qui cherche à garder le contrôle sur ses enfants psioniques, qu'il a engendrés partout dans le monde depuis des siècles[4].

Thèmes[modifier | modifier le code]

La critique des hiérarchies actuelles[modifier | modifier le code]

Dans de multiples entretiens et essais, Octavia Butler a expliqué sa vision de l'humanité comme intrinsèquement viciée par une tendance innée à la pensée hiérarchique qui mène à l'intolérance, à la violence et, si elle n'est pas stoppée, à la destruction ultime de notre espèce.

« Le simple brimade de l'ordre », écrivait-elle dans son essai A World without Racism[5], « n'est que le début d'un comportement hiérarchique pouvant mener au racisme, au sexisme, à l'ethnocentrisme, au classisme et à tous les autres les 'ismes' qui causent tant de souffrance dans le monde. » Ses histoires, alors, rejouent souvent la domination de l'humanité sur les faibles par les forts comme un type de parasitisme. Ces êtres supérieurs, qu'ils soient extraterrestres, vampires, surhumains ou esclavagistes, se voient défiés par un protagoniste qui incarne la différence, la diversité et le changement.

Embrasser la diversité[modifier | modifier le code]

Dans son essai sur les antécédents sociobiologiques de la trilogie de Xenogenesis d'Octavia Butler, J. Adam Johns décrit comment les récits d'Ocativa Butler contrecarrent la pulsion de mort derrière l'impulsion hiérarchique avec un amour inné de la vie (biophilie), en particulier une vie étrange et différente[6]. Plus précisément, les histoires d'Octavia Butler traitent de la manipulation génétique, le croisement, le métissage, la symbiose, la mutation, le contact extraterrestre, le sexe non consensuel, la contamination et d'autres formes d'hybridité comme moyens de corriger les causes sociobiologiques de la violence hiérarchique. Comme le notent De Witt Douglas Kilgore et Ranu Samantrai, « dans les récits de Butler, la perte du corps humain est à la fois littérale et métaphorique, car elle signifie les changements profonds nécessaires pour façonner un monde non organisé par la violence hiérarchique[7]. » La maturité évolutive atteinte par des protagonistes à la fin de l'histoire signale alors l'évolution possible de la communauté dominante en termes de tolérance, d'acceptation de la diversité et de désir d'exercer le pouvoir de façon responsable.

Le survivant comme héros[modifier | modifier le code]

Les protagonistes de Butler sont des individus privés de leurs droits qui endurent, transigent et adoptent un changement radical pour survivre. Comme le notent De Witt Douglas Kilgore et Ranu Samantrai, ses histoires se concentrent sur les personnages minoritaires dont le passé historique les rend déjà intimes avec la violation brutale et l'exploitation, et donc la nécessité de faire des compromis pour survivre[7]. Même dotés de capacités supplémentaires, ces personnages sont contraints de vivre une détresse et une exclusion physiques, mentales et émotionnelles sans précédent afin d'assurer un minimum d'intervention et d'empêcher l'humanité de s'auto-détruire. Dans de nombreuses histoires, leurs actes de courage deviennent des actes de compréhension et, dans certains cas, d'amour, alors qu'ils parviennent à un compromis crucial avec ceux qui sont au pouvoir. En fin de compte, l'accent mis par Butler sur les personnages privés de leurs droits sert à illustrer à la fois l'exploitation historique des minorités et la façon dont la détermination d'un individu exploité peut entraîner un changement critique.

La création de communautés alternatives[modifier | modifier le code]

Les histoires d'Octavia Butler mettent en vedette des communautés mixtes fondées par des protagonistes africains. Les membres peuvent être des humains d'ascendance africaine, européenne ou asiatique, extraterrestres (tels que N'Tlic dans Bloodchild), d'une espèce différente (telle que l'Ina vampirique de Novice), et des espèces résultantes de croisement (telles celles entre les humains et Oankali Akin et Jodahs dans la trilogie Xenogenesis). Dans certaines histoires, l'hybridité de la communauté donne une vision flexible de la sexualité et du genre (par exemple, les familles élargies polyamoureuses de Novice). Ainsi, Octavia Butler crée des liens entre les groupes qui sont généralement considérés comme séparés et non liés, et suggère l'hybridité comme « la racine potentielle de la bonne famille et de la vie communautaire bénie[7] ».

Relation avec l'afrofuturisme[modifier | modifier le code]

Le travail d'Octavia Butler a été associé au genre de Afrofuturisme[8], un terme inventé par Mark Dery pour décrire « la fiction spéculative qui traite des thèmes africains-américains et aborde les préoccupations africaines-américaines dans le contexte de la technoculture du XXe siècle[9] ». Certains critiques, cependant, ont noté que, tandis que les protagonistes d'Octavia Butler sont d'origine africaine, les communautés qu'ils créent sont multiethniques et, parfois, multi-espèces.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Cycle Patternist[modifier | modifier le code]

  1. Le Maître du réseau (en), Presses de la Cité, coll. « Futurama » no 12, 1977 ((en) Patternmaster, 1976)
  2. Le Motif, OPTA, coll. « Club du livre d'anticipation », 1980 ((en) Mind of my Mind, 1976)
  3. La Survivante, OPTA, coll. « Club du livre d'anticipation », 1980 ((en) Survivor, 1977)
  4. (en) Wild Seed, 1980
  5. Humains plus qu'humains, Presses de la Cité, coll. « Superlights », 1985 ((en) Clay's Ark, 1984)

Série Lilith's Brood (Xenogenesis)[modifier | modifier le code]

  1. (en) Dawn, 1987
  2. (en) Adulthood Rites, 1988
  3. (en) Imago, 1989

Série Paraboles[modifier | modifier le code]

  1. La Parabole du semeur (en), Au diable vauvert, 2003 ((en) Parable of the Sower, 1993)
    Réédition, J'ai lu no 3948, 1995 Réédition en 2016 par la maison d'édition Au diable Vauvert
  2. La Parabole des talents, Au diable vauvert, 2003 ((en) Parable of the Talents, 1998)

Romans indépendants[modifier | modifier le code]

Recueil de nouvelles[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Vonda N. McIntyre » (consulté le 4 septembre 2014)
  2. (en) Interview avec Marilyn Mehaffy et Ana Louise Keating. MELUS 26.1 (2001): 45–76, « Butler, Octavia E. "'Radio Imagination': Octavia Butler on the Politics of Narrative Embodiment." », Oxford University Press on behalf of Society for the Study of the Multi-Ethnic Literature of the United States (MELUS),‎ (lire en ligne)
  3. (en) Holden, Rebecca J, and Nisi Shawl., « Strange Matings: Science Fiction, Feminism, African American Voices, and Octavia E. Butler. », WA: Aqueduct Press,‎
  4. (en) Pfeiffer, John R, « "Butler, Octavia Estelle (b. 1947)." Science Fiction Writers: Critical Studies of the Major Authors from the Early Nineteenth Century to the Present Day. », Ed. Richard Bleiler. 2nd ed. New York: Charles Scribner's Sons, 1999.147–158,‎
  5. « NPR: Octavia Butler », sur www.npr.org (consulté le 17 février 2018)
  6. Johns, J. Adam. "Becoming Medusa: Octavia Butler's Lilith's Brood and Sociobiology." Science Fiction Studies 37.3 (2010): 382–400.
  7. a b et c Kilgore, De Witt Douglas and Ranu Samantrai. "A Memorial to Octavia E. Butler." Science Fiction Studies 37.3 (November 2010): 353–361. JSTOR 25746438.
  8. Sinker, Mark. "Loving the Alien." The Wire 96 (février 1992): 30–32.
  9. Bould, Mark. "The Ships Landed Long Ago: Afrofuturism and Black SF." Science Fiction Studies 34.2 (juillet 2007): 177–186. JSTOR 4241520

Liens externes[modifier | modifier le code]