Un roi sans divertissement
| Un roi sans divertissement | ||||||||
| Auteur | Jean Giono | |||||||
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| Genre | Chronique | |||||||
| Éditeur | Éditions Gallimard | |||||||
| Date de parution | 1947 | |||||||
| Nombre de pages | 229 | |||||||
| Chronologie | ||||||||
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Un roi sans divertissement est un roman de 1947 de Jean Giono.
Le titre Un roi sans divertissement renvoie à la phrase qui clôt le roman et que Giono emprunte aux Pensées de Pascal : un roi sans divertissement est un homme plein de misères (fragment 142 de l'édition Brunschvicg).
L'action du roman se déroule dans une région que Giono connaît bien, le Trièves, entre les massifs alpins du Vercors et du Dévoluy, et qui lui a déjà fourni le cadre de Batailles dans la montagne et d'une partie des Vraies richesses. Cette action s'inscrit dans une période d'un peu moins de cinq années, rythmées par six hivers successifs, de 1843 à 1848 et a pour axe le capitaine de gendarmerie Langlois qui s'installe dans l'auberge d'un village isolé par la neige pour rechercher un tueur mystérieux qu'il finit par abattre. Ayant démissionné de la gendarmerie, il revient ensuite au village comme commandant de louveterie et organise une chasse au loup qui rappelle la poursuite précédente. Il veut s'installer et se marier et participe aux fêtes locales, mais effrayé de sa fascination pour la beauté du sang d'une oie sur la neige, il se suicide en fumant un bâton de dynamite.
L'ouvrage, écrit à l'automne 1946 n'a été publié qu'en 1947, le Comité national des écrivains ― issu de la Résistance ― ayant mis à l'index Jean Giono, ce qui lui interdisait ainsi toute publication préalable de l'ouvrage[réf. nécessaire].
Résumé
[modifier | modifier le code]Vers 1843, dans un village isolé du Trièves (Isère), non loin du col de la Croix-Haute, des habitants disparaissent sans laisser de traces, l'hiver, par temps de neige. Le capitaine de gendarmerie Langlois arrive au village pour tenter d'élucider le mystère de ces disparitions. Un jour brumeux d'hiver, Frédéric, propriétaire d'une scierie, observe un curieux manège : de la fourche d'un hêtre planté en face de la porte de la scierie, il voit descendre un inconnu, qui s'éloigne dans la neige en direction de la montagne. Monté à son tour dans l'arbre, Frédéric découvre, au creux d'une maîtresse branche, le cadavre de Dorothée, une jeune fille qu'il avait aperçue bien vivante vingt minutes avant. Frédéric suit à la trace l'inconnu qui, s'éloignant tranquillement dans la neige sans se retourner, le conduit jusqu'à un autre village, Chichilianne, et jusqu'à sa maison. D'un passant, Frédéric apprend le nom de l'inconnu, « M. V. ».

Informé par Frédéric, Langlois décide de se rendre à Chichilianne, accompagné de quelques hommes. Entré dans la maison de M. V., il ne tarde pas à en ressortir, accompagné de celui-ci. Suivi de Langlois, M. V. s'éloigne du village, rejoint un bois, s'adosse au tronc d'un arbre. Langlois l'abat de deux coups de pistolet. Dans le rapport qu'il rédige à l'intention de ses supérieurs, Langlois décrit cette mise à mort comme un accident et donne sa démission de la gendarmerie.
Rendu à la vie civile, Langlois ne tarde pas à reparaître au village, où il a été nommé commandant de louveterie. Installé chez Saucisse, la propriétaire du Café de la Route, une ancienne « lorette » de Grenoble, ainsi surnommée en raison de son embonpoint, il intrigue les villageois par son élégance, la beauté de son cheval, sa façon de tenir les gens à distance sans pour autant les blesser, les visites qu'il reçoit (le procureur du roi se déplace pour le voir et le traite en ami), sa conduite parfois énigmatique : par exemple, il demande à voir, sans qu'on sache pourquoi, les ornements sacerdotaux conservés dans l'église.
Avec la venue de l'hiver, l'occasion d'exercer ses nouvelles fonctions ne tarde pas à se présenter : un loup, d'une force et d'une audace exceptionnelles, égorge moutons, chevaux et vaches. Une battue est décidée. Langlois l'organise minutieusement comme une cérémonie, une fête. Les villageois, venus en nombre, sont les rabatteurs. Le procureur royal, Saucisse et Madame Tim, la châtelaine de Saint-Baudille, une nouvelle amie de Langlois, sont de la partie. Les femmes sont dans leurs plus beaux atours, installées sur des traîneaux. La trace du loup conduit tout ce monde au pied d'une haute falaise. Le loup les y attend, au centre d'un espace couvert de neige, un chien égorgé à ses pieds. Et là, dans ce décor semblable à une scène de théâtre, devant le public constitué par les chasseurs et les invités, Langlois s'avance seul pour affronter le loup, et il l'abat, comme il avait fait pour M. V., de deux coups de pistolet dans le ventre.
Cinq mois plus tard, Langlois demande à Saucisse et à Madame Tim de l'accompagner jusqu'à un village assez éloigné où il veut rendre visite à une femme qui y vit seule avec son petit garçon dans une maison isolée où elle s'est installée après avoir quitté son pays d'origine. Elle gagne sa vie comme brodeuse. Arrivés chez cette femme, pendant que Madame Tim marchande des articles de toilette, Langlois, qui s'est fait oublier dans un fauteuil, contemple l'intérieur de l'appartement, meublé avec un luxe inattendu chez une simple ouvrière, et ses regards s'attachent sur un portrait d'homme, dont on devine simplement la silhouette dans l'ombre de la pièce. Sans que cela soit dit, on devine que cette femme est la veuve de M. V. et que le portrait est le sien.
Vers la fin de l'été, Madame Tim invite Langlois à une fête dans son château de Saint-Baudille. Langlois semble apprécier le confort et le luxe des lieux, et il se conduit avec l'aisance qui lui est habituelle. Pourtant, il apparaît à Saucisse, qui narre l'épisode, secrètement détaché et lointain : tel un loup, égaré dans le monde des hommes, qui prend soin de ne rien oublier de tout ce qu'il faut faire « pour arriver à survivre dans les étendues désertes et glacées ».
Rentré au village, Langlois décide de faire construire un « bongalove » et il annonce à Saucisse son intention de se marier. Il la charge de lui trouver quelqu'un. Ce sera Delphine, « des cheveux noirs et de la peau bien tendue sur une armature », que Saucisse déniche pour lui à Grenoble, où ils sont descendus tous les deux pour régler l'affaire. Langlois s'installe au bongalove avec celle que les villageois appellent tout de suite « Madame la Commandante ». Ils y mènent une existence apparemment paisible. Chaque soir, Langlois va au jardin fumer un cigare en contemplant le paysage.
L'hiver est revenu. La première neige est tombée. Langlois descend au village, va frapper à la porte d'Anselmie, et lui demande de tuer une de ses oies en lui coupant la tête. Puis tenant l'oie par les pattes, il regarde son sang couler sur la neige. Il s'absorbe longtemps dans cette contemplation. Puis, sans mot dire, il rentre chez lui.
Le soir même, Langlois va fumer son cigare au jardin. Mais à la place d'un cigare, c'est un bâton de dynamite qu'il fume : « C'est la tête de Langlois qui atteint, enfin, les dimensions de l'univers » (il s'agit là d'un anachronisme, la dynamite n'ayant été inventée par Nobel qu'en 1865).
C'est Pascal que, pour éclairer l'énigme tragique de l'histoire de Langlois comme pour amener son lecteur à une dernière réflexion, Giono convoque à la fin du roman : « Qui a dit : « Un roi sans divertissement est un homme plein de misères » ? »
Analyse
[modifier | modifier le code]Adaptation
[modifier | modifier le code]En 1963, Giono produit un film d'après son roman, dont il signe lui-même l'adaptation. Un roi sans divertissement, qui reprend le même titre, est réalisé par François Leterrier et est interprété notamment par Claude Giraud, Colette Renard et Charles Vanel. La musique est signée Maurice Jarre et Jacques Brel.
Entre le et le , France Culture diffuse dans sa rubrique "fictions/Le feuilleton", Un roi sans divertissement, 10 podcasts radiophoniques.
En août 2021 paraît aux éditions Futuropolis Un roi sans divertissement : d'après l’œuvre de Jean Giono, un album de bande-dessinée signé par Jean Dufaux pour le récit et Jacques Terpant pour le dessin (ISBN 9782754829717).
Notes et références
[modifier | modifier le code]Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Philippe Arnaud, Anatomie d'un chef d’œuvre : essai sur « Un roi sans divertissement », L’Harmattan, coll. « Critiques littéraires », 2001 — (ISBN 2-747-51326-2)
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Une étude du roman sur le site Magister.
- « Denis Labouret, Un roi sans divertissement de Jean Giono, roman contemporain? », sur ac-amiens.fr via Internet Archive (consulté le )
- « Giono, un roi sans divertissement », sur clioetcalliope.com (consulté le )
- https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton/un-roi-sans-divertissement-de-jean-giono
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :