Tassili n'Ajjer
| Tassili n’Ajjer | |
Carte topographique du tassili n’Ajjer. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 2 158 m, Adrar Afao |
| Longueur | 670 km |
| Largeur | 200 km |
| Superficie | 72 000 km2 |
| Administration | |
| Pays | |
| Wilayas | Illizi, Djanet |
| Géologie | |
| Roches | Roches sédimentaires |
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Le tassili n’Ajjer (en berbère : tasili n Ajer, en tifinagh : ⵜⴰⵙⵉⵍⵉ ⵏ ⴰⵣⴶⵔ, Tasili n Azjer ; en arabe : طاسيلي ناجر) est un massif de montagnes situé au centre du Sahara, dans le Sud-Est de l'Algérie et dont la frange orientale se trouve en territoire libyen.
Géographie
[modifier | modifier le code]Situation, topographie
[modifier | modifier le code]Ce haut plateau aride se trouve à plus de 1 000 mètres d'altitude et s'étend sur 670 km du nord-ouest au sud-est et 200 km environ du nord-est au sud-ouest, soit une superficie de près de 72 000 km2[1]. Sur toute sa surface se dressent des formations rocheuses créées par l'érosion, émergeant des dunes de sable, qui évoquent de loin les ruines de villes antiques. Illizi se trouve au pied du versant nord et Djanet en bordure du versant sud-ouest.
Le tassili n’Ajjer culmine à 2 158 mètres d'altitude à l'Adrar Afao et émerge en hautes falaises à 1 500 mètres en moyenne au-dessus des ergs de Mourzouq et d'Oubari à l'est et d'Admer dans le Ténéré au sud[2]. Au nord, ce haut plateau se perd dans les dunes d'Issaouane et de Bourharet.
Le relief du tassili n’Ajjer est particulièrement tourmenté : les immenses plaines rocheuses qui laissent parfois la place à des « forêts » de monolithes sont creusées d’akbas (trous dans les escarpements qui ne sont accessibles qu'à pied ou à dos de dromadaire) et de multiples failles et canyons recelant parfois une guelta alimentée par les rares et violents orages qui ravinent le désert tous les deux ou trois ans[2].
Le massif est habité par les Touaregs du groupe Kel Ajjer. Sa ville principale est Djanet, une petite oasis située en bordure occidentale de la région.
Géologie
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Le bouclier touareg, un ensemble de terranes qui s'est formé au cours du Néoprotérozoïque, il y a 750 à 550 millions d'années[3], couvrait le territoire des montagnes actuelles de l'Hoggar en Algérie, de l'Aïr au Niger et de l'adrar des Ifoghas au Mali. À l'ouest se trouve le craton ouest-africain, à l'est le mégacraton saharien oriental. Il s'est agrandi par accrétion au nord et au sud, de sorte qu'il englobait également la région de l'actuel tassili n'Ajjer[4]. Au cours de cette époque, le supercontinent Gondwana s'est formé, auquel appartenaient également tous les cratons et boucliers de l'Afrique ultérieure[5],[6].
Au cours du Cambrien qui a suivi (541 à 485 millions d'années), les premiers dépôts de sédiments encore présents aujourd'hui se sont formés dans la région du tassili n'Ajjer. Au cours de cette époque, le Gondwana s'est déplacé de la zone équatoriale vers l'hémisphère sud de la Terre, de sorte que la région du Sahara se trouvait dans la région du pôle Sud à l'Ordovicien supérieur (458 à 443 millions d'années). À la fin de cette époque, la glaciation hirnantienne a régné pendant un million d'années. Une calotte glaciaire s'est formée, recouvrant une grande partie de la moitié nord de l'Afrique[7]. Dans la région à l'ouest de Ghat, dans le tassili n'Ajjer, des formations rocheuses plates présentant des marques d'abrasion témoignent du mouvement des glaces pendant cette période[8].
Au début du Silurien (il y a 443 millions d'années), le climat mondial a changé, provoquant la fonte des glaces du bouclier touareg. Cela a laissé derrière lui des canaux d'eau de fonte qui s'étaient formés sous la glace[9],[10]. Cela a achevé la formation de la stratigraphie géologique du groupe des tassilis internes. Il se compose principalement de grès et de quelques couches d'argile.

Au cours des périodes silurienne et dévonienne, la transgression (l'avancée de la mer) depuis le nord et le nord-ouest a recouvert de vastes zones du Sahara de nouvelles couches de sédiments. À cette époque, le tassili n'Ajjer était le fond marin près de la côte, avant de devenir une plaine inondable fluviale. Au cours du Silurien, la séquence stratigraphique du groupe de la dépression ou sillon intra-tassilien s'est formée, contenant beaucoup d'argile bioturbée et quelques fines couches de grès. Au cours du Dévonien, les formations du groupe des tassilis externes se sont formées, contenant beaucoup de grès ainsi que de l'argile avec de la macrofaune et des couches de calcaire. Ce sont surtout ces deux séries stratigraphiques du Silurien et du Dévonien qui contiennent, dans le bassin d'Illizi au nord du tassili n'Ajjer, des gisements de pétrole et de gaz naturel qui sont exploités[11].
Pendant les 200 millions d'années qui ont suivi, cette région est restée géologiquement une zone continentale plutôt calme et assez plate, sans grands changements tectoniques ni sédimentations[12]. Probablement dès le Crétacé, mais surtout depuis le Miocène (23 à 5,3 millions d'années), le bouclier touareg a commencé à se bomber sous l'effet d'une poussée magmatique. Le soulèvement dans la région de l'Ahaggar a finalement atteint 4 000 à5000 m. La région du tassili n'Ajjer a également été touchée, et le gonflement a provoqué une inclinaison de ses couches vers le nord. Parallèlement au soulèvement, plusieurs bassins se sont formés au nord et au sud du bouclier touareg, qui ont alors servi de zones de dépôt pour les sédiments érodés, par exemple le bassin d'Illizi[4],[13]. C'est surtout au Miocène que les couches sédimentaires du groupe des tassilis externes (la série de couches supérieure) ont été complètement érodées dans les parties sud et est du massif.
Le dernier changement géologique majeur s'est produit au Pléistocène (il y a 5,3 à 2,58 millions d'années). Le volcanisme a recouvert la région de l'Adrar, au sud-ouest du tassili n'Ajjer, de cratères, de cônes volcaniques et de coulées de lave. Cette évolution s'est poursuivie jusqu'au début du Quaternaire[4].
Dans la partie nord, sur le plateau du Groupe des Tassilis externes, les systèmes fluviaux se sont enfoncés jusqu'à 400 m de profondeur dans les couches de grès et d'argile en raison de la pente désormais plus grande[12]. Mais pendant les périodes de sécheresse des époques passées et même aujourd'hui les vents chargés de grains de sable usèrent et sculptèrent les grès meubles. Les rares pluies, les exceptionnelles crues, demeurent une cause d'érosion importante, car nul couvert végétal ne retient les eaux qui creusent les roches. Les températures sont une autre cause de l'érosion : la différence entre la nuit et le jour est parfois de cinquante degrés et les roches éclatent littéralement par l'effet de ces variations brutales jusqu'à devenir poussière de sable (phénomène appellé cryoclastie ou gélifraction)[14].
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La hamada dénudée sur les tassilis externes, au sud d'Illizi.
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Les trois formations du groupe de la dépression ou sillon Intra-tassilien du Oued Imihrou
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Avant-poste du tassili n'Ajjer dans l'oued Essendilène: Plusieurs couches du groupe des tassilis internes.
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Vue du tassili n’Ajjer près du Bordj El Haouas : Les blocs rocheux arrondis au premier plan sont le résultat de l'altération par insolation.
Faune et flore
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Entre 17 000 et 12 000 ans avant le présent, le tassili n’Ajjer était recouvert d'une végétation verdoyante, qui évolua progressivement vers la savane, puis la steppe de type sahelien, avant de devenir un désert il y a 7 000 ans avant le présent[15]. Il en demeure quelques espèces-reliques comme des myrtes à proximité des trous d'eau et des cyprès du Tassili (tarout) dont il subsiste une centaine de spécimens près de Tamrit[2]. De cette époque subsistent également le mouflon à manchettes et quelques survivants d'une faune aquatique jadis variée : des poissons dans certaines gueltas, des crevettes dans l'oasis de Djanet et même des crocodiles, découverts en 1924 : les crocodiles de l'Imhirou[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]Le tassili n'Ajjer est englobé avec l'erg Admer et la Tadrart Rouge dans le parc culturel du Tassili (138 000 km2) lors de sa création le [16]. Le parc est inscrit depuis 1982 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO[17] et classé réserve de biosphère depuis 1986[18],[19]. Des animaux en voie de disparition tels que le mouflon et des gazelles y ont trouvé refuge.
Le tassili n'Ajjer et son parc culturel sont considérés comme l'un des plus grands et anciens « musées rupestres à ciel ouvert » du monde, au même titre que les fresques des aborigènes d'Australie ou des khoïsan de Namibie. Il abrite notamment les gravures rupestres de l'Oued Djerat et celles du plateau de Sefar datant d'environ 9 à 10 000 ans avant le présent[20],[21], rappelant qu'à l'époque où le Sahara était verdoyant et fertile, des populations de chasseurs et de pasteurs y vivaient : nombreux sont les dessins représentant des troupeaux de bovins menés par des bergers. Leurs œuvres d'art figurent des scènes de chasse, de danse et d'affrontements, ainsi que de nombreux restes de poteries ou de pierres taillées. Les peintures rupestres ont été décrites par Henri Lhote[22],[23] dont les travaux ont été d'une part considérés, depuis l'indépendance de l'Algérie, comme un pillage et une dégradation du site[24] et d'autre part utilisés par l'auteur sensationnaliste Erich von Däniken[25], pour étayer sa théorie des anciens astronautes qui interprète les masques rituels africains[25] comme des combinaisons d'extraterrestres[26],[27].
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Peinture rupestre d'Eheren.
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Peinture rupestre de Jabarren.
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« Dame blanche », peinture rupestre « Têtes rondes », Aouanrhet[28].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Tassili n'Ajjer, UNESCO.
- Eve Sivadjian (dir.) et Catherine Guigon, Déserts du Monde, Paris, Solar, , 207 p. (ISBN 2-263-03324-6), « Tassili des Ajjer », p. 72
- ↑ (en) J.-P. Liégois et al, « Pan-african displaced terranes in the Tuareg shield », Geology, 1994, p. 641 [lire en ligne], consulté le 24 septembre 2025
- (en) J.-P. Liégois, The Hoggar swell and volcanism, Tuareg shield, Central Sahara, 2006, p. 2 et suivantes [lire en ligne], consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (en) Paul Perron, Architecture and tectonic of Paleozoic intracratonic Basins, 2019, p. 85, consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (fr)(en) Hocine Djouder, Silurian succession from North Africa: Sedimentology, ichnology and thermal history for a new era of hydrocarbon exploration, Université de Liège (Belgique), 2019, p. 13, 14, 37-48, consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (en) L. Robin M. Cocks, Trond H. Torsvik, Ordovician palaeogeography and climate change, 2021, p. 65, 69-70 [lire en ligne], consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (en) Jean-François Ghienne et al, The Ordovician glacial pavements of the Tassili n'Ajjer. Plus d'informations sur ce sujet : The Ordovician record of North and West Africa
- ↑ (en) Julien Moreau, Late Ordovician deglaciation of the SW Murzuk Basin (Libya), Basin Research, 2011, p. 15, [lire en ligne], consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (en) D.P. Le Heron, The Hirnantian glacial landsystem of the Sahara: a meltwater-dominated system, Lyell Collection, 2016, p. 509, consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (en) The National Agency for the Valorization of Hydrocarbon Resources (ALNAFT), section 1. The Berkine Basin, stratigraphic aspects, consulté le 24 septembre 2025
- (de) Detlef Busche, Die zentrale Sahara - Oberflächenformen im Wandel, Justus Perthes Verlag, Gotha, 1998 (ISBN 3-623-00550-9), p. 12
- ↑ H. Askri et al, Géologie de l'Algérie, SONATRACH, DZ, p. I-36 (profil de couche) [lire en ligne], consulté le 24 septembre 2025
- ↑ (de) Michael Westerberg, Die aride Morphodynamik der Wüsten Nordafrikas, Westerberg, GRIN, 2005, p. 6, 10-15, consulté le 24 septembre 2025
- Henri J. Hugot, Le Sahara avant le désert, éd. des Hespérides, Toulouse 1974 et Jean Gagnepain
- ↑ « L'art rupestre du parc. », sur m-culture.gov.dz
- ↑ « Tassili n'Ajjer », sur UNESCO (consulté le )
- ↑ « Renforcer la durabilité des réserves de biosphère dans la région du Maghreb », Unesco, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) UNEP-WCMC, « TASSILI N'AJJER NATIONAL PARK », sur World Heritage Datasheet, (consulté le )
- ↑ « Datation des peintures du Tassili au Sahara - Hominidés », sur www.hominides.com (consulté le )
- ↑ OSL dating of quaternary deposits associated with the parietal art of the Tassili-n-Ajjer plateau (Central Sahara), Merciera et al. 2012, Quaternary Geochronology, Volume 10, July 2012, Pages 367–373
- ↑ Henri Lhote, À la découverte des fresques du Tassili, Arthaud 1958. Réf. : Algérie : Mémoire de pierre
- ↑ Henri Lhote, Planète, no 7 à 9, 1962, page 43
- ↑ [PDF] Henri Lhote était un pillard, El Watan, 21 février 2012
- David Darling, Lhote, Henri (1903–1991), Encyclopedia of Science
- ↑ Jean-Loïc Le Quellec, Des martiens au Sahara : chroniques d'archéologie romantique, Actes Sud, coll. « Errance », 2009 (ISBN 978-2742782758)
- ↑ Guy Jacques, Les Saharas cachés : une méharée imaginaire, Société des écrivains, 2015, page 190.
- ↑ Les reproductions des peintures ont été réalisées en 1956 et 1957 par Henri Lhote et son équipe dans le massif d'Aouanrhet, à proximité de l'oasis de Djanet et du plateau de Jabbaren, dans le Sud de l'Algérie : H. Lhote, Op. cit., pp. 88 et 252 sur le site du musée de l'Homme : Tassili d'Algérie : Mémoires de pierre.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]- Hoggar
- Tadrart Acacus
- Parc culturel du Tassili
- Cyprès du Tassili (Cupressus dupreziana)
- Séfar
- Sebeïba célébration compétitive de la région de Djanet
- Art rupestre du Sahara
- Liste de sites pétroglyphiques en Algérie
- Liste de sites d'art rupestre en Afrique
- Liste de fossiles d'hominidés
- Sites préhistoriques en Algérie
- Liste des sites et monuments classés en Algérie
- Liste du patrimoine mondial en Algérie
- Liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité en Algérie
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- Jean-Dominique Lajoux (préf. Jean-Loïc Le Quellec), Murs d'images : Art rupestre du Sahara préhistorique, Paris, Errance, coll. « Pierres tatouées », , 315 p., 29 cm (ISBN 978-2-87772-446-3)
- Bensadek Cherifa, « Les aires protégées du Sahara algérien, entre traditions et enjeux contemporains : perspectives d’écodéveloppement au cœur des parcs culturels du Tassili-Ahaggar (Algérie) », Maghreb - Machrek, 2019/1, no 239, p. 117-139.
Liens externes
[modifier | modifier le code]- Flore et faune du Tassili n’Ajjer, 2023, illustré, Partie 1 : présentation, paysage, faune
- Flore et faune du Tassili n’Ajjer, Partie 2 : flore