Casbah d'Alger

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Casbah d'Alger *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Ruelle de la Casbah
Ruelle de la Casbah
Coordonnées 36° 47′ 00″ N 3° 03′ 37″ E / 36.78333, 3.0602836° 47′ 00″ Nord 3° 03′ 37″ Est / 36.78333, 3.06028
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Type Culturel
Critères (ii) (v)
Superficie 105 ha[note 1]
Numéro
d’identification
565
Zone géographique États arabes **
Année d’inscription 1992 (16e session)

Géolocalisation sur la carte : Algérie

(Voir situation sur carte : Algérie)
Casbah d'Alger
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

La Casbah d'Alger, communément appelée « la Casbah » (en arabe : القصبة, Al Kasabah - « la citadelle ») correspond à la vieille ville et est un quartier historique d’Alger inscrit au patrimoine mondial de l'humanité de l'Unesco depuis 1992. D'un point de vue administratif elle est située sur la commune de Casbah, dans la wilaya d'Alger.

Son histoire remonte à l'antiquité où elle fut un port punique, puis berbère et enfin romain. La vieille ville actuelle, la médina, est fondée au Xe siècle par les Berbères sous la dynastie des Zirides, puis enrichie par les apports des autres dynasties berbères ayant dominé le Maghreb central, elle atteindra son apogée durant la période de la régence d'Alger où elle est le siège du pouvoir politique. Conquise par les Français en 1830 elle est progressivement marginalisée car les centres de pouvoir sont déplacé vers la nouvelle ville. Elle occupera un rôle central pendant la Guerre d'Algérie en servant de bastion aux indépendantiste du FLN. À l'indépendance de l'Algérie, en 1962, elle ne retrouvera pas sa centralité urbaine et demeurera un espace de la ville marginalisé.

Cependant elle est un exemple d'architecture et d'urbanisme des médinas arabo-berbères, symbole de la culture algérienne, objet d'inspiration artistique et le siège d'un savoir-faire artisanal ancestral.

Cette médina est menacée par le manque d'entretien et d’intérêt de ses habitants et de l'administration et ce malgré son classement à l'Unesco sur la liste de patrimoine mondial de l'humanité en 1992. Cependant des acteurs locaux se battent pour faire vivre son patrimoine matériel et immatériel.

Considérations géographiques[modifier | modifier le code]

Toponymie[modifier | modifier le code]

La Casbah d’Alger, tire son nom de la citadelle qui la surplombe (désignée en arabe par le mot : القصبة, Kasbah)[1]. Le terme Casbah désignait à l'origine le point culminant de la médina à l'époque ziride, par extension il s'applique par la suite à toute la médina délimitée par les remparts de l'époque de la régence d'Alger au XVIe siècle[2].

Situation et Topographie[modifier | modifier le code]

Vue sur la Casbah avec en arrière-plan le massif de Bouzeréah.

La Casbah se situe dans le centre de la ville d'Alger dont elle constitue le cœur historique. Elle occupe historiquement une place stratégique car sa localisation géographique est plutôt centrale à l'échelle de l'Algérie et du Maghreb[3]. Elle fait face à la mer Méditerranée et est construite sur un terrain comportant 118 mètres de dénivelé : ainsi la Casbah offre à première vue le décor d'un enchevêtrement de maisons en pente. L’étroitesse et la sinuosité de ses rues en font une zone sans voiture, dont le ravitaillement ou le ramassage des ordures se fait encore traditionnellement à dos d'âne[4]. La Casbah est disposée en triangle dont la base rejoint la baie d'Alger et lui donne un aspect de « pyramide colossale » ou d'« amphithéâtre triangulaire » vue depuis la mer[5]. La blancheur de ses maisons et sa disposition va alimenter le lyrisme de divers auteurs voyant dans l'ensemble de la ville d'Alger la forme d'un « sphinx »[6]. La citadelle d'Alger, surplombant le site de la médina en dénivelé, lui donne un aspect de « ville bien gardée » ; d'où son surnom en arabe « El Djazaïr El Mahroussa » notamment vis à vis des pays d'Europe, où le souvenir de l'échec de Charles Quint en 1541 perdurera jusqu'au débarquement français en 1830[7].

Le choix du site remonte à l'époque punique dont ont fait remonter la trace la plus ancienne à la fin du VIe siècle av. J.-C. En effet les carthaginois cherchent à installer une série de relais sur le littoral méridional de la mer Méditerranée pour contrôler divers flux commerciaux : or subsaharien, argent d'Espagne ou étain des Iles Cassitérides. Ce dispositif appelé « échelles puniques » permettait aux navigateurs de trouver refuge, ou d'avoir un lieu où échanger leur marchandise. Le site d'Alger, alors appelé Ikosim, présente des îlots pouvant abriter un mouillage et répond à la nécessité d'époque de trouver un relais entre deux établissements puniques espacé de 80 km: Bordj el Bahri (Rusguniae) et Tipaza. L'établissement se confirme avec un site protégé d'une part par le rivage de Bab-el-Oued et d'autre part la baie de l'Agha exposée aux vents nord et est mais comportant quatre îlots proches du rivage[note 2]. Sur le rivage un promontoire d'une altitude de 250 mètres permet alors de se réfugier, le massif de Bouzaréah fourni des moellons de calcaire et les environs de la terre à brique et des ressources suffisantes en eau[8]. Ce rôle portuaire de la ville est confirmé par le géographe cordouan Al Barki au XIe siècle qui rapporte que la ville protégée par une rade, ses îlots et sa baie servait de point de mouillage l'hiver. Outre les navires commerciaux, elle fut donc à divers époques le refuge de pirates ou corsaires[3].

L'arrière-pays[modifier | modifier le code]

Le massif de Bouzeréah culminant à 400 mètres fait parti de l'ensemble du Sahel algérois, lui même ouvrant sur la plaine de la Mitidja, puis plus au sud sur le massif de l'Atlas ; dont Alger est le débouché[3]. Cet arrière-pays va contribuer à enrichir la ville au cours de l'histoire par ses productions agricoles, l'élevage et l'apiculture. La ville se caractérise dès le Moyen-Age par la présence de propriétaires agricoles et par son caractère commençant en tant que port méditerranéen : elle exporte les divers productions et va attirer la convoitise des divers conquérants qui ont dominé le Maghreb[3]. Alger est située également aux marges de la Kabylie et servira à partir du XVIe siècle de centre urbain et principal réceptacle des populations kabyles en détrônant Béjaïa - autre cité importante du Maghreb Central. Elle attirera donc les productions de cette région et sa main d'œuvre[9].

Hydrogéologie[modifier | modifier le code]

Les ressources hydrauliques qui alimentent l'ancienne médina, sont dépendantes du profil hydrogéologique et proviennent du Sahel algérois et des nappes phréatique du Hamma, de Hydra et de Ben Aknoun. Il sont acheminé par un réseau d'aqueducs mis en place depuis l'époque de la Régence d'Alger et qui sont toujours en place mais supplantés dans leur fonction par un réseau de distribution plus moderne datant du début du XXe siècle[10]. La cité fut fondée sur un site géologique ancien. Les sources d'eau sont en fait alimentées par des affleurements calcaires, des zones de gneiss et des filons de grenulites ; le tout reposant sur une assise schisteuse. L'exploration aquifère, outre les sources, les aqueducs et les fontaines, se fait par le biais de puits domestiques d'une profondeur de 50 mètres à 70 mètres dans les couches de gneiss ou de schiste[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Pour plus de détail sur l'histoire de la Casbah voir l'article de la ville d'Alger dont elle constitue le cœur historique.

La Casbah d'Alger est une ancienne médina dont l'origine est millénaire si l'on prend en compte le passé punique et romain du site[note 3]. La Casbah est considéré comme un bien culturel mondial en raison de son patrimoine ancien et de l'histoire diversifiée dont il témoigne[11].

Préhistoire[modifier | modifier le code]

Le site du vieil Alger ne possède pas de traces de la période préhistorique contrairement au Sahel algérois environnant. Le versant nord de ce Sahel possède de nombreuses grottes qui furent découvertes lors de l'exploitation de divers carrières alors que le sud-est possède une importante couverture marno-sableuse friable et donc moins favorable à l'établissement d'abris pouvant retenir des vestiges anciens. Cependant c'est dans ce versant sud-est moins favorable que l'on trouve le site datant du paléolithique le plus important : celui d'El Meki. Le traces du paléolithique inférieur sont absentes de la région à l'exception d'un biface retrouvé dans le Sahel et qui évoque l'Acheuléen moyen ou supérieur. En revanche le paléolithique moyen est mieux représenté notamment dans les quartiers périphérique d'Alger où de nombreux objets furent retrouvés[8]. La période du néolithique a laissé de nombreuses traces éparpillées dont le principal gisement est une grotte de Aïn Benian. On retrouve de cette époque des haches polies, un polissoir et des poteries incisées et imprimées. Comme dans le reste du Maghreb, le peuplement au néolithique semble présenter un caractère. Le cœur historique d'Alger ne présente aucune trace de peuplement préhistorique, compte tenu de l'urbanisation ancienne et en continue à travers les époques. Mais compte tenu des avantages du site il est très probable qu'il fut occupé régulièrement dès le néolithique[8].

L'Antiquité punique, numide et romaine[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Civilisation punique, Maurétanie et Afrique romaine.

On ne peut dater précisément l'établissement de la ville antique d'Alger (Ikosim) par les phéniciens, même si il est probable que ce soit postérieur à la fin du VIe siècle av. J.-C.. Il semblerait qu'il fut fondé deux ports dans la baie d'Alger se relayant comme abri : l'un Rusguniae à l'est permettait aux navigateurs de s'abriter des vents d'est ; l'autre Ikosim (Alger) à l'ouest permettait de s'abriter des vents d'ouest. De cette époque on a retrouvé essentiellement une stèle punique rue du Vieux Palais à Alger, mais aussi un sarcophage en pierre en 1868 dans le jardin Marengo comportant des bijoux d'époque et enfin de nombreuses pièces dans le quartier de la Marine[12].

Ces 158 monnaies puniques en plomb et en bronze, datant du IIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C., ont permis de mettre à jour le nom antique d'Alger car elle comportent la mention « IKOSIM ». Selon Cantineau l'étymologie punique du mot Ikosim renvoie en fait à deux mots collés : « i » signifiant l'« île » et « kosim » signifiant « hibou » ou dans une traduction alternative « épine ». Ainsi le nom antique d'Alger, Ikosim signifierait soit « île des hibous », soit « île des épines ». Victor Bérard appuyé par l'opinion de Carcopino, préfère lui la traduction d’« île aux mouettes ». Un puit antique a également été découvert dans le quartier de la marine comportant des tessons de poterie de divers époques. Pour la période antique les vestiges retrouvés témoignent des relations commerciales avec l'occident méditerranéen (Gaule, Espagne, Sud de l'Italie) du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C. ; puis plus tardivement de la présence romaine jusqu'au Ve siècle[note 4],[12].

La chute de Carthage en 146 av. J-C n'apporte pas de grand changements à Ikosim qui fait partie du royaume numide puis va rentrer dans l'orbite du royaume maure du roi Bocchus et de ses successeurs. La Maurétanie qui correspond à cette partie ouest de l'Afrique reste indépendante jusqu'en 40 ap. J-C, où elle rentre après une période de rois vassaux comme Ptolémée de Maurétanie, sous la domination de l'Empire Romain. Le nom de la ville Ikosim sera latinisé en Icosium, et verra des colons romains s'installer dès la période des rois vassaux, avant même la conquête romaine de la ville.

Avant la conquête romaine la ville possédait des magistrat romain comme en témoigne une base honorifique en latin concernant le roi Ptolémée retrouvée dans la rue Hadj Omar de la Casbah[12] :

« [R]egi Ptolemae[o]/reg(is) Iubae f(ilio)/L(ucius) Caecilius Rufus/Agilis f(ilius), honoribus/omnibus patriae/suae consummatis/d(e) s(ua)p(ecunia) f(aciendum) c(uravit) et consacravit. »

Une autre inscription faisant référence à Ptolémée figure sur dalle incluse dans le minaret de la grande mosquée[12] :

« [L (ucius) Caecili]us Rufus, Agilis f(ilius), fl(amen ?) /[ob honorem flamin ?] atus d(e) s(ua) p(ecunia) donum d[edit]. »

En 40 ap. J-C, la Maurétanie est réduite au rang de province par l'Empereur Caligula. Icosium dépend d'un procurateur-gouverneur qui s’installe à Caesarea (Cherchell). Devenue ville romaine, Vespasien octroie les privilèges du droit latin à Icosium mais avec des droits réduits par rapport aux colonies de droit romain[12],[13].

La ville délimitée par le rempart antique devait déjà recouvrir plus ou moins l'étendue de la période de la Régence d'Alger, mais les habitations se concentraient surtout dans la partie voisine de la mer ; les pentes plus abruptes devaient être occupées par des jardins. Au dessus d'une ville basse où la population était dense, les hauteurs comportaient probablement des quartiers résidentiels ; le tout entouré par des villas rurales. Divers vestiges d'époque ont été découvert autour du site de la Casbah, ils indiquent le tracé d'une ancienne route romaine menant vers le quartier de Belouizdad[12],[13].

Les anciennes nécropoles, situées en dehors de la ville selon les usages romains, donnent une indication encore plus affinée du périmètre de la ville d'Icosium. Les tombeaux retrouvés indiquent que les sépultures se trouvent au nord et nord-ouest de la ville, ce qui est un constante historique que l'on retrouve avec les époques berbères et turques, puis de nos jour avec le cimetière de Saint-Eugène ; dont la seul particularité est d'être éloigné de 2 km de la Casbah quand les cimetières étaient traditionnellement placés directement sous les remparts[12].

Il reste cependant trop complexe de retrouver les axes de la ville antique à cause des nombreux remaniements, cependant la basse Casbah a été remplacée en partie par une ville moderne d'époque coloniale qui suit les tracés et les axes déjà en vigueur dans l'antiquité. On ne connait pas grand chose de la vie économique, sans doute portuaire, de la ville à l'époque. La vie religieuse est consacrée au panthéon romain ; puis à une époque impossible à dater a ville deviendra chrétienne. Elle connaîtra plusieurs évêques donatiste ou catholiques. Des vestiges de cette époque furent retrouvé notamment lors des fouilles récentes liées aux travaux du métro d'Alger et à l’aménagement de la Place des Martyrs. Ainsi une basilique romaine ornée de mosaïques et dont la portée de l’espace central atteint près de 10 mètres, datant probablement du IIIe siècle ou IVe siècle et une nécropole d'époque byzantine furent découvert[13].

Il y a peu d'informations sur les derniers siècles, mis à part la mise à sac de la ville par Firmus en 371 ou 372. L'histoire antique d'Icosium se dilue ensuite dans l'histoire de la province de Maurétanie puis dans celle de la domination byzantine jusqu'à la fondation d'une ville nouvelle - El Djazaïr Beni Mezghana - par Bologhin Ibn Ziri et donc un nouveau chapitre pour la ville[12].

La période des Zirides et du Maghreb central sous les dynasties berbères[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Zirides et Maghreb central.
La Grande Mosquée d'Alger construite à l'époque des Almoravides.

La Casbah correspond à la vieille ville d'Alger, la médina, bâtie par Bologhine Ibn Ziri en 960 sur les ruines de l'ancienne ville au nom romain Icosium, située dans le territoire de la tribu berbère des Beni Mezghenna[3]. La signification du nom donné par Bologhine ibn Ziri voudrait que le nom soit donné en référence aux îles qui faisaient face au port d’Alger à l'époque et qui furent plus tard rattachées à sa jetée actuelle ; en arabe Al-Djaza’ir (الجزائر), « Les Îlots »[3],[14].. Selon d'autres hypothèses notamment avancées par Al-Bakri, célèbre polygraphe andalou, le nom correct serait celui conservé par la tradition orale des habitants de la ville la désignant comme Dzeyer, qui serait un hommage à Ziri fondateur de la ville. D'ailleurs les habitants de la ville jusqu'à nos jours se désignent comme Dziri[15].

Durant la conquête arabe, aucun auteur ne relèvera ce nom et il faut attendre le XIe siècle pour que les auteurs de l'Orient en font mention.. Ibn Hawkal, un négociant de Bagdad, décrit la ville au XIe siècle (probablement visitée en 950)[14] :

«  La ville d'Alger, écrit-il, est bâtie sur un golfe et entourée d'une muraille. Elle renferme un grand nombre (les bazars et quelques sources de bonne eau près de la mer). C'est à ces sources que les habitants vont puiser l'eau qu'ils boivent. Dans les dépendances de cette ville se trouvent des campagnes très étendues et des montagnes habitées par plusieurs tribus des Berbères. Les richesses principales des habitants se composent de troupeaux de bœufs et de moutons qui paissent dans les montagnes. Alger fournit tant de miel qu'il y forme un objet d'exportation et la quantité de beurre, de figues et d'autres denrées est si grande qu'on en exporte à Kairouan et ailleurs[3]. »

Du Xe siècle au XVIe siècle, selon Louis Leschi, Alger est une ville berbère, entourée elle-même par des tribus berbères pratiquant la culture céréalière dans la Mitidja ou l'élevage dans l'Atlas, procurant à la ville des revenus importants issus du commerce[3]. Al-Muqaddasi ayant visité la ville vers 985 reprend l'essentiel des observations de Ibn Hawkal, cependant Al Bakri note l'importance du patrimoine antique de la ville. Il note la présence d'un dār al-mal‛ab (théâtre, amphithéâtre), de mosaïques et des ruines d'une église ; il relève également la présence de nombreux souks (leswak) et d'une grande mosquée (masgid al-ǧāmi). Il décrit aussi le port comme bien abrité fréquenté par des marins d'Ifriqiya, d'Espagne et d'« autres pays »[14].

Alger passera aux mains des Almoravides en 1082. Youssef Ibn Tachfin, leur souverain, fera alors édifier la grande mosquée d'Alger, connue sous le nom de Jamaa el Kebir[16]. En 1151, Abd al-Mumin un berbère Zénète, reprend Alger aux Almoravides pour le compte des Almohades ainsi que tout le Maghreb et l'Andalousie[17].

Au XIVe siècle la tribu des Ṯa‛laba va constituer un fief local autour de la ville et s'ériger en dynastie locale de magistrat à la tête d'un « sénat bourgeois ». Al-Djaza’ir ne survit qu'en étant vassale des Zianides de Tlemcen, qui bâtiront le minaret de la grande mosquée, des Hafsides de Tunis et des Mérinides de Fès qui légueront la medersa Bū‛Inānīya[14].

Cependant l'activité de piraterie qui s'y développe pousse Ferdinand d’Aragon sur la lancée de la Reconquista à prendre et fortifier l’îlot en face d'Alger (le Peñon) pour neutraliser la ville. Salim at-Toumi, chef de la ville, cherche à se défaire de cet emprise espagnole et fait appel à Aruj Barberousse. C'est le début de l'établissement de la Régence d'Alger où la ville va prendre son rôle de capitale du Maghreb Central[3],[14].

La Régence d'Alger[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Régence d'Alger.
Le Dey Hussein dans son palais de la Casbah et la fameuse scène « coup d’éventail », le 30 avril 1827, le dey soufflette de son éventail le consul de France. C'est un des prétextes à une tension entre les deux pays qui débouche trois ans plus tard en 1830 à la prise d'Alger.

Les frères Barberousse chasseront les Espagnols définitivement de l'ilot du Peñon en 1529. Aruj Barberousse décide de crée un véritable port en reliant l’îlot à la terre ferme en créant la jetée et l'amirauté d'Alger ainsi que une rade abritant les navires et qui va permettre à Alger de devenir la principale base de corsaires en méditerranée occidentale. Charles Quint organise l'expédition d'Alger en 1541, qui sera un échec. Les défenses de la ville sont alors remaniées surtout vers la mer : la ville est entourée d'une enceinte percée par les portes Bab Azoun, Bab el Oued, Bab Jedid, Bab Jezira et défendue par une série de forts (bordj) établi du XVIe au XVIIe siècle : el Fanar, el Goumen, Ras el Moul, Setti, Takelit, ez Zoumbia, Moulay Hasan (ou Fort l’Empereur), Kala’at el Foul, Mers ed Debban. Plus tard seront construits, le bordj Jdid datant de 1774 puis ceux de el Bahr et Ma-fin du début du XIXe siècle[18].

La forteresse qui domine la ville, entre 1516 (débutée par Arudj Barberousse) et 1592 (achevée sous le règne de Kheder Pacha)[19]. Elle ne devint la résidence du souverain que sous Ali-Khodja, avant-dernier dey d'Alger, qui, pour échapper à la tyrannie de la milice abandonna le palais de la Djenina, située trop au centre de la ville et fit transporter le Trésor public à la Casbah où il s'enferma avec une garde particulière de 2 000 Kabyles.

Outre les produits agricoles et manufacturés la ville tire ses revenus du corso, la piraterie barbaresque. Le gouvernement ou beylik, prélève une partie des revenus de la course en Méditerranée. Ces revenu permettent de financer la milice ou d'effectuer des travaux publics (système d'égout, aqueducs...). Les corsaires appelé reïs et les personnalité du beylik établissent des demeures luxueuses dans la partie basse de la ville et les familles arabes s'établissent essentiellement dans la partie haute de la ville. L'age d'or de la piraterie au XVIIe siècle siècle provoque une série d’expéditions européennes, sous forme de bombardement de la ville. Elle doit aussi faire face à des tremblements de terre (1716 et 1755) et à des épidémies de peste (1740, 1752, 1787, 1817). Ces facteurs combinés à une perte d'importance économique et à une instabilité politique font que la population de la ville diminue. De plus de 100 000 habitants au XVIIe siècle elle passe à environ 30 000 habitants en 1830[18],[20].


La Casbah vit, le 30 avril 1827, la fameuse scène dite « coup d'éventail » qui devait amener la prise d'Alger par les Français le 5 juillet 1830 sous le règne de Charles X. Son dernier locataire fut le dey Hussein. Le comte et maréchal de Bourmont y séjourna en juillet 1830[21].

Période de la colonisation française[modifier | modifier le code]

Le maréchal de Bourmont le conquérant de la Casbah en 1830

L'armée française fait son entrée à Alger le . La présence française va considérablement changer l'aspect d'Alger et de sa médina. Les Français vont apporter des transformations à la ville en démolissant une grande partie de la Basse Casbah, en en érigeant l'actuelle Place des martyrs[22]. La Casbah, qui allait à l'origine jusqu'à la mer, est reléguée à l'arrière-plan de la ville par le front de mer et son architecture en arcade. La colonisation se traduit aussi par le tracé de nouvelles rues qui entourent la Casbah et pénètrent aussi son espace. Sur le plan architectural, les Français introduisent le style haussmanien et démolissent les murailles de la vieille ville. La période française est aussi marquée par un courant architectural néo-mauresque dont les plus célèbres réalisations sont la medersa Thalibiya et la Grande poste d'Alger en 1913[22]. La « ville arabe » étant organisée traditionnellement autour de sa mosquée et de son souk, la période de la colonisation va introduire un nouveau rapport à l'espace. Alger devient une ville où cohabitent le nouveau et l'ancien, le sacré et le temporel définissant ainsi de nouveaux espaces de sociabilité.

La Casbah, qui représentait la totalité de la ville d'Alger en 1830, est alors considérée comme un sous-espace urbain, résiduel et instable. Pourtant, la Casbah présente encore des espaces de sociabilité comme les mosquées, les cafés maures, les places (rahba) et les hammams. Cependant, la centralité urbaine (économique, politique…) se déplace vers les nouveaux quartiers européens. Ce schéma reste valable jusqu'après l'indépendance où la Casbah n'a jamais retrouvé son importance[23].

Guerre d'Algérie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Wilaya IV.
Au premier plan, la maison où fut arrêté Yacef Saadi par les paras du 1er REP le 28 septembre 1957, située au 3, rue Caton
Ruines de la maison, située au 5, rue des Abderrames, qui a servi de cache à Ali la Pointe, Hassiba Ben Bouali, Petit Omar et Hamid Bouhmidi, après son explosion par les paras du 1er REP, le 8 octobre 1957

Nouvellement élus par le « congrès de la Soummam», les membres du CEE (Comité de coordination et d'exécution) : Abane Ramdane, Larbi Ben M'hidi, Krim Belkacem, Saad Dahlab et Benyoucef Benkhedda véritables dirigeants de la révolution, avaient décidé de siéger dans la Casbah où ils pensaient avoir une plus grande emprise sur les militants du FLN, de meilleures liaisons et surtout parce qu'ils étaient persuadés que la capitale était propice à la clandestinité totale, avec ses « planques », ses « caches » multiples, ses nombreux agents de liaison perdus dans la masse et les protections de toute sorte dont ils pourraient bénéficier. Et puis siéger à Alger, c'était aussi être au cœur de l'Algérie et y appliquer la guérilla urbaine, aussi importante à leurs yeux que les combats et les actions dans les djebels.

La Casbah est le lieu essentiel de la « bataille d'Alger » en 1957. Selon Yacef Saadi le chef de la Zone Autonome d'Alger. (ZAA), c'est l'affrontement qui opposa la 10e Division Parachutiste et les indépendantistes du FLN. Selon le général Massu, c'est l'ensemble des actions de toutes sortes, autant humaines que policières, menés par les forces de l'ordre pour enrayer le terrorisme. Sur le terrain, la dite « bataille » est remportée par l'armée française qui démantela complètement les réseaux FLN et l'organisation politico-administrative de la Zone autonome d'Alger, en employant les méthodes qui furent ensuite systématisées : recherche du renseignement par tous les moyens, y compris la torture, puis, surtout à partir de juin 1957 retournement et manipulation des ralliés vêtus de bleu de chauffe, encadrement et contrôle de la population.

L'infiltration par le GRE du capitaine Léger dans le réseau de courriers de Yacef Saadi permet la localisation de ce dernier, qui est capturé le 23 septembre, au 3, rue Caton dans la Casbah, en octobre c'est l'exécuteur du FLN, Ali la Pointe qui, cerné avec ses compagnons Hassiba Ben Bouali, Hamid Bouhmidi et Petit Omar au 5 rue des Abderrames, son refuge fut plastiqué par les parachutistes du 1er REP, l'énorme explosion tua également 17 civils du voisinage dont 4 fillettes de quatre et cinq ans.

Depuis l'indépendance[modifier | modifier le code]

La Casbah vue depuis la place des martyrs ; au premier plan Jamaa al-Jdid.

À l'indépendance de l'Algérie, la Casbah va connaitre un autre « drame ». C'est le départ des familles d'origine du quartier, les citadins ou beldiya, vers les appartements européens de Bab el Oued ou El Biar plus spacieux. La Casbah est devenue un espace de spéculation et de transit où les habitants louent et sous-louent leurs possessions[24]. Les gens vivant à la Casbah sont alors remplacés par des ruraux dont le but est de quitter le quartier le plus vite possible, certains dégradant même volontairement l'habitat pour bénéficier d'un logement neuf[25]. Les plan de restaurations se succèdent sans succès par manque de volonté politique. La Casbah devient vite un espace surpeuplé et vétuste ne retrouvant pas sa centralité dans la ville d'Alger. Mais elle reste aussi aux yeux de la population algérienne un symbole de lutte contre les injustices et un lieu de mémoire collective[24]. L'UNESCO classe la Casbah patrimoine mondial de l'humanité en 1992 et participe depuis à la préservation des lieux. Des associations locales et des habitants s'impliquent aussi dans la restauration des lieux et de la vie sociale. La citadelle qui surplombe le site est elle en cours de restauration avancée[26].

Structure socio-urbaine[modifier | modifier le code]

L'urbanisme de la Casbah d'Alger apparaît comme typique des médinas arabo-berbères du Maghreb. L'apport ottoman plus tardif se retrouve essentiellement dans l'architecture militaire, notamment dans la citadelle qui surplombe la ville[2]. Le terme casbah désignait par ailleurs cette citadelle avant de se généraliser, encore jusqu'à nos jours, à tout le périmètre de la médina compris dans les fortifications édifiées sous la régence d'Alger au XVIe siècle[2]. La Casbah d'Alger apparaît comme un tissu urbain complexe et mystérieux pour les visiteurs notamment les peintres orientalistes. En effet la position naturelle du site explique ses rues sinueuses, véritables méandres caractéristiques de la ville ancienne, car la Casbah présente cette particularité d'occuper un site en relief et face à la mer. Selon Ravereau, c'est le site qui créa la ville, alors que le Corbusier constatait déjà l'orientation des maisons et terrasses de la Casbah vers la mer pourvoyeuse de ressources et de bonnes nouvelles, el kheir, ou de mauvaises (naufrages, marins disparus...). La ville apparaît comme fondamentalement tournée vers la Méditerranée, et tournant le dos à l'arrière-pays. Elle fut coupée de son lien direct à la mer pendant la colonisation, pour laisser place à des boulevards littoraux[27]. Les ruelles très étroites donnent parfois sur des impasses ou des passages voûtés appelés sabat[2][28]. L'âne est une des rares montures à pouvoir accéder à l'ensemble de la Casbah, ainsi par exemple depuis l'époque de la régence d'Alger, c'est l'âne qui est employé pour le ramassage des ordures[29]. Au réseau dense des ruelles traditionnelles s'ajoutent des rues carrossables, périphériques comme la Rue d'Isly, mais aussi pénétrantes comme la Rue de la Lyre qui datent de la période coloniale[30].

La Casbah possède une organisation de l'espace urbain en adéquation avec le site et son relief. Ainsi jusqu'à aujourd'hui elle reste tournée vers l'amirauté qui est son port historique. Le Corbusier jugea son urbanisme parfait, remarquant l'étagement des maisons qui font que de par leurs terrasses chacune a une vue sur la mer[31]. Les spatialités urbaines sont partagés en plusieurs seuils régissant la vie sociale. Certains sont considérés comme intimes, c'est le cas des terrasses de maisons qui sont essentiellement réservées aux femmes. Le hawma, qui désigne le quartier, lui est considéré comme un espace semi-privé, alors que les centres de négoce (les souks), les fontaines et lieux de pouvoir sont considérés comme totalement publics[32]. La Casbah possède aussi dans chaque quartier des mosquées et des Kouba de saints locaux comme celui de Sidi Abderrahmane[33] ou de Sidi Brahim dont le tombeau se trouve dans l'Amirauté d'Alger[34]

Une ruelle étroite avec l'entrée ornementale d'une maison.

La Casbah d'Alger est traditionnellement découpée en une « basse Casbah » dont une grande partie fut rasée pour laisser place à des bâtisses de type coloniale et à l'actuelle place des martyrs ; et une « haute Casbah » mieux conservée avec la citadelle et Dar Soltan, le dernier palais du Dey. La basse Casbah est traditionnellement le lieu d'échange et de pouvoir de la vieille ville. C'est là où se concentrent les centres de décision traditionnels, comme l'ancien palais du dey, la Djenina, démoli durant la colonisation ; Dar Hassan Pacha qui deviendra le palais d'hiver du gouverneur de l'Algérie durant la colonisation, mais aussi le Palais des Raïs, celui des corsaires de la Régence d'Alger. C'est d'ailleurs ce quartier qui concentrera les modifications de l'administration coloniale soucieuse de s'implanter au cœur d'Alger pour marquer son empreinte sur la ville. La muraille et les portes furent également partiellement démolies par les militaires français pendant le réaménagement de la ville. Mais ils restent dans la mémoire populaire à travers la toponymie[35]. Ainsi il est coutume de se repérer à Alger par les lieux des anciennes portes de la ville tels que Bab El Oued (qui donnera son nom au quartier mitoyen), Bab Jdid, Bab el Bhar et Bab Azzoun[36]. Dans la Casbah on retrouve des souk comme celui du quartier de la mosquée Ketchaoua et de Jamaa el houd (l'ancienne synagogue d'Alger). Certains souks ont gardé leurs spécialités, comme celui de la rue Bab Azzoun dans l'habillement traditionnel (burnous, karakou…). Le souk algérois interdit au début de la période coloniale s'impose encore à la population comme le moyen d'échange le plus courant notamment à travers la pratique du trabendo[37]. La Casbah garde des hammams fonctionnels comme le hammam Bouchlaghem qui date de l'époque ottomane et qui fut fréquenté par les communautés juives et musulmanes de la ville[5]. L'ancienne vocation commerçante de la cité se voit à travers ses foundouks dont celui à proximité de Jamaa el kebir, dont il reste une cour entourée d'arcades superposées ou encore celui de la citadelle[38].

Depuis l'époque de la régence d'Alger, la Casbah a toujours occupé un rôle de premier plan en Algérie, offrant des opportunités aux habitants pauvres mais aussi aux commerçants des campagnes. Elle attira par exemple nombre de Kabyles, dont la région est proche, mais aussi dans une moindre mesure des paysans de toutes les régions d'Algérie après l'indépendance du pays. Cet exode rural se traduit par une surpopulation relative du site de la Casbah. Elle reste une porte d'entrée pour la ville d'Alger et un lieu de transit et d'asile pour les plus démunis. La fuite de familles d'origine vers d'autres quartiers de la ville d'Alger comme Bab El Oued, à la recherche d'appartements européens, fait que la Casbah est en pleine mutation sociale par le renouvellement perpétuel d'une fraction de ses habitants depuis l'indépendance[39].

La Casbah reste aussi marquée socialement par son artisanat traditionnel qui constitue une ressource pour beaucoup de familles qui se regroupaient en zenkat (rues commerçantes), ainsi les dinandiers avaient par exemple leur zenkat n'hass (ruelle du cuivre). Avec les mutations sociales durant la colonisation puis l'indépendance, l'artisanat a subi un net déclin. Les artisans ne se groupent plus en corporation ou en zenkat, et beaucoup préfèrent abandonner un métier qui ne leur assurent plus des revenus suffisants dans une société moderne. Mais des associations locales, les habitants et dans une moindre mesure les autorités se mobilisent pour préserver ces métiers mais aussi défendre leur rôle social par le biais d'écoles d'apprentissage où des jeunes sont formés aux métiers artisanaux[40].

La Casbah est le lieux de rencontre de deux forme de socialisation. Celle des beldiya (citadins), natifs du quartier et qui peut être qualifiée de « mythique » dans le sens où elle repose sur un processus de symbolisation de la ville permettant de justifier certaines pratiques sociales[note 5]. L'autre est celle des migrants qui se forgent des formes culturelles spécifiques. Leur contribution à la culture populaire dans sa musique, ses cafés, ses « bandits d’honneur » ; témoigne tout autant de leur enracinement dans la ville. En pratique se sont souvent les symboles de cette culture populaire, dont les dépositaires sont pour la plupart d’origine rurale, qui servent de référents aux discours nostalgiques sur la Casbah. Hadj el Anka, très célèbre chanteur de musique chaâbi, né en Kabylie, est ainsi cité comme l'un des symboles de la vie casbadji. L'image de cette culture populaire, conviviale, solidaire et tolérante alimente les descriptions de la vie quotidienne à la Casbah[41].

Peuplement et démographie[modifier | modifier le code]

La population d'Alger à l'époque antique n'est pas très importante : la cité est une petite bourgade peuplée essentiellement de berbères romanisés. Au Xe siècle, lors de la période ziride, elle devient une petite agglomération prospère, mais dont la population fut peu élevée car elle pouvait se réfugier sur les îlots en cas d'attaque. Le caractère exclusivement berbère du peuplement d'Alger va être nuancé par l'arrivée des Tha‛alaba, une petite tribu arabe chassée du Titteri au XIIIe siècle. Un mouvement d'« arabisation » linguistique et progressif de la cité s'en suit, notamment dans le domaine religieux[20]. L'essor de la ville au XVIe siècle et XVIIe siècle[note 6], se traduit également sur le plan démographique. Elle compte 60 000 habitants vers la fin du XIVe siècle et plus de 150 000 habitants au XVIIe siècle. La ville devient alors un agrégat de diverses populations méditerranéennes au dépend de son substrat berbère déjà entamé. La population ne comporte plus que 1/10e de Kabyles, en raison de la méfiance des Turcs de la Régence d'Alger vis à vis de ces population originaires d'une région indépendante politiquement et structurée autour de deux états dissidents : Koukou et Beni Abbès[20]. Le reste de la population d'Alger est partagé entre les Arabes d'Alger dont certains sont descendant des Tha‛alaba et d'autres réfugiés andalou ou tagarins venu à partir du XIVe siècle. Ils se distinguent des Arabes de l'intérieur et encore plus des Berbères et se consacrent à l'administration, au commerce ou à la religion. Les Turcs tiennent eux les principaux postes de l'administration, dans l'armée et la marine. La ville attire aussi de nombreux renégats chrétiens parmi lesquels sont recrutés les corsaires. La ville attire des berrani, communautés d'autres villes de la Régence, essentiellement originaires des cités et oasis du sud saharien (Mzab, Africains...). Il faut noter la présence d'une communauté juive essentiellement originaire d'Espagne à partir du XIVe siècle puis de Livourne à partir du XVIIe siècle[18].

A partir de la fin de l'age d'or de la piraterie barbaresque au XVIIe siècle la population d'Alger n'a fait que dépérir. Elle passe de 150 000 habitants au XVIIe siècle à 50 000 habitants à la fin du XVIIIe siècle et seulement 25 000 habitants à la veille de la conquête française. Suite à la prise de la ville par les Français en 1830, le refus de vivre sous la domination chrétienne va provoquer l'émigration de près de la moitié de la population. Ainsi en 1831, le recensement fait état de 12 000 habitants. Ces chiffres s'expliquent par la fuite des Turcs de la ville (6 000 personnes), ainsi que des populations citadines vers l'intérieur du pays[20].

Globalement la ville d'Alger ne retrouvera son niveau de population « musulmane », qu'en 1901 grâce à l'afflux massif de population kabyles conduisant à un mouvement de « re-berbérisation » de la ville. Au XXe siècle, la Casbah abrite ainsi un grand nombre de familles originaires du Djurdjura[20].

Après l'indépendance, la Casbah va connaitre un autre exode. Les familles citadines déménagement vers les quartiers occupés par les européens. L'exode rural va compenser cette émigration des familles de la Casbah. Le périmètre de la Casbah reste un des endroits les plus densément peuplé du monde, mais sa densité et sa population tendent à diminuer depuis les années 1980. Les habitants migrent vers des quartiers moins concentrés d'Alger. Ce processus de dédensification résidentiel permet à ces quartier de se vider de leur excès de population. La commune administrative de Casbah, dont le périmètre est légèrement plus large que le site classé, comporte 45 076 habitants en 2004 contre 70 000 habitants en 1998 ; le site historique lui comporte 50 000 habitants en 1998 pour une densité de 1 600 habitants/ha alors que ses capacités d’accueil se situent autour des 900 habitants/ha[41],[42].

Architecture[modifier | modifier le code]

Fenêtre d'un kbou.

La Casbah d'Alger apparait comme un exemple typique des villes traditionnelles maghrébines, dont l'influence s'étend sur la partie occidentale de la méditerranée et l'Afrique Sub-Saharienne. L'ensemble urbain qui constitue la Casbah conserve toujours son intégrité et dans l'ensemble les caractéristiques esthétiques de l'art islamique et matériaux originaux sont préservés[2].

La Casbah possède encore sa citadelle, des palais, des mosquées, des mausolées et des hammams qui participent toujours à l'identité du site. L'architecture militaire de la Casbah comporte des legs ottomans, présents durant la période de la régence d'Alger, mais l'architecture civile garde l'authenticité des médinas maghrébines. Cependant la Casbah apparaît comme un espace en mutation, en effet durant la colonisation certaines bâtisses furent démolies pour implanter des habitations de style européennes, principalement sur le front de mer et aux limites de la ville européenne. La Casbah possède donc aussi à sa périphéries des immeubles de style haussmannien datant de l'époque coloniale qui sont classés avec son patrimoine. On compte d'autre part certaines modifications de l'habitat avec l'introduction de matériaux non authentiques. Sa marginalisation sur le plan social et l'inefficacité des plans de sauvegarde en font un site menacé ; et ce, malgré son classement auprès de l'UNESCO.

Techniques de construction[modifier | modifier le code]

Pilier d'arcade avec son infrastructure apparente
Infrastructure d'une arcade : les rondins disposés horizontalement servent de structure parasismique.

Les murs et les arcades[modifier | modifier le code]

Typologie constructive d'un mur en commande à deux strates.

Les murs de la Casbah sont des murs en commande, c'est à dire que il sont composé uniquement en brique. Ces murs peuvent comporter un appareillage mixte ou bien présenter une mixité de matériaux par l'inclusion d'éléments divers (moellons, bois...). Une des typologies employée est la commande de murs à deux strates, comportant une rigide (brique) et une flexible (bois) ; car elle présente l'avantage d'être sismo-résistante. La structure verticale comporte également des arcades en brique et des colonnes. Deux types se distinguent : les arcs outrepassés et ceux dits en ogive. Des rondins de thuyas peuvent être disposé au départs des arcs-chapiteaux ou à l'intersection des deux arcs[43].

Les couvertures[modifier | modifier le code]

La couverture peut-être maçonnée, en bois ou en métal. Les couvertures maçonnées sont souvent des voûtes croisée qui peuvent être employée pour des espaces domestiques tels que les entrées ou les paliers d'escaliers ; ou les grands espaces d'édifice majeurs (palais, mosquées...) Les couvertures en bois concernent souvent les planchers ou les toits de terrasse : ils sont composés de rondins, par dessus lesquels sont disposés des branchages ou des voliges qui vont supporter un mortier de terre et de chaux. Ce mortier est lui même support de carreaux de céramique ou d'une étanchéification à la chaux pour les terrasses. Les couvertures métalliques sont plus récente car elle date de la période coloniale (XIXe siècle)[44].

Ouvertures et escaliers[modifier | modifier le code]

Les franchissements dans les structures maçonnées peuvent être réalisées au moyen d'arcatures elles-mêmes maçonnées ou bien en plate-bandes de bois ou de marbre. Les escaliers dans la Casbah sont des structures maçonnées comportant une structure en bois. Une plate forme inclinée est coulée sur des rondins de bois, par dessus laquelle des briques vont former des marches. La décoration varie : le marbre orne les demeures alors que l'ardoise est employé dans les maisons modestes[45].

Ornement architecturaux[modifier | modifier le code]

Divers éléments servent à orner les habitations de la Casbah : balustrades en bois, ouvrant de portes, chapiteaux et carreaux de céramiques ornant les sols et les murs[46]. Les portiques et les galeries donnent une spécificité architecturale à la Casbah. Ils permettent de comprendre l'agencement des arcs en ogive dans l'optique de composition spatiale. Le patio est l'exemple de cet agencement, où l'harmonie de l’enchaînement des arcs peut masquer les variations géométriques ; pour peu que ceux-ci ait une constance dans la hauteur qui part de la naissance de l'arc à sa clef. Les variations d'ouvertures des arcs ne perturbent pas l'harmonie visuelle de l'ensemble. L'ornementation joue un rôle supplémentaire notamment par le biais les frises horizontales et des appliques verticales. Ces ornements d'arcades sont en céramique dont la dimension des anneaux est en harmonie avec l'ensemble architectural. Les besoins en carreaux étant considérable ils furent pour partie importés de l'étranger (Italie, France, Hollande...)[46]. Enfin les chapiteaux, dont certains furent récupérés des ruines romaines du site d'Icosium servent à orner la partie supérieure des colonnes[46]. Les chapiteaux et les abaques renforcent la singularité de l'architecture de la Casbah[47].

Architecture domestique[modifier | modifier le code]

Vue sur un patio d'une maison de la Casbah d'Alger .

L'architecture domestique de la Casbah est représentative d'un habitat humain traditionnel représentatif de la culture musulmane profondément méditerranéenne. La typologie est stable entre le palais et la demeure du modeste artisan. La maison typique de la Casbah apparaît groupée, mitoyenne et ne présente qu'une seule façade. On estime que ce mode de regroupement des habitations remonte à l'époque ziride. La surface habitable est généralement comprise entre 30 m² et 60 m²[48]. Elle possède toujours une vue sur la mer grâce à sa terrasse, la lumière est généralement apportée par une fenêtre qui donne sur la rue ou par le patio. La porte d'entrée comporte toujours une grille pour permettre l'aération des étages inférieurs à partir de l'air frais des ruelles. La maison algéroise se veut tournée vers l'intérieur, plus précisément vers son patio (west dar) qui est le cœur de la vie et qui comporte un puits (bir). C'est un espace de convivialité pour les familles, qui sont jusqu'à 4 à occuper une maison, mais aussi l'espace traditionnel d'accueil des visiteurs. Les murs sont des ouvrages de maçonnerie, constitué avec des briques de terre peu cuites et un mortier comprenant de la chaux et de la terre épaisse. Les planchers sont réalisés avec des rondins de bois selon une technique introduite par les Ottomans et les soubassement sont construits avec une technique de voûte en berceau. La couverture est plate, faite avec une épaisseur de terre importante jusqu'à 70 cm en terrasse, et le revêtement se fait au mortier composé de terre et d'adjuvant naturels, le tout recouvert de chaux[48]. Le système d'évacuation des eaux usées des maisons est un véritable réseau d'égouts en brique, construits à l'époque de la régence d'Alger, sous la voirie suivant la pente du site. Les branchements se faisant avec des éléments de poterie qui s'emboîtent, depuis la colonisation le réseau a été modernisé[48].

Puits ancien dans une maison
Un puit domestique dans un patio.

La typologie domestique de la Casbah se décompose en plusieurs sous-ensembles, la maison alaoui, la maison à chebk, la maison à portique et les palais[48]. La maison alaoui est la seule dont le patio ne donne pas d'air et de lumière à l'habitation. Construite sur une petite parcelle, le rez-de-chaussée comprend des commerces ou des locaux et les étages comprennent pour chacun un pièce de grande dimension. Pour gagner de l'espace ce type d'habitat a recourt à des encorbellements. La maison à chebk, est souvent une dépendance (douera) d'une maison plus grande et elle répond à des contraintes d'espace minimale. Le patio très étroit se situe à l'étage et est pavé de marbre, alors que les pièces sont pavée de carreaux en terre cuite. Les murs emploient aussi des carreaux de céramique et de la chaux. La maison à portique est la typologie par excellence de la maison à patio, tournée vers l'intérieur. Dans les étages elle peut céder de la surface aux maisons voisines et possède au deuxième étage une belle pièce avec un kbou (un encorbellement gagné sur la rue dans l'axe de la pièce). Le patio et les fenêtres sont aussi ornés de carreaux de céramiques de couleur aux motifs géométriques ou floraux[48].

Typologie de la médina[modifier | modifier le code]

Les médinas algériennes s'inscrivent dans une évolution de la typologie urbaine à travers l'histoire. En effet, il est établi que la ville, l'espace urbain fut à une époque un village qui a évolué vers une typologie proto-urbaine, puis urbaine, à travers l'histoire. Le passage d'un noyau proto-urbain à un noyau urbain se traduit au niveau morphologique par une densification horizontale puis verticale correspondant à un schéma classique de l'évolution des habitations à travers les siècles[49].

La densification, pour une parcelle donnée, consiste à en occuper tout l'espace ; ensuite vient la superposition des modules constructibles pour obtenir les étages. Alger est une ville à développement variable, présentant les états successifs de cette évolution. Elle a atteint un niveau d’urbanisation important dès la période médiévale, et comporte une typologie évoluée d'édifices allant jusqu'à R+4 avec une moyenne de R+2 dans la Casbah. Au contraire, la Casbah de Dellys aussi ancienne que celle d'Alger, présente une typologie moindre, de type proto-urbaine, où les escaliers de la cour ne sont pas intégrés dans l'ensemble pour donner naissance à un patio et constituent encore un moyen architectural de distribution occasionnel vers les pièces en étage[49].

Palais et Résidences[modifier | modifier le code]

La Casbah renferme plusieurs résidences et palais ayant des fonctions différentes. Ainsi le palais d'été, situé extra-muros, qui abrite le musée du Bardo était une résidence destinée à une occupation saisonnière, de mai à octobre. Il est entourée de jardins qui étaient le siège d'une production agricole, et possède un maximum de fenêtres munies de grilles qui s'ouvrent vers la campagne environnante. Le palais possède des kbous dans de grandes pièces en T, qui ont vue sur les environs.

Le plus vieux des palais est celui de la Jenina, qui fut ravagé par un incendie en 1844. Ce palais datait du XVIe siècle, et que les Algérois l'appelaient Dar Soltan el Kedim, fut le centre du pouvoir jusqu'à 1817. Il ne subsiste qu'une partie de cet ensemble dont Dar Aziza qui est situé sur la place des martyrs en face de la mosquée Ketchaoua et de Dar Hassan Pacha. Le palais de Dar Aziza est typique des demeures algéroises du XVIe siècle. Haut de trois étages à l'origine, le palais fut amputé du dernier étage lors du tremblement de terre de 1716. Il servit de magasins en 1830, et perdit en 1832 l'escalier menant à la terrasse. Il devient après quelques aménagements la résidence de l'archevêché sous la colonisation française. Dar Aziza est très riche en décorations murales faites de marbre sculpté. Il comporte un magnifique patio orné de jets d'eau, de splendides boiseries, de faïences et de claustras à verres de couleurs.

Dar Moustapha Pacha lui fut édifié en 1798. Une particularité de ce palais est qu'il contient un demi million de carreaux de faïence ancienne originaire d'Algérie, de Tunisie mais aussi d'Espagne et d'Italie. Le marbre de sa fontaine est originaire d'Italie, et les portes sont faite en cèdre. C'est actuellement le musée de la calligraphie d'Alger.

Dar Ahmed Bey se situe dans la Basse Casbah, dans le quartier Souk-el-Djemâa, bordant la rue Hadj omar. Il faisait partie aussi de l'ensemble des palais de la Jenina. Il fut édifié au XVIe siècle en tant qu'habitation du Dey, reprenant le style typique de l'époque. Il abrite maintenant la direction du Théâtre national Algérien. Le palais des Raïs lui est situé en bord de mer. C'est un des derniers vestiges de la Basse Casbah, il fut restauré récemment. Ce palais était celui des corsaires, il alterne les espaces public et privés. Il comprend trois palais et six douerates (maison plus modestes), aux décors raffinés comme en témoignent les carreaux de céramique, les balustrades en bois travaillé, les colonnes en marbre et les plafonds richement ornés. Il abrite aussi un ancien hammam et un menzah, une terrasse qui surplombe le site et donne sur la mer. Ce palais fait office de nos jours de maison de la culture[50].

Mosquées[modifier | modifier le code]

La mosquée la plus ancienne de la Casbah d'Alger est Jamaa El Kebir, la grande mosquée construite en 1097 par Youssef Ibn Tachfin dans le style almoravide. Elle fut construite à une époque où l'influence de l'art andalou se faisait sentir sur le Maghreb. Ce qui caractérise le plus cette mosquée c'est sa salle de prière et son minaret. La salle de prières est centrée et hypostyle, ses puissants piliers sont reliés par de grands arcs, festonnés et lobés pour ceux des nefs ; unis et polis pour ceux des travées. Le mirhab lui est décoré de colonnes et de céramiques. Le minaret, refait par un sultan zianide de Tlemcen en 1324, est de forme quadrangulaire surmonté d’un lanternon, orné de céramiques et fines sculptures. La galerie extérieure n’est pas d'origine, elle a été rajoutée en 1840, constituée à partir des colonnes de marbre à chapiteaux décorés provenant de la mosquée Es Sayida (jadis située sur la place des Martyrs) démolie durant la colonisation[51]. Jamaa Sidi Ramdane est aussi une des mosquée médiévale de la médina, elle date du XIe siècle[52]

La mosquée Jamaa Ketchaoua est une œuvre unique, témoin de l'histoire de la Casbah. Elle fut fondée à l'origine en 1446 à une époque antérieure à la régence d'Alger où les dynasties berbères régnaient sur la ville. Son architecture mêle les styles mauresques, turcs et byzantins. En effet son architecture fut remaniée durant l'époque de la Régence puis surtout durant la colonisation française où elle fit office de cathédrale avant de revenir au culte musulman à l'indépendance du pays[53]. Un bâtiment plus important a été construit vers 1613 sous le gouvernement de la régence d'Alger puis de nouveau remaniée en 1794 sous le gouvernement de Hassan Pacha[54]. Son architecture est inspirée des mosquées construites en Turquie dans le style byzantin. À partir de 1844, sous la colonisation, des remaniements pour l'adapter à son usage d'église catholique ont fait disparaître le minaret de style maghrébin à section carrée d'origine puis construire les deux tours de la façade, et un chœur dans le prolongement de la salle de prières. Elle fut classée monument historique par l'administration française en 1908[55].

Jamaa al-Jdid est une des mosquée les plus récentes. Elle fut construite en 1660 par le dey Mustapha Pacha dans un style beaucoup plus proche de celui des Ottomans par rapport aux deux autres. En effet la mosquée comporte des coupoles qui rappellent celles de Istanbul. Cependant son minaret haut de 27 mètres est de style maghrébin avec un fait originale, il comporte une horloge depuis 1853 qui provient de l'ancien palais de la Jenina. Elle fut destinée aux Turcs de la ville, suivant le rite hanafite, sa proximité avec la mer lui valut aussi son surnom de Mosquée de la pêcherie. La légende raconte que ce serait un captif chrétien qui aurait dessiné ses plans, ce qui expliquerait la forme de son plan en croix latine. L'intérieur est décoré avec des boiseries et le minbar lui est composé de marbre d'Italie[56]. Jamaa el Berrani, littéralement la « mosquée des étrangers », est une mosquée datant de 1653 et reconstruite en 1818 par Hussein dey au pied de la citadelle pour acceuillir le tribunal de l'Agha. Elle doit son nom aux étrangers qui venait y prier avant leur audience auprès du dey. Elle fut ensuite affectée au culte catholique durant une partie de la colonisation[57].

La Casbah possède aussi beaucoup de petite mosquées comme celle d'Ali Bitchin, un renégat d'origine italienne converti à l'islam dont le vrai nom est Picenio. Elle fut construite en 1622 par ce riche négociant. Elle est d'un style ottoman avec ses nombreuses coupoles mais elle comporte un minaret carré de type maghrébin. À l'origine sa salle de prière était sans ornement, blanchie à la chaux. Mais au fil du temps ont été ajoutés des stucs et autre décorations d'intérieur. Actuellement c'est un édifice en cours de restauration[58]. La Casbah c'est aussi un réseau de petites mosquées dont celles construites à proximités des mausolées à l'image de Jamaa Sidi Abderrahmane, construite à côté du mausolée du même nom en 1696. Elle comporte des coupoles et un minaret richement orné[59].

Medersa et Mausolées[modifier | modifier le code]

La Casbah compte plusieurs medersas dont la plus connue est la Medersa Thalibiya. Elle fut bâtie en 1904 sous l'administration du gouverneur Charles Jonnart, qui fit la promotion du style néo-mauresque appelé parfois « style Jonnart ». Ce style est aussi celui ne nombreux bâtiments d'époque comme la Grande Poste d'Alger et la Gare d'Oran. La medersa fut construite pour rendre hommage au célèbre théologien maghrébin du XIVe siècle, Sidi Abderrahmane saint patron de la ville d'Alger[60].

La merdersa Thalibiya est d'ailleurs bâtie à proximité du tombeau de Sidi Abderrahmane. Le mausolée autour de ce tombeau fut élevé au XVIIe siècle, et reçu la visite de la reine Victoria qui touchée par la grâce des lieux, fit don de lustres en cristal qui ornent toujours le tombeau.

L'un des mausolée les plus célèbre de la Casbah est celui de Sidi Abderrahmane, le saint patron d'Alger, richement orné avec des versets du Coran caligraphiés sur les murs[4]. Dans ce mausolée on retrouve aussi la tombes de Sidi Ouali, saint venu d'orient et dont la légende raconte qu'il aurait déchainé la mer contre les navires de Charles Quint lors du Siège d'Alger (1541). Le mausolée abrite aussi des personnalités de la régence d'Alger qui voulaient reposer auprès du tombeau du saint-homme comme Khedeur Pacha (1605), Youcef Pacha (1687), Ali Khodja (avant-dernier dey d'Alger) (1818) et Ahmed Bey de Constantine (1848) mais aussi des figures populaires comme Mohamed Ben Chenab (1869-1929) et l'illustre miniaturiste enlumineur Mohamed Racim (1896-1975)[60].

La citadelle et les structures défensives[modifier | modifier le code]

La mer vue depuis le palais des Raïs avec ses canons.

La citadelle sur les hauteurs de la médina s'étend sur 9 000 m² dont 7 500 m² de bâti. Sa construction remonterait au début du XVIe siècle. La citadelle comprend des bastions, des remparts, des casemates, une poudrière, le palais du dey, une mosquée, un pavillon d'été, un hammam, et deux jardins d'été et d'hiver. Elle comporte aussi un palais pour les beys qui administraient les régions sous l'autorité du dey. Durant la période coloniale, les français durant la période coloniale ont morcelé l'ensemble que constituait la citadelle pour faire passer une route (actuelle rue Mohamed Taleb)[61]. La citadelle d'Alger est toujours en cours de restauration[26]. Cependant la citadelle ne constituait pas, la seule structure de défense. En effet sur le front de mer un des derniers témoins des structure de la ville est le palais des Raïs. Cet difficile d'aspect massif comporte des canons tournés vers la mer[50]. La Casbah était entourée à la base d'un mur d'enceinte dont il ne reste que des vestiges, comme celui en face la prison de Serkadji[62].

Dégradation du bâti et marginalisation sociale de la Casbah[modifier | modifier le code]

Une maison de la Casbah dégradée.

La Casbah doit faire face a des défis liés à son statut de patrimoine habité. Depuis la période coloniale, elle fut reléguée au second plan, perdant sa centralité urbaine. Elle connait alors des démolitions pour faire place à une nouvelle culture d'urbanisme[41]. La vieille ville est vue comme un archaïsme ; dangereuse, repaire de marginaux et siège d'une population pauvre. Mais outre les démolitions de la basse Casbah et la construction de quartiers périphériques, le bâti ne subit pas de dégradations majeure durant cette période car il émerge chez les habitants « une forme de gestion communautaire des espaces tant publics que privés » en résistance au modèle haussmannien d'urbanisme (alors promu par les autorités coloniales)[63].

Dans l'évolution post-indépendance de la Casbah le rôle des habitants est antagoniste. En effet depuis 1962 elle devient une zone de relégation et de déchéance, avec raréfaction des zabalines (éboueurs) et siyakines (arroseurs) et une accumulations des ordures et des gravats. Ces dégradations ne sont pas dues uniquement à la population de la médina, dont beaucoup sont arrivés après l'indépendance sans « expérience urbaine ». La Casbah doit aussi faire face à un exode d'une partie des anciens habitants , les beldiya ou « citadins ». Il faut également souligner le rôle de l’État algérien dont aucune administration ne s'est implantée dans la Casbah entre 1962 et 1985. La médina continue donc de perdre sa centralité urbaine[63]. Suite à l'indépendance la Casbah va également accueillir les migrants, issus de l'exode rural, pour lesquels elle constitue une porte d'entrée dans la ville. Elle devient un véritable ghetto urbain, un espace repoussoir qui pourtant situé au cœur de la ville, n'offre aucune centralité pratique[41]. La population de la Casbah est ainsi alimentée par les couches les plus défavorisées des Algérois, et la crise du logement entretient la surdensité du quartier. Il faut ajouter à cela une crise culturelle et identitaire, avec l'apport du béton au sein des maisons et la perte de la fonction de certaines parties comme le patio (west dar), contourné par des communications entre les pièces[63]. Ainsi paradoxalement, les plans de sauvegardes qui se concentrent sur les palais et maisons bourgeoises, voient une altération du tissu architectural de l'ensemble urbain (continuité des terrasses perturbée, disparition des céramiques...). Ceci traduit une vision étroite du patrimoine de la part d'une administration pour laquelle l'espace urbain complexe est vu comme encombrant. Cependant la volonté de restauration s'enrichi de plus en plus de la notion de réhabilitation sociale[41].

L'insécurité et l'enclavement du quartier participent à une marginalisation sociale qui elle même participe à la dégradation du cadre urbain. Le statut juridique des propriétés est souvent sous la forme de biens privés (76% des cas), généralement des indivisions (biens habous) ; ce qui complique le financement des restauration et l'entretien. D'autre part cette situation juridique entrave l'intervention de l'Etat. Les plans d'actions sont renouvelés avec souvent les mêmes méthodes ce qui en reproduit les échecs sur le terrain. Ces éléments expliquent le fait que de la restauration du patrimoine reste en suspens depuis des décennies[41]. Sur les 1 200 maisons de style mauresque comptabilisées en 1962, environ 200 se sont effondrées et 200 sont murées et inoccupées[41].

L'échec des plans successifs de réhabilitation serait liée à l'absence de vision globale incluant la vision des habitants ou d'acteurs importants sur le terrain (associations, les habitants les plus anciens de la médina...). En effet ces derniers n'étant pas associés aux divers projets de réhabilitation depuis l'indépendance, les opérations sont souvent compromises. Enfin les projets sont souvent confié à des bureaux d'étude et de réalisation étrangers ayant du mal à s'inscrire dans les savoir-faire architecturaux locaux et pouvant traduire de la part des autorités algériennes un certain « complexe du colonisé » incapable de mobiliser des compétences locales[63],[41]. Les acteurs associatifs se mobilisent eux contre ce qu'il dénoncent comme une « culture de l'oubli » mais la mise en place d'action concrète de leur part reste marginale[41].


Économie[modifier | modifier le code]

Culture[modifier | modifier le code]

Artisanat[modifier | modifier le code]

Une boutique d'artisanat dans la Casbah

Le secteur de l'artisanat dans la Casbah apparait comme en déclin. En effet les maitres artisans restant ne sont pas très nombreux, et les métiers artisanaux face aux contraintes fiscales et au prix des matières premières comme la feuille de cuivre ne sont pas assez soutenus. De plus les objets traditionnels sont concurrencé par les produits manufacturés[64],[65]. La Casbah comporte plusieurs artisans comme les dinandiers (enhassines), les menuisiers traditionnels, les maçons traditionnels, les bijoutiers (siaghines), les tisserands, les khabazines (boulangers) …

La valeur culturelle de ces métiers commence à susciter l'intérêt des habitants, mais aussi de l'État qui investit, encore timidement selon les artisans, dans des dispositifs de défiscalisation et des écoles de formation aux métiers de l'artisanat[66]. Les objets fabriqués par les dinandiers sont essentiellement, des sniwa (plateau en cuivre richement ornés de motif géométrique), des récipients comme la tassa et le mibkhara (encensoir). Les motifs employés sont des étoiles, des formes géométriques et des fleurs comme le jasmin[67]. La Casbah est aussi un important centre de travail du bois. La technique employées est le bois ciselé et parfois peint pour réaliser des coffres, des miroirs et des tables richement décorés[68].

La Casbah à travers les Arts[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Alger est au cœur d'une filmographie riche, dont peu de capitales dans le monde peuvent se prévaloir jusqu'au XXe siècle siècle[69]. Environ une quarantaine de longs métrage et une centaine de courts métrage y sont tournés dans le courant du XXe siècle. C'est le cas des films Sarati le Terrible (1922), Tarzan, l'homme singe (1932), Pépé le Moko (1937), Casbah (1938), Au cœur de la Casbah (1952), L'Étranger (1968), Z (1969) et La Bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo (1969). Pepe le Moko reste perçu comme un film à la gloire de la Casbah, qui vole la vedette à l'acteur Jean Gabin. La Casbah inspire la production locale à partir de 1969 : La Bombe (1969), Tahia ya Didou (1971), Omar Gatlato (1976), Automne, octobre à Alger (1988), Bab-el-Oued City (1994), Viva Laldjérie (2004) et Délice Paloma (2007). La différence entre les production locales et coloniales ne résident pas dans la technique de réalisation ou l'esthétique des films, mais dans la place qu'occupe l'Algérien. En effet le cinéma français, avant l'indépendance, s'est souvent caractérisé par une absence de l'indigène algérien[69].

La musique andalouse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chaâbi algérois.

La Casbah s'illustre à travers la musique arabo-andalouse, plus précisément le chaâbi dont elle est le berceau. Ce genre musical apparait au début du XXe siècle dans les couches populaires de la Casbah, dont beaucoup issus des campagnes sont kabyles d'origine. Les maîtres fondateur de cet art ont pour nom Cheikh Nador, Hadj El Anka et aussi Cheikh El Hasnaoui. Le chaâbi algérois se fera connaitre du monde entier par le biais de la célèbre chanson Ya Rayah de Dahmane El Harrachi, qui sera traduite et interprétée dans le monde entier. La langue du chaâbi est le parler algérois, mais aussi le tamazight, les textes sont des reprises de poésie ancienne mais aussi des textes originaux fiévreusement actuels. Les thèmes sont récurrents comme l’écho du patrimoine, la plainte ancestrale, le mal du pays mais aussi des chants ancestraux de fêtes et de célébrations religieuses[70]. La Casbah est aussi le quartier où Lili Boniche apprit la musique. Ce chanteur de chaâbi était un des meilleurs interprète de la musique judéo-arabe et son interprétation de la musique Ana el Warka fut reprise pour le générique de l'émission de France 2, Des mots de minuit[71].

La peinture[modifier | modifier le code]

Peinture représentant des magasins de style mauresque
« Algerian Shops » de Louis Comfort Tiffany : représentation de boutiques algériennes (v.1875)
Peinture représentant des femmes dans un salon de style mauresque
« Femmes d'Alger dans leur appartement » : une huile sur toile d’Eugène Delacroix (1798–1863), datée de 1834, exposée au musée du Louvre, Paris, France.

La Casbah d'Alger a inspiré divers peintres algériens ou étrangers, notamment à travers le courant de l'orientalisme. En effet dès le XIXe siècle elle est une source d'inspiration pour les artistes comme le peintre Eugène Delacroix[72], leur permettant de se plonger dans la ville arabe[73]. Un des peintres les plus célèbres pour ses représentations de la Casbah est Mohammed Racim, natif de la Casbah. Ses œuvres illustrent la période ancienne de la Casbah en remettant au gout du jour la tradition populaire algérienne ; elles sont actuellement en grande partie conservées au Musée d'Alger[73]. Louis Comfort Tiffany, peintre américain, connu lui aussi une période orientaliste et visita Alger en 1875[73]. Entre 1957 et 1962, le peintre René Sintès a peint la Casbah. Ses peintures, en particulier Petit Matin, La Marine ou Couvre-feu reflètent l'atmosphère des troubles secouant la ville d'Alger durant la Guerre d'Algérie[74].

Institutions culturelles[modifier | modifier le code]

Intérieur de la coupole de Dar Souf (v.1893) partageant avec Dar Moustapha Pacha le rôle d'ancienne « bibliothèque nationale et antiquités d'Alger » de 1863 à 1950.
Palais des Raïs siège du « centre des arts et de la culture ».

La Casbah a abrité dès le XIXe siècle des institutions culturelles comme la bibliothèque nationale et antiquités d'Alger, fondée en 1863, contenant 30 000 volumes et 2 000 manuscrits arabes, turcs et persans[75]. Le palais de Dar Khdaoudj el amia occupe lui aussi un rôle d'institution culturelle. Première mairie d'Alger entre 1833 et 1839, il se verra attribuer par le Gouvernement Général d’Algérie le rôle de « service technique d'artisanat » et une exposition permanente d'arts populaire s'y installe. En 1961 il est désigné comme « musée des arts et traditions populaires » puis en 1987 « musée national des arts et traditions populaires »[76].

Le palais des Raïs, suite à sa restauration en 1994, abrite le « centre des arts et de la culture » où sont organisées des exposition temporaires, muséales et des spectacles sur la terrasse comportant une batterie de canons donnant sur la mer[77].

La Casbah accueille également certains ateliers et visites du « festival culturel international de promotion des architectures de terre », organisé par le ministère de la culture algérien. En 2007, Alger est désignée comme « capitale de la culture arabe », ce qui fut l'occasion de réactiver la question du patrimoine et de sa restauration. Cette manifestation culturelle verra l'inauguration du « musée algérien de la miniature et de l’enluminure », installé dans le palais de Dar Mustapha Pacha[78].

L'eau et la Casbah[modifier | modifier le code]

Le rôle de l'eau dans la Casbah doit être replacé dans sa dimension historique. L'eau et sa distribution dans la ville dépendent de plusieurs domaines notamment l'architecture et l’ingénierie ; mais aussi des usages qui en sont fait. La qualité de vie « liée à l'eau » qui définit l'aquosité ; est un enjeu propre à beaucoup de villes méditerranéennes. L'eau en plus de participer à l'originalité urbaine d'une ville va alimenter tout un patrimoine immatériel (légendes, folklore...)[79].

Ainsi la ville d'Alger est riche d'un patrimoine hydraulique permettant à sa population d'avoisiner les 100 000 habitant au XVIIe siècle et d'en faire une capitale méditerranéenne. Un des premier élément de ce patrimoine sont les « sources sacrées » : la « Fontaine des Génies » ou Seb’aa Aïoun (les sept sources) fut une source d'eau douce de nos jour effacée par la construction du front de mer ; ces jaillissement d'eau douce en pleine mer leur confère leur caractère mystique. Le djinn de cette fontaine Seb’aa Aïoun est pour les Sub-Sahariens, Baba Mûsa surnomé Al-Bahari l'esprit aquatique d'eau douce venu du Niger. La source Aïn Sidi ‘Ali az-Zwawi doit son nom au saint Ali az-Zwawi mort en 1576 et est évoqué par Diego de Haëdo. L'eau à laquelle les habitants prêtaient de nombreuses vertus coulait à l'origine dans son mausolée situé en dehors de la porte Bab Azoun et de nos jours détruit. Cependant la source coule toujours dans une boutique de la rue Patrice Lumumba[80]. Parmi les fontaines les plus célèbres on peu aussi celles reliées à un marabout, ce qui leur confère une dimension mystique comme par exemple celle de Sidi AbdelKader, de Sidi Ali Ezzaoui, de Mhamed Cherif, de Mzaouqa, de Sidi Ramdane[81] et d'autres comme Aïn Bir Chebana et . Celle de Mhamed Cherif était connue pour avoir le pouvoir d’apaiser les angoisses et les tracas grâce à trois gorgée de son eau[82].

Les fontaines d'eau sont aussi considérés comme des œuvres de générosité publiques et à ce titre vont être désignées dans la toponymie algéroise par le terme arabe de sabil ou généralement au pluriel : sebala ; ce terme désignant littéralement une œuvre charitable et désintéressée[note 8]. Ce genre de donation permet de perpétuer le nom du donateur et d'assurer son salut dans ce qui est considéré comme un « monde périssable ». Des nombreuses gravures sur les fontaines rendent compte de l'utilité de l'eau et l'importance des fontaines comme utilité publique. La fontaine dite de la « Cale aux Vins » encastrée de nos jour dans un mur du musée des antiquité d'Alger comporte un épigraphe très expressif concernant l'utilité publiques des eaux et le rôle du bienfaiteur Hussein Pacha comme en témoigne la traduction par Gabriel Colin[83]:

« C’est par l’eau que tout vit ! Le gouverneur, sultan d’Alger, Huseyn pacha, dont les pieux desseins tendent toujours aux bonnes œuvres et qui, sans jamais s’éloigner de la bienveillance, amène l’eau en tous lieux, a fait couler cette onde et a construit cette fontaine. En irriguant cet endroit, il a abreuvé celui qui avait soif. Bois en toute aisance une eau fraîche à l’amour de Huseyn. Année 1235 »

Cependant sur les 150 fontaines qui furent en fonction dans la médina il n'en reste fonctionnelle qu'environ une dizaine. Désignées par les mots arabes aïn (fontaine) ou bir (puit) ; elles dénotent d'un certain plaisir de vivre dans la cité à travers ses espaces publics. Ainsi par exemple la Fontaine des Veuves (Aïn al-Ahjajel) avait pour réputation d'avoir le pouvoir de rendre aux veuves un mari. Ces fontaines font parti intégrante de la médina, elle persistent, même tarie comme lieux de mémoire, notamment par leur appellations et leur rôle dans la toponymie de la vieille ville[84].

Tradition orale de la Casbah[modifier | modifier le code]

L'oralité joue un rôle important dans la tradition algéroise, notamment à travers le jeu de la boqala[note 9]. La boqala dans sa forme classique est un petit poème de quatre ou cinq vers récité ou parfois improvisé. Ces petits poèmes transmis par l'oralité ou des petits recueils constituent un patrimoine de plusieurs siècles[85],[86]. Ce jeu de poésie, oscille entre le divertissement et la divination. Dans ce dernier cas il s'accompagne parfois d'un rituel magico-religieux et n'est pas propre à la ville d'Alger mais à l'ensemble des villes du littoral algérien et de son arrière-pays (Alger, Blida, Béjaïa, Médea, Miliana, Cherchell ... ). Le contenu de la boqala est souvent une devinette ou un texte mystérieux, parfois une parole de sagesse ; il est donc sujet à interprétation. Ces séances sont traditionnellement organisées par des femmes, mais les hommes peuvent aussi s'y joindre. Les réunions se font souvent autour d'une table bien garnie, sur les terrasses des maisons ou les patio[85]. Les séances se tiennent généralement la nuit, et la veille de jours importants ou de certains jours de la semaine : les mercredi, vendredi et dimanche. Ces séances sont très courante durant le mois du Ramadan. Le mot boqala provient du terme arabe désignant une cruche, en terre cuite qui contient de l'eau mise sur un brasier et autour de laquelle peuvent avoir lieu divers rituels[note 10],[86].

Les séances commence par une invocation : « Fâl ya fâlfal djibli khbâr man koul blad - Présage oh ! présage apporte moi des nouvelles de toutes les contrées ». La langue employée dans ces jeu de boqala est l'arabe algérien avec des emprunts aux langues avec lesquelles il est en contact (turc, espagnol et français) car son lieu de production est essentiellement citadin. Si l'on connait pas l'origine de cette pratique, elle présente une structure littéraire proche de l'écrit et se caractérise par une pureté du style, un rythme et des sonorité qui lui confèrent sa popularité. On peut noter une ressemblance avec la poésie andalouse ancienne, le hawzi, les chants populaire de Tlemcen ou de Fez ou encore les coplas espagnols. Ce genre littéraire connait encore de nos jour une pratique assez répandue car sa diversité thématique lui permet de faire face à des auditoires divers et donc d'être assez consensuel selon les circonstances. De plus il permet de frapper l'imaginaire de l'auditoire et de combler un certain désir d'évasion de celui-ci[85],[34].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon Adrian Atkinson, p. 52 à l'origine le site classé par l'UNESCO s'étendait sur environ 70ha avant d'être étendu à 105ha
  2. Ces îlots sont intégré actuellement à la jetée du port.
  3. Selon Marcel Le Glay cité par Tsouria Kassab, p. 1, des monnaies puniques ont été retrouvées dans la Basse Casbah
  4. Le premier allant au delà de 13 mètres a permis de mettre à jour des poteries du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle av. J.-C. dont certaines de type campanien attestant des relations commerciales avec l'Italie du Sud, ou les colonies grecques de la Gaulle, voir la côte orientale de l'Espagne et la Gaule. Dans un deuxième niveau, allant de 13 mètres à 8,45 mètres on retrouve des poteries rouges d'Arezzo ou de type « gallo-romaines ». Enfin le troisième niveau allant de 8,45 mètres à 6,40 mètres ne possède que de la poterie romaine, sans décor et de plus en plus grossière, datant probablement du IIIe siècle, IVe siècle et Ve siècle
  5. Par exemple le rattachement à un saint patron de la ville signifie une filiation et une ascendance liées à un imaginaire symbolisant la citadinité. On parle des ouled Sidi Abderrahmane, littéralement les descendant du saint Sidi Abderrahmane, comme transcription de l'expression « enfants de la ville » (ouled el bled).
  6. C'est à cette période qu'elle devient capitale de la Régence d'Alger.
  7. Certain souverains de la Régence d'Alger ou dignitaires religieux y sont enterrés.
  8. Selon Dalila Kameche-Ouzidane, p. 4 ce terme provenant du Coran signifie littéralement « voie, route, chemin » est à l'origine de l'expression fi sabil Allah traduisant l'idée d'une action désintéressée et généreuse. Il va désigner progressivement à travers les ages les fontaines et les bassin d'eau potable publics aménagés par la générosité d'une personne.
  9. Parfois orthographié bouqala ou būqāla.
  10. Il peut s'agir de parfumer l'eau avec de l'encens ou divers essences mais aussi de chasser le mauvais-oeil et les djinns

Références[modifier | modifier le code]

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  9. Lalmi 2004
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Annexe[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

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  • Saïd Almi, Urbanisme et colonisation: présence française en Algérie, Editions Mardaga,‎ , 159 p. (ISBN 287009812X). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Farida Rahmani et Mounir Bouchenaki, La Casbah d'Alger : un art de vivre des Algériennes, Paris-Méditerranée,‎ , 189 p. (ISBN 2842721748). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bougherira-Hadji Quenza, « Typologies modernes versus typologies traditionelles dans les médinas algériennes », dans Rehabimed : Architecture Traditionnelle Méditerranéenne, Barcelone, Collegi d’Aparelladors i Arquitectes Tècnics de Barcelona pour Rehabimed,‎ (ISBN 84-87104-74-6, lire en ligne), p. 110. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Adrian Atkinson, Stratégies Pour Un Développement Durable Local : Renouvellement Urbain Et Processus de Transformations Informelles, Berlin, Univerlagtuberlin,‎ , 23 p. (ISBN 3798320861) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Salah Guemriche, Alger la Blanche : biographies d'une ville, Paris, EDI8,‎ , 416 p. (ISBN 2262040397) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mohammed Habib Samrakandi et Hamid Tibouchi, Conte, conteurs et néo-conteurs : usages et pratiques du conte et de l'oralité entre les deux rives de la Méditerranée, Paris, Presses Univ. du Mirail,‎ , 216 p. (ISBN 2858166927) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Nadir Assari, Alger : des origines à la régence turque, Alger, Alpha,‎ , 324 p. (ISBN 9961780159) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Nassima Driss, « Habiter le patrimoine : monde en marge et identité urbaine : La Casbah d’Alger ou le refuge des exclus », dans Maria Gravari-Barbas, Habiter le patrimoine : Enjeux, approches, vécu, Rennes, Presses universitaires de Rennes,‎ (ISBN 9782753526754, lire en ligne)
  • Pierre Montagnon, Histoire de l'Algérie : Des origines à nos jours, Paris, Flammarion,‎ , 424 p. (ISBN 978-2857042044)
  • Paul Eudel, L'Orfèvrerie algérienne et tunisienne : Essai d'Art, Paris, Primento,‎ , 549 p. (ISBN 9782335050400)

Contribution à une publication périodique[modifier | modifier le code]

  • Abdelkader Lakjaa, « Lesbet, Djafar.- La Casbah d’Alger : gestion urbaine et vide social », Insaniyat / إنسانيات, vol. 5,‎ , p. 134-138 (ISSN 2335-1578, lire en ligne)
  • Jeune Afrique " Alger dans tous ses éclats " , Numéro spécial - no 2622, du 10 au 16 avril 2011
  • Amina Abdessemed-Foufa, « Le manuel de réhabilitation comme outil de conservation dans le cadre du plan permanent de sauvegarde de la Casbah d'Alger », RehabiMed,‎ (lire en ligne)
  • Ammara Bekkouche, « Ravereau, André. - La Casbah d’Alger, et le site créa la ville. - Préface de Mostéfa Lacheraf », Insaniyat / إنسانيات, vol. 5,‎ , p. 134-134 (ISSN 2335-1578, lire en ligne)
  • Gabriel Camps, Marcel Leglay, Lucien Golvin, Robert Mantran et Pierre Boyer, « Alger », Encyclopédie berbère, vol. 4,‎ , p. 447-472 (ISSN 2262-7197, lire en ligne)
  • Dalila Kameche-Ouzidane, « Alger et ses espaces publics. Quelle place pour l’eau dans l’ambiance de la Casbah et la ville? », L’ambiance comme enjeu de l’espace public méditerranéen contemporain,‎ (lire en ligne)
  • Tsouria Kassab, « Réécriture des espaces, entre discours idéologiques et pratiques : La Casbah d’Alger », Colloque international, dans le cadre des États généraux du Vieux-Québec, organisé par l’Institut du Nouveau Monde (Montréal, Canada) à l’initiative du Comité des citoyens du Vieux-Québec,‎ (lire en ligne)
  • Madani Safar-Zitoun, « Alger ou la recomposition d'une métropole », La pensée de midi, no 4,‎ , p. 30-35 (ISSN 1621-5338, lire en ligne)
  • Madani Safar-Zitoun, « Alger d’aujourd’hui : une ville à la recherche de ses marques sociales », Insaniyat / إنسانيات,‎ , p. 44-45 (ISSN 2335-1578, lire en ligne)
  • Balta Paul, « Alger, capitale de la culture arabe 2007 », Confluences Méditerranée, vol. 2, no 65,‎ , p. 195-198 (ISSN 1148-2664, lire en ligne)

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Histoire

Guerre d'Algérie

Cinéma

Liens externes[modifier | modifier le code]