Djebel Uweinat
| Djebel Uweinat | |
Carte topographique du djebel Uweinat (au centre). | |
| Géographie | |
|---|---|
| Altitude | 1 934 m |
| Administration | |
| Pays | |
| Gouvernorat Chabiyat Wilayat |
Nouvelle-Vallée Al-Koufrah Nord |
| Géologie | |
| Roches | Granite, grès |
| modifier |
|
Le djebel Uweinat (en arabe جبل العوينات, gabal al-ʿuwaināt, littéralement « montagne des sources », aussi orthographié Al Awaynat, Auenat, Ouenat, Ouinat, Owainat, Oweinat, Uwaynat, Uweinat, Uwenat, Uweynat) est un massif montagneux à la frontière entre l'Égypte, la Libye et le Soudan, dans le Sahara oriental.
Géographie
[modifier | modifier le code]Situation, topographie
[modifier | modifier le code]
Le djebel Uweinat se situe dans le Sahara oriental, à une quarantaine de kilomètres au sud-sud-est du massif montagneux similaire, le djebel Arkanu, en Libye.
Le massif est drainé par plusieurs vallées (karkur), dont Karkur Talh (à l'est) et, vers l'ouest, Karkur Hamid, Karkur Idriss et Karkur Ibrahim. La source principale du massif, appelée Aïn Dwa, se trouve sur son piémont occidental.
Dans sa partie nord, le paysage est localement marqué par de nombreux piliers et monolithes de grès paléozoïque issus de l’érosion (certains atteignant une quinzaine de mètres), ainsi que par des terrasses naturelles contrôlant l’accès à certains secteurs (plateau supérieur et débouchés de vallées)[1].
Géologie
[modifier | modifier le code]La moitié occidentale du massif est une intrusion de granite formant des anneaux concentriques dont le plus large a environ vingt-cinq kilomètres de diamètre. La moitié orientale est constituée de grès formant quatre plateaux distincts.
Flore et faune
[modifier | modifier le code]Le djebel Uweinat fait partie, avec le massif du Tibesti à la frontière de la Libye et du Tchad, de l'écorégion des forêts claires xérophiles d'altitude du Tibesti et du Djebel Uweinat appartenant au biome des déserts et terres arbustives xériques. Cette écorégion s'étend sur 82 200 km2[2].
Histoire
[modifier | modifier le code]
Le massif est officiellement décrit en 1923 par Ahmed Hassanein qui, lors de son exploration, rapporte l'existence de pétroglyphes et de peintures rupestres.
Des graffitis datant du troisième millénaire avant notre ère attestent de l'exploration de la région par des Égyptiens pendant la période de l'Ancien Empire, via la piste d'Abou Ballas[3].
Inscription de Montouhotep II (Tekhebeten)
[modifier | modifier le code]Une inscription hiéroglyphique découverte au djebel Uweinat mentionne le roi Montouhotep II et fait référence à des groupes/territoires nommés Yam et Tekhebeten (lecture discutée)[4]. L’étude d’Espinel publie et discute cette « découverte épigraphique » (lecture, contexte et implications)[5].
Dans les années 1930, le djebel Uweinat, frontalier entre les empires coloniaux italien et britannique, est exploré par le géologue et officier britannique Ralph A. Bagnold qui, après avoir lu Les Oasis perdues d'Ahmed Hassanein, recherche dans le désert la cité mythique de Zerzura[6] ; le capitaine italien Marchesi lui succède et chacun édifie un cairn au sommet du point culminant du massif. Recherchant l'« Atlantide africaine berceau de la race aryenne » (une des théories pseudoscientifiques en vogue dans l'entre-deux-guerres) l'ethnologue et archéologue allemand Leo Frobenius et le comte hongrois László Almásy, aviateur, explorateur et espion, parcourent à leur tour le jebel Uweinat[7].
Art rupestre et archéologie
[modifier | modifier le code]Le djebel Uweinat et ses environs comptent l’une des plus fortes concentrations d’art rupestre préhistorique en Afrique du Nord. Selon un décompte synthétisé par András Zboray (à partir d’un inventaire publié en 2009), environ 720 sites sont recensés autour du massif et des petits massifs périphériques ; 414 contiennent des peintures, 347 des pétroglyphes, avec un chevauchement (sites mixtes) d’environ 41 sites[8].
Recherches de terrain et inventaires
[modifier | modifier le code]Des explorations modernes ont souligné la difficulté de relocaliser les sites décrits au XXe siècle (numérotations hétérogènes, indications imprécises), en particulier dans la vallée principale de Karkur Talh. Cette situation a motivé, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, des campagnes de prospection plus systématiques (Uweinat, Gilf Kebir, Arkenu, Kissu) et l’usage de systèmes de numérotation plus cohérents[9].
Plusieurs articles de la revue Sahara ont ensuite révélé de nouveaux ensembles documentés (abris peints, panneaux gravés, secteurs entiers de la montagne)[10],[4].
Styles, thèmes et chronologie
[modifier | modifier le code]Les peintures et gravures couvrent une longue séquence holocène. La phase la plus représentée est associée aux pasteurs (bovins et scènes pastorales). En croisant superpositions, données archéologiques et paléoclimatiques, Zboray propose d’attribuer cet ensemble pastoral principal à un intervalle d’environ 4400–3300 av. J.-C., précédé par plusieurs traditions picturales plus anciennes (souvent sans faune domestique, à l’exception possible de chiens) remontant jusqu’à environ 6500 av. J.-C.[8].
Pour les pétroglyphes, Zboray interprète l’abondance des gravures de bovins et de girafes comme une phase pastorale tardive du massif ; il note qu’à mesure que les conditions environnementales se dégradent, les bovins disparaissent des thèmes gravés, tandis que la chasse (girafes et autres gibiers) se poursuit au moins jusqu’à environ 2000 av. J.-C. Une phase finale plus récente est marquée par des gravures plus frustes de chameaux et de personnages, dont certaines paraissent historiques ; l’auteur évoque notamment une attribution possible à des nomades toubous (hypothèse)[8].
Exemples de découvertes publiées
[modifier | modifier le code]- Abris peints de Karkur Talh : un abri redécouvert fortuitement en 2002 près du « rocher aux girafes » décrit par Ahmed Hassanein comprend des bovins peints (rouge et blanc) et des figures humaines, dont l’une semble tenir un arc (interprétation prudente)[9].
- Style « Uweinat roundhead » : un article décrit un grand abri (site KTW 27/G, haut Karkur Talh) avec des figures humaines à tête ronde et cou allongé, des superpositions, une scène de type « mère et enfant », ainsi que des mains dessinées (non des empreintes) avec des décors élaborés et des motifs singuliers (bandes ondulées, etc.)[11].
- Secteur occidental (Libye) et « paysage culturel » : une étude relie la distribution des peintures à des choix de supports (surplombs, abris sous blocs) et à des superpositions, et signale notamment des archers équipés de pointes de flèches transversales (attribués à des groupes antérieurs aux pasteurs) ainsi que de rares éléments vestimentaires peints interprétés comme des tabliers dorsaux chez des femmes pasteures[12].
- Nouveaux sites (reconnaissances 2010) : un rapport décrit (i) un site à l’extrémité orientale (Soudan) autour d’un monolithe isolé portant des gravures (girafes, bovidés, serpents, et une figure masquée interprétée avec prudence comme « chamane »), et (ii) un ensemble au nord avec terrasses, gueltas, indices archéologiques (lithiques, cercles de pierres, outils de broyage) et trois dalles gravées, dont l’une présente une scène complexe comprenant notamment une caravane d’ânes chargés et une figure décrite comme un « ruler » en combat (description des auteurs)[1].
- Prospections 2009 (NE Uweinat) : une campagne de terrain (novembre 2009) a permis d’identifier de nouveaux sites (peintures et gravures) et de documenter des ensembles d’abris avec des styles variés, dont des « petites figures humaines » et des scènes pastorales, dans des secteurs liés au débouché de Karkur Talh et à des systèmes de vallées secondaires[4].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- (en) Flavio Cambieri et Maria Emilia Peroschi, « Report on new rock art sites in the area of Jebel Uweinat, Eastern Sahara », Sahara, no 21, , p. 175-177
- ↑ (en) One Earth, Tibesti-Jebel Uweinat Montane Xeric Woodlands.
- ↑ Damien Agut et Juan Carlos Moreno-Garcia, L'Égypte des pharaons : De Narmer à Dioclétien, Paris, Belin, coll. « Mondes anciens », , 847 p. (ISBN 978-2-7011-6491-5), chap. 1 (« L'oasis d'Égypte et le travail des hommes »)
- (en) András Zboray et Mark Borda, « Some recent results of the survey of Jebel Uweinat », Sahara, no 21, , p. 181-189
- ↑ (en) Andrés Diego Espinel, « The “Tribute” of Tekhebeten: A new Kingdom Middle Kingdom graffiti of Mentuhetep II at Jebel Uweinat », Göttinger Miszellen, no 237, , p. 25-35
- ↑ Guy Jacques, Les Saharas cachés, une méharée imaginaire, Société des écrivains, 2015 (ISBN 978-2-342-03234-5) [lire en ligne]
- ↑ Johann Chapoutot, Le Nazisme et l'Antiquité, Presses universitaires de France, 2008, pages 46-47 (ISBN 978-2-13-060899-8)
- (en) András Zboray, « The Petroglyphs of Jebel Uweinat: Many Questions and a Few Answers », dans Desert and the Nile: Prehistory of the Nile Basin and the Sahara. Papers in honour of Fred Wendorf, Poznań, Poznań Archaeological Museum, , 707-733 p. (ISBN 978-3-96929-032-3)
- (en) András Zboray, « Some results of recent expeditions to the Gilf Kebir – Jebel Uweinat region », Cahiers de l'AARS, no 8, , p. 97-104
- ↑ (en) András Zboray, « Some further rock art finds at Jebel Uweinat and the Gilf Kebir », Sahara, no 19, , p. 149-154
- ↑ (en) András Zboray, « A shelter with paintings of the «Uweinat roundhead» style in upper Karkur Talh (Jebel Uweinat) », Sahara, no 17, , p. 163-164
- ↑ (en) Alessandro Menardi Noguera et András Zboray, « Rock art in the landscape setting of the western Jebel Uweinat (Libya) », Sahara, no 22, , p. 85-116
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (it) L.V. Bertarelli, Guida d'Italia, Vol. XVII, Consociazione Turistica Italiana, Milan, 1929.
- Théodore Monod (dir.) et Jean-François Sers, Désert Libyque, Artaud, (ISBN 978-2-7003-0159-5)
- (en) András Zboray, « Some results of recent expeditions to the Gilf Kebir – Jebel Uweinat region », Cahiers de l'AARS, no 8, , p. 97-104
- (en) András Zboray, « A shelter with paintings of the «Uweinat roundhead» style in upper Karkur Talh (Jebel Uweinat) », Sahara, no 17, , p. 163-164
- (en) András Zboray, « Some further rock art finds at Jebel Uweinat and the Gilf Kebir », Sahara, no 19, , p. 149-154
- (en) Flavio Cambieri et Maria Emilia Peroschi, « Report on new rock art sites in the area of Jebel Uweinat, Eastern Sahara », Sahara, no 21, , p. 175-177
- (en) András Zboray et Mark Borda, « Some recent results of the survey of Jebel Uweinat », Sahara, no 21, , p. 181-189
- (en) Alessandro Menardi Noguera et András Zboray, « Rock art in the landscape setting of the western Jebel Uweinat (Libya) », Sahara, no 22, , p. 85-116
- (en) Andrés Diego Espinel, « The “Tribute” of Tekhebeten: A new Kingdom Middle Kingdom graffiti of Mentuhetep II at Jebel Uweinat », Göttinger Miszellen, no 237, , p. 25-35
- (en) András Zboray, « The Petroglyphs of Jebel Uweinat: Many Questions and a Few Answers », dans Desert and the Nile: Prehistory of the Nile Basin and the Sahara. Papers in honour of Fred Wendorf, Poznań, Poznań Archaeological Museum, , 707-733 p. (ISBN 978-3-96929-032-3)