Phocéa (voilier)

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Phocéa[1]
Image illustrative de l'article Phocéa (voilier)
Phocéa au port Vauban d'Antibes

Autres noms Club Méditerranée (1980)
La Vie Claire (1983)
Type Bateau de course puis Yacht de luxe à utilisation commerciale
Histoire
Chantier naval DCAN, Toulon, France
Lancement 1976
Statut En service
Équipage
Équipage 23
Caractéristiques techniques
Longueur 71,50 m (hors-tout)[2]
66,00 m (flottaison)
Maître-bau 9,60 m
Tirant d'eau 6,10 m
Tirant d'air 39,50 m
Déplacement 280 t dont lest 80 t
Tonnage 530 tjb
159 nt
Propulsion 4 mâts
1 moteur Diesel 12 cylindres MTU
2 générateurs auxiliaires Caterpillar
1 hélice à pas variable
Puissance 1 056 CV
Vitesse 13,5 nœuds (vitesse maximum avec moteur)
12 nœuds (vitesse de croisière)
20 nœuds (voiles)
Caractéristiques commerciales
Cabines 1 Master / 1 VIP / 2 Double / 2 Twin
Passagers 12
Caractéristiques militaires
Rayon d'action 3 900 milles nautiques à 11 nœuds
Carrière
Armateur Tranquil Ltd
Affréteur Sète yacht Management
Pavillon Luxembourg
Coût 9.9 millions € (2010)

Le Phocéa (du nom de Phocée, cité grecque qui fonde Massalia vers -600, Marseille aujourd'hui) (baptisé à l'origine Club Méditerranée) est un bateau de course transatlantique en solitaire, long de 72 mètres[1], pourvu de 1 000 m2 de voilure sur quatre-mâts, construit pour le navigateur Alain Colas en 1976.

Il s'agissait de l'un des bateaux de course les plus grands, doté de la technique la plus avancée de son époque, et potentiellement un des plus rapides. Il a été rebaptisé et transformé par Bernard Tapie à partir de 1982.

À la suite de l'affaire du Phocéa, il a été racheté en 1997 par Mouna Ayoub puis transformé chez Lürssen en 1999. Fraser Yachts l'a revendu en 2010. Le prix demandé était de 9,9 millions d'euros.

Il fut le plus grand yacht à voile du monde jusqu'au lancement de l’Athena en 2004.

Histoire[modifier | modifier le code]

Alain Colas[modifier | modifier le code]

En 1976, le navigateur Alain Colas (recordman du tour du monde à la voile en solitaire de 1973 en 169 jours sur son Pen Duick IV « Manureva »), fait construire ce navire hors normes dessiné par l'architecte naval Michel Bigouin (créateur de Pen Duick IV et Pen Duick V) à l'arsenal de Toulon. Il finance le tout via sa société Alain-Colas-Tahiti SA par une exceptionnelle capacité à solliciter des sponsors.

Le navire est construit dans l'enceinte de l'arsenal du Mourillon à Toulon[3].

Bateau unique et révolutionnaire de 72 mètres de long, il est baptisé au départ Club Méditerranée, et comporte 1 000 m2 de voilure, 4 mâts de 30 mètres de haut. Il est doté d'équipements technologiques très avancés pour l'époque : décodeur météo, VHF et BLU, système de localisation par satellites SYLOSAT utilisant les 6 satellites de navigation américains TRANSIT (précision 100 à 200 m[4]). Ce bateau devant effectuer la Transat anglaise (transatlantique en solitaire) et le tour du monde en solitaire, il doit pouvoir être manœuvré par une seule personne : la manœuvre du bateau est entièrement assistée par un système piloté hydraulique.

Ce bateau à la pointe de la technologie d'alors est l'un des voiliers de course les plus grands et les plus rapides au monde, capable d'atteindre théoriquement une vitesse de pointe de 30 nœuds (soit 55 km/h).

Transat en solitaire 1976[modifier | modifier le code]

Le 5 juin 1976, Alain Colas prend le départ de la cinquième Transat anglaise en solitaire, à Plymouth. Les jours suivants, cinq tempêtes se succèdent dans l'Atlantique nord, plusieurs bateaux coulent. Sur Club Méditerranée, elles provoquent la rupture des drisses, câbles tenant les voiles. Alain Colas décide une escale technique à Terre-Neuve, qui dure trente-six heures. Le 29 juin, il arrive à Newport à la cinquième place après une pénalité forfaitaire de 58h mais à seulement 7 heures et 28 minutes en temps réel derrière Éric Tabarly.

En 1978, Alain Colas est porté disparu en mer le 16 novembre alors qu'il participe à la Route du Rhum sur son Pen Duick IV « Manureva ». Son épouse Teura Colas hérite alors de sa société et de ses bateaux laissés de nombreuses années à l'abandon à Tahiti.

Bernard Tapie[modifier | modifier le code]

En 1982, l'homme d'affaires Bernard Tapie rachète Club Méditerranée et la société Alain-Colas-Tahiti SA de Teura Colas dont il fait une filiale de son groupe. Il rapatrie l'épave du bateau à Marseille depuis Tahiti où il le fait entièrement restaurer et transformer en yacht de luxe, tout en conservant son esprit sportif. Ainsi, seuls des matériaux légers sont utilisés pour aménager le Phocéa, qui reste très performant sous voile. Bernard Tapie veut faire du Phocéa le plus beau et le plus performant voilier du monde. La rénovation durera quatre ans, pour un coût de 68 millions de francs (10 millions d'euros). Le 23 mai 1987, à titre d'inauguration, il épouse Dominique Mialet-Damianos, d'origine grecque, à son bord en Grèce durant une cérémonie privée avec quelques amis, célébrée par un prêtre orthodoxe grec et effectue sa première croisière en Méditerranée à bord pour son voyage de noces.

En 1988, à sa deuxième tentative, Bernard Tapie bat le record de la traversée de l'Atlantique en monocoque avec ce bateau en juin[5]. Bernard Tapie est personnellement à bord pour la traversée en tant qu'armateur. Des passagers et une équipe de télévision sont invités à bord pour vivre cette traversée. Le navire est sous la responsabilité du commandant Jean-Luc Pinon, assisté de son second Pierre Gaillet et de deux barreurs chefs de quart, Frank Dambrin et François Prévot. Alors qu’une tempête est annoncée, et contre l'avis du Capitaine, Bernard Tapie décide de maintenir le cap quoi qu'il arrive. Grâce à sa détermination, le voilier sort indemne de la tempête et le record du monde est battu. C'est la première fois qu'un voilier monocoque traverse l'Atlantique à cette vitesse (8 jours, soit 4 jours de moins que le précédent record de Charly Barr qui datait de 1905). Ce record vaudra à Jean-Paul Jaud, qui réalisait les images de la traversée pour TF1, partenaire de la tentative diffusant tous les soirs des images de la traversée, un « coma tétanique », consistant à ne plus bouger de peur pendant plusieurs jours.[réf. nécessaire][6]

À la suite de la mise en faillite de Bernard Tapie en 1996, le Phocéa est saisi par les liquidateurs judiciaires et revendu en 1997 pour 6 millions d'euros, prix en dessous de la valeur réelle du bateau, à Mouna Ayoub.

Mouna Ayoub[modifier | modifier le code]

Ex-épouse du milliardaire Nasser Al-Rashid, homme d'affaires promoteur immobilier saoudien et ami personnel du roi d'Arabie saoudite Fahd ben Abdelaziz Al Saoud, Mouna Ayoub rachète le Phocéa avec l'idée de le transformer en profondeur. Peu sensible à l'esprit sportif qui animait Bernard Tapie, Mouna Ayoub remplace les matériaux légers utilisés pour la décoration par ce dernier par des matériaux plus lourds, dans la tradition du yachting de luxe. Elle réduit par ailleurs la taille des mâts et des voiles, gênée par l'angle de gîte important du bateau sous voiles. Enfin, elle ajoute un étage pour disposer de plus de place. Mouna Ayoub dépense ainsi au total 17 millions de dollars en modifications, travaux d'aménagement et de décoration. De l'avis de tous les observateurs du monde du yachting, ces changements ne sont pourtant pas très flatteurs pour le Phocéa : la ligne anciennement élancée est alourdie par le raccourcissement des mâts et l'ajout d'un étage, ainsi que par l'usage de la couleur blanche pour la superstructure qui « ressort » visuellement beaucoup plus. Par ailleurs, le navire s'est alourdi de 60 % et a perdu 35 % de voilure, rendant ses performances sous voiles, autrefois exceptionnelles, beaucoup plus communes.

Mouna Ayoub fait du Phocéa son adresse personnelle et le met en location à partir de 196 000 la semaine. Les nouveaux propriétaires du Phocéa continuent à le proposer en charter.

Xavier Niel et associés[modifier | modifier le code]

En 2010 Mouna Ayoub revend le yacht environ 10 millions € à Xavier Niel associé aux frères Steve et Jean-Emile Rosenblum, les fondateurs du site Pixmania. Le yacht est immatriculé au Luxembourg. Il est détenu par une société maltaise, Phocea Limited. Celle-ci est à son tour détenue à 50% par la holdong NJJ Capital (société française appartenant à Xavier Niel) et la holding Dotcorp Finance (société luxembourgeoise détenue par les frères Rosenblum). A l'occasion de la divulgation des Malta Files, le montage financier utilisé pour la gestion du Phocea est mis en lumière[7],[8].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

  • Architecte naval : Michel Bigoin (cocréateur de Pen Duick V).
  • Zone de navigation : Méditerranée / Atlantique.
  • 12 passagers et 23 membres d'équipage.
  • Cabines : 1 Master / 1 VIP / 2 Double / 2 Twin.
  • Salon transformable en boîte de nuit.
  • Salon de coiffure, gymnase, sauna, Jacuzzi, etc.
  • Estimation 2007 : 25 millions €.
  • Prix demandé en 2010 : 9.9 millions d'euros.

Palmarès en compétition[modifier | modifier le code]

  • 1976 : deuxième de la transat Anglaise en solitaire, barré par Alain Colas (mais en fait il sera disqualifié).
  • 1988 : record du monde de la traversée de l'Atlantique en monocoque, avec Bernard Tapie en tant qu'armateur. Le bateau étant commandé par le commandant Jean-Luc Pinon, assisté de son second Pierre Gaillet et de deux barreurs chefs de quart, Frank Dambrin et François Prévot.

Galerie[modifier | modifier le code]

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Fiche technique du Phocéa sur l'onglet Spécifications
  2. Revue Bateaux n°207, août 1975, « Les essais sur modèles de Manureva »
  3. Construction du Club Méditerranée
  4. Système SYLOSAT de localisation précise par satellites TRANSIT, Quatrième colloque sur le traitement du signal et ses applications, p. 1109-1129. Nice, 7-12 mai 1973. Voir section 4.3.
  5. référence, http://www.sailspeedrecords.com/powered-sailing-systems-records-under-wssr-rule-21-c.html
  6. Record de 1988 http://www.youtube.com/watch?v=NZEyoOdKTZk
  7. « Avec les « Malta Files », Mediapart révèle les dessous des pratiques fiscales de Malte », Le Monde, (consulté le 23 mai 2017)
  8. Yann Philippin, « Xavier Niel pris dans le roman noir du «Phocéa» », Mediapart, (consulté le 23 mai 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Grands voiliers luxueux privés:

Liens externes[modifier | modifier le code]