Néonicotinoïde

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Les néonicotinoïdes sont une classe de produits toxiques employée comme insecticides agissant sur le système nerveux central des insectes. Ces substances sont utilisées principalement en agriculture pour la protection des plantes (produits phytosanitaires) mais aussi par les particuliers ou les entreprises pour lutter contre les insectes nuisibles à la santé humaine et animale (produits biocides).

Ils comprennent actuellement une petite dizaine de molécules. Ces neuro-toxiques sont généralement des dérivés chlorés et ils ciblent dans le cerveau les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine.

Leur faible biodégradabilité, leur effet toxique persistant et leur diffusion dans la nature (migration dans le sol et les nappes phréatiques) commencent au bout de vingt ans à poser d'important problèmes d'atteintes à des espèces vivantes qui n'étaient pas ciblées : insectes (abeilles, papillons...), de prédateurs d'insectes (oiseaux, souris, taupes, mulots, chauve-souris), d'agents fertilisants des sols (vers de terre).

De nombreux apiculteurs mettent en cause ces molécules pour expliquer le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles[1] ou Colony Collapse Disorder (CCD)[2]. La Commission Européenne a suspendu 3 néonicotinoides en 2013 sur la base des travaux de l'AESA. Plusieurs études scientifiques ont mis en évidence la toxicité de ces insecticides sur les abeilles et bourdons, en laboratoire et lors de tests en conditions contrôlées. Ces observations sont difficiles à confirmer par les travaux de terrain[3],[4],[5], ce qui alimente une discussion scientifique. Plus généralement, il est considéré que « l'exposition chronique à ces insecticides largement utilisés pourrait affecter les abeilles et de nombreux autres invertébrés »[6].

Histoire[modifier | modifier le code]

Cette classe de biocide a connu un développement très rapide.

Le premier néonicotinoïde (imidaclopride) a été découvert en 1985 par Shinzo Kagabu (Bayer CropScience, Japon) et mis sur le marché en 1991. Des études scientifiques ont justifié l'interdiction de certains néonicotinoïdes (dans certains pays dont en France avec l'imidaclopride sur le tournesol depuis 1999 et sur le maïs depuis 2004), mais ils sont encore très utilisés  : un tiers des insecticides vendus dans le monde sont des néonicotinoïdes.

Emploi[modifier | modifier le code]

Les néonicotinoïdes sont les insecticides les plus utilisés dans le monde[7] pour la protection contre les insectes parasites des cultures et des animaux, aussi bien d'élevages industriels (volailles, ovins) que domestiques (colliers insecticides pour chiens et chats). Ils ont pris la place de plusieurs autres insecticides, notamment le DDT. Au niveau mondial, les néonicotinoïdes représentent un quart, en volume, des ventes totales d'insecticides. Ces tonnages sont destinés principalement aux cultures de maïs[8].

Dans le domaine des cultures, les néonicotinoïdes sont utilisés de façon classique par épandage sur le sol ou pulvérisation sur la végétation (cultures, arbres fruitiers), par injection dans les plants[réf. nécessaire], ainsi que par l'enrobage des semences. Au niveau mondial, on estimait qu'en 2011 60 % de toutes les applications de nénicotinoïdes étaient des traitements de semences ou de sols[8].

Ils présentent plusieurs caractéristiques pouvant être vues comme des avantages ou des inconvénients : leur très haute toxicité pour les insectes (efficacité / dangerosité) et leur très haute concentration (quelques grammes de produits suffisent à traiter un hectare de culture) ; leurs propriétés systémiques qui les rendent présents dans tous les compartiments de la plante traitée (protection globale / contamination globale) ; Enfin, leur longue persistance dans les divers compartiments de l'environnement (protection longue / contamination longue).

Cette faible biodégradabilité provoque la diffusion de cette molécule dans les sols et dans tout l'écosystème où elle finit par atteindre des populations d'êtres vivants qui n'étaient pas ciblées, et à se reconcentrer sur certains éléments de la chaîne alimentaire, en particulier chez les insectes butineurs.

Les semences enrobées d'insecticide et qui ne sont pas bien enfouies, sont consommées par les oiseaux et les tuent. Celles qui sont enfouies sont progressivement lavées par le ruissellement et migrent dans le sol où elle tuent la faune d'insectes et d'organismes fertilisants (comme les vers), puis dans les sources et les nappes phréatiques.

Il ne semble pas s'être encore constitué de souches résistantes à cette famille de toxiques.

Substances actives commercialisées[modifier | modifier le code]

On compte parmi les néonicotinoïdes actuels :

  • l'acétamipride
    • commercialisé par Scotts et Bayer CropScience pour les formulations commerciales Suprême, Polysect, Bambi, Equinoxe etc. et principalement pour le traitement des arbres (fruitiers ou non), légumes, pomme de terre, tabac, rosiers etc.
  • le nitenpyrame
    • utilisé par Jiangsu Sword Agrochemicals dans le Nitenpyram
  • le thiaclopride
    • utilisé par Bayer CropScience dans le Proteus ou Proteus (mention abeille), c'est-à-dire emploi autorisé durant la floraison

Action sur la santé publique et sur les éco-systèmes[modifier | modifier le code]

Leur utilisation commune dans le monde entier pourrait poser des problèmes de sécurité environnementale, alimentaire et sanitaire pour l'Homme et les abeilles domestiques , mais aussi pour les apidés sauvages et de nombreux autres groupes (invertébrés terrestres et aquatiques, poissons, reptiles et amphibiens, oiseaux insectivores, rongeurs, chiroptères.[14]. Ce pourquoi en France la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) a demandé à son conseil scientifique de faire un point sur les connaissances acquises ou à acquérir au sujet des effets locaux ou globaux, immédiats et différés de ces molécules[14]. Ce dernier estime la recherche d'effets systémiques et des effets des molécules de dégradation et métabolites insuffisante, ce qui a pu induire une sous-estimation des conséquences néfastes de ces produits pour la biodiversité[14]. Un rapport encourage une approche de type One health et donc des études à des échelles d'organisation écologiques plus larges que les agrosystèmes et les espèces-cible ou les seules abeilles : 1) les populations d'organismes et leur démographie, 2) les communautés d'organismes, 3) les écosystèmes, sans oublier les effets indirects[14]. Il fait de la recherche des effets des faibles doses une priorité[15] et encourage aussi la recherche sur des alternatives aux néonicotinoïdes[16], notamment non-chimiques (agro-écologie...)[14].

Mode d'action[modifier | modifier le code]

Ces pesticides ont un mode d'action commun : ils affectent le système nerveux central des insectes, provoquant la paralysie et la mort.

Impacts sur la santé humaine[modifier | modifier le code]

Une étude conduite sur des rats publiée en 2012 suggère que les néonicotinoïdes pourraient affecter défavorablement la santé humaine, spécialement le développement du cerveau[17].

Une première analyse systématique de la littérature scientifique codirigée par Melissa Perry (Université George Washington) rapporte des risques possibles publiée le dans la revue Environmental Health Perspectives rapporte « des associations avec des conséquences développementales ou neurologiques défavorables » : augmentation du risque d’autisme, de troubles de la mémoire et de tremblements, d’une malformation congénitale du cœur (dite « tétralogie de Fallot »), ainsi que d’une autre anomalie congénitale grave, l’anencéphalie (absence partielle ou totale de cerveau et de crâne à la naissance)[18].

Impacts sur l'environnement[modifier | modifier le code]

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) a identifié des risques pour les abeilles dans l'utilisation des néonicotinoïdes. Trois types d'insecticides sont particulièrement concernés : la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame. Ils peuvent avoir des effets aigus et chroniques sur la survie et le développement des colonies d'abeilles, leur comportement et leurs larves[19], ainsi que sur des espèces non-cibles, dont auxiliaires de l'agriculture[20]. Une synthèse indépendante menée par Jeroen van der Sluijs de l'université d'Utrecht (en collaboration avec des chercheurs de l'université du Sussex, du CNRS et d'INRA) et publiée dans la revue Current Opinion in Environmental Sustainability en 2013 montre comment les néonicotinoïdes ont pris une part croissante dans l'usage d'insecticides avec plus de 25 % de parts de marché. Ces produits sont hautement neurotoxiques pour les insectes y compris les pollinisateurs à cause de leur large diffusion dans l'environnement, leur persistance dans le sol et l'eau. La présence de ces néonicotinoïdes est fréquente dans les essaims d'abeille. Soumis à des « doses réalistes de terrain », ils provoquent une large gamme « d'effets dangereux pour l'abeille et le bourdon », en affectant la performance des colonies, affaiblissant le butinage et le couvain, augmentant la fragilité face aux maladies et aux parasites[21].

Une méta-analyse, dirigée par Jean-Marc Bonmatin (CNRS) et basée sur l'examen de la littérature existante concernant les néonicotinoïdes et le fipronil, a été publiée sous la forme d'un numéro spécial dans Environmental Science and Pollution Research. Ce groupement de 29 chercheurs de la Task Force on Systemic Pesticides a publié huit articles scientifiques en 2014 qui constituent le Worldwide Integrated Assessment on systemic pesticides[22]. D'après les auteurs : la « production mondiale de néonicotinoides augmente toujours »[7], les espèces non cibles seraient exposées par de nombreuses voies dans l'environnement (sol, eau, air, plantes)[23], « tous les autres pollinisateurs sauvages sont affectés », de nombreuses espèces d'invertébrés comme les vers de terre ou les espèces aquatiques seraient menacées[24], tandis que les vertébrés comme les oiseaux sont impactés directement ou indirectement[25],[26],[27]. La méta analyse détaille les menaces sur les services écosystémiques dont la productivité agricole dépend[28].

Au vu de ces résultats, les auteurs recommandent d'urgence de réduire ou d'interdire l'usage des néonicotinoïdes[29] et de développer des alternatives aux insecticides qui soient inoffensives pour la biodiversité, et en particulier d'éviter l'usage prophylactique (préventif) de ces insecticides, qui dans la très grande majorité des cas ne serait pas justifié[30].

Un article de Nature de décembre 2015 montrait l'impact négatif sur la pollinisation provoquée par les néonicotinoïdes à des doses couramment présentes en champ, à partir d'une expérience menée sur des bourdons dans des vergers de pommiers [31].

Mesures réglementaires d'interdiction[modifier | modifier le code]

En France, la première interdiction intervient en 1999 pour l'imidaclopride sur le tournesol - les autorisations d'utilisation de phytosanitaires étant spécifique à chaque plante cultivée. La seconde interdiction intervient en 2004 pour l'imidaclopride sur le maïs.

La préparation Cruiser (à base de thiaméthoxam) a fait l'objet d'une succession d'autorisations/suspensions entre 2008 et 2010. La préparation Poncho (à base de clothianidine) n'a pas reçu d'homologation suite aux dépopulations de ruches en 2008 en Allemagne (Bade-Wurtemberg).

En conséquence de l'avis rendu par l'AESA, la Commission européenne suspend en 2013 l'utilisation des 3 néonicotinoïdes pendant une durée de deux ans[32]. En France, le projet de loi sur la biodiversité de 2015 a été amendé le par l'Assemblée nationale afin d'interdire les produits phytosanitaires de la famille des néonicotinoïdes dès 2016[33]. L'exposé des motifs indique :

« Malgré ces avancées, cinq molécules restent actuellement autorisées en France (imidaclopride, thiaclopride, clothianidine, thiaméthoxame et acétamipride) et présentent une toxicité aigüe, notamment pour les abeilles. La toxicité de l’imidaclopride est ainsi 7297 fois inférieure (sic) à celle du DDT. La corrélation est également établie en ce qui concerne l’impact du taux d’imidaclopride sur la population des invertébrés et des oiseaux. De plus, l’agence européenne de sécurité des aliments estime que deux de ces molécules « peuvent avoir une incidence sur le développement du système nerveux humain »[34]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source cdurable.info : effet des néonicotinoïdes sur l'abeille.
  2. Colony collapse disorder
  3. Blacquière T, Smagghe G, van Gestel CA, Mommaerts V., « Neonicotinoids in bees: a review on concentrations, side-effects and risk assessment », Ecotoxicology, vol. 21, no 4, 2012, p. 973-92. (PMID 22350105, PMCID PMC3338325, DOI 10.1007/s10646-012-0863-x
  4. (en) Henry M et al., « A common pesticide decreases foraging success and survival in honey bees. », Science, no 20;336(6079):348-50. doi: 10.1126/science.1215039,‎ (lire en ligne)
  5. (en) Whitehorn PR et al., « Neonicotinoid pesticide reduces bumble bee colony growth and queen production. », Science, no 336: 351-352,‎ (lire en ligne)
  6. (en) Sanchez-Bayo F, « The trouble with neonicotinoids. Chronic exposure to widely used insecticides kills bees and many other invertebrates. », Science, no Vol 346 Issue 6211,‎ , p. 806-7 (lire en ligne)
  7. a et b (en) Simon-Delso N et al., « Systemic insecticides (neonicotinoids and fipronil): trends, uses, mode of action and metabolites », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
  8. a et b Aurélien Gouzy, « Néonicotinoïdes », INERIS - Données technico-économiques sur les substances chimiques en France, (consulté le 9 avril 2016).
  9. « Site e-phy (Ministère de l'Agriculture) » (consulté le 13 décembre 2014)
  10. http://www.syngenta-us.com/media/emedia_kits/thiamethoxamvigorus/media/pdf/presentation.pd
  11. http://www.syngenta.com/country/ch/fr/produkte-und-bereiche/landwirtschaft/Documents/DataSheets/TD-Sheets/actara_f.pdf
  12. http://www3.syngenta.com/country/fr/fr/Varietes-et-produits/protection-des-cultures/insecticides/Pages/LUZINDO.aspx
  13. http://www.senat.fr/questions/base/2014/qSEQ140210645.html
  14. a, b, c, d et e Rapport - Néonicotinoïdes, écosystèmes et biodiversité : la nécessité de revisiter les questions de recherche, et présentation
  15. « La question des faibles doses de pesticides et de leurs conséquences doit représenter une priorité de recherche », page 15 du Rapport Néonicotinoïdes, écosystèmes et biodiversité : la nécessité de revisiter les questions de recherche.
  16. Furlan L., and Kreutzweiser D. (2015). Alternatives to neonicotinoid insecticides for pest control: case studies in agriculture and forestry, Environmental Science and Pollution Research 22: 135-147. http://dx.dor.org/10.1007/ s11356-014-3628-7
  17. Kimura-Kuroda J , Komuta Y , Kuroda Y , Hayashi M , Kawano H (2012) Nicotine-Like Effects of the Neonicotinoid Insecticides Acetamiprid and Imidacloprid on Cerebellar Neurons from Neonatal Rats. PLoS ONE 7(2): e32432. doi:10.1371/journal.pone.0032432
  18. Stéphane Foucart, « Les insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles… et d’humains ? », lemonde.fr, (consulté le 6 février 2017)
  19. EFSA, Communiqué de presse du 16 janvier 2013 - http://www.efsa.europa.eu/fr/press/news/130116.htm
  20. Hopwood J., Hoffman Black S., Vaughan M., and Lee- Mäder E. (2013). Beyond the Birds and the Bees. Effects of Neonicotinoid Insecticides on Agriculturally Important Beneficial Invertebrates. The Xerces Society for Invertebrate Conservation, Portland, OR, USA, 32pp.
  21. (en) Jeroen van der Sluijs, Noa Simon-Delso, Laura Maxim, Jean-Marc Bonmatin et Luc P Belzunces, « Neonicotinoids, bee disorders and the sustainability of pollinator service », Current Opinion in Environmental Sustainability, vol. 5,‎ , p. 293–305 (lire en ligne)
  22. (en) Bijleveld van Lexmond M, Bonmatin JM, Goulson D et Noome DA, « Worldwide integrated assessment on systemic pesticides. Global collapse of the entomofauna: exploring the role of systemic insecticides », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
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  25. (en) Gibbons D et al., « A review of the direct and indirect effects of neonicotinoids and fipronil on vertebrate wildlife », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
  26. Caspar A. Hallmann & al., "Declines in insectivorous birds are associated with high neonicotinoid concentrations", Nature, 9 juillet 2014, doi:10.1038/nature13531
  27. David Goulson, "Ecology: Pesticides linked to bird declines", Nature, 9 juillet 2014, doi:10.1038/nature13642
  28. (en) Chagnon M et al., « Risks of large-scale use of systemic insecticides to ecosystem functioning and services », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
  29. (en) van der Sluijs JP et al., « Conclusions of the Worldwide Integrated Assessment on the risks of neonicotinoids and fipronil to biodiversity and ecosystem functioning », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
  30. (en) Furlan F et Kreutzweiser D, « Alternatives to neonicotinoid insecticides for pest control:case studies in agriculture and forestry », Environ Sci Pollut Res,‎ (lire en ligne)
  31. Dara A. Stanley, Michael P. D. Garratt, Jennifer B. Wickens, Victoria J. Wickens, Simon G. Potts & Nigel E. Raine (2015), "Neonicotinoid pesticide exposure impairs crop pollination services provided by bumblebees", Nature, 528, 548–550, (24 December 2015), doi:10.1038/nature16167
  32. voir décision du 24 mai 2013
  33. « Abeilles : l'Assemblée vote l'interdiction des insecticides néonicotinoïdes en 2016 », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  34. Amendement au projet de loi sur la biodiversité voté le 12 mars 2015 à l'Assemblée nationale, Paris.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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