Traitement systémique

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Insecticide systémique)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Systémique (homonymie).

Un traitement systémique (parfois appelé "endothérapie") est un traitement curatif ou préventif réalisé au moyen d'un produit chimique (fongicide, pesticide, désherbant) pour protéger un organisme (végétal le plus souvent) contre certains de ses agresseurs. Il en existe différents modes : enrobage des semences, traitement de sol ou de motte de plantation, arrosage des racines, fumigation, injection dans le tronc des arbres...). Dans le cas du végétal, la molécule active (souvent relativement persistante) est absorbé par la plante (graine, feuilles et/ou racines) puis elle circule dans le système vasculaire de la plante ; il percole ainsi dans tous ses tissus, véhiculé par la sève et le phloème, jusque dans les parties florales telles que le pollen et le nectar, ce qui le rend plus efficace, avec des doses plus faibles pour les produits récents, contre les parasites de cette plante. Chez l'animal, la molécule active est diffusée par le sang et la lymphe.
Ils sont utilisés dans des domaines aussi variés que l'agriculture, la médecine vétérinaire, l'aménagement paysager, mais dans le monde vers 2015, environ 60% de touts les néonicotinoïdes étaient livrés en tant que traitements des semences ou du sol[1].

Très efficace à faible dose (bien que des phénomènes de résistance apparaissent), ils sont rapidement (à la fin du XXèe siècle]] devenus les pesticides les plus utilisés dans le monde : ainsi en 2015 les néocotinoïdes étaient mis sur le marché et autorisés dans plus de 120 pays, comprenant certains des insecticides les plus populaires[1],[2],[3]).

Ils ont cependant rapidement pollué les sols et les plantes des milieux agricoles où ils sont utilisés. De même pour les milieux périphériques et l'eau qui draine ces sols. Des néonicotinoïdes et du fipronil (et plus encore leurs métabolites, souvent plus toxiques que leur molécule-mère) sont désormais retrouvés à des doses biologiquement actives dans de nombreux écosystèmes, devenant une source ubiquiste d'exposition chronique (et parfois aiguë) d'une grande partie de la faune sauvage, initialement non-ciblée. Des études sur le contenu alimentaire des rayons de ruches d'abeilles partout dans le monde démontrent une exposition chronique des apidés aux néonicotinoïdes, au fipronil et à leurs métabolites (généralement dans la gamme 1-100 ppb), en mélange à d'autres pesticides et toxiques dont certains bien connus pour agir synergiquement avec certains néonicotinoïdes.

Insecticide systémique[modifier | modifier le code]

Un insecticide systémique est un pesticide (souvent hautement toxique pour les insectes et d'autres invertébrés[4]) actif contre les insectes suceurs, piqueurs ou phytophages ou divers autres parasites, mais avec l'inconvénient d'exposer les pollinisateurs, de manière chronique à de faibles doses du pesticide[5].

Ces insecticides sont massivement utilisés depuis quelques années, d'abord pour les plantes agricoles (pour le traitement des semences principalement[6]), puis pour certains arbres fruitiers[7], arbres élevés en plein champ (ex : plantations de palmiers à huile[8] ou de cocotiers [9]) ou en pépinières (résineux ainsi traités contre l'hylobe[10], en remplacement du carbosulfan[11].

Des produits tels que l'imidaclopride, le fipronil (ou d'autres) peuvent être utilisés dans des plantes ou arbres, mais aussi chez des animaux (par exemple des rongeurs que l'on traite via des appâts afin de les débarrasser de Phlebotomus papatasi Scopoli [12], ou encore avec certains traitements antiparasitaires (ex : ivermectine d'animaux domestiques et familiers[13].

Effets sur l'environnement[modifier | modifier le code]

Les insecticides systémiques étant relativement récents, leurs effets environnementaux ne sont probablement qu'incomplètement évalués et mesurés[14].

Ils n'ont théoriquement pas d'effet sur les insectes ne consommant pas de fragments ni fluides issus de la plante traitée, mais :

  • certains autres insectes peuvent être touchés lors de l'application (ces molécules sont très petites ce qui est propice à leur envol et dispersion dans l'environnement, et les néocotinoïdes sont en outre très solubles dans l'eau) ;
  • ces substances peuvent indirectement toucher les prédateurs des insectes indésirés (ceux qui nuisent à la plante) par voie alimentaire et donc avoir l'effet inverse de celui souhaité puisque la « faune utile » a en général un cycle de vie plus long et une fécondité moindre ;
  • certains pesticides systémiques (ex : à base d'imidaclopride) sont présents dans le pollen et le nectar[15]. Ils sont fortement soupçonnés de contribuer à la régression générale de la plupart des espèces de pollinisateurs et notamment au syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles[16]. En 2017, il est démontré que le fipronil affecte la fécondité des apidés mâles en ce montrant cytotoxique pour leurs spermatozoïdes[17]. Selon les auteurs le le fipronil est donc bien cytotoxique pour les spermatozoïdes.  ;
  • ces pesticides présents dans la plante vivante ou morte peuvent interagir avec la rhizosphère[18], ou être ingérés par des animaux herbivores, avec des effets mal évalués. Les effets écosystémiques de leurs résidus sont également mal connus mais pour le fipronil par exemple ils peuvent être plus toxique que le molécule-mère ;
  • leur demi-vie est parfois longue, surtout à l'abri du soleil dans le sol : celle des néonicotinoïdes peuvent ainsi y dépasser 1000 jours[19]. Ils peuvent ainsi rapidement s'accumuler dans les zones agricoles là où ils sont utilisés plusieurs années de suite. On a aussi montré qu'ils peuvent « persister dans des plantes ligneuses pour des périodes dépassant une année »[19].

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jeschke P, Nauen R, Schindler M, Elbert A (2011) Overview of the status and global strategy for neonicotinoids. J Agric Food Chem 59:2897–2908
  2. Van der Sluijs JP, Simon-Delso N, Goulson D, Maxim L, Bonmatin J-M, Belzunces LP (2013) Neonicotinoids, bee disorders and the sustainability of pollinator services. Curr Opin Environ Sustain 5:1–13
  3. Simon-Delso N, Amaral-Rogers V, Belzunces LP, Bonmatin JM, Chagnon M, Downs C, Furlan L, Gibbons DW, Giorio C, Girolami V, Goulson D, Kreutzweiser DP, Krupke C, Liess M, Long E, McField M, Mineau P, Mitchell EAD, Morrissey CA, Noome DA, Pisa L, Settele J, Stark JD, Tapparo A, van Dyck H, van Praagh J, van der Sluijs JP, Whitehorn PR, Wiemers M (2014) Systemic insecticides (neonicotinoids and fipronil): trends, uses, mode of action and metabolites | Environ Sci Pollut Res (this issue)
  4. SUCHAIL S., BELZUNCES L.P., VAISSIÈRE B.E., 2003. Toxicité aiguë de l’imidaclopride et de ses métabolites chez l’abeille domestique Apis mellifera. Abeilles et fleurs, 643, p. 27-30
  5. RORTAISA., ARNOLD G., HALM M-P., TOUFFET-BRIENS F., 2005. Modes of honey-bees exposure to systemic insecticides: estimated amounts of contaminated pollen and nectar consumed by different categories of bees. Apidologie , 36, p. 71-83.
  6. Schiffers, B., & Fraselle, J. (1988). Le point sur les techniques de traitement des semences. In Annales de Gembloux (Vol. 94, No. 4). Gembloux.
  7. Rouas, G., DESTOMBES, M., & HULIN, L. (2005). L'acétamipride? Insecticide systémique pour arbres fruitiers, cultures légumières et tabac. Phytoma-La Défense des végétaux, (581), 53-55.
  8. Philippe, R., & Diarrassouba, S. (1979). Méthode de lutte contre Coelaenomenodera par introduction d'insecticide systémique dans le stipe du palmier à huile. Oléagineux. Revue internationale des corps gras.
  9. Ginting C. & Desmier de Chenon R. (1987) Utilisation de la technique d'absorption racinaire d'insecticides systématiques pour une protection à long terme des cocotiers et autres cultures industrielles. Oléagineux, 42(2), 63-79.
  10. Lempérière, G., & JULIEN, J. M. (1989). Premiers résultats de tests pour l'évaluation de l'efficacité d'un insecticide systémique contre l'hylobe (Hylobius abietis l., coll. Curculionidae).
  11. LEMPERIERE, G., & JULIEN, J. (2003). Protection contre l'hylobe du pin: Efficacité d'un insecticide systémique à base de carbosulfan. Revue forestière française, 55(2), 129-140.
  12. Derbali, M., Chelbi, I., Cherni, S., Barhoumi, W., Boujaâma, A., Raban, R., ... & Zhioua, E. (2013). Évaluation au laboratoire et sur le terrain de l’imidaclopride sous forme d’appâts pour les rongeurs afin de contrôler les populations de Phlebotomus papatasi Scopoli, 1786 (Dipetra: Psychodidae). Bulletin de la Société de pathologie exotique, 106(1), 54-58.
  13. Beugnet, F. (2004). Antiparasitaires externes chez les carnivores domestiques. EMC-Vétérinaire, 1(4), 138-153 (résumé)
  14. Maxim L & van der Sluijs J.P L’incertitude: cause ou effet des débats entre les acteurs? Analyse de cas du risque de l’insecticide Gaucho® vis-à-vis des abeilles
  15. Rortais, A., Arnold, G., Halm, M. P., & Touffet-Briens, F. (2005). Modes of honeybees exposure to systemic insecticides: estimated amounts of contaminated pollen and nectar consumed by different categories of bees. Apidologie, 36(1), 71-83.
  16. Colin, M. E. (2001, May). Influence des insecticides systémiques sur l’apprentissage spatio-temporel de l’abeille. In Public conférence INRA/UAPV (Vol. 22).
  17. Kairo G, Poquet Y, Haji H, Tchamitchian S, Cousin M, Bonnet M, ... & Brunet J.L (2017). « Assessment of the toxic effect of pesticides on honey bee drone fertility using laboratory and semifield approaches: A case study of fipronil. Environmental Toxicology and Chemistry. » | 4 avril 2017 |Environ Toxicol Chem. |doi:10.1002/etc.3773 | URL : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/etc.3773/full
  18. Sarr, B., Ndiaye, F., & Diop, T. A. (2014). Effet de deux types d’insecticides sur la mycorhization arbusculaire et le développement de deux variétés de pomme de terre (Solanum tuberosum). International Journal of Biological and Chemical Sciences, 7(5), 1902-1909.
  19. a et b Bonmatin, J. M., Giorio, C., Girolami, V., Goulson, D., Kreutzweiser, D. P., Krupke, C., ... & Noome, D. A. (2015). Environmental fate and exposure; neonicotinoids and fipronil. Environmental Science and Pollution Research, 22(1), 35-67.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]