Taupe

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Taupe
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
l'appellation « Taupe » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après
Une Taupe d'Europe (Talpa europaea) et son terrier, illustration extraite de Illustrierter Leitfaden der Naturgeschichte des Thierreiches, 1876.

Taxons concernés

parmi les Talpidae :

Autres familles :

Taupe est un nom vernaculaire ambigu en français, pouvant désigner plusieurs espèces différentes de petits mammifères fouisseurs vivant dans des galeries souterraines creusées dans la couche meuble de terre arable du sol, et dont la présence est signalée par les petits monticules de terre déblayée constituant les taupinières. Ce nom vernaculaire est aussi à la base de plusieurs noms vulgaires créés pour la nomenclature scientifique en français.

Désignations[modifier | modifier le code]

Le nom vernaculaire Taupe est issu du latin talpa[1], et désigne en français des mammifères insectivores fouisseurs, sans oreilles apparentes et plus ou moins aveugles, appartenant en premier lieu au genre Talpa et surtout à l'espèce Talpa europaea. Dans le langage commun, ce terme désigne également des espèces d'animaux très différentes des points de vue anatomique et systématique, même si, à première vue, leur physique et leur comportement se ressemblent. C'est par exemple le cas des taupes de Chine et des taupes dorées. Il s'agit là d'un exemple classique de convergence évolutive.

Par extension, le terme est utilisé pour désigner de nombreuses espèces, souvent aveugles, ou presque, comme des rongeurs : les rats-taupes et les hamsters-taupes ou même un poisson comme le requin taupe et un insecte la taupe-grillon.

Physiologie, comportement et écologie[modifier | modifier le code]

Les caractéristiques générales des taupes sont celles des petits mammifères fouisseurs qui creusent et vivent dans des galeries souterraines, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur comportement ou leur physiologie respective. Elles naissent avec une vue parfaitement développée, et deviennent aveugles ou presque (selon les espèces) au fil du temps[réf. nécessaire].
Les femelles de certaines espèces ont un clitoris en forme de pénis[2] et les mâles de taupes dorées africaines disposent d'un cloaque ce qui est très rare chez les mammifères.

Les différentes espèces de « taupes »[modifier | modifier le code]

Le terme taupe désigne avant tout les taupes européennes du genre Talpa. En France, il désigne plus particulièrement l'espèce la plus courante, la taupe d'Europe (Talpa europaea) mais aussi la Taupe d'Aquitaine (Talpa aquitania) sur la façade atlantique et la Taupe aveugle (Talpa caeca) en Provence-Alpes-Côte d'Azur. En Suisse et en Belgique, seule la taupe d'Europe est présente.

La sous-famille des Talpinae à laquelle appartient le genre Talpa regroupe de nombreuses espèces qui partagent plus ou moins les mêmes caractéristiques sur le continent eurasiatique mais aussi nord américain. La plupart de ces taupes n'ont par ailleurs pas de nom vernaculaire spécifique, mais sont appelées spontanément « taupe » du fait de leurs morphologie et comportement. Elles sont proches des desmans, une des trois sous-familles des Talpidae. Une espèce américaine à nez étoilé, appelée Condylura cristata, est désignée par de nombreux noms français commençant par Condylure ou taupe.

Au sens large, il existe aussi en Australie les taupes marsupiales, dont l'anatomie est très différente de celles des taupes eurasiatiques, et en Afrique les taupes dorées. On distingue le groupe taxonomique de ces espèces aisément. Le mouvement des membres pour écarter la terre ne se fait pas dans le même plan pour les taupes marsupiales et pour les Talpinae. Les ressemblances entre les taupes marsupiales et les taupes dorées sont plus nombreuses.

Galerie[modifier | modifier le code]

Noms français et noms scientifiques correspondants[modifier | modifier le code]

Liste alphabétique des noms vulgaires ou des noms vernaculaires attestés[3] en français.
Note : certaines espèces ont plusieurs noms et, les classifications évoluant encore, certains noms scientifiques ont peut-être un autre synonyme valide. En gras, l'espèce la plus connue des francophones.


Aspects culturels[modifier | modifier le code]

Statut de ravageur[modifier | modifier le code]

Les taupes sont considérées comme des ravageurs agricoles dans certains pays, tandis que dans d'autres, comme l'Allemagne, elles sont une espèce protégée (elles peuvent être tuées seulement avec un permis). Les problèmes cités comme causés par les taupes comprennent la contamination de l'ensilage par des particules de sol, ce qui le rend désagréable pour le bétail, la couverture des pâturages avec du sol frais réduisant sa taille et son rendement, les dommages aux machines agricoles par l'exposition de pierres, les dommages aux jeunes plantes par perturbation du sol, l'invasion des mauvaises herbes et d'autres espèces telles que les belettes et les campagnols qui peuvent utiliser des tunnels de taupes pour accéder aux racines des plantes.

Les taupes creusent et élèvent des taupinières, qui laisse des traces que certains trouvent disgracieuses sur le gazon. Elles peuvent saper les racines des plantes, causant indirectement des dommages ou des destructions. Les taupes ne mangent pas de racines de plantes

Destruction des taupes[modifier | modifier le code]

Taupe tuée par une taupière.

En raison des dégâts causés à l'agriculture, elles ont longtemps été capturées et tuées par les personnes dont c'est la profession, les taupiers, le plus souvent à l'aide de pièges appelés taupières.

Viande de taupe[modifier | modifier le code]

William Buckland, géologue et paléontologue anglais, connu pour manger tous les animaux qu'il pouvait à titre d'expérimentation, a estimé que la viande de taupe avait un goût ignoble[11].

Peau de taupe[modifier | modifier le code]

Les peaux de taupes ont une texture veloutée que l'on ne trouve pas chez les animaux de surface. Les animaux vivant en surface ont tendance à avoir une fourrure plus longue avec des poils poussant dans une direction particulière, mais pour faciliter leur mode de vie sous terre, les poils de taupe sont courts, très denses et n'ont pas de direction particulière. Cela permet aux taupes de se déplacer facilement vers l'arrière sous terre sans l'inconfort du "rebrousse-poil". Le cuir est doux et souple. Pour lancer une mode qui créerait une demande de fourrure de taupe afin de tenter de transformer un grave problème de ravageur en Écosse en une industrie lucratif pour le pays, la reine Alexandra de Danemark, l'épouse d'Édouard VII du Royaume-Uni, commanda un vêtement en fourrure de taupe . Des centaines de peaux sont coupées en rectangles et cousues ensemble pour faire une couche. La teinte naturelle de la fourrure a donné le nom à la couleur gris taupe, mais le cuir est facilement teint de n'importe quelle couleur.

La moleskine (ou molesquine) est une toile de coton tissé serré, recouverte d'un enduit flexible et d'un vernis souple imitant le grain du cuir[12] avec l'aspect d'un velours rasé, d'une peau de taupe (mole skin en anglais).

Dérivés linguistiques[modifier | modifier le code]

Couleur gris taupe

La couleur terre de nombreuses taupes est à l'origine du gris taupe :

Un nom vernaculaire comportant le terme « taupe » est aussi attribué à quelques espèces d'aspect ou comportement approchant comme les rats-taupes, rats taupiers ou hamsters-taupes. D'autres ont un rapport plus lointain, comme la couleur pour le Requin-taupe et la Porcelaine taupe ou encore les galeries creusées par la Taupe-grillon.

Généralement munies d'yeux minuscules (d'où la croyance erronée qu'elles sont aveugles, caractéristique strictement applicable à la Taupe aveugle, Talpa caeca[13]) et cachées dans leur trou, les taupes ont aussi inspiré des surnoms, expressions du langage familier :

  • les étudiants de classes préparatoires scientifiques (Maths sup, Maths spé) sont communément appelés « taupins » car travaillant ardemment sans jamais sortir de leur « trou » ;
  • en espionnage, certains agents doubles ou agents dormants sont appelés des « taupes » en argot ;
  • un "feutre taupé" est confectionné avec des poils de lièvre, de taupe, de loutre, etc. Voir une chanson de Charles Aznavour, « Le feutre taupé » ;
  • dans la Sarthe, les dents de taupe (sous le nom de collier de taupe ou dentier de taupe) étaient autrefois une amulette censée protéger le nourrisson des douleurs lors de la percée des premières dents ;
  • l'expression « myope comme une taupe » ;
  • « une vieille taupe », pour désigner une personne âgée à la vue basse ou casanière ;
  • La Vieille Taupe était aussi le nom d'une librairie d'ultragauche, Le nom provient d'une citation très répandue de Karl Marx sur la révolution[14], qui est une reprise d'une formule de Hegel citant le Hamlet de Shakespeare[15]. Rosa Luxemburg avait donné ce nom à un texte de 1917[16].

Ces métaphores sont fréquemment reprises dans des titres ou œuvres de fiction. Dans le conte Tom Pouce des frères Grimm en 1819, le héros a d'abord volontairement trouvé refuge dans un trou de taupe. Elle est également un personnage du conte La petite Poucette d'Andersen. Le titre du roman policier People of Darkness (Le Peuple des ténèbres ou Le Peuple de l'ombre) de Tony Hillerman paru en 1980 rappelle que certaines tribus de Navajos possèdent comme emblème les taupes désignées comme le « peuple de l'ombre »[17].

Œuvres sur les taupes[modifier | modifier le code]

Les taupes sont à la fois des animaux redoutés et fascinants pour l'Homme. Elles ont été des personnages principaux dans des fables, des romans et des nouvelles pour les adultes et les enfants.

Dessins animés[modifier | modifier le code]

Littérature adulte[modifier | modifier le code]

  • John le Carré, La taupe, Paris, Knopf, 1974.

Littérature jeunesse[modifier | modifier le code]

  • Kenneth Grahame, Le Vent dans les saules (titre original : The Wind in the Willows), Methuen Publishing, 1908
  • Nico Bally, Taupe : Le premier voyage extraordinaire de Jules Verne, 2013
  • Werner Holzwarth, De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, 1989.
  • Bruno Heitz, Louisette, la taupe, Paris, Sed, 2004.

Folklore et remèdes populaires[modifier | modifier le code]

Photographie de deux pattes de taupes avant empaillées.
Talisman de pattes avant de taupe acheté en 1930 dans un faubourg de Londres et issu de la collection Wellcome intitulée Miracles and Charms.

Les taupes sont ancrées dans le folklore européen et sont utilisées depuis l'Antiquité comme remèdes populaires, où elles sont assimilées aux éléments des forces du mal liés au diable et à la magie noire[18],[19]. L'usage de ces remèdes s’appuie sur deux grands principes : celui de la similitude en écho à l’adage « qui se ressemble s’assemble » avec l’utilisation de remèdes d’aspect ou de nature similaire à l'élément que l'on veut soigner et celui de contagion selon lequel le mal est transmis à des objets ou des reliques. La férocité des méthodes s'explique par le fait que la taupe symbolise la mort. Ainsi, en la faisant souffrir, on l'éloigne. D'autre part, on applique le transfert de mal, la douleur de l'animal doit atténuer celle du malade. Plus l'agonie est longue, plus les chances de guérison sont grandes. Souvent, le bénéficiaire ou sa famille fait appel à un taupier ; ce qui équivaut à faire appel à un guérisseur. On lui prête des pouvoirs étranges ou maléfiques et sa pratique est considérée comme un don qui se transmet de père en fils[20]

La mention la plus ancienne de cet usage de la taupe provient de l'ouvrage Histoire naturelle de Pline l'Ancien, publié vers l'an -[21] :

« Je citerai une preuve particulière de la vanité de l'art des magiciens : de tous les animaux, c'est la taupe qu'ils admirent le plus, la taupe, maltraitée à tant d'égards par la nature, condamnée à une cécité perpétuelle, ajoutant à ces ténèbres les ténèbres souterraines où elle est enfouie et comme enterrée. Les entrailles de la taupe sont celles auxquelles ils ont le plus de confiance. C'est l'animal qu'ils regardent comme le plus propre aux mystères religieux ; si bien qu'à celui qui avalera un cœur de taupe récent et palpitant ils promettent le don de deviner et la connaissance des événements futurs. Ils assurent qu'on guérit le mal de dents en y attachant une dent arrachée à une taupe vivante[22]. »

De plus, Asclépios, dieu de la guérison, serait à l'origine un dieu-taupe et le temple qui lui est consacré, Épidaure, conçu à la fois comme son tombeau et comme son séjour souterrain, aurait pour modèle une taupinière[23]. Une autre mention ancienne date de la fin du VIe siècle sous le règne de Childebert II dans la ville de Tours en France. L'historien chrétien Grégoire de Tours y décrit un personnage illuminé qui affirme être en communication avec les apôtres Pierre et Paul. Il est considéré comme un usurpateur par l'administration religieuse et lors de son arrestation, il porte un grand sac rempli de racines de divers plantes, d'os de souris, d'ongles et de graisse d'oursins ainsi que de dents de taupes, un bric à brac qualifié par l'évêque qui l'arrête d'instruments de maléfices[24].

Dans l'Angleterre du XVIIe siècle, durant la chasse aux sorcières pratiquée par l'Église anglicane, Joan Flower et ses deux filles sont accusées de sorcellerie et exécutées en 1618 à Lincoln. L'Histoire les retiendra sous le nom de « Sorcières de Belvoir ». Selon un témoignage lors de leur procès, une amie des sœurs également impliquée utilise une taupe comme familier, c'est-à-dire comme un esprit sous forme animale qui exécute les ordres de son propriétaire[25] :

« Joan Willimott appela deux esprits, l'un ressemblant à un Kitlin [chaton], et l'autre à une Moldiwarp [taupe] : le premier, ladite Willimott l'appela pusse, l'autre hisse, et ils vinrent bientôt à elle, et elle les laissa avec cet examen et ils sautèrent sur son épaule, et le Kitlin téta sous sa lèvre droite, sur son cou, et la Moldiwarp du côté gauche, au même endroit. Après qu'ils l'eurent sucée, elle envoya le Kitlin à un boulanger de cette ville, dont elle ne se souvient pas du nom, qui l'avait traitée de sorcière et l'avait frappée, et elle envoya son esprit à lui et l'ensorcela jusqu'à ce que mort s'ensuive. Elle envoya ensuite le Moldiwarpe à Anne Dawse de la même ville et l'ensorcela jusqu'à ce que mort s'ensuive, parce qu'elle avait traité cet examinateur de sorcière, de putain, de peau de vache, etc. et dans les quinze jours qui suivirent, ils moururent tous les deux[26]. »

Joan plaide son innocence en affirmant que même si elle pratique la magie et utilise un familier, sa magie est blanche et son esprit un être guérisseur appelé Pretty. Contrairement à ses amies et à leur mère, il semble qu'elle ait eut la vie sauve[25].

Dans l'Angleterre de la fin du XVIIIe siècle, les gens croient que si l'on tient une taupe dans la main jusqu'à ce qu'elle meure, la main est guérie[27] et au XIXe siècle, la poudre de taupe mâle écorchée et séchée est un remède contre le paludisme[28]. Jusqu'au XXe siècle, les gens croient que le sang d'une taupe fraîchement tuée versé sur les verrues les guérit[29]. De même, une taupe coupée en deux, ou écorchée vive, est attachée au cou jusqu'à ce qu'elle pourrisse pour traiter les kystes de la gorge et le goitre[27].

Penser que boire le sang d'un animal est s'emplir de sa force est une croyance répandue comme le propose le compte rendu macabre d'un manuscrit du XVIIe siècle à propos d'un traitement de l'épilepsie peut-être plus ancien. D'autres croyances s'y mêlent comme le fait d'introduire un antagoniste par le genre sexué de l'animal, le fait de faire passer le malin dans un autre corps que le sien et aussi la magie du chiffre 3[30] :

« Pour un homme, prenez une taupe femelle, et pour une femme, une taupe mâle, & près d'un bon feu, mettez la tête de la taupe dans la bouche de la personne, & en la mordant, qu'elle aspire le sang de la bouche de la taupe aussi vivement que possible, & qu'elle mette son pied droit nu sur la taupe, jusqu'à ce que le sang ait fait son œuvre dans le corps, s'il n'a pas fait son œuvre la première ou la deuxième fois, il faut le faire la troisième fois avec une troisième taupe, et s'il a fait son œuvre à l'une des trois tentatives, alors la boisson, avec la bénédiction de Dieu, la guérira[31]. »

Talisman moderne contre le mal de dents comportant des pattes de taupe avant et arrière (Cornouailles, Angleterre).

Pour soigner le mal de dents et protéger leur nourrisson durant son sommeil, les mères de la France du Moyen-âge et au delà déposent sur le berceau ou sur le buste de l'enfant les pattes, mais aussi le sang, la peau de l'animal, voire la terre de la taupinière[32]. À la fin des années , en Maine-et-Loire, on met sur la tête des nourrissons des sortes de calottes en peau de taupe non tannée, pour maintenir les os du crâne et faciliter la pousse des dents, ce qui créé une déformation de la boîte crânienne, nommée « déformation toulousaine », encore visible à l'âge adulte[33].

Mais l'usage le plus répandu au XVIIIe siècle pour soigner les dents est celui de l'amulette contenant une mâchoire, des dents ou des pattes de taupe. Ainsi, à Marseille, on met au cou de l'enfant un collier composé de pattes de taupes[34]. En Provence, c'est un escudet de pauto de darboun qui est en usage, c'est-à-dire un morceau de drap rouge aux quatre coins duquel sont cousues les quatre pattes d'une taupe[35]. En Lorraine, on préfère prendre une taupe vivante, lui couper les pattes et le museau et mettre le tout dans un sachet que l'on place sur la poitrine de l'enfant[36]. En Loire et Cher, pour être de qualité, la taupe doit être étouffée de la main gauche et ne pas encore avoir eu de petits[34]. En Alsace, les pères destinent les pattes de taupes mâles aux garçons alors que les pattes des taupes femelles plutôt aux filles[37]. D'autres talismans sont en vigueur comme des dents arrachées à une taupe mâle et vivante ou les ongles des pattes de devant toujours arrachés à une taupe vivante. Plus le sachet sent mauvais, plus le remède est censé être efficace et la guérison rapide. Le choix de la taupe comme thérapeutique lors de l'éruption des dents de lait s'explique par son passage sous terre, que l'on assimile à celui des dents à travers les gencives. C'est aussi pourquoi les pattes qui leur servent à creuser sont le plus souvent recommandées dans les remèdes[38].

Ces amulettes se retrouve aussi en Italie, en Angleterre et chez les colons américains qui portent des pattes de taupes dans un sac autour du cou ou dans leur poche pour se protéger des maux de dents mais aussi pour traiter l'épilepsie, les rhumatismes ou des maladies de la peau comme le scrofule[27],[39]. Dans le Liban du XIXe siècle, les enfants portent également en bandoulière un sachet en triangle comportant une dent de taupe afin de faciliter la première dentition et d'assurer la poussée des dents permanentes[40]. Dans les Balkans de la même époque, des hamajlija animales pouvant provenir de taupes revêtent un pouvoir quasi religieux en étant sacrées par les popes ou les imams[41]

Au début du XXe siècle, il perdure dans certaines boutiques londoniennes qui vendent aux classes populaires ces amulettes au milieu de chaînes de glands censées prévenir la diarrhée, de bouteilles de mercure enveloppées dans une peau de chamois censées soigner les rhumatismes et de perles de verre bleues comme remède contre la bronchite. Ces talismans sont en vigueur dans la région des Fens au moins jusqu'en [42] et conservent une signification profondément ancrée dans les cultures européennes du XXIe siècle[43], la tradition de la petite souris en étant un de leurs nombreux avatars[38].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « taupe » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  2. NM Rubenstein, GR Cunha, YZ Wang et KL Campbell, « Variation in ovarian morphology in four species of New World moles with a peniform clitoris », Reproduction,‎ , p. 713–719 (ISSN 1470-1626 et 1741-7899, DOI 10.1530/rep.0.1260713, lire en ligne, consulté le )
  3. Attention aux appellations et traductions fantaisistes circulant sur l'Internet.
  4. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an ao et ap (en) Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. (ISBN 0444518770), 9780444518774. 857 pages. Rechercher dans le document numérisé.
  5. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s et t Meyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad.
  6. a b c d e f et g Nom en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada.
  7. Nom français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen.at.
  8. Voir définition donnée par le Grand dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française.
  9. Talpa aquitania sur le site de l'INPN, consulté le 22 janvier 2020.
  10. (en) V. Nicolas, J. Martínez-Vargas, J. & J.P. Hugot, Talpa aquitania sp. nov. (Talpidae, Soricomorpha), a new mole species from SW France and N Spain. Dans Mammalia, 2017.
  11. Martin Howard, « Why we need eccentricity », The Guardian, London,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  12. Le Petit Larousse illustré, 1992.
  13. Philippe Blondel, S'taupons les taupes !, Larousse, , p. 9
  14. « Nous reconnaissons notre vieille amie, notre vieille taupe qui sait si bien travailler sous terre pour apparaître brusquement… » Karl Marx
  15. « Souvent, il semble que l’esprit s’oublie, se perde, mais à l’intérieur, il est toujours en opposition avec lui-même. Il est progrès intérieur - comme Hamlet dit de l’esprit de son père : "Bien travaillé, vieille taupe!" » G. W. F. Hegel
  16. Rosa Luxemburg, La vieille taupe, mai 1917, sur le site de marxists.org
  17. Philippe Blondel, S'taupons les taupes !, Larousse, , p. 5
  18. (en) Dr Rob Atkinson, « Animal Folklore: A Mole in the Hand », sur Folklore Thursday, (consulté le )
  19. Françoise Ugochukwu, « Le diable dans la tradition populaire française », Francofonia, vol. 10,‎ , p. 103–14 (lire en ligne)
  20. C. Roche, « Évolution à travers les âges des remèdes populaires de la bouche et des dents », Thèse de chirurgie dentaire de l'Université de Lorraine, Nancy,‎
  21. Graham Anderson, Greek and Roman folklore : a handbook, Greenwood Press, (ISBN 978-0-313-05408-2)
  22. (la + fr) Pline l'Ancien (traduction : Émile Littré), Histoire naturelle, t. II, Livre XXX, chapitre VII (lire en ligne)
  23. Grégoire (Henri), avec la collaboration de R. Goossens et de M. Mathieu, Asklèpios, Apollon Smintheus et Rudra, Études sur le dieu à la taupe et le dieu au rat dans la Grèce et dans l'Inde., Bruxelles, Théonoé, Société d'Études mythologiques, , 204 p.
  24. Grégoire de Tours, Histoire de France Livre IX, Paris, Guizot François (1787-1874), (lire en ligne)
  25. a et b (en) Brian P. Levack, The Witch-Hunt in Early Modern Europe Third edition, Routledge, (ISBN 978-1-315-83801-4)
  26. (en) G. Eld, The wonderful discouerie of the vvitchcrafts of Margaret and Phillip Flower, daughters of Ioan Flower neere Beuer Castle: executed at Lincolne, I. Barnes, dwelling in the long walke neere Christ-Church, (lire en ligne)

    « Ioan Willimot called two spirits, one in the likenesse of a Kitlin, and the other of a Moldiwarp: the first the said Willimot called pusse, the other hiffe, hiffe, and they presently came to her, & she departing left them with this Examinate, and they leapt on her shoulder, and the kitlin suckt vnder her right eare on her neck, & the Moldiwarp on the left side in the like place. After they had suckt her, shee sent the Kitlin to a Baker of that Towne, whose name shee remembers not, who had called her Witch & stricken her; and bad her said spirit goe and bewitch him to death: the Moldiwarpe shee then bad go to Anne Dawse of the same towne and bewitch her to death, because she had called this examinate witch, whore, jade, &c. and within one fortnight after they both dyed. »

  27. a b et c (en) Simpson, J. & Roud, S et Oxford University Press, A dictionary of English folklore, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-860846-2)
  28. (en) Lionel E. Adams, « A contribution to our knowledge of the mole (Talpa europaea). », Memoirs and proceedings of the Manchester Literary & Philosophical Society., vol. 47, no IV,‎ 1902-1903, p. 1-39 (lire en ligne)
  29. Stefan Buczacki, Fauna Britannica, Hamlyn, (ISBN 978-0-600-59867-1)
  30. (en) Katherine Knight, « A Precious Medicine: Tradition and Magic in Some Seventeenth-Century Household Remedies », Folklore, vol. 113, no 2,‎ , p. 237–247 (ISSN 0015-587X et 1469-8315, DOI 10.1080/0015587022000015347, lire en ligne)
  31. « For a man take a she mole, & for a woman a he mole & setting by a good fire let the party put the moles Head in his mouth & biting it, sucke the blood out of the moles mouth as lively as it can, let the party set their right foot bare upon the mole, untill the blood hath don working in the body, in case it work not the first or second time, by the third time with a third mole, & if it worke at any of the 3 tryalls with him, then the drink with Gods blessing will cure him. »

    (Manuscrit Egerton MS 1071, 233, Londres: Wellcome Library)
  32. Marie-Charlotte Delmas, Dictionnaire de la France mystérieuse. éditions Place des éditeurs, 2016 (ISBN 2258136598 et 9782258136595).
  33. Ferdinand Delisle, « Sur les déformations artificielles du crâne dans les Deux-Sèvres et la Haute-Garonne », Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, vol. 12, no 1,‎ , p. 649–669 (ISSN 0301-8644, DOI 10.3406/bmsap.1889.6478, lire en ligne)
  34. a et b Dussau A., « La percée des dents de lait; Médecine et rites populaires. », Information dentaire, vol. 30, 21 et 32,‎ , p. 3047-3058
  35. Charles Galtier, Les saints guérisseurs : en Provence et Comtat Venaissin, FeniXX réédition numérique (Horvath), , 167 p. (ISBN 9782402144032)
  36. Raybis J.P., « Le mal des dents et ses remèdes selon la tradition populaire lorraine », Thèse de chirurgie dentaire de l'Université de Lorraine, Nancy,‎
  37. Françoise Loux, « La taupe et les dents », L'orgue et la dent : pratiques et savoirs populaires relatifs aux dents,‎
  38. a et b Bitte A., « Les soins de la bouche chez l’enfant au xviiie siècle. », Thèse de Chirurgie Dentaire de l'Université de Lorraine (sous la direction de Pr.C.Strazielle, Nancy, vol. 85,‎ (lire en ligne)
  39. (en) Daniels, C.L. & Stevans, C.M., Encyclopaedia of superstitions, folklore, and the occult sciences of the world, vol. 1, University Press of the Pacific, (lire en ligne)
  40. Chémali, Béchara, « Naissance et Premier Age Au Liban », Anthropos, vol. 5, no 3,‎ , p. 734–747 (lire en ligne)
  41. Alexandre Popovic, « La magie chez les musulmans des Balkans (III) : l'apport de Tihomir R. Djordjević (1868-1944) », Balkanologie, vol. 9, nos 1-2,‎ (ISSN 1279-7952 et 1965-0582, DOI 10.4000/balkanologie.601, lire en ligne, consulté le )
  42. (en) Kenneth Mellanby, The mole, Glasgow, William Collins Sons &Co Ltd, coll. « The New Naturalist series », (ISBN 978-0-8008-5316-7)
  43. (en) W. Moore, « Faith in medicine », BMJ, vol. 344, no jan11 1,‎ , e83–e83 (ISSN 0959-8138 et 1468-5833, DOI 10.1136/bmj.e83)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]