Michel Hollard

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Michel Hollard
Louis Michel Hollard
Surnom L'homme qui sauva Londres
Naissance
Épinay (France)
Décès (à 95 ans)
Ganges (Hérault, France)
Origine Infanterie
Allégeance Armée française
Arme Infanterie
Grade Lieutenant-colonel
Années de service 1914-
Commandement Chef de réseau de la Résistance
Conflits Première Guerre mondiale
Seconde Guerre mondiale
Faits d'armes Chef et fondateur du Réseau AGIR
Distinctions Légion d'honneur
Rosette de la Résistance
Croix de guerre 1914-1918
Croix de guerre 1939-1945
DSO
Autres fonctions Ingénieur, agent commercial
Famille famille Monod

Louis Michel Hollard[1], né le à Épinay (Eure) et mort le à Ganges (Hérault), est un lieutenant-colonel français, qui fut un résistant célèbre lors de la Seconde Guerre mondiale. Il est chef et fondateur du réseau de résistance AGIR.

Michel Hollard décède à Ganges (Hérault), il est inhumé à Gorniès (Hérault).

Biographie[modifier | modifier le code]

Michel Hollard est le fils de Auguste Hollard (professeur de physique nucléaire à l'école de physique et chimie de Paris et à la Sorbonne) et de Pauline Monod (cousine germaine de Théodore Monod et cousine de Jacques Monod, prix Nobel).

En 1914, à 16 ans, Michel Hollard s'enfuit du domicile paternel pour s'engager comme soldat de l'armée française. Il sert d'abord dans les services sanitaires, en attendant l'âge de partir au front. Il triche un peu sur son âge et son aspect physique.

À 19 ans, il est déjà décoré de la croix de guerre. L'année suivante, à la tête de sa section, il participe à l'offensive consécutive à la grande retraite allemande qui précède l'armistice de 1918.

Il revient à la vie civile, reprend des études de manière irrégulière et fait la connaissance d'une descendante de grande famille protestante, Yvonne Gounelle, qu'il épousera trois ans après le et qui lui donnera trois enfants (Francine, Florian et Vincent).

Quand la 2e guerre mondiale éclate, il est représentant dans une firme de fournitures automobiles. En sa qualité d'officier de réserve d'infanterie, il est affecté à un emploi technique au Centre d'Études de Mécanique, Balistique et Armement à Paris. Quand il découvre, après l'armistice du 22 juin 1940 que ses employeurs collaborent avec l'Allemand vainqueur, il démissionnera. Il se met alors en quête d'un emploi où il ne contribuera pas à l'économie de guerre ennemie.

Il va trouver un emploi dans une entreprise de fabrication de pièces automobiles qui lui servira à faire vivre sa famille et de couverture pour son entrée en résistance.

Le résistant[modifier | modifier le code]

À la suite de la défaite des armées françaises en juin 1940, Michel Hollard va entrer en résistance. Il n'a pas entendu l'appel du 18 juin 1940 mais il ne peut supporter la défaite.

Départ de Paris[modifier | modifier le code]

Michel Hollard, employé du Centre d'Études de Mécanique Balistique et Armement (CEMBA, organisme d'état) quitte son poste et Paris, sur ordre, le pour rejoindre un établissement de ce centre à Tulle (Corrèze, sur ordre de ses supérieurs. Il fait un voyage mouvementé sur les routes de l'exode où il manque d'être lynché par la foule. Il passe par La Ferté-Saint-Aubin à l'usine Brandt, fait un détour par Ganges (Hérault) dans sa famille et arrive finalement à Tulle le .

Au Centre d'Études de Tulle, il refuse un poste à responsabilités élevées pour ne pas travailler pour les autorités d'occupation allemandes. Il se met en quête d'un travail et se présente à une entreprise de fabrication de gazogènes pour automobiles, la Maison Gazogènes Autobloc (fabricants). Il obtient rapidement la concession commerciale pour Paris et le département de la Seine avec le titre d'agent général autorisé à signer des contrats. Il va pouvoir se déplacer et commence à réfléchir aux moyens de communiquer avec les services de renseignement anglais.

Il utilise la couverture de représentant de l'entreprise pour justifier ses nombreux déplacements à la recherche de sources de charbon de bois et se tourne vers la région boisée du Jura. Sans permis de circuler, ses fréquents passages à la frontière furent toujours clandestins. Il franchira une centaine de fois la frontière suisse pour effectuer cette mission et grâce à d'amicales complicités locales (Denis et Alice Poncet), franchira la Valserine un grand nombre de fois (à environ 3 km du pont Charlemagne, près de la ferme des époux Poncet, connue sous le nom de la Petite Bachaudie).

Vue de la Petite Bachaudie.

Lancement du réseau[modifier | modifier le code]

France map Lambert-93 with regions and departments-occupation-fr.svg

La France est coupée en quatre : zone libre, zone occupée, départements annexés et Nord de la France directement sous administration militaire allemande, plus les zones interdites littorale et de l'est. Il constitue petit à petit, au hasard de rencontres au cours de ses voyages le réseau AGIR, qui sera rattaché au Secret Intelligence Service (S.I.S.). Le réseau sera composé, à terme, d'une centaine d'agents.

Marche vers la Suisse[modifier | modifier le code]

Cette épopée est difficile à croire mais elle est vraie. Sous couvert de reconnaître des coupes de bois pour alimenter les gazogènes en charbon de bois, au début du printemps 1941, il se rapproche de la zone Rouge (zone interdite). Le au soir, il part à bicyclette de Dijon sur la route de Langres vers Cusey où se trouve une écluse et un pont sur le canal de la Marne à la Saône par lequel il entame le franchissement, après avoir observé le manège des sentinelles. Il se dirige ensuite vers la maison du gardien de l'écluse, M. Vrignon, qui l'aidera après lui avoir offert à boire et le conseillera sur l'itinéraire à suivre. Il lui restait 70 km avant la frontière. Il manque de peu l'arrestation par une patrouille allemande, arrive à Dôle où il dort dans un hôtel. Il atteint le hameau du Cernois où il entre en contact avec le douanier français en charge des lieux. Il lui confie sa bicyclette et pendant que les soldats allemands qui y sont hébergés dînent, il tente sa chance mais est intercepté et remis à la Feldgendarmerie. Il réussit à convaincre les allemands de le remettre à la gendarmerie française. Il comparaît devant le procureur de Pontarlier qui lui impose prendre le train pour Paris, accompagné de deux gendarmes.

Il descend du train à contre-voie et prend un autocar pour Morteau. Là il cherche une voie vers la frontière et part à pied. Il s'arrête dans la scierie de César Gaiffe qui le confie au charretier Paul Cuénot Ce dernier le mène près de la frontière suisse, en lisère de forêt, dans une ferme abandonnée. En marchant calmement, Michel Hollard, le , franchit un muret de pierres plates et se retrouve en Suisse.

En Suisse[modifier | modifier le code]

Michel Hollard contacte un douanier suisse à La Brévine, obtient un accord verbal pour se rendre à Berne en passant par Le Locle. Il subit un contrôle de la gendarmerie suisse qu'il renseigne abondamment sur les forces allemandes, notamment sur la présence à Morteau de la 2e compagnie du 3e régiment de la Feldgendarmerie. Il remet aussi une copie d'un document sur l'état statistique de la production automobile en France.

À Berne, il obtient d'être reçu à l'ambassade britannique où son aspect ne plaide guère pour lui. Il est reçu néanmoins, sans chaleur, se présente et donne des références de personnes connues au Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Il convient de revenir dans deux mois.

La route de Suisse[modifier | modifier le code]

Michel Hollard reprend le chemin du retour, sans incident notable et récupère sa bicyclette laissée chez les feldgendarmes du hameau de Le Cuenot. Il ne s'attarde pas et regagne Paris. Ce seront plus de 98 franchissements de la frontière par cette voie.

Au second retour en Suisse, il subit quelques tracasseries de la part des autorités helvétiques à La Brévine. Il fut interrogé par le SR suisse et gagna la confiance des autorités et le statut d'invité d'honneur de l'Armée suisse. Il fut accueilli avec chaleur à l'ambassade britannique où il fut questionné sur sa famille à titre de contrôle. Il fut convenu qu'il reviendrait toutes les trois semaines et se vit confier une liste d'objectifs à surveiller et à documenter :

  • emplacement des dépôts de carburant,
  • dépôts de munitions,
  • travaux de défenses sur aérodromes,
  • installations de DCA,
  • etc.

et aussi la répartition des forces allemandes.

Ces missions l'amènent à étoffer son réseau au hasard de ses voyages. Il recrute des garagistes, des agents des chemins de fer, tous bénévoles et connus de lui seul.

L'organisation du réseau AGIR[modifier | modifier le code]

Michel Hollard se fie à son intuition et à ses dons de psychologue pour le choix de ses agents. Il recruta plus d'une centaine de collaborateurs en région parisienne qui vaquaient à leurs occupations normales tout en mémorisant les renseignements souhaités. Il organisa aussi un axe Paris-Lyon-Méditerranée. Un chef de gare lui fournissait un rapport sur les trains militaires. Un aubergiste écoutait les jeunes aviateurs du terrain voisin. Celui d'Abbeville fut bombardé ainsi. Certains agents se lassaient. D'autres étaient arrêtés sur des dénonciations ou à la suite d'imprudences et fusillés par les Allemands.

Pendant ce temps, les Gazogènes AUTOBLOC reçurent des réquisitions allemande jamais honorées et valurent à Michel des poursuites. Il doit entrer en clandestinité.

À la frontière suisse, les mesures de sécurité se renforçaient.

Les rampes de lancement des V1[modifier | modifier le code]

Site V-1 no 685 au Val Ygot près d'Ardouval (Seine-Maritime, France) ; V-1 sur une rampe de lancement reconstruite.
  • À l’été 1943, l’un de ses agents, Jean Henri Daudemard, un ingénieur des chemins de fer de Rouen, signale que plusieurs chantiers de construction d’une structure inhabituelle ont fait leur apparition en Haute Normandie. Hollard se rend à Rouen, déguisé en pasteur protestant, et persuade un responsable local de lui communiquer la liste des chantiers. Ce sont des constructions de rampes de lancement des bombes volantes V1. C'est à Yvrench dans la Somme qu'un de ses agents, André Comps, ingénieur chargé de la conception des rampes par les Allemands, lui fournit les plans.
  • Il communique ces renseignements aux Britanniques (MI6) par l'ambassade de Grande-Bretagne à Berne, en passant lui-même la frontière suisse 98 fois (49 voyages).
  • À partir de la fin du mois de décembre 1943, les sites de lancement de V1 en France, qui forment un arc de cercle allant de la Manche au Pas-de-Calais, sont systématiquement bombardés par la RAF.

L'arrestation et la déportation[modifier | modifier le code]

Le soir du 5 février 1944, il arrive à son rendez-vous habituel, le Café des Chasseurs, en face de la gare du Nord à Paris. Une jeune femme le rejoint et lui dit qu'une de ses amies en danger doit franchir la frontière. La prenant à part pour l'aider, il tombe dans le piège : il est arrêté par quatre hommes de la Gestapo. Torturé au quartier général de la Gestapo, il est emprisonné d'abord à la prison de Fresnes. Un tribunal militaire le condamne à mort. Après trois mois de détention, on lui annonce que sa peine a été commuée en déportation. Il est envoyé au camp de concentration de Neuengamme où il sabote son travail, habilement. À l'approche de la fin du nazisme, un arrangement local entre résistants suédois avec le commandement SS (probablement en échange de ravitaillement ou de produits médicaux) aboutit à la libération de 200 prisonniers de ce camp. Il est jeté dans la cale d'un navire promis au naufrage. Il échappe à la tragédie de Lübeck grâce à l'intervention du comte Folke Bernadotte (vice-président de la Croix-Rouge suédoise) qui, informé par l'Intelligence britannique, après leur embarquement sur le Thielbek, obtient le salut de prisonniers de langue française[2].

Plaque au cimetière de Gorniès.

Hommage des Alliés[modifier | modifier le code]

Sir Brian Horrocks appela Michel Hollard "L'homme qui a sauvé Londres"[3]. Grâce aux documents, rapports et informations de ses agents, les sites de lancement de V1 installés en France furent systématiquement bombardés par la Royal Air Force entre mi-décembre 1943 et fin-mars 1944. Les V1 ont causé la destruction de près de 80.000 maisons en Grande-Bretagne entre juin et septembre 1944 mais les raids aériens britanniques détruisirent neuf sites de V1, endommagèrent gravement 35 et détruisirent partiellement 25 sur les 104 localisés au nord de la France depuis le nord-est de la Normandie jusqu'au détroit de Douvres.

Dans son livre Croisade en Europe, le Général Eisenhower écrivit que si les Allemands avaient pu parvenir à développer leurs armes six mois plus tôt et s'ils avaient pu cibler la côte sud de l'Angleterre, l'Opération Overlord aurait été rendue quasi impossible voire pas du tout possible[4].

Distinctions, honneurs et hommages[modifier | modifier le code]

Rue Michel-Hollard à Montlebon (2010).

Famille[modifier | modifier le code]

  • Époux d'Yvonne Gounelle (1898-1997), fille du pasteur Élie Gounelle.
  • Descendant du pasteur Jean Monod (1765-1836).
  • Son père, Auguste Hollard, professeur de physique nucléaire à l'École de physique et chimie de Paris et à la Sorbonne.
  • Sa mère, Pauline Monod.
  • Cousin germain de Théodore Monod (1902-2000) naturaliste, explorateur, érudit et humaniste français.
  • Cousin germain de Jacques Monod (1910-1976), Prix Nobel 1965.
  • Son fils Florian Hollard, chef d'orchestre. Longtemps directeur de l'Orchestre symphonique de Tours et maître de chapelle de l'Oratoire du Louvre à Paris, il a aussi parcouru le monde et représenté son pays devant de nombreux auditoires étrangers.

Références[modifier | modifier le code]

  1. selon le site Généanet
  2. Vladimir Jankélévitch, L'Esprit de résistance, Albin Michel, , p. 127.
  3. Bruce Lee, Marching orders: the untold story of World War II, , Google Books (lire en ligne), p. 226
  4. C'est ce que le Général de CA Sir Brian Horrocks explique dans la préface du livre de Georges Martelli (1960, p. 9-11).
  5. « Dossier non communicable - Revoir en 2063 », base Léonore, ministère français de la Culture.
  6. Télé 7 jours, no 645, semaine du 2 au 8 septembre 1972, avec un article de deux pages de Rémy Le Poittevin.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Florian Hollard, Michel Hollard, le Français qui a sauvé Londres, Paris, Le Cherche Midi, coll. « Documents et Guides », , 315 p., broché (ISBN 978-2-749-10387-7)
    Livre écrit par son fils.
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article George Martelli, L'homme qui a sauvé Londres [« The Man Who Saved London. The Story of Michel Hollard, DSO, Croix de guerre »], J'ai Lu, coll. « A 17/18 / Leur aventure », (réimpr. 1966, 1972, 2016), 375 p., poche (ISBN 235204524X)
    Livre très complet
  • Jean-Pierre Richardot, Une Autre Suisse, 1940-1944 : Un Bastion contre l'Allemagne nazie, Le Félin, coll. « Questions d'époque », , 268 p., broché (ISBN 978-2-866-45410-4)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]