Chrémonidès

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Biographie[modifier | modifier le code]

Chrémonidès (en Grec Χρεμωνίδης), fils cadet d’Eteokles d’Aithalidai, fut un homme d’État et stratège de l'Athènes antique au IIIe siècle ACN. Ses années actives se situent entre 270 et 240 ACN (floruit)[1].

Il aurait, à l’instar de son frère aîné Glaucon et d’Antigone II Gonatas, été un disciple et un ami de Zénon de Cition, fondateur du stoïcisme[2]. C’est d’ailleurs là que leur amour de la liberté, leur haine de la tyrannie et l'évocation de la lutte contre les barbares pourraient se retrouver. En effet, même si Chrémonidès était un fervent admirateur de Zénon, il n'en demeurait pas moins un homme politique, rang qui atténua son idéal jusqu'à "une doctrine qui ne conditionne pas l'action"[3]

Il appartenait à la société des grands propriétaires fonciers de l'Attique. dont le dème était situé en Mésogée. Issu d'une famille très riche, il partageait la classe sociale et, par conséquent, l'esprit patriotique d'Eurycleides et Micion, dirigeants de la politique athénienne vers la fin du siècle. Cela expliquerait sans doute sa motivation d'indépendance et de liberté pour sa ville[4].

Avec son frère Glaucon, Chrémonidès fut considéré comme l’un des principaux acteurs du côté d’Athènes de la guerre chrémonidéenne, laquelle est d’ailleurs nommée après lui. Il est d'ailleurs précisé que le comportement politique adopté par les deux frères, leur aveuglement et leur précipitation sur lesquels se base cette guerre, s’éloignent fortement de la façon dont le fondateur de la Stoa l’a abordée[5].

La guerre chrémonidéenne[modifier | modifier le code]

Vers l’an -268, année de l’archonte Peithidèmos d’Athènes[6], Chrémonidès a émis un décret pour officialiser la triple alliance entre Sparte, Athènes et Ptolémée II - et par conséquent la guerre aux yeux d'Antigone II Gonatas, même si celle-ci ne commença vraiment qu’en 267 - contre la domination macédonienne de ce dernier. Cette alliance, même si on peut considérer qu’elle était légitime, était une alliance offensive.

Pour justifier son décret, Chrémonidès rappela qu’Athènes et Sparte avaient été alliées auparavant contre la tyrannie, comparant notamment Antigone Gonatas à Xerxès des Guerres Médiques. Il proposa dès lors[7] :

« (…) Étant donné que les Athéniens et Lacédémone et leurs alliés respectifs, ayant créé des alliances et des amitiés entre eux, ont souvent et efficacement lutté contre ceux qui tentaient d’assujettir les cités grecques ; et qu’elles ont toutes deux acquis une renommée à leur nom et à celui de tous les autres Grecs pour lesquelles elles ont gardé la paix ; et qu’à nouveau des crises d’un genre similaire refont surface sur toute la Grèce à cause de ceux qui tentent de renverser les lois et les constitutions ancestrales de chacune des cités et que le Roi Ptolémée, en accord avec la politique de sa sœur la reine, est ouvertement concerné pour la liberté de tous les Grecs ; et qu’Athènes, s’étant alliée à lui et aux autres Grecs, a issu un décret pour les inviter tous dans la même politique ; (…) [qu’il soit  clair que cette alliance entre amis athéniens, spartiates, égyptiens et grecs, soit valide indéfiniment.] »

— (Syll³, 434/435)

Ce serment d'alliance aurait été rédigé sur une stèle de pierre pour être ensuite posé sur l'Acropole d'Athènes, à côté du temple de Pallas Athéna[8]. Seulement une partie de la stèle de pierre a survécu au passage du temps et est toujours partiellement visible aujourd'hui[9]. Brisée en quatre fragments dont la reconstitution reste partielle, cette stèle comprend deux documents différents. Le premier mentionne le décret, c'est-à-dire l'acte d'alliance entre Sparte, Athènes et l'Egypte; et le second reprend le texte du décret vu ci-dessus[10].

Vers ~265, après la mort du roi spartiate Areus Ier qui advint lorsqu’il tenta de forcer le passage de Corinthe, aux mains des Macédoniens, afin de créer une liaison directe entre le Péloponnèse et l’Attique, Athènes fut longuement assiégée par Antigone Gonatas[11]. La cité capitula en l’an 263/262, mais la fin de la guerre n’arriva probablement qu’en 262, année durant laquelle bataille navale de Cos pourrait avoir pris place[12].

Une fois les cités vaincues, Chrémonidès et son frère se réfugièrent – ou furent exilés – en Égypte, où tous deux servirent en tant que conseillers et coadjuteurs (paredroi) pour Ptolémée II Philadelphe à Alexandrie, et continuèrent à soutenir les intérêts de leur cité[13].

Dans les années 250 (c.258), Chrémonidès travailla également en tant qu’amiral dans la flotte égyptienne. Il fut battu lors d’une bataille navale à Ephèse par l’amiral rhodien Agathostratus durant ce qui fut probablement la Deuxième Guerre de Syrie[14]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Lacédémone est un autre nom pour la ville de Sparte

Syll³ = Sylloge inscriptionium graecorum, 3e édition, de Wilhelm Dittenberger.

Antigone Gonatas changea complètement la politique d'Athènes. On sait que les dirigeants démocratiques d'Athènes furent soit exécutés (Comme Philochoros) ou au service de Ptolémée grâce à l'Encyclopédie d'Histoire Ancienne, mais il est fort possible qu'Antigone Gonatas ait simplement exilé les deux frères en Égypte ptolémaïque avant qu'ils n'aient eu le temps de s'enfuir.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) The Oxford Classical Dictionary, Oxford / New-York, Oxford University Press, , 1592 p. (ISBN 978-0-19-954556-8), p. 312
  2. (en) William Tarn, Antigonos Gonatas, Chicago, Argonaut, , 516 p., p. 295 - 296
  3. (it) Augusto Rostagni, Miscellanea di studi Allessandrini, Turin, Bottega d'Erasmo, , 715 p., p. 150
  4. Jean Pouilloux, « Glaucon, fils d'Etéoclès d'Athènes. Hommages à Claire Préaux », Collection de la maison de l'Orient méditerranéen. Série épigraphique, vol. 16,‎ , p. 380 - 381 (lire en ligne)
  5. Edouard Will, Histoire politique du monde hellénistique (323 - 30 av. J.-C.). Tome 1, De la mort d'Alexandre aux avènements d'Antiochos III et de Philippe V., Nancy, Faculté des lettres et des sciences humaines de l'université de Nancy, , 369 p., p. 200
  6. (en) Christian Habicht, Athens from Alexander to Antony, Cambridge / Londres, Harvard University Press, , 406 p. (ISBN 0-674-05111-4), p. 140, 142, 144
  7. (en) Graham Shipley, The Greek World after Alexander. 323 - 30 BC, Londres / New-York, Routlede, , 568 p. (ISBN 0-415-04617-3), p. 126
  8. (en) Stanley M. Burstein, The Hellenistic Age from the Battle of Ipsos to the Death of Kleopatra VII, Cambridge University Press, (ISBN 9780521281584, lire en ligne)
  9. (en) Henry Immerwahr, « Five dedicatory inscriptions from the North wall of the Acropolis », The Journal of The American School of Classical Studies at Athens,‎ , p. 343 -345 (lire en ligne)
  10. Jean Delorme, Le monde hellénistique (323 - 133 avant J.-C. Evènements et institutions., Paris, Sedes, , 455 p., p. 113
  11. (en) Peter Green, Alexander to Actium. The historical evoluton of the Hellenistic age, Berkeley / Los Angeles, University of California Press, (ISBN 0-520-05611-6), p. 147
  12. Ellie Bikerman, « Sur les batailles navales de Cair et d'Andros », Revues des Etudes Anciennes,‎ , p. 369 - 374 (lire en ligne)
  13. (en) Christian Habicht, Athens from Alexander to Antony, Cambridge / Londres, Harvard University Press, , 406 p. (ISBN 0-674-05111-4), p. 156
  14. Elie Bikerman, « Sur les batailles navales de Cos et d'Andros », Revue des Etudes Anciennes,‎ , p. 381 (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bikerman, Elie, "Sur les batailles navales de Cos et d’Andros", dans Revues des Études Anciennes, vol. 40, No 4, 1938.
  • Habicht Christian, Athens from Alexander to Antony, Cambridge / Londres, Harvard University Press, 1997.
  • Hornblower Simon, Sparworth Antony et Eindinow Esther (éd.), The Oxford Classical Dictionary, 4e éd., Oxford / New York, Oxford University Press, 2012. 
  • Green Peter, Alexander to Actium. The historical evolution of the Hellenistic age, University of California Press,  Berkeley / Los Angeles, 1990 (Hellenistic Culture and Society).
  • Tharn William, Antigonos Gonatas, Chicago, Argonaut, 1969.
  • Shipley Graham, The Greek world after Alexander. 323 – 30 BC, Londres / New York, Routledge, 2000 (Routledge history of the ancient world).
  • Will Edouard, Histoire politique du monde hellénistique (323 -30 av. J.-C.).Tome 1, De la mort d’Alexandre aux avènements d’Antiochos III et de Philippe V, vol. 1, Faculté des lettres et des sciences humaines de l’université de Nancy, Nancy, 1966.
  • Burstein Stanly, The Hellenistic Age, T. 3, from the battle of Ipsos to the death of Kleopatra VII, London e.a, Cambridge University Press, 1985.
  • Immerwahr Henry, "Five dedicatory inscriptions from the North wall of the Acropolis", dans The Journal of the American School of Classical Studies at Athens, vol. 11, N° 4, 1942.
  • « Glaucon, fils d’Etéoclès d’Athènes. Hommages à Claire Préaux », dans Pouilloux Jean, « D’Archiloque à Plutarque. Littérature et réalité. Choix d’articles de Jean Pouilloux », numéro thématique, Collection de la maison de l’Orient méditerranéen. Série épigraphique, vol. 16, 1986, p. 392 – 398.
  • Rostagni, Augusto, Miscellanea di studi Allessandrini, Turin, Bottega d'Erasmo, 1963.
  • Delorme Jean, Le monde hellénistique (323 - 133 avant J.-C. Evènements et institutions. Paris, Sedes, 1975 (Regards sur l'histoire).