Lustucru (marque)

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Lustucru
logo de Lustucru (marque)
Logotype de la marque Lustucru.

Création 1871
Dates clés 1911 : création de la marque Lustucru.

2002 : séparation en deux entreprises distinctes, les activités des pâtes sèches sont reprises par le français Pastacorp et celles des pâtes fraîches par le groupe espagnol Ebro Foods sous le nom Lustucru Sélection

Fondateurs Louis Cartier-Millon
Forme juridique Société par actions simplifiée
Siège social Grenoble, Isère
Drapeau de France France
Direction Antony Cohen-Skalli (PDG)
Actionnaires Drapeau de la France Lustucru Rivoire & Carret - Groupe Pastacorp (100 %)
Activité Agroalimentaire
Produits Pâtes sèches
Filiales Rivoire et Carret, Floraline, Rivocca, Famo, Sipa, La Gazelle, Ecochard
Effectif 240
SIREN 423 068 303
Site web www.lustucru.fr

Lustucru est une marque française spécialisée dans les pâtes alimentaires, créée en 1911.

Lustucru était également le nom de l'entreprise familiale, originaire de Grenoble, qui fabriquait les pâtes Lustucru, jusqu'en 1981, date de sa fusion-absorption par le groupe RCL (pour « Rivoire & Carret et Lustucru »).

La marque appartient aujourd'hui au groupe Pastacorp mais est utilisée par deux entreprises distinctes elles-mêmes appartenant à deux groupes distincts :

  1. Lustucru Rivoire & Carret (groupe Pastacorp) pour les pâtes sèches[1], basée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) ;
  2. Lustucru Frais SAS (groupe Ebro Foods) avec les marques, essentiellement de pâtes fraîches, Lustucru Sélection et Lustucru Riz[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

L'origine de Lustucru remonte à 1871, lors du rachat par Louis Cartier-Millon[3],[4] d'une petite usine de pâtes alimentaires existant depuis 1824[5], située place de Gordes à Grenoble. Louis Cartier-Millon, originaire de l'Isère, plus précisément de Bernin, choisit de produire les pâtes, tandis que son épouse, Joséphine, s'occupe des comptes[3]. Le prix demandé pour le rachat de cette fabrique était à l'époque 12 000 francs or[réf. souhaitée]. En l'espace de dix ans, en 1881, les époux Cartier-Millon doublent la production de leur usine artisanale pour atteindre les 500 kg de pâtes par jour[5].

Les trois frères Cartier-Millon[modifier | modifier le code]

Louis et Joséphine donnent naissance à trois fils, Félix (1873-1964), Gabriel (1877-1921), et Albert (1881-1973). Tous ont un rôle et des responsabilités dans l'entreprise familiale[6]. Ainsi, Félix prend la direction de l'établissement à partir de 1900[6]. Pendant ce temps, Gabriel exerce la fonction de vendeur, tandis que le benjamin de la famille, Albert, cherche des moyens pour développer l'entreprise en dehors du département, en trouvant notamment des vendeurs au-delà de l'Isère, et en travaillant sur l'image de la marque et les emballages[réf. nécessaire]. En effet, au début du XXe siècle, les pâtes, comme de nombreux autres produits alimentaires, sont vendues « en gros » chez l'épicier, emballées dans des sacs de jute ou dans des caisses en bois. Le commerçant sert ensuite au client la quantité qu'il désire. Au fil des années apparaissent les premières boîtes en carton d'un poids net de 250 ou 500 g. L'emballage, affichant la forme (spaghetti, coquillettes), puis le nom du fabricant et de la marque, devient ainsi un objet de promotion du produit et de la fabrique Cartier-Millon. Le succès des pâtes Cartier-Millon grandit encore, et l'usine de la rue Thiers devient à son tour trop petite. Ainsi une nouvelle usine est construite sur un grand terrain où elle produit ses premières pâtes en 1910[3].

En 1911, Albert Cartier-Millon, conscient de la nécessité de personnaliser ses pâtes, décide de lancer un concours d'affiches, afin de faire la réclame de ses produits. C'est le dessinateur Synave qui remporte ce concours grâce à son affiche représentant une boîte de pâtes peinte d'un damier bleu clair et bleu foncé, damier qui est toujours présent sur les produits de la marque Lustucru[5],[4],[7]. Ce nom de « Lustucru » trouve son origine le même jour. Il est attribué à Jean-Louis Forain, lequel, dans l'exultation du banquet qui suivit le concours, se mit à chanter l'ancienne comptine « C'est la mère Michel. » Ainsi le nom Mèr'Michel désigne les pâtes sans œufs, et Pèr'Lustucru les pâtes aux œufs[8].

Mais la Première Guerre mondiale approche et bouleverse le lancement de ces nouvelles marques. La Mèr'Michel n'y survit pas et, quelques années plus tard, le Pèr'Lustucru devient simplement Lustucru[5]. En 1914, Félix reste à Grenoble pour gérer l'entreprise, Albert part comme ambulancier, et Gabriel est affecté dans l'infanterie où il tombe malade avant de mourir des suites de sa maladie, trois ans après la guerre, en 1921. La même année s'ensuit une altercation entre les deux frères restants à propos de la direction et de l'orientation à donner à l'entreprise. C’est le plus jeune des frères, Albert, qui prend la tête de la fabrique. Un nouvel élan est donné à l'usine des Cartier-Millon, et la production annuelle atteint 3 000 tonnes.

Pendant ce temps, l’aîné Félix reprend la chocolaterie grenobloise du Dauphin fondée par les Bouchayer, et crée la marque de chocolat Cémoi.

Troisième génération des Cartier-Millon[modifier | modifier le code]

Arbre généalogique de la famille Cartier-Millon
Les noms en bleu et en gras correspondent aux membres de la famille ayant été à la tête de l'entreprise

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Louis Cartier-Millon
1837-1914
 
 
 
 
 
Joséphine Cartier-Millon
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Albert Cartier-Millon
1881-1973
 
 
 
 
 
Gabriel Cartier-Millon
1877-1921
 
 
 
 
 
Félix Cartier-Millon
1873-1965
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Jean Cartier-Millon
1913-1999
 
 
 
 
 
 
Robert Cartier-Millon
1910
 
Madeleine
 
OdetteYvonnePaulPierre
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ClaudeOlivierJacques
 
 
CatherineBruno Cartier-Millon
1936
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

En 1940, Albert Cartier-Millon, refusant tout contact avec les Allemands, préfère laisser la direction de l'entreprise à ses deux fils Jean et Robert, qui vont y demeurer jusque dans les années 1975-1980. En tant que PDG de l'entreprise, Robert développe tout un réseau d'aviculteurs dans le Nord de l’Isère et dans la Drôme afin de pouvoir compter sur une production constante d'œufs, indispensable pour la réalisation des pâtes Lustucru. L'approvisionnement en œufs se faisait auparavant par le biais des fermiers de la région, qui ramassaient eux-mêmes leurs œufs. Mais, la production de pâtes augmentant et la ponte des œufs étant sensible aux variations saisonnières, cette méthode est devenue obsolète. Afin de supprimer l'importation d'œufs venant d'Israël ou du Maroc, et de faire face aux besoins qui s’élevaient à 180 000 œufs par jour en 1958, Robert décide de développer une aviculture professionnelle dans le Dauphiné. Le tout s'organise autour de trois zones géographiques : la production des poussins dans les alentours de Vourey[réf. souhaitée], la croissance des poulettes dans le Diois, sur une aire géographique allant de Luc-en-Diois jusqu'à Aurel, et enfin un troisième site consacré aux pondeuses dans la région de Chabeuil.

Évolution de l'entreprise à partir des années 1970[modifier | modifier le code]

En 1968, en prévision de l'ouverture du Marché commun, et voulant devancer l'arrivée des grands groupes européens comme l'Italien Barilla ou l'allemand Birkel sur le territoire français, la famille Carret — qui connaissait la famille Cartier-Millon par l'intermédiaire du syndicat des fabricants de pâtes — propriétaire de la marque de pâtes Rivoire & Carret, lui propose un rapprochement. Ainsi voit le jour en 1968 une holding à deux filiales, Rivoire & Carret et Lustucru, chacune détenant respectivement 58 % et 42 % des actions, ces dernières étant réparties entre 32 actionnaires familiaux.

En 1971, afin de faire face à cette possible concurrence allemande et italienne, la holding récemment créée décide de construire une nouvelle usine, dans l'Oise, à Ourscamp. Cette dernière installation produit vite plus de 200 tonnes de pâtes par jour contre 130 tonnes à Marseille (usine des Rivoire & Carret) et 100 tonnes à Grenoble. Mais le risque lié à la concurrence est surévalué, et les pâtes allemandes n'entrent que très peu sur le marché français.

Ensuite, pendant les années 1970-1980, les ventes de Rivoire & Carret commencent à stagner, tandis que celles de Lustucru continuent à croître. En 1971, la famille Carret décide de revendre la majeure partie de ses actions à une famille de semouliers marseillais, les Cohen-Skalli.

Pour rendre l’outil industriel plus efficace, les Skalli décident de fusionner Rivoire & Carret et Lustucru en 1981. C’est la création du groupe RCL. De nombreuses procédures judiciaires s'ensuivent sur une période de sept ans, jusqu'au rachat en 1987 des 42 % de la famille Cartier-Millon par les Cohen-Skalli[9]. Lustucru est transférée à Marseille, et en 1989 l'usine de Grenoble est fermée.

En 1986, Lustucru était le leader en France avec 45% de la part de marché des pâtes aux œufs frais[10].

En 2002, les activités de Lustucru sont scindées :

  • Pastacorp (société créée par la famille Cohen-Skalli[11]) reprend l’activité « pâtes sèches » de la marque ;
  • le groupe Ebro Puleva (aujourd’hui Ebro Foods) rachète l’activité de produits frais sous la marque Lustucru Sélection.

Communication - innovation[modifier | modifier le code]

En 1929, Lustucru est l’une des premières marques françaises à démocratiser la publicité sur le lieu de vente, en produisant notamment de nombreux objets publicitaires propres à la marque. C’est le début d’une grande période de communication.

Poursuivant sa médiatisation dans les années 1930, Lustucru parraine le Lustucru théâtre, un gala radiophonique retransmis chaque mercredi à 20 h en direct de la salle Pleyel, sur Radio Île-de-France, Radio Luxembourg et Radio Toulouse.

En 1957, la marque est récompensée pour sa recherche constante d’innovation et de modernité. Elle obtient l’oscar de l’emballage, pour ses conditionnements aux fenêtres transparentes permettant d’identifier facilement les produits qu’ils contiennent. L’entreprise ne s’endort pas pour autant sur ses lauriers : les efforts pour améliorer les produits vont donner naissance à des emballages répondant à l’attente des consommateurs : sachets aluminisés, sachets cuisson… Lustucru va d’ailleurs obtenir la palme d’or de l’emballage. Ce n’est que le début des récompenses puisqu’en 1964, la marque reçoit la palme d'or au Festival de Venise puis le premier et le deuxième prix du Festival de Cannes, en 1965, dans la catégorie des films publicitaires, après avoir lancé une campagne de modernisation de l’image de marque.

La marque se démocratise encore sur les nouveaux médias : RTF, Europe 1, RMC, cinéma publicitaire…

Dans les années 1970, Germaine, future figure emblématique de la marque, fait son apparition dans le premier volet de la saga publicitaire Lustucru. Conviviale et sympathique, cette cuisinière au franc-parler incarne la qualité authentique et bien française de Lustucru. Sa phrase « Il n’y a pas d’œuf fêlé chez Lustucru » est depuis devenue mythique. Elle propage alors l’image d’une marque sympathique, de confiance, de qualité, avec un côté traditionnel. Germaine a solidement installé Lustucru comme l’un des grands investisseurs publicitaires dans un environnement très concurrentiel. La saga publicitaire continue, avec l’apparition, en 1984, des Martiens venus kidnapper Germaine pour goûter à ses délicieux plats de pâtes aux œufs frais…

La communication de Lustucru est récompensée puisqu’en 1995, les consommateurs la classent au 6e rang des grandes marques préférées des Français, confirmant ainsi son formidable capital de marque et sa forte notoriété. Lustucru est une marque populaire qui, au fil des années, a su allier tradition, modernité et gourmandise. Lustucru fait partie de l’histoire de la publicité.

Les objets publicitaires à l'effigie de la marque Lustucru sont multiples et font l'objet d'un intérêt certain de la part de collectionneurs, notamment pour la période des années 1950 et 1960 (plaques émaillées, accessoires, jouets, objets au damier bleu et blanc).

Géographie[modifier | modifier le code]

La semoule de blé dur utilisée dans la fabrication des pâtes Lustucru est issue de la semoulerie de Rouen.

Les pâtes sont fabriquées en France dans l’usine des Hauts-de-France.

Lustucru s’engage à utiliser des blés durs 100 % français (Beauce, Vendée, Sud-Ouest…).

Identité visuelle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « INPI – Service de recherche marques », sur bases-marques.inpi.fr (consulté le 22 décembre 2018).
  2. « INPI – Service de recherche marques », sur bases-marques.inpi.fr (consulté le 22 décembre 2018).
  3. a b et c Céline Aubert, « L'exposition Lustucru à Echirolles retrace la saga d'une marque de pâtes grenobloise », France 3, (consulté le 27 mai 2014).
  4. a et b « 1911, la naissance d'une marque », Lustucru (consulté le 27 mai 2014).
  5. a b c et d Mariana Gonçalves, « Les pâtes Lustucru dans le bouillon depuis plus de 100 ans », sur cuisine.journaldesfemmes.com, (consulté le 27 mai 2014).
  6. a et b La FAB, « Rivoire & Carret – Lustucru : belles sagas et innovations : à découvrir dans Business Club (podcast) », (consulté le 28 mai 2014).
  7. Pierre Prevost, « Exposition affiches Lustucru au musée de la Viscose », sur www.lebonplan.org, (consulté le 27 mai 2014).
  8. « LUSTUCRU », (consulté le 28 mai 2014).
  9. « Cour de Cassation, Chambre commerciale, décision du 24 février 1987 », sur legifrance.gouv.fr (consulté le 3 janvier 2020).
  10. Bienfait 2009, p. 66
  11. « Pastacorp : fiche entreprise, chiffres d'affaires, bilan et résultat », sur societe.com (consulté le 3 janvier 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hervé Bienfait, Lustucru de Grenoble : Témoignages recueillis par Hervé Bienfait, Grenoble, Musée & patrimoine, conservation du patrimoine de l'Isère, , 110 p. (ISBN 978-2905375476)

Liens externes[modifier | modifier le code]