Neyrpic

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Ancienne usine Neyrpic à Saint-Martin-d'Hères en mars 2013.

Neyrpic est un ancien groupe industriel grenoblois de fabrication de grands équipements hydrauliques et mécaniques, notamment de turbines et de téléphériques[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les prémices de l'entreprise[modifier | modifier le code]

En 1854[1], Casimir Brenier, associé à Jean Satre, dirige un atelier de mécanique et chaudronnerie et diversifie progressivement les productions vers les turbines pour les pionniers de l'industrie hydro-électrique, dans des ateliers situés à La Tronche puis près de la gare de Grenoble.

En 1879, Casimir Brenier s'associe à son gendre André Neyret, issu d'une famille industrielle spécialisée dans la papeterie et la houille blanche. Les ateliers fournissent alors des équipements de papeterie, des téléphériques[1], puis des équipements hydrauliques et même électriques. Au cours des vingt années suivantes, Casimir Brenier se retire progressivement, et André Neyret développe fortement l'entreprise Brenier & Neyret.

Neyret-Beylier[modifier | modifier le code]

Usine Neyret-Brenier Croix-Rouge en 1904, longeant l'actuelle Avenue Ambroise Croizat.

En 1896, deux associés, Charles Beylier, ingénieur des mines, et Jean-Baptiste Neyret, avocat et frère cadet d'André, entrent dans l'affaire.

En 1900, les ateliers déménagent à la Croix-Rouge, quartier de Saint-Martin-d'Hères éloigné du village, sur un site de 5 hectares, beaucoup plus vaste que celui de Grenoble. Quelques années plus tard, l'entreprise crée sur la commune un deuxième site, plus modeste, au 1 rue de la Galochère, au pied de la colline du Murier[2]. C'est donc sous le nom des Ateliers de la Galochère que le site sera connu.

Sur les 800 000 chevaux vapeur installés en France avant 1914, 300 000 viennent en effet de firmes étrangères, et pour une écrasante majorité de cinq firmes suisses, parmi lesquelles Escher-Wyss, Théodore Bell, Piccard Pictet les Ateliers de Vévey et celle fondée par Johann Jakob Rieter.

Au fil des partenariats et des changements d'associés, l'entreprise change plusieurs fois de nom pour finalement adopter le statut de société anonyme et le nom d'Ateliers Neyret-Beylier en 1925, qu'elle conservera jusqu'en 1960.

NBPP[modifier | modifier le code]

Les 3 sites de la région grenobloise

En 1917, sous l'impulsion des pouvoirs publics[3], Neyret-Beylier et l'entreprise genevoise Piccard-Pictet créent une filiale commune, Neyret-Beylier-Piccard-Pictet (NBPP) pour les transferts de technologie sur les matériels hydrauliques. La présidence en est immédiatement confiée à Maurice Gariel, brillant ingénieur Supélec de 33 ans, entré en 1906 à Neyret-Beylier. Entre 1918 et 1920, une nouvelle usine est construite pour NBPP, sur le quartier de Beauvert, zone agricole du sud de Grenoble, malgré de grandes difficultés liées aux dégâts humains et économiques de la guerre. Chacun des deux établissements a alors son directeur, sous la présidence commune d'André Neyret.

Fin 1920, la société suisse Piccard-Pictet fait faillite, remettant en cause le fragile équilibre dont bénéficiait NBPP. Cette dernière survit mais n'échappe pas à une décennie de contentieux commerciaux et administratifs avec les repreneurs de Piccard-Pictet, les Ateliers des Charmilles (de) également basés à Genève.

Dès lors, les deux entreprises se partagent le travail : à la Croix-Rouge (Saint-Martin-d'Hères), Neyret-Beylier conserve la construction mécanique : concasseurs et broyeurs pour les cimenteries, équipements de papeterie, et téléphériques, notamment. À Beauvert (Grenoble), la spécialité de NBPP, plus innovante, est l'hydraulique et l'hydro-électricité avec notamment la construction de grandes turbines. Ce sont elles qui deviendront emblématiques du groupe Neyrpic. Les ateliers de la Galochère deviennent rapidement une annexe de Beauvert[4].

En 1923 sont édifiés au sein du site Beauvert des laboratoires d'essais de l'entreprise qui vont faire l'objet d'une structure séparée, le Laboratoire Dauphinois d'Hydraulique (LDH) qui deviendra par la suite la Sogreah.

Dès 1925, NBPP a déjà équipé les deux-tiers de la puissance électrique française installée depuis 1919[3]. Sur les 3 millions de chevaux vapeur installés en France de 1919 à 1936, près de la moitié le fut grâce aux accords de licence avec de nombreux autres partenaires étrangers, dont une partie grâce au Plan Dawes de 1924, prévoyant que l'Allemagne paie aussi des réparations en nature[5]. La future "Neyrpic" emploie un effectif de 1 200 personnes à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Elle s'affirme après 1945 comme le leader mondial de l'équipement hydroélectrique, employant plus de 5 000 personnes au début des années 1960[3].

Dans les années 1940 et 1950, NBPP se développe à l'international. Après l'installation entre 1936 et 1942 d'une première usine à La Côte Rouge, à Hussein Dey près d'Alger, NBPP en installe une seconde en 1942 à Amadora, près de Lisbonne et participe activement au Consortio Hidro-Electrico Franco Portugues, avec d'autres entreprises françaises et portugaises.

Neyrpic[modifier | modifier le code]

Turbine Neyrpic à tourbillons, 1950. Micro-centrale hydroélectrique à Gabillou.

En 1948, l'entreprise Neyret-Beylier-Piccard-Pictet prend le nom de Neyrpic, par contraction des quatre noms.

La même année, EDF annonce réduire progressivement ses investissements dans l'électricité hydraulique au profit des centrales thermiques classiques. Dès lors, Neyrpic, très dépendante du marché français, accentue sa recherche de débouchés internationaux, soit en produisant à Beauvert pour exporter, soit en lançant des chaînes de production sur place. Elle ouvre ainsi des usines à San Fernando près de Buenos-Aires en 1948 puis en 1950 à Barcelone sous le nom de Neyrpic Española SA. Par la suite, elle ouvre des petites sociétés commerciales au Brésil (1953), à Madagascar (1953), en Italie (1953), en Colombie (1953), au Canada (1954), au Mexique (1955) et en Rhodésie (1955). Dans une vingtaine d'autres pays, elle conclut des accords de représentation avec des sociétés commerciales locales[6].

En 1955, le laboratoire d'hydraulique devient une société indépendante sous le nom de SOGREAH. La même année, Neyrpic s'oriente vers l'industrie nucléaire avec la création d'Indatom, qui regroupe plusieurs sociétés françaises de domaines complémentaires (chimie, électricité, mécanique). En 1959, Neyrpic crée un service dédié aux applications nucléaires, pendant que la Sogreah en fait autant.

En 1956, Neyrpic lance un procédé maison pour les forages pétroliers, le turboforage, et la marque Neyfor pour commercialiser les équipements. Pendant quelques années, le turboforage jouira d'un effet de mode important et sera une source de reconnaissance internationale pour l'entreprise.

Début 1960, Neyrpic (capital de 1600 millions, effectif de 2600 personnes) absorbe Neyret-Beylier (capital de 240 millions, effectif de 500 personnes). Cela entraîne un léger redéploiement des activités, mais le site Croix-Rouge ne reçoit en production que des petites turbines standardisées. Les cultures des deux sites restent relativement distinctes : majoritairement mécanicienne à Croix-Rouge et hydraulicienne à Beauvert. Il en est de même des cultures syndicales et politiques, majoritairement proche du PCF à Croix-Rouge, et de la JOC à Beauvert. Le , à l'âge de 76 ans, meurt Maurice Gariel patron emblématique de Neyrpic qu'il dirigeait depuis 1917[7]. C'est Henri Dagallier, 67 ans, qui lui succède à la présidence du groupe.

Alsthom[modifier | modifier le code]

En 1962, le climat social change dans les deux sites : Henri Dagallier, emblématique patron local issu du paternalisme industriel, est remplacé par Georges Glaser, technocrate parisien intransigeant et n'hésitant pas à annuler de précédents acquis sociaux. Des luttes sociales importantes s'engagent, mais la reprise de Neyrpic par le grand patronat est engagée[8],[9].

Le site de la Galochère est fermé en 1964, puis celui de la Croix-Rouge en 1966 et l'activité est entièrement rapatriée à Beauvert. L'entreprise Neyrpic est finalement revendue à Alsthom en 1967. L'activité principale est transférée au site Alsthom, avenue Léon Blum à Grenoble.

General Electric Hydro[modifier | modifier le code]

En 2014, toute la branche énergie d'Alstom (sans H depuis 1998[10]) est revendue à General Electric et intègre le département GE Hydro, devenu ensuite GE Renewable Energy.

Malgré cela, le nom de Neyrpic reste important pour l'identité ouvrière. Les syndicats, en particulier, continuent de l'utiliser, sous l'ère Alsthom[11] aussi bien que sous l'ère General Electric, en complément ou en rappel de GE Hydro.

Projets de requalification du site Croix-Rouge[modifier | modifier le code]

La friche industrielle de Croix-Rouge[modifier | modifier le code]

Sur le site abandonné de Saint-Martin-d'Hères, quelques petites entreprises s'installent, et en 1981 la mairie quitte le Village et vient occuper l'ancien bâtiment administratif des usines, sous le nom de "maison communale".

Le reste du site constitue une friche industrielle de grande superficie, enclavée entre la mairie et l'Avenue Ambroise Croizat au sud et l'axe routier majeur de l'avenue Gabriel Péri au nord. Au début des années 2010, plusieurs bâtiments périphériques sont démolis mais les halles historiques sont conservées.

Premier projet de centre commercial[modifier | modifier le code]

Sur la friche industrielle du site Croix-Rouge, le promoteur commercial Apsys, soutenu par la mairie de Saint-Martin-d'Hères, élabore en 2007-2008 un projet de centre commercial prévoyant de raser la totalité des bâtiments industriels. Immédiatement contesté par des habitants, des commerçants et des opposants politiques à la majorité municipale, le projet est retardé par plusieurs années de recours juridiques au tribunal administratif. Finalement purgé de tout recours, il est cependant abandonné par le promoteur et la commune.

Deuxième projet de centre commercial[modifier | modifier le code]

En 2017, un nouveau projet remanié est à nouveau proposé par Apsys et la commune, conservant une partie des bâtiments historiques. Il bénéficie d'une conclusion favorable de l'enquête publique annoncée en , et d'un vote également favorable quoique très débattu, le au Conseil de métropole[12]. Mais ce projet est à nouveau contesté par des associations d'habitants (Alternatiba Grenoble, Réseau citoyen Grenoble, Neyrpic autrement)[13],[14],[15] et des représentants de commerçants[16] à l'échelle de la métropole grenobloise.

Début 2020, trois recours administratifs sont toujours ouverts contre le permis de construire du deuxième projet : contre la construction, mené par des habitants impactés par l’augmentation de la pollution atmosphérique, contre le protocole d’accord qui met en cause la liberté de commerce, mené par des élus métropolitains, et enfin contre le déclassement d'une voirie appartenant à la métropole, mené par des contribuables-propriétaires[17].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Neyrpic - Neyret Beylier », sur Remontees-mecaniques.net (consulté le 11 novembre 2019)
  2. Jean Bruyat, Ma galochère, Challes-les-Eaux, Éditions GAP, (ISBN 978-2-7417-0573-4), p. 12
  3. a b et c "Mondialisation et résilience des territoires: trajectoires, dynamiques d'acteurs et experiences" Couverture Marc-Hubert Depret PUQ, 2012, p. 90 [lire en ligne]
  4. Michel Étiévent, Fernand Garnier, Saint Martin Mémoires, Besançon, Comp'act, (ISBN 2-87661-090-6, lire en ligne), p. 82
  5. Histoire de la mécanique appliquée: enseignement, recherche et pratiques mécaniciennes en France après 1880", par Claudine Fontanon ENS Éditions, 1998, p. 97 [lire en ligne]
  6. Germaine Veyret-Verner, « Deux usines pilotes », Revue de Géographie Alpine, vol. 40, no 1,‎ , p. 183–195 (DOI 10.3406/rga.1952.1972, lire en ligne, consulté le 1er février 2020)
  7. « UN GRAND AMI NOUS A QUITTÉS - MAURICE GARIEL (1884-1960) », La Houille Blanche, no 1,‎ , p. 1–2 (ISSN 0018-6368 et 1958-5551, DOI 10.1051/lhb/1960019, lire en ligne, consulté le 2 février 2020)
  8. « Mendès France à Grenoble », sur L'Obs, Le Nouvel Observateur, (consulté le 31 mars 2019)
  9. « Turbinons ! », sur www.lepostillon.org, Le Postillon, (consulté le 31 mars 2019)
  10. Archives du monde du travail - ALSTHOM - « Alsthom (Als-Thom) né en 1928 de la fusion de la Société Alsacienne de Constructions Mécaniques et de la compagnie française Thomson-Houston. De fusions en absorptions, l'entreprise devient un grand groupe et change plusieurs fois de nom : Alsthom, Alsthom Atlantique en 1976 (fusion avec les Chantiers de l'Atlantique), Gec-Alsthom en 1989 (fusion avec GEC Power Systems) et enfin Alstom en 1998. »
  11. Claude Didry, Rémi Brouté et Elodie Bethoux, « De l'Europe au territoire : information, consultation et mobilisations des travailleurs dans les restructurations d'Alstom », IDHE-Cachan, nos 06-02,‎ (lire en ligne, consulté le 13 avril 2019)
  12. « Feu vert pour le centre commercial Neyrpic suite au vote d'un protocole d’accord par la Métropole », sur Place Gre'net, (consulté le 31 mars 2019)
  13. « Le collectif Neyrpic autrement fait parler de lui à l'occasion de "l'Université d'été solidaire et rebelle" », sur Place Gre'net, (consulté le 31 mars 2019)
  14. L'avertY, « 📣 « Nous pensons que ce projet est complètement fou » », sur Medium,‎ (consulté le 31 mars 2019)
  15. Désintox 22/06/2018 12:34, « “Pôle de vie” vs “centre commercial” : le projet Neyrpic déchaîne les passions à Saint-Martin-d'Hères », sur Place Gre'net, (consulté le 31 mars 2019)
  16. « Projet Neyrpic : une étude révèle un risque de déstabilisation pour le commerce de la Métropole », sur Place Gre'net, (consulté le 31 mars 2019)
  17. « Projet Neyrpic : un optimisme exagéré du maire de Saint-Martin d’Hères » (consulté le 2 février 2020)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Anne Dalmasso, Neyrpic, Grenoble histoire d'un pionnier de l'hydraulique mondiale, Renage, Dire l'entreprise, (ISBN 978-2-953-42790-5)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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