Marie-Adélaïde de Savoie

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Marie-Adélaïde de Savoie
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La princesse Marie-Adélaïde de Savoie,
Duchesse de Bourgogne
par Gobert (XVIIIe siècle).

Titres

Dauphine de France


(10 mois et 4 jours)

Prédécesseur Marie-Anne de Bavière
Successeur Marie-Thérèse d’Espagne

Duchesse de Bourgogne


(13 ans, 4 mois et 7 jours)

Prédécesseur Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche
Successeur Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780)
Biographie
Titulature Princesse de Savoie
Duchesse de Bourgogne
Dauphine de France
Dynastie Maison de Savoie
Nom de naissance Maria Adelaide di Savoia
Naissance
Turin (Savoie)
Décès (à 26 ans)
Versailles (France)
Sépulture Nécropole de Saint-Denis
Père Victor-Amédée II de Savoie
Mère Anne-Marie d’Orléans
Conjoint Louis de France, duc de Bourgogne puis dauphin de France
Enfant Louis de France : duc de Bretagne
Louis de France : duc de Bretagne puis dauphin de France
Louis de France : duc d'Anjou, futur Louis XVRoi de France
Religion Catholicisme romain

Description de cette image, également commentée ci-après

Marie-Adélaïde de Savoie, naît le 6 décembre 1685 à Turin, capitale du duché de Savoie, et décède le 12 février 1712 à Versailles, capitale du Royaume de France, est une princesse issue de la Maison de Savoie, et par mariage duchesse de Bourgogne puis dauphine de France. Elle est la mère de Louis, duc d'Anjou, qui devient roi de France sous le nom de Louis XV.

Famille[modifier | modifier le code]

Elle est l'aînée des enfants de Victor-Amédée II (1666-1732), duc de Savoie, et d'Anne-Marie d'Orléans (1669-1728).

Son père est le fils de Charles-Emmanuel II (1634-1675), duc de Savoie, et de sa seconde épouse, Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie (1644-1724). Fils unique et seul héritier légitime de son père, il commence son règne sous la régence de sa mère.

Sa mère est la fille de Philippe de France (1640-1701), duc d'Orléans, « Monsieur, frère unique du Roi », et de sa première épouse, Henriette d'Angleterre (1644-1670), princesse d'Angleterre.

Elle est la sœur de Marie-Anne ; de Marie-Louise de Savoie (1688-1714), future reine d'Espagne ; de deux frères morts-nés en 1691 et 1697 ; de Victor-Amédée de Savoie (1699-1715), mort avant son père ; de Charles-Emmanuel III (1701-1773), héritier de la Maison de Savoie ; et d'Emmanuel-Philibert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde de Savoie
Tableau de Jean-Baptiste Santerre (1709).

Enfance[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde naît et grandit au sein d'une famille très francophile. En effet, sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère sont françaises. La princesse est très proche de sa grand-mère paternelle, la duchesse douairière de Savoie, née Marie Jeanne Baptiste de Savoie-Nemours.

Le 7 décembre 1697, en vertu du Traité de Ryswick qui met fin à la Guerre de la Ligue d'Augsbourg, elle épouse Louis de France (1682-1712), duc de Bourgogne, puis dauphin de France.

Entrée à la Cour de France[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde de Savoie et ses deux enfants le duc de Bretagne et le duc d'Anjou
Marie-Adélaïde de Savoie à l'âge de quinze ans par Pierre Gobert
Mariage du duc et la duchesse de Bourgogne le à Versailles, tableau d'Antoine Dieu

Leur mariage marque une pause dans l'austérité de la Cour avec ses festivités fastueuses. La petite duchesse fait la conquête du grand-père de son époux, Louis XIV, flatté par sa bonne humeur et ses manières, ainsi que de l'épouse secrète de celui-ci, Madame de Maintenon (qu'elle appelle familièrement mais avec adresse « ma tante ») et obtient une place dans la Maison royale de Saint-LouisSaint-Cyr), en suivant les cours avec attention, malgré son attitude de mauvaise élève. Elle séduit aussi son époux, réputé pieux, et lui est solidaire en tout. Elle respecte également son beau-père, le Grand Dauphin, malgré la relation distante qu'il noue avec son fils aîné, le duc de Bourgogne. Elle est donc le trait d'union de toute la famille entre 1697 et 1712. Ses maternités, malgré quelques fausses-couches, raffermissent sa position à la Cour de France, et chacun voit en elle une future reine.

Elle aime la fête, la chasse, les plaisirs, et sait faire preuve de charité.

En 1700, elle assiste au mariage de Pierre de Montesquiou d'Artagnan, au Plessis-Picquet.

Son mari lui voue un amour violent et passionné, peu payé en retour : la princesse écoute son mari, et le soutient contre leurs adversaires de la "clique de Meudon" (le Grand Dauphin et ses demi-sœurs, la duchesse de Bourbon et la princesse de Conti, toutes deux filles légitimées de Louis XIV). Ainsi en 1708, vola-t-elle au secours de son époux, calomnié pour son peu de courage militaire.

En tant que future dauphine de France, et étant donné que la reine Marie-Thérèse d'Autriche s'est éteinte en 1683, ainsi que la dauphine Marie-Anne de Bavière en 1690, Marie-Adélaïde tient, durant tout le temps où elle vit à la Cour de France, le rôle de reine.

À ce titre, elle vit dans l'ancien appartement de la reine et étant la première dame de la Cour, l'étiquette lui accordait de nombreux avantages qu'une simple dauphine n'aurait pas eu.

Aussi, en 1699, elle ne put que souscrire à l'invitation de Madame de Maintenon d'être la marraine du petit Louis-François-Armand, futur duc de Richelieu. Elle le familiarisera avec la Cour[1].

En 1700, son beau-frère, le duc d'Anjou, devint roi d'Espagne et l'année suivante épousa la sœur de Marie-Adélaïde, Marie-Louise-Gabrielle de Savoie ce qui n'empêcha pas le duc de Savoie, père des deux princesses, de rompre l'alliance française au cours de la Guerre de Succession d'Espagne, dont ses deux filles ne virent pas la fin.

Mère de princes et de roi, épouse du Dauphin[modifier | modifier le code]

De ce mariage, naissent trois enfants, trois garçons :

L'année suivant cette dernière naissance, le Grand-Dauphin décède, faisant de son fils aîné, duc de Bourgogne, jusqu'alors surnommé le Petit-Dauphin pour le différencier de son père, le seul Dauphin de France. Marie-Adélaïde accède au rang de Dauphine, en sa qualité d'épouse de l'héritier du trône de France, à l'âge de 25 ans.

Décès[modifier | modifier le code]

En 1712, la famille royale doit faire face à une épidémie de rougeole qui n'épargne pas Versailles. Atteinte du mal, la Dauphine y succombe le , à l'âge de 26 ans. Son époux la suit dans la tombe six jours plus tard. L'aîné de leurs deux fils, également atteint, meurt moins d'un mois après eux.

Son cœur est porté à la chapelle Sainte-Anne (nommée la « chapelle des cœurs » renfermant les cœurs embaumés de 45 rois et reines de France) de l'église du Val-de-Grâce. En 1793, lors de la profanation de cette chapelle, l'architecte Louis François Petit-Radel s'empara de l'urne reliquaire en vermeil contenant son cœur, le vendit ou l'échangea contre des tableaux à des peintres qui recherchaient la substance issue de l'embaumement ou « mummie » – très rare et hors de prix – alors réputée, une fois mêlée à de l'huile, donner un glacis incomparable aux tableaux[2].

Sous la plume du duc de Saint-Simon[modifier | modifier le code]

Le duc de Saint-Simon, dans ses mémoires, dépeint la duchesse comme une femme habile à la cour, pleine d'esprit et d'énergie :

« Jamais princesse arrivée si jeune ne vint si bien instruite, et ne sut mieux profiter des instructions qu’elle avait reçues. Son habile père, qui connaissait à fond notre cour, la lui avait peinte, et lui avait appris la manière unique de s’y rendre heureuse. Beaucoup d’esprit naturel et facile l’y seconda, et beaucoup de qualités aimables lui attachèrent les cœurs, tandis que sa situation personnelle avec son époux, avec le roi, avec Mme de Maintenon lui attira les hommages de l’ambition. Elle avait su travailler à s’y mettre dès les premiers moments de son arrivée ; elle ne cessa tant qu’elle vécut de continuer un travail si utile, et dont elle recueillit sans cesse tous les fruits. Douce, timide, mais adroite, bonne jusqu’à craindre de faire la moindre peine à personne, et, toute légère et vive qu’elle était, très-capable de vues et de suite de la plus longue haleine, la contrainte jusqu’à la gêne, dont elle sentait tout le poids, semblait ne lui rien coûter. La complaisance lui était naturelle, coulait de source ; elle en avait jusque pour sa cour.

Régulièrement laide, les joues pendantes, le front trop avancé, un nez qui ne disait rien, de grosses lèvres mordantes, des cheveux et des sourcils châtain brun fort bien plantés, des yeux les plus parlants et les plus beaux du monde, peu de dents et toutes pourries dont elle parlait et se moquait la première, le plus beau teint et la plus belle peau, peu de gorge mais admirable, le cou long avec un soupçon de goitre qui ne lui seyait point mal, un port de tête galant, gracieux, majestueux et le regard de même, le sourire le plus expressif, une taille longue, ronde, menue ; aisée, parfaitement coupée, une marche de déesse sur les nuées ; elle plaisait au dernier point. Les grâces naissaient d’elles-mêmes de tous ses pas, de toutes ses manières et de ses discours les plus communs. Un air simple et naturel toujours, naïf assez souvent, mais assaisonné d’esprit, charmait, avec cette aisance qui était en elle, jusqu’à la communiquer à tout ce qui l’approchait.

Elle voulait plaire même aux personnes les plus inutiles et les plus médiocres, sans qu’elle parût le rechercher. On était tenté de la croire toute et uniquement à celles avec qui elle se trouvait. Sa gaieté jeune, vive, active, animait tout, et sa légèreté de nymphe la portait partout comme un tourbillon qui remplit plusieurs lieux à la fois, et qui y donne le mouvement et la vie. Elle ornait tous les spectacles, était l’âme des fêtes, des plaisirs, des bals, et y ravissait par les grâces, la justesse et la perfection de sa danse. Elle aimait le jeu, s’amusait au petit jeu, car tout l’amusait ; elle préférait le gros, y était nette, exacte, la plus belle joueuse du monde, et en un instant faisait le jeu de chacun ; également gaie et amusée à faire, les après-dînées, des lectures sérieuses, à converser dessus, et à travailler avec ses dames sérieuses ; on appelait ainsi ses dames du palais les plus âgées. Elle n’épargna rien jusqu’à sa santé, elle n’oublia pas jusqu’aux plus petites choses, et sans cesse, pour gagner Mme de Maintenon, et le roi par elle. Sa souplesse à leur égard était sans pareille et ne se démentit jamais d’un moment. Elle l’accompagnait de toute la discrétion que lui donnait la connaissance d’eux, que l’étude et l’expérience lui avaient acquise, pour les degrés d’enjouement ou de mesure qui étaient à propos. Son plaisir, ses agréments, je le répète, sa santé même, tout leur fut immolé. Par cette voie elle s’acquit une familiarité avec eux, dont aucun des enfants du roi, non pas même les bâtards, n’avait pu approcher.

En public, sérieuse, mesurée, respectueuse avec le roi, et en timide bienséance avec Mme de Maintenon, qu’elle n’appelait jamais que ma tante, pour confondre joliment le rang et l’amitié. En particulier, causante, sautante, voltigeante autour d’eux, tantôt perchée sur le bras du fauteuil, de l’un ou de l’autre, tantôt se jouant sur leurs genoux, elle leur sautait au cou, les embrassait, les baisait, les caressait, les chiffonnait, leur tirait le dessous du menton, les tourmentait, fouillait leurs tables, leurs papiers, leurs lettres, les décachetait, les lisait quelquefois malgré eux, selon qu’elle les voyait en humeur d’en rire, et parlant quelquefois dessus. [...] Avec elle s’éclipsèrent joie, plaisirs, amusements même, et toutes espèces de grâces ; les ténèbres couvrirent toute la surface de la cour ; elle l’animait tout entière, elle en remplissait tous les lieux à la fois, elle y occupait tout, elle en pénétrait tout l’intérieur. Si la cour subsista après elle, ce ne fut plus que pour languir. Jamais princesse si regrettée, jamais il n’en fut si digne de l’être, aussi les regrets n’en ont-ils pu passer, et l’amertume involontaire et secrète en est constamment demeurée, avec un vide affreux qui n’a pu être diminué.» [3]

Toujours d'après le duc, elle serait aussi l'auteur d'un trait d'esprit osé à propos de la monarchie anglaise, en présence de Louis XIV et de Mme de Maintenon :

« Si libre, qu'entendant un soir le Roi et Mme de Maintenon parler avec affection de la cour d'Angleterre dans les commencements qu'on espéra la paix par la reine Anne : "Ma tante, se mit-elle à dire, il faut convenir qu'en Angleterre les reines gouvernent mieux que les rois, et savez-vous bien pourquoi, ma tante ?" et toujours courant, gambadant, "c'est que, sous les rois, ce sont les femmes qui gouvernent, et ce sont les hommes sous les reines." L'admirable est qu'ils en rirent tous deux, et trouvèrent qu'elle avait raison. » [3] Mme de Maintenon avait en effet beaucoup d'influence sur le roi Louis XIV.

Héraldique[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde Duchesse de Bourgogne
Blason Blasonnement :
Écartelé, en I contre-écartelé au 1 d’argent à la croix potencée d’or cantonné de quatre croisettes de même, en 2 burelé d’azur et d’argent de dix pièces au lion de gueules armé lampassé et couronné d’or brochant sur le tout, au 3 d’or au lion de gueules armé lampassé et couronné d’azur et au 4 d’argent au lion de gueules armé lampassé et couronné d’or en II grand-quartier parti au 1 de gueules au cheval effrayé d’argent, au 2 fascé d’or et de sable de huit pièces au cancrelin de sinople posée en bande brochant sur le tout et enté en pointe d’argent à trois bouterolles au bout d’épée faites en croissant de gueules malordonnées, en III grand-quartier parti en 1 d’argent semé de billettes de sable au lion de même brochant sur le tout et en 2 de sable au lion d’argent, en IV grand-quartier parti en 1 à cinq point d’or équipolé à quatre points d’azur au 2 d’argent au chef de gueules ; sur le tout de gueules à la croix d’argent.

Famille[modifier | modifier le code]

Ascendance[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Marie-Adélaïde Duchesse de Bourgogne
  • Fabrice Preyat, « Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712), Duchesse de Bourgogne, enfant terrible de Versailles », Études sur le XVIIIe siècle, vol. XXXXI,‎ , p. 292 (lire en ligne)
  • Annie Pietri, "Le sourire de Marie-Adélaïde", Bayard, 2014 (roman)
  • Anne-Marie Desplat-Duc, "Les Colombes du Roi-Soleil tome 12 : Victoire et la Princesse de Savoie", Flammarion, 2013 (roman pour la jeunesse)
  • Martial Debriffe, La duchesse de Bourgogne, mère de Louis XV, Univers Poche, , 166 p. (ISBN 978-2-8238-0787-5, lire en ligne)
  • Annie Jay, Adélaïde, princesse espiègle, Éveil et Découvertes, 2010 (roman pour la jeunesse)
  • Sabine Melchior-Bonnet, Louis et Marie-Adélaïde de Bourgogne, la vertu et la grâce, Robert Lafont, 2002
  • Antonia Fraser, Les femmes dans la vie de Louis XIV, 2007
  • Simone Bertière, Les Femmes du Roi-Soleil, Éditions de Fallois, 1998, (ISBN 2-253-14712-5)
  • Yvonne Brunel, Marie-Adélaïde de Savoie, duchesse de Bourgogne, 1685-1712, Éditions Beauchesne, coll. « Figures d'hier et d'aujourd'hui », , 254 p.
  • Louise de Cléron, Souvenirs d'une Demoiselle d'honneur de Mme la Duchesse de Bourgogne, Paris, Michel Lévy, 1861. Écrit sous le pseudonyme de Fiorenza Orsini, cette biographie livre une part de l'intimité de la duchesse. (Attention : cet écrit est considéré par certains historiens comme apocryphe.)
  • Adrien Maurice de Noailles, Lettres inédites de Marie-Adélaïde de Savoye, duchesse de Bourgogne, précédées d'une notice sur sa vie (1850)
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Marie-Adélaïde de Savoie » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (lire sur Wikisource)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Paul Rival, Fantaisies amoureuses du duc de Richelieu, Paris, (Hachette), , 399 p., p. 27-28
  2. André Castelot, L'Histoire insolite, Paris, Perrin, , 427 p. (ISBN 2-262-00248-7), p. 171.
  3. a et b Saint-Simon, Mémoires, folio, (ISBN 978-2-07-038234-7 et 2-07-038234-6), p. 227-237