Les Vacances de monsieur Hulot

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Les Vacances de monsieur Hulot
Description de l'image Les Vacances de Monsieur Hulot title.jpg.

Réalisation Jacques Tati
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la France France
Durée 95 min / 89 min
Sortie 1953

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Les Vacances de monsieur Hulot est un film français réalisé par Jacques Tati, tourné en 1951 et 1952 et sorti en 1953.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Monsieur Hulot arrive en vacances dans un paisible hôtel familial au bord de la mer. Il se montre maladroit et commet de nombreuses bourdes. À travers différentes anecdotes, le film présente une galerie de types de vacanciers (à une époque où les vacances à la mer deviennent le rite annuel). À la fin de leur séjour, les vacanciers repartent sans que rien d'important ne se soit passé…

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Statue de Monsieur Hulot (en haut à g.) à Saint-Marc-sur-Mer.

Distribution[modifier | modifier le code]

Acteurs non crédités :

Le tournage et les différentes versions[modifier | modifier le code]

L'« Hôtel de la Plage » à Saint-Marc-sur-Mer,
lieu de tournage des extérieurs du film.

Avant la guerre, lors d'une visite chez des amis de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), M. et Mme Lemoine, installés près de la plage de Port Charlotte, Tati est séduit par la plage de Saint-Marc-sur-Mer, station balnéaire nazairienne située à 7 km au sud-ouest du Centre ville. Il décide d'y revenir un jour pour tourner un film.

Une autre version indique que le synopsis du film indiquait qu'il fallait trouver « une petite localité fréquentée surtout par des estivants modestes, des familles nombreuses et des habitués ». Jacques Tati accumule alors pendant sept mois de nombreuses cartes postales du littoral français pour faire son choix. Il aurait par ailleurs envoyé un émissaire pour dénicher le décor idéal parmi trente stations balnéaires[3].

Le tournage des extérieurs a lieu à partir de la fin juin 1951 à Saint-Marc-sur-Mer (à cause du temps exécrable, l'équipe du film étant pourtant présente depuis mai[3]) et s'y poursuivit jusqu'au mois d'octobre de la même année. Tati loge alors dans une villa de Saint-Marc dite « Le Château » avec son équipe et dans laquelle a été tournée la scène de la partie de tennis[4]. Tati a utilisé divers lieux de la station : la plage, avec son « Hôtel de la plage » (équipé d'une fausse entrée pour les besoins du film car le bâtiment n'était à l'époque pas encore repeint à la chaux), le port. Les scènes intérieures ont été tournées dans les studios de Boulogne, à Boulogne-Billancourt au cours de l'année 1952 ; il réutilise notamment les décors du film Il est minuit, docteur Schweitzer[3].

Pour le tournage, la chaussée longeant la corniche est goudronnée, des arbres sont abattus et une maison en piteux état est restaurée et maquillée en boutique. Le phare au bout de la jetée, les cabines, la façade de la villa où pose Martine sont eux factices, réalisés avec le bois récupéré par Jacques Lagrange sur le paquebot Marrakech, désossé à l'époque sur les chantiers de Saint-Nazaire[3].

Tati se blesse à la main pendant le tournage de la scène du feu d'artifice et des grains de sable détériorent les premières bobines. De nouveaux plans sont donc tournés entre septembre et octobre 1951[3].

Les premiers plans du film ont été tournés à la gare d'Argentan et de Dol de Bretagne (passage de la gifle du petit garçon).

La population de Saint-Marc a participé au film[3], mais dans une moindre mesure que celle de Sainte-Sévère-sur-Indre pour Jour de fête.

Le film ne cite pas le nom de Saint-Marc-sur-Mer (sauf sur le plan final, grâce à un tampon de la poste en incrustation), contrairement à celui de Sainte-Sévère qui apparaît explicitement dans un plan de Jour de fête.

En 1963, Jacques Tati a réalisé un nouveau montage du film afin d'apporter un peu plus de rythme et une nouvelle bande-son a été enregistrée. Les musiques ont été réorchestrées à cette occasion mais conservent le célèbre thème principal composé par Alain Romans. En 1968 dans Les Cahiers du cinéma, Tati regrette la disparition de certaines scènes, comme celle du cimetière, qui se terminait par exemple à l'aube sur la grève ; .il accuse alors la production d'avoir jeté les négatifs mais il n'est pas non plus impossible que le cinéaste a pu lui-même les faire disparaître lors de ses montages. Dans l'article, il regrette également de ne pas avoir pu tourner en couleur, faute de budget suffisant[3]. En 1978, Tati est revenu à Saint-Marc-sur-Mer pour tourner une scène inspirée du film Les Dents de la mer de Steven Spielberg.

La dernière édition vidéo est sortie en février 2014. L'édition DVD propose la dernière version de 1978, dernière version souhaitée par Jacques Tati, entièrement restaurée en 2009, image et son. L'édition Blu-Ray est accompagnée de la version 1953, image remastérisée et son restauré.

Monsieur Hulot[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Monsieur Hulot.

Monsieur Hulot est un personnage échappé du cinéma muet dans le monde du parlant. Il se heurte à la technologie, à un monde impersonnel et gadgétisé. Jacques Tati s'est servi de ses capacités de mime pour le confronter aux dérèglements, aux rites et au ridicule d'un monde en mutation.

Inspiration[modifier | modifier le code]

Nicolas Hulot a indiqué que c'est son grand-père qui a inspiré à Tati le nom de son personnage : « Enfant, je l'avais entendu dire par mes parents. Pour en avoir le cœur net, j'ai appelé la fille du cinéaste et j'ai pu reconstituer toute l'histoire. Mon grand-père était l'architecte de l'immeuble dans lequel habitait Jacques Tati. Chaque fois qu'il y avait un problème, la gardienne lui disait « Il faut appeler Monsieur Hulot ! » Cela revenait comme un leitmotiv. Il semble que mon grand-père avait une silhouette particulière, qui a frappé Tati. Aussi, lorsqu'il a créé son célèbre personnage, il s'est souvenu du nom et a demandé l'autorisation de l'utiliser[5],[6]. »

La voiture de Monsieur Hulot[modifier | modifier le code]

Par son expressivité et son omniprésence, l'étique guimbarde de Monsieur Hulot est un personnage à part entière des Vacances. Cette voiture est à l'origine une « Voiturette André Lombard » de type 3 (VAL 3) et de marque Salmson qu'André Pierdel, chargé des effets spéciaux, avait modifiée pour les besoins du film, ainsi que le rapporte Stéphane Pajot : « Normalement, explique Pierdel, la vraie voiture avait les ailes arrondies. Je les ai coupées droites, puis on a rajouté une roue de secours sur le côté avec une corne à poire. Tati voulait qu'elle soit plus marrante et qu'elle pétarade. En fait, j'étais planqué dans le coffre avec un tuyau et du talc. Un moment, un paquet de talc est tombé sur la route mais on ne s'en aperçoit pas. Pour qu'elle ait un côté encore plus ridicule, on a rajouté le filet, la canne à pêche… »[7]

D'après Jean-Philippe Guérand, la VAL3 ainsi mutilée pour les besoins comiques du film avait en réalité connu son heure de gloire : elle aurait en effet gagné en 1927 le Bol d'or de Saint-Germain-en-Laye en atteignant la vitesse de quatre-vingts kilomètres à l'heure[8].

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • À sa sortie, le film est un succès en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Dans Les Cahiers du cinéma, un critique écrit : « Heureux M. Hulot qui réussit cet exploit de transformer un sinistre Trou-sur-Mer quelconque en un havre de grâce, tout baigné de poétique humour et où nous désirons plus qu'aller passer nos prochaines vacances »[3].
  • Ce film fait partie de la Liste du BFI des 50 films à voir avant d'avoir 14 ans établie en 2005 par le British Film Institute.
  • Woody Allen, qui l'a vu adolescent, le considère comme le film comique le plus abouti de son époque[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Valentine Camax sur le site Wikimanche.fr
  2. (en) Pierre Aubert sur l’Internet Movie Database
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k François Aubel, « Hôtel de la plage. Jours de fête », Le Figaro, vendredi 22 août 2011, page 20.
  4. Chroniques de Saint-Nazaire - Le château de Saint-Marc
  5. Monsieur Hulot sur l'Express.fr (en archive)
  6. Jean-Louis Beaucarnot, Le Tout-Politique, éditions de l'Archipel,
  7. Stéphane Pajot, Les vacances de Monsieur Tati : Hulot à Saint-Marc-sur-Mer, D'Orbestier, 2003, page 76
  8. Jean-Philippe Guérand, Jacques Tati, Gallimard, 2007, p. 123

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Kermabon, Les Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati, Yellow Now, Crisnée, Belgique, 1988, réédition actualisée 2009
  • Stéphane Pajot, Les Vacances de Monsieur Tati, Hulot à Saint-Marc-sur-Mer, Éditions d'Orbestier, Le Château d'Olonne, 2003, 125 pages (ISBN 2842380576 et 9782842380571)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]