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Jour de fête (film)

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Jour de fête
Description de l'image Jour de Fete logo.png.
Réalisation Jacques Tati
Scénario Jacques Tati
Henri Marquet
René Wheeler
Musique Jean Yatove
Acteurs principaux Jacques Tati
Paul Frankeur
Guy Decomble
Santa Relli
Maine Vallée
Roger Rafal
Sociétés de production Francinex
Cady-Film
Pays de production Drapeau de la France France
Genre Comédie
Durée 79 minutes
Sortie 1949

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Jour de fête est un film français réalisé par Jacques Tati, sorti en 1949.

Un petit village berrichon prépare sa fête annuelle. Les enfants regardent, enthousiastes, les forains monter leurs manèges sur la place. Au cinéma ambulant, François, le facteur, assiste à la projection d'un film sur la pratique ultra-moderne du métier de postier en Amérique. Vexé, il entreprend de montrer qu'il peut, lui aussi, boucler sa tournée en un temps record. Une fois la fête finie, le calme revient dans le village et la vie reprend son cours ordinaire.

Fiche technique

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Distribution

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Genèse et production

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Dans le court métrage L'École des facteurs (1947, 13 minutes), Tati crée le personnage de François le facteur, qu'il reprend dans Jour de fête, tout comme un grand nombre de scènes et gags.

Jour de fête aurait dû être un des premiers films français en couleur de l'après-guerre, avec Le Mariage de Ramuntcho (1947) de Max de Vaucorbeil, tourné avec des stocks d'Agfacolor récupérés après la Libération, et La Belle Meunière de Marcel Pagnol (procédé additif Rouxcolor). La société Thomson-Houston propose en effet à Tati d'utiliser un nouveau procédé, baptisé Thomsoncolor, pour lequel elle fournit pellicule et assistance technique. À l'époque, le procédé Technicolor n'est pas encore utilisé en France, le seul laboratoire européen se trouvant en Grande-Bretagne, et le coût élevé du procédé étant très au-delà des possibilités financières des productions françaises dans la pénurie de l'après-guerre.

Tati et son producteur Fred Orain acceptent donc l'offre de Thomson, mais sur les conseils du chef opérateur Jacques Mercanton, les prises de vue en couleur sont « doublées » avec des prises simultanées en noir et blanc, ce qui sauve le film, puisque Thomson s'avère incapable de tirer des copies couleur d'après le matériel original. Ce procédé additif utilise une pellicule gaufrée, l'optique de la caméra est équipée d'un filtre rouge-vert-bleu qui assure une sélection trichrome sous forme d'un réseau ligné derrière le gaufrage.

Le tournage a lieu du au , en grande partie à Sainte-Sévère-sur-Indre (Indre), mais aussi à Marçais (Cher) et à Charleval (Bouches-du-Rhône), ainsi que dans le 9e arrondissement de Paris pour certaines scènes d'intérieur[2]. L'église que l'on aperçoit dans le film est celle du village de Pouligny-Notre-Dame.

Le choix de Sainte-Sévère-sur-Indre s'explique par la connaissance du lieu par Jacques Tati, qui s'y est réfugié vers 1943 avec son collaborateur et ami Henri Marquet, durant plusieurs mois dans une ferme des environs.

Les plans tournés à Charleval incluent la scène du plongeon dans le canal, les débats avec le mulet autour de la carriole et la livraison des pâtisseries. Pour la scène de la gare, c'est celle de Marçais, non loin de Sainte-Sévère-sur-Indre, qui est utilisée — son nom est visible sur le bâtiment.

Le générique d'ouverture indique que le vélo du facteur est de marque Peugeot, modèle 1911.

Exploitation

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Le film sort à Paris en 1949 et rencontre le succès. Mais Tati regrette toujours de ne pas pouvoir présenter son œuvre en couleur. Il a pris soin, lors du tournage, de faire peindre les portes des maisons en gris et d'habiller les villageois de couleurs sombres. Il comptait ainsi mettre en évidence l'arrivée des forains, qui apportent gaité et couleur dans le village. C'est probablement cet échec technique qui le pousse à imaginer une autre solution : en 1961, à la demande de Bruno Coquatrix, il présente Jour de fête à l'Olympia, un spectacle combinant des scènes de music-hall et la projection d'extraits de son film. À cette occasion, certaines scènes sont partiellement coloriées par un procédé dit au pochoir.

Cette expérience encourage Tati à ressortir une nouvelle version du film, comportant des inserts de couleurs, sortie au cinéma L'Arlequin en 1964. Des séquences sont tournées de nouveau et comportent un nouveau personnage : un peintre qui fait office de narrateur, et justifie l'arrivée de la couleur dans le film. La bande sonore est entièrement réenregistrée sur bande magnétique.

En 1988, Sophie Tatischeff, monteuse et fille de Jacques Tati, et François Ede, chef opérateur, entament un minutieux travail de restauration et de montage à partir du matériel original qui avait été conservé. Le système optique qui permet d'obtenir la restitution des couleurs est reconstitué, et permet, plus de quarante ans après le tournage, de retrouver le film en couleurs. La restauration de cette version inédite est présentée le , en ouverture de la célébration du centenaire du cinéma. La version originale couleur, jamais vue par Jacques Tati lui-même, a été reconstituée dans l’esprit de son réalisateur et telle qu’il l’avait toujours souhaité.

Jour de fête existe donc dans trois versions différentes :

  • la version originale de 1949 disponible en version restaurée 1080p dans le coffret Jacques Tati L'intégrale (Studiocanal) depuis (en DVD et Blu-ray) ;
  • la version de 1964 avec quelques plans nouveaux (présence d'un peintre dans le village), quelques plans coloriés au pochoir, une bande son réenregistrée et plus dynamique. C'est la version noir et blanc la plus connue (disponible en version restaurée 1080p en Blu-ray ainsi qu'en DVD) ;
  • la version en couleurs Thomsoncolor, restaurée de 1995 avec un montage de Sophie Tatischeff, disponible en DVD / Blu-ray dans le coffret Jacques Tati L'intégrale (Studiocanal) en 576p uniquement. Ce choix a probablement été fait de sorte que les lignes verticales du gaufrage de la pellicule d'origine ne soient pas trop visibles. Une version en 1080p est cependant disponible en Blu-ray chez l'éditeur BFI (BFIB1048). Elle a été réalisée à partir de la sauvegarde numérique transmise aux archives du film. La bande sonore de cette version en couleur a été réalisée à partir de celle de la version de 1964 dont les bandes magnétiques ont été précieusement sauvegardées. Certains plans n'ayant pas été tournés en couleurs, ils ont été colorisés de façon à respecter l'uniformité de l'ensemble.

Distinctions

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Galerie de photos

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Autour du film

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  • Sainte-Sévère-sur-Indre, [3] : « Ce soir, sur la grand-place, on ne projette pas un film sur la poste américaine, mais Jour de fête. Le petit village où Jacques Tati s'est réfugié pendant la guerre et où il a tourné durant tout l'été 1947, retrouve son bientôt immortel facteur. Le procédé Thomsoncolor, expérimenté par Tati sur le tournage, posant trop de difficultés techniques, les villageois se verront et pour longtemps encore, jusqu'en 1995, en noir et blanc. Ce qui n'empêche pas le film d'aller à Venise puis à Cannes et d'y rafler des prix. »
  • En 1949, Robert Doisneau fait le portrait photographique en pied de Jacques Tati, habillé en tenue de François le facteur, devant un vélo entièrement démonté pièce à pièce.
  • Dans le film Les Triplettes de Belleville, les Triplettes regardent Jour de Fête dans leur lit. Une façon pour le réalisateur de rendre hommage à Jacques Tati.
  • Un clin d'œil est fait à Jacques Tati à la 38e minute du film Les Vacances de Mr Bean : Mr Bean, sur un vélo d'emprunt, dépasse un peloton de coureurs cyclistes.
  • Un autre clin d'œil est fait à Jacques Tati dans le film L'Incroyable Histoire du facteur Cheval dans lequel Jacques Gamblin s'amuse sur un vélo à imiter le facteur lors de sa tournée.

Notes et références

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  1. Jacques Sauvageot est un ancien opérateur d'actualités, en charge, sur le tournage, de la caméra couleur, Jacques Tati par Jean-Philippe Guérand, Éditions Gallimard, 2007, 408 p., sur Google Livres.
  2. DVD Jour de Fête (Studiocanal référence : EDV 1392 829 423-3 50505820942330)
  3. Extrait de Petites histoires de cinéma par Hervé Le Roux, Édition Association Ier siècle du cinéma (hors-commerce), Paris, 1995.

Bibliographie

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  • François Ede, Jour de Fête ou la Couleur retrouvée, Cahiers du cinéma, Paris, 1995.
  • Tati : quoi de neuf M. Hulot ?, sous la direction de François Gorin, Télérama. Hors-série, 2002.

Filmographie

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  • Jours de fête à Sainte-Sévère, documentaire de Patrick Le Gall, réalisé lors du cinquantième anniversaire du tournage du film de Jacques Tati.

Articles connexes

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Liens externes

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